L'HOMME

Va: le soleil bondit dans les cieux embrasés;

C'est l'heure, il faut franchir le seuil et vers les villes

Te ruer en clamant aux oreilles serviles

Tout ce que les tombeaux t'ont livré de secrets.

Viens et regarde: là de houleuses forêts

Où les pasteurs de porcs se vautrent dans les bauges;

Puis des plaines, rumeurs des blés, parfum des sauges,

Et les paysans nus courbés sous les sillons

A jamais; et plus loin des foules en haillons,

Troupeaux lâches que tu mueras en fauves hardes,

Tournent vers le palais des prunelles hagardes

Et des poings décharnés par l'immuable faim

Sans que la torche encor s'enflamme dans leur main.

Ce qui fut moi naguère et richesse stérile

Et dépouille des temps silencieux rutile

Autour de ton front jeune et de tes seins altiers:

Voici venir un vol de cygnes éployés,

Le vol tardif et sûr des prophétiques ailes

Qui m'invite au sommeil des ondes éternelles.

Va: la chair que la mort heureuse requérait

S'évanouit parmi les choses, sans regret,

Maintenant que tu m'as affranchi de moi-même

Et que tu peux, maîtresse enfin du double emblème,

Descendre vers les serfs de la glèbe et des murs

Et, selon le vouloir des trois monstres obscurs,

Tendre le rameau d'or ou férir de l'épée.

L'HOMME disparaît sous les eaux immobiles, sous les eaux épaisses où ne

palpite aucune lueur. L'ERRANTE contemple longuement le lac d'ombre

monotone, puis marche, auréolée par la gloire du matin, vers les plaines

et vers les villes orientales, tandis que sa voix dans la solitude

chante les batailles futures.

La lyre héroïque et dolente · 第 37 / 136 题