trésor de mes mérites était épuisé sans doute? Autrement, je ne
comprendrais pas ce qui est arrivé. (_Le roi se relève._) Et comment mon
époux s’est-il souvenu de la malheureuse Sacountalâ?
LE ROI.
Je te le dirai quand j’aurai fini d’arracher de mon cœur la flèche aiguë
du remords!
Ah! laisse-moi l’essuyer, cette larme,
Qui coulait sur ta lèvre en feu,
Quand, sourd, aveugle, enchaîné par un charme,
Je la méprisais comme un jeu!
Je la revois qui baigne de rosée
Tes yeux profonds aux noirs contours;
Ah! laisse-moi sur ta joue embrasée
Sécher sa trace pour toujours!
(_Il essuie ses larmes._)
SACOUNTALA, _voyant l’anneau au doigt du roi_.
L’anneau!... Le voilà, mon époux!
LE ROI.
Oui! Je l’ai retrouvé d’une façon miraculeuse... Et avec lui j’ai
retrouvé la mémoire.
SACOUNTALA.
C’est lui qui est coupable de tout! Il m’a manqué quand je cherchais à
te convaincre.
LE ROI, _lui tendant l’anneau_.
Liane charmante! pare-toi de ta fleur: le printemps est revenu!
SACOUNTALA.
La bague?... Et si j’allais la perdre encore?... Garde-la, mon époux!
* * * * *
MATALI, _entrant_.
Je viens te féliciter d’avoir retrouvé ton épouse et d’avoir vu enfin
ton fils.
LE ROI.
Je suis doublement heureux, car je dois mon bonheur à un ami. Mais Indra
en est-il instruit?
MATALI, _souriant_.
Rien ne lui est caché. Viens! Le vénérable Mârîtcha veut bien te
recevoir.
LE ROI.
Chère épouse, prends la main de notre fils, et conduis-moi auprès du
bienheureux.
SACOUNTALA.
Mais je n’ose me présenter devant mon vénérable maître à côté de mon
époux.
LE ROI.
Cette dérogation aux usages est permise dans un jour si heureux. Viens!
* * * * *
On voit paraître Mârîtcha, assis, avec Aditi à ses côtés.
MARITCHA, _regardant le roi_.
Fille de Dakcha!
C’est ce roi qui vainquit la horde sanguinaire
Des démons conjurés contre le ciel d’Indra:
Grâce à lui, notre fils, que son arc délivra,
Peut laisser dormir son tonnerre.
ADITI.
Son extérieur annonce déjà sa puissance.
MATALI.
Roi, voici le père et la mère des dieux! Vois le regard qu’ils arrêtent
sur toi: ils t’aiment comme un fils! Approche!
LE ROI.
O Mâtali! quel spectacle s’offre à mes yeux!
Majesté dont jamais nulle autre n’approcha!
Il est donc devant moi, ce couple tutélaire?
Le fils de Mârîtcha, la fille de Dakcha
Ont donné sa splendeur au soleil qui m’éclaire;
C’est par eux que le roi des dieux[91] fut engendré:
Tous deux ont pour aïeul Brahma, le grand ancêtre,
Et Vichnou, que Brahma révère, a voulu naître
De leur sang fécond et sacré!
[91] Indra.
MATALI.
Ce sont eux que tu vois.
LE ROI, _se prosternant_.
Douchanta, serviteur d’Indra, vous salue.
MARITCHA.
Mon fils, gouverne longtemps la terre!
ADITI.
Sois invincible! (_Sacountalâ se prosterne avec son fils._)
MARITCHA.
Ma fille!
Ton héroïque époux prend Indra pour modèle,
Et ton fils est pareil au divin Djayanta:
Nouvelle Paulomî[92], que le roi Douchanta
T’aime et t’honore autant que tu lui fus fidèle!
[92] Épouse d’Indra, mère de Djayanta.
ADITI.
Garde toujours l’estime de ton mari! Que ton fils vive pour être la
gloire des deux races dont il est né! Maintenant, asseyez-vous à nos
côtés. (_Tous s’assoient._)
MARITCHA, _les désignant l’un après l’autre_.
Ton épouse est la foi vivante; votre enfant
Est la richesse; en toi s’incarne la puissance:
Je le vois se dresser dans sa magnificence,
Ce groupe triomphant!
LE ROI.
Bienheureux! d’autres sèment les faveurs sur leurs pas: toi, tu te fais
précéder des tiennes.
L’orage gronde et l’éclair luit
Avant que l’eau du ciel s’épanche;
La fleur naît et meurt sur la branche
Avant la naissance du fruit;
La cause, par quelque présage,
Se révèle avant ses effets:
Pourtant, j’ai reçu tes bienfaits
Sans même avoir vu ton visage,
MATALI.
C’est à cela qu’on reconnaît la bonté du père et de la mère de toutes
les créatures.
LE ROI.
Bienheureux! j’avais épousé ta servante Sacountalâ selon le rite des
Gandharvas... Peu de temps après, elle me fût amenée par sa famille: je
l’ai reniée dans un moment d’égarement, et j’ai gravement offensé ton
fils Cannva! Plus tard, la vue d’un anneau m’a rappelé notre union. Tout
cela est étrange...
Ne reconnaître qu’à la trace
Ce qu’on vit passer sous ses yeux:
Mal profond et mystérieux,
Dont le souvenir seul me glace!
MARITCHA.
Rassure-toi! Tu n’es pas coupable. Tu étais soumis à une influence
funeste. Écoute!
LE ROI.
Je brûle de t’entendre.
MARITCHA.
Aditi a reçu Sacountalâ des mains de sa mère. Ménacâ, voyant son
désespoir après que tu l’eus méconnue, était descendue aux bains sacrés
des Apsaras et l’avait enlevée. En les voyant, j’ai voulu connaître ce
qui s’était passé, et je l’ai trouvé par l’effort de la méditation.
C’est une malédiction de Dourvâsas qui avait condamné l’infortunée à
être reniée par son époux, et l’effet de la malédiction devait cesser à
la vue de l’anneau de reconnaissance.
LE ROI, _à part, avec un soupir de soulagement_.
Ah! je suis pur du crime dont la pensée m’accablait.
SACOUNTALA, _à part_.
Maintenant, je suis vraiment heureuse! Ce n’est pas le cœur de mon époux
qui m’avait repoussée. Je croyais y rentrer, mais je n’en étais jamais
sortie. Cette malédiction, je ne l’avais pas entendue; ma pensée était
toute à lui, sans doute! Mais mes compagnes devaient la connaître. C’est
pour cela qu’elles m’avaient tant recommandé de lui montrer l’anneau.
MARITCHA.
Ma fille, tu sais tout: ne garde pas de ressentiment contre ton noble
époux.
Oui, quand il a semblé te bannir de son cœur,
Un charme enchaînait sa mémoire,
Et dès que son esprit s’est réveillé vainqueur,
Il t’a rendu toute ta gloire.
Quand un souffle ternit la face d’un miroir,
On n’y voit nul reflet paraître;
Le voile dissipé, c’est merveille de voir
L’image tout à coup renaître.
LE ROI.
C’est la vérité.
MARITCHA.
Mon enfant, es-tu content du fils que t’a donné Sacountalâ? Toutes les
cérémonies prescrites par la sainte loi ont été accomplies à sa
naissance et après: c’est moi qui y ai veillé.
LE ROI.
Bienheureux! il est l’espoir de ma race.
MARITCHA.
Il a le cœur d’un héros, et il aura l’empire du monde!
Ce enfant régnera sur les sept continents[93].
Point d’obstacle à son char: il saura le conduire
Sur les monts escarpés et dans les flots tonnants.
Nul ennemi n’aura la force de lui nuire.
L’ermitage effrayé l’a nommé Grand-dompteur!
Mais quand sa main tiendra ton sceptre héréditaire,
Il aura les vertus, le cœur d’un roi: la terre
Acclamera son Protecteur[94].
[93] Détail emprunté à la géographie mythologique.
[94] Plus exactement son «Porteur», en sanscrit _Bharata_. Bharata fut
l’ancêtre des héros du _Mahâbhârata_.
LE ROI.
Bienheureux! c’est toi qui l’as consacré: je puis tout espérer de lui.
ADITI.
Il faut instruire Cannva du bonheur de sa fille. Ménacâ n’est pas loin:
c’est elle qui me rendra ce service.
SACOUNTALA.
La bienheureuse a prévenu mon désir.
MARITCHA.
Cannva doit à ses austérités une pénétration merveilleuse: il sait déjà
tout. (_Après réflexion._) Cependant il est convenable qu’il reçoive de
nous la nouvelle de la réunion des deux époux et de leur fils. Holà!
quelqu’un!
UN DISCIPLE, _entrant_.
Maître, me voici!
MARITCHA.
Gâlava! prends le chemin des airs, et porte de ma part au vénérable
Cannva une heureuse nouvelle: Sacountalâ et son fils ont été délivrés de
la malédiction de Dourvâsas et reconnus par Douchanta.
LE DISCIPLE.
Le bienheureux sera obéi. (_Il sort._)
MARITCHA, _au roi_.
Toi, mon enfant, monte avec ton épouse et ton fils sur le char d’Indra,
ton divin ami, et retourne dans ton palais.
LE ROI.
A l’instant.
MARITCHA.
Et maintenant...
Qu’Indra goûte l’offrande à tes banquets pieux;
Que l’eau de la nuée à grands flots y réponde!
Et puisse l’amitié de la terre et des cieux
Durer pour le bonheur du monde!
LE ROI.
Je m’efforcerai de faire le bien.
MARITCHA.
Que désires-tu encore?
LE ROI.
Bienheureux! m’as-tu laissé quelque chose à désirer? Cependant, je ferai
encore ce vœu[95]:
[95] Une prière analogue termine toutes les pièces indiennes.
Puissé-je en mes États voir, avant que je meure,
Le juste triomphant, le savant respecté!
Et toi, Siva, mon Dieu! daigne à ma dernière heure
Absorber tout mon être en ton immensité!
APPENDICE
PASSAGES SUPPRIMÉS[96]
[96] Les strophes traduites en prose sont distinguées par l’emploi des
caractères italiques.
ACTE PREMIER
--Page 15.
«Révèlent un chemin qui conduit au lavoir.»
Et de plus,
_Des bassins sont creusés au pied des arbres, et les racines trempent
dans l’eau agitée par le vent; la fumée des offrandes de beurre ternit
l’éclat des jeunes pousses; les petits des gazelles sont sans défiance,
et s’avancent doucement à notre rencontre sur le sol de ce bosquet dont
ils ont tondu le gazon[97]._
[97] Strophe supprimée comme faisant double emploi avec la précédente.
ACTE II
--Page 50.
«Ne seras-tu pas à mes côtés?»
MADHAVYA.
Alors me voilà devenu ton garde des roues[98]!
[98] Plaisanterie assez froide en français, et inintelligible sans
note: le garde des roues est celui qui accompagne le char à pied, en
coureur.
ACTE III
--Page 54.
«Ni mon cœur de l’aimer!»
O Amour! tes flèches sont des fleurs: pourquoi donc font-elles tant de
mal? (_Après réflexion._) Ah! je le sais!
_C’est le feu de la colère de Siva qui, aujourd’hui encore, couve en toi
comme le feu sous-marin au fond des flots[99]: autrement, ô Amour,
pourrais-tu brûler ainsi mes pareils, toi que le dieu a réduit en
cendres[100]?_
[99] C’est un mythe indien.
[100] Le dieu de l’amour «aux flèches de fleurs» a été consumé par le
feu sorti de l’œil de Siva, et depuis ce jour, il est «sans corps».
Douchanta suppose ici, pour expliquer ses «brûlures», que ce feu
couve encore sous la cendre de l’Amour.
Toi et la lune, avec votre apparente douceur, vous trompez bien les
amants!
_On dit que tes flèches sont des fleurs, et que la lune a de froids
rayons. L’aventure de mes pareils est la preuve du contraire: les froids
rayons de la lune versent des flammes, et de tes flèches de fleurs tu
fais autant de foudres._
Et cependant,
_Quoique l’Amour m’inflige des tortures sans trêve, je ne puis le
maudire quand il me fait brûler pour elle, la belle aux grands yeux qui
enivrent[101]!_
[101] On pourrait regretter cette strophe; mais, sans les trois
autres, elle n’avait plus de raison d’être.
O Amour, tu n’entends donc pas mes plaintes? Quoi! pas de pitié pour
moi?
_Je t’ai nourri[102] de mes pensées incessantes, et voilà comme tu me
récompenses! Est-ce contre moi que tu devrais tendre jusqu’à ton oreille
la corde de ton arc? Est-ce sur moi que tu devrais décocher tes
flèches?_
[102] Après cela, il semble qu’on puisse tirer l’échelle. Mais les
traits de ce genre ne sont pas rares dans la poésie indienne, sinon
chez Câlidâsa, au moins chez la plupart de ses confrères.
--Page 57.
«Tu souffres trop!»
LE ROI.
C’est la vérité!
_Ses bracelets, faits de racines de lotus, étaient blancs comme les
rayons de la lune; ils sont noircis[103] maintenant, et trahissent la
fièvre qui la brûle._
[103] Le détail est peu gracieux.
--Page 61.
«Qu’a-t-elle à craindre?»
Et encore:
_Celui dont tu crains, bien à tort, les mépris, ô belle! est là qui
brûle de s’unir à toi. Ce n’est pas d’ordinaire la perle qui cherche le
pêcheur, mais le pêcheur qui cherche la perle[104]._
[104] Double emploi. Dans le sanscrit, ce n’est pas seulement l’idée
de la première stance, ce sont les mots mêmes que la seconde
reproduit en grande partie.
--Page 67.
«Et me fait désirer ce que je ne dois pas.»
LE ROI, _à part_.
_Les jeunes filles, même quand elles aiment, résistent ainsi aux prières
de leurs bien-aimés. Elles brûlent de s’unir à eux; mais elles n’osent
se donner. Ce n’est plus l’Amour qui les torture: il a levé pour elles
tous les obstacles. Ce sont elles qui, par leurs retards, torturent
l’Amour même[105]._
[105] Cette analyse, assez déplacée dans la bouche du roi qui, en
somme, n’est pas un Don Juan, ne se retrouve pas dans l’autre
recension.
(_Sacountalâ s’éloigne._)
--Page 68.
«On peut nous voir ici.»
(_Il laisse aller Sacountalâ et revient sur ses pas._)
SACOUNTALA. (_Elle fait un pas et se retourne. Avec abattement._)
Fils de Pourou! j’ai résisté à ton désir; j’ai seulement consenti à
t’entendre: ne m’oublie pas, pourtant!
LE ROI.
O belle!
_C’est en vain que tu pars; tu ne sors pas de mon cœur. Telle, à la fin
du jour, l’ombre s’éloigne de l’arbre sans en quitter le pied._
SACOUNTALA, _après avoir fait de nouveau quelques pas, à part_.
Hélas! quand je l’entends, mes pieds refusent de me porter. Eh bien! je
vais me cacher derrière cette touffe d’amarantes, et je verrai s’il
m’aime vraiment. (_Elle se cache._)
LE ROI.
O ma bien-aimée! mon cœur est plein de toi seule: comment peux-tu
mépriser mon amour et m’abandonner?
_Avec un corps si délicat qu’il faudrait lui épargner les caresses, tu
as donc un cœur dur comme la tige du Sirîcha?_
SACOUNTALA.
Après avoir entendu cela, je n’ai pas la force de m’éloigner.
LE ROI.
Je n’ai plus rien à faire en ce lieu quand ma bien-aimée l’a quitté.
(_Regardant devant lui._) Mais je me sens brusquement arrêté.
_Voici devant moi son bracelet de racines de lotus; il est tombé de son
bras, et il est encore tout parfumé de l’onguent d’Ousîra qui couvrait
son sein: c’est une chaîne qui retient non cœur prisonnier._
(_Il le ramasse avec précaution._)
SACOUNTALA, _regardant son bras_.
Ah! mon bras ne peut plus retenir un bracelet: je n’ai pas senti tomber
celui que je portais.
LE ROI, _plaçant sur son cœur le bracelet de racines de lotus_.
Frisson délicieux!
_Cette gracieuse parure, ô ma bien-aimée, a quitté ton bras charmant;
elle est là, et c’est elle, tout insensible qu’elle est, qui me console
dans ma douleur, lorsque toi, tu m’abandonnes!_
SACOUNTALA.
Non! je ne puis résister plus longtemps! Voilà justement une occasion de
me montrer. (_Elle s’approche._)
LE ROI, _en la voyant, avec joie_.
Ah! voici la maîtresse de ma vie! A peine ai-je achevé ma plainte que le
destin me témoigne sa pitié.
_De sa gorge desséchée par la soif, l’oiseau[106] arrache un cri de
détresse: il demandait de l’eau, et l’eau du nuage vient tomber dans son
bec ouvert[107]._
[106] Oiseau légendaire qui passe pour ne boire que les gouttes de
pluie. Voir p. 160, note 77.
[107] Toute cette partie de la scène, et ce qui suit encore jusqu’à la
page 71: «Oiseaux fidèles, séparez-vous», manque dans l’autre
recension. Nous n’avons pas cru devoir sacrifier la fin, qui s’y
trouve réduite à une seule strophe.
SACOUNTALA, _arrivant devant le roi_.
Seigneur, je me suis aperçue en chemin, etc.
--Page 69.
«Frisson délicieux!»
_L’Amour est un arbre: le feu de la colère de Siva l’avait brûlé[108];
mais le destin fait pleuvoir la liqueur d’immortalité, et voilà que
l’arbre consumé pousse de nouvelles branches._
[108] Voir ci-dessus, page 186, note 100.
ACTE IV
--Page 80.
«Se recueille et pense à l’absent.»
_Les premiers rayons du matin colorent la rosée qui baigne les
jujubiers; le paon se réveille et s’envole du toit de chaume de la
hutte; l’antilope se lève brusquement du bord de l’autel où s’est
imprimé son pied fourchu: elle s’étire, baisse le cou et dresse le
dos[109]._
[109] Cette jolie description n’a que le tort d’être un hors-d’œuvre
après deux stances où le poète fait une allusion évidente à la
situation de l’héroïne.
_La lune avait foulé le sommet du mont Mérou, le roi des monts; elle
avait traversé, en illuminant les ténèbres, le second séjour de Vichnou:
voilà qu’elle tombe du ciel; ses rayons s’effacent; même pour les plus
nobles des êtres, la chute est près du triomphe[110]._
[110] Double emploi avec la première strophe de la page 80.
--Page 90.
«La forêt tout entière est en deuil.»
Vois plutôt
_La gazelle laisse tomber sa bouchée de gazon; le paon renonce à la
danse[111]; les lianes s’affaissent et laissent pendre leurs feuilles
pâlies._
[111] La danse du paon est un des lieux communs de la poésie
descriptive des Hindous.
--Page 90.
«Vous l’aimerez comme vous m’avez aimée.»
CANNVA.
Ma chère enfant,
_Je rêvais de te donner un époux digne de toi: tu as su le trouver
toi-même. C’est son tour maintenant: libre de souci pour ton bonheur, je
la marierai à ce manguier qui croît près d’elle._
Maintenant reprends ta route.
--Page 91.
«(_Ils se remettent tous en route._)»
SACOUNTALA.
Mon père, je pense aussi à cette antilope qui ne quitte pas les environs
de la hutte: elle est pleine; quand elle aura mis bas, faites-moi savoir
l’heureuse nouvelle. Surtout, ne l’oubliez pas[112].
[112] Nous n’aurions pas sacrifié ce trait, s’il ne nous avait paru
faire une sorte de double emploi avec la petite scène suivante.
CANNVA.
Compte sur moi, mon enfant.
--Page 91.
«Du courage!»
Fais attention à tes pas.
_Sois ferme; retiens les larmes qui baignent tes longs cils; elles
t’empêchent de voir; et tes pieds heurtent les aspérités du chemin._
--Page 92.
«(_Il réfléchit._)»
ANOUSOUYA.
Chère amie, il n’y a pas dans notre ermitage un seul être vivant que ton
départ ne plonge dans la tristesse. Vois!
_La femelle du Tchacravâca l’appelle sous la feuille de nymphéa qui la
cache; mais l’oiseau ne lui répond pas: c’est toi qu’il regarde, en
laissant tomber sa becquée de racines de lotus._
ACTE VI
--Page 132.
«Sous les fleurs du manguier charmant.»
_C’est quand l’anneau m’a rendu la mémoire, c’est quand je pleure, en
proie au remords d’avoir indignement repoussé ma bien-aimée, que je vois
arriver le mois des fêtes et des parfums enivrants[113]._
[113] Double emploi.
--Page 142.
«Elle s’attaque au lotus de son visage.»
LE ROI.
Chasse donc cet audacieux insecte!
MADHAVYA.
Mais c’est ton métier, à toi, d’apprendre à vivre aux coquins.
LE ROI.
Tu as raison. Allons! hôte bienvenu des lianes fleuries, pourquoi te
fatigues-tu à voltiger autour d’elle?
_Vois! ton amante est là, posée sur une fleur, elle est altérée de ses
sucs; mais elle t’aime, elle t’attend et ne veut pas faire son miel sans
toi._
MISRAKÉSI.
Il s’y prend poliment!
MADHAVYA.
C’est une race bien entêtée!
LE ROI, _en colère_.
Ah! tu ne veux pas m’obéir! Eh bien! écoute!
J’ai connu sa lèvre rose, etc.
MADHAVYA.
Tes châtiments sont pourtant terribles! Et elle n’a pas peur! (_A part,
en riant._) Il est complètement fou, et je le deviens moi-même dans sa
société.
LE ROI.
Comment! j’ai beau la renvoyer! Elle est toujours là!
MISRAKÉSI.
Voilà donc ce que l’amour peut faire, même d’un sage!
MADHAVYA, _haut_.
Dis-moi, tu sais que c’est une peinture que tu as devant les yeux?
LE ROI.
Comment! une peinture?
MISRAKÉSI.
Moi-même, je m’y étais trompée un instant. N’est-il pas naturel qu’il ne
voie, lui, que son rêve?
LE ROI.
Pourquoi es-tu si cruel envers moi?
_Je la voyais... J’étais heureux_, etc.[114]
[114] On nous excusera sans doute d’avoir abrégé une pareille scène.
ACTE VII
--Page 170.
«Vois le bel oiseau!»
L’ENFANT, regardant autour de lui.
Où est-elle maman[115]? (_Toutes les deux se mettent à rire._)
[115] Il y a là un jeu de mots qui est intraduisible,... heureusement.
On peut en donner l’idée en remplaçant le mot «oiseau» par le
sanscrit _çakunta_, et en faisant dire à la religieuse: «Vois ce
beau sacounta-là!» Que le lecteur nous pardonne!
PREMIÈRE RELIGIEUSE.
C’est la ressemblance des sons qui l’a trompé. Sa mère le gâte tant!
DEUXIÈME RELIGIEUSE.
«Vois le joli paon!» C’est là ce qu’on te disait.
LE ROI, _à part_.
Comment! Sa mère s’appelle Sacountalâ! Mais bien des femmes portent le
même nom. Oh! si j’étais trompé par un mirage! Si tout cela devait finir
en me laissant à mon désespoir!
L’ENFANT.
Ma bonne sœur, votre paon est bien joli, etc.
IMPRIMÉ PAR JOUAUST ET SIGAUX
POUR LA
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE CLASSIQUE
PARIS, 1884
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE CLASSIQUE
A 3 francs le volume
Outre le tirage ordinaire à 3 fr. le volume, nous avons fait un tirage
numéroté de 500 exemplaires sur papier de Hollande (à 5 fr.), et de 30
sur pap. de Chine et 30 sur pap. Whatman (à 10 fr.).
Aux amateurs du GRAND PAPIER nous offrons un _tirage spécial_ format
in-8º, de 170 exemplaires sur pap. de Hollande (à 20 fr.), 15 sur pap.
de Chine et 15 sur pap. Whatman (à 35 fr.), avec couvertures repliées.
Ce tirage est orné des PORTRAITS des auteurs publiés, _que contiennent
seuls les exemplaires en grand papier_.
NOTA.--Nous n’avions admis jusqu’à présent dans notre collection que des
œuvres d’écrivains français. Nous abordons aujourd’hui la littérature
étrangère en publiant le drame de _Sacountalâ_, traduit par MM. Abel
Bergaigne et Paul Lehugeur.
EN VENTE
RÉGNIER, _Satires_, publ. par Louis Lacour.--1 vol.
MONTESQUIEU, _Grandeur et Décadence des Romains_, publ. par G.
Franceschi.--1 vol.
BOILEAU, publ. par P. Chéron.--2 vol.
HAMILTON, _Mémoires de Grammont_, publ. par M. de Lescure.--1 vol.
REGNARD, _Théâtre_, publ. par G. d’Heylli.--3 vol.
SATYRE MÉNIPPÉE, publ. par Ch. Read.--1 vol.
P. L. COURIER, _Œuvres_, avec préface par F. Sarcey.--3 vol.
MALHERBE, _Poésies_, publ. par P. Blanchemain.--1 vol.
CORNEILLE, _Théâtre_, avec préface par V. Fournel.--5 vol.
DIDEROT, _Œuvres choisies_, préface par Paul Albert.--6 vol.
CHAMFORT, _Œuvres choisies_, publ. par M. de Lescure.--2 vol.
RIVAROL, _Œuvres choisies_, publ. par M. de Lescure.--2 vol.
RACINE, _Théâtre_, préface de V. Fournel.--3 vol.
LA ROCHEFOUCAULD, _Maximes_, publ. par J. Thénard.--1 vol.
LA BRUYÈRE, _Caractères_, avec préface de L. Lacour.--2 vol.
MOLIÈRE, _Théâtre_, publ. par D. Jouaust et G. Monval.--8 vol.
BOSSUET, _Oraisons funèbres_, publ. par Arm. Gasté.--1 vol.
Sous presse: _Poésies d’André Chénier_,--_Rabelais_,--_Montaigne_.
Avril 1884.