Je suis venue où le soir me conduit,
Par le soleil ou par la pluie aux larges gouttes,
Après des routes et des routes et des routes.
Quand je suivais la mer aux heures de reflux
Le sable de la grève a brûlé mes pieds nus;
Et ma chair a saigné de toutes les épines
A travers les fourrés, les ronces des ravines
Et les ajoncs aux rudes marges des marais.
Mais partout, aussitôt que la terre où j'errais
Portait empreinte sur l'argile ou sur l'arène
La trace des vivants, j'ai fui. Je sais la haine
Dont ils poursuivent la passante et sur mes yeux
Ont pesé trop souvent leurs poings injurieux
Pour que je m'aventure ayant vu leurs foulées.
Seuls parfois les palais des villes écroulées
Sous leurs porches déchus fraternels à mon sort
M'ont offert un sommeil puissant comme la mort.
La solitude ment où tu viens d'apparaître;
L'asile de repos que je croyais sans maître
Abrite hélas! ton âme fauve de vivant:
Je quitterai le seuil et le toit décevant
Où ton deuil autre que mon deuil se cache et pleure
L'ombre immense est hospitalière.