L'ERRANTE

Je suis venue où le soir me conduit,

Par le soleil ou par la pluie aux larges gouttes,

Après des routes et des routes et des routes.

Quand je suivais la mer aux heures de reflux

Le sable de la grève a brûlé mes pieds nus;

Et ma chair a saigné de toutes les épines

A travers les fourrés, les ronces des ravines

Et les ajoncs aux rudes marges des marais.

Mais partout, aussitôt que la terre où j'errais

Portait empreinte sur l'argile ou sur l'arène

La trace des vivants, j'ai fui. Je sais la haine

Dont ils poursuivent la passante et sur mes yeux

Ont pesé trop souvent leurs poings injurieux

Pour que je m'aventure ayant vu leurs foulées.

Seuls parfois les palais des villes écroulées

Sous leurs porches déchus fraternels à mon sort

M'ont offert un sommeil puissant comme la mort.

La solitude ment où tu viens d'apparaître;

L'asile de repos que je croyais sans maître

Abrite hélas! ton âme fauve de vivant:

Je quitterai le seuil et le toit décevant

Où ton deuil autre que mon deuil se cache et pleure

L'ombre immense est hospitalière.

La lyre héroïque et dolente · 第 32 / 136 题