On voit que ces damnées vieilles femmes avaient une réponse prête à

tout. Une pénible incertitude régnait dans tout le quartier, et l'on

cherchait à deviner les secrètes intentions de Mlle Rose Chardon.

V

COUP D'ŒIL JETÉ AU FOND DU CŒUR DES FEMMES

Elle-même les connaissait-elle?

Qui pourra jamais savoir ce que pense une femme placée entre ses

sentiments et ses instincts, entre son cœur et sa fortune! D'abord elle

dit non à la fortune.

La première fois elle crie très-fort, la seconde fort seulement, la

troisième à voix haute, la quatrième elle parle comme à l'ordinaire, la

cinquième à demi-voix, la sixième à voix basse, puis elle murmure, puis

elle se tait. La fortune revient à la charge.

Elle murmure un oui, elle le répète à voix basse, puis à demi-voix,

puis d'un ton ordinaire, puis à voix haute, ensuite fort, très-fort,

excessivement fort.

Voilà comment la femme fait son choix.

La jeunesse, la beauté, l'esprit, les qualités de l'âme et de

l'intelligence, tout cela commence par paraître fort beau, mais le

luxe, l'éclat, le rang, le titre, ne sont pas à dédaigner non plus;

on les méprise de loin, la perspective change dès qu'on peut les

atteindre. Le sacrifice coûte quelques soupirs, il est vrai, mais le

feu des diamants sèche bien vite toutes les larmes.

La vanité fait taire l'amour, et comment ne pas être vaine quand on

possède les charmes de Mlle Rose Chardon?

Aussi les vieilles commères du quartier avaient-elles bien raison de

dire, en voyant un jour la belle lingère repousser dédaigneusement les

galanteries du marquis Annibal-Astolphe-Tancrède:--Elle a beau faire,

elle y viendra.

VI

OU LE MARQUIS TRIOMPHE

Elle y vint en effet.--Où donc?--Chez le marquis, un soir, à la brune;

on la fit entrer par la petite porte du parc. Dans la nuit, ils

partirent ensemble pour l'Italie.

Il y a des femmes, et ce ne sont ni les moins spirituelles, ni les

moins jolies, que la niaiserie, la sottise fascinent. Ces deux qualités

doivent, il est vrai, être accompagnées de beaucoup d'argent. Mlle

Chardon était sans doute au nombre de ces femmes.

Le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède, malgré les criailleries de la

branche aînée et de la branche cadette de la noble maison de l'Asnerie,

épousa la lingère. Il s'était entiché de sa mésalliance.

VII

UN BEL EXEMPLE DE MODÉRATION

Nous devons dire que les vieilles du quartier n'abusèrent point de

leur victoire; elles ne crièrent point par-dessus les toits, et se

contentèrent de dire aux jeunes:--Eh bien! qu'en pensez-vous?

VIII

LE DÉSESPOIR D'UN PETIT CLERC

Lilio s'arracha les cheveux, et déclara à son patron qu'il voulait

s'engager dans les grenadiers du roi.

Il se disait, en se promenant tout seul dans sa petite

chambre:--J'aurais bien mieux fait, puisque je pouvais choisir, de

prendre sur la terre la forme féminine; j'aurais mis des fleurs dans

mes cheveux, des fleurs à ma ceinture, et l'on m'aurait aimée.

A quoi me sert d'être Lilas frais et parfumé, si on me dédaigne, si les

lingères me préfèrent un imbécile, un animal, un âne, comme ce marquis?

Lilio ne connaissait pas la fleur à laquelle il s'était adressé; il

n'aurait pas été si étonné de son choix. Le chardon a toujours été fait

pour les... marquis.

IX

LA MARQUISE

Au bout d'un an de mariage, la marquise de l'Asnerie s'aperçut que son

mari était avare, ignorant, grossier, sensuel. Malgré ses titres, le

bout de l'oreille du manant perçait toujours.

Un procès qu'on lui intenta prouva, en effet, qu'il n'était point fils

de son père; qu'il n'était qu'un enfant de paysan que le marquis de

l'Asnerie avait introduit dans sa famille pour frustrer ses véritables

héritiers.

Mlle Chardon en fit une maladie. Maintenant elle plaide en séparation

contre son mari.

[Illustration: ÉGLANTINE]

LA VÉRITÉ SUR CLÉMENCE ISAURE

LES dieux et les hommes me sont témoins que je n'ai jamais sollicité

les faveurs de la muse toulousaine; je suis pur de toute pièce envoyée

au concours des jeux Floraux. On ne pourra donc m'accuser ni d'envie ni

de dépit, si je dis la vérité sur Clémence Isaure.

On a vu au commencement de ce livre qu'en quittant le domaine de la

Fée aux Fleurs, l'Églantine manifesta l'intention bien arrêtée de se

faire femme de lettres.

Cette profession était tombée en discrédit, et on ne se souvenait

guère que par tradition du temps où il existait des femmes de lettres,

lorsque l'Églantine arriva en Gascogne. Ce pays lui plut naturellement,

et elle se fixa à Toulouse, capitale des troubadours.

Jeune, belle, riche, elle obtint tout de suite un grand succès; ses

salons ne désemplissaient pas; on la citait pour son esprit, son bon

goût, l'éclat de sa parure. Comme il faut que toute femme de lettres

ait sa manie, elle ne se montrait en public que chaussée de bas couleur

d'azur.

De là le nom de bas-bleu qu'on a donné par la suite à toutes les

personnes du beau sexe qui s'occupent de poésie et de littérature.

Comme un seul nom ne lui suffisait pas, elle s'appela Clémence Isaure.

Les journaux n'ayant pas encore été inventés, l'Églantine, autrement

dit Clémence Isaure, n'eut pas le bonheur de voir paraître chaque matin

le résultat de ses inspirations de la veille. Elle se contentait de

lire ses productions à ses amis. A cette époque, on se réunissait déjà

pour écouter des petits vers. On ne sait pas ce qui remplaçait le thé

et les sandwichs.

C'est dans cette réunion intime qu'elle puisa la première idée d'une

académie. Elle en fut détournée par son mariage, qui eut lieu vers

cette époque.

Clémence Isaure épousa Lautrec, jeune et beau cavalier qui l'aimait

passionnément, et qui, pour devenir son mari, brava la malédiction

paternelle.

Quelques mois après, Lautrec en était à se repentir. Clémence Isaure

voulait qu'il s'occupât des soins du ménage, qu'il comptât avec la

cuisinière, avec la blanchisseuse, avec le boucher, avec l'épicier,

avec tous les fournisseurs.

Un moment Lautrec se consola en songeant qu'il allait devenir père.

Hélas! ce titre fut pour lui un nouveau surcroît de chagrin et de

désespoir. Clémence Isaure lui laissait tout le soin du marmot: c'était

à lui à le débarbouiller, à le bercer, à le garder. Clémence Isaure

émit la première cette pensée, aussi ingénieuse que profonde: Un mari

est une bonne donnée par le Code civil.

Lautrec mourut jeune; les uns disent de fatigue et de chagrin, les

autres d'une fluxion de poitrine.

Quoi qu'il en soit, Clémence Isaure le pleura et composa une magnifique

épitaphe en vers gascons, pour orner la tombe de son mari.

Au bout de six mois, cette veuve inconsolable voulut se remarier; mais

l'exemple du jeune et beau Lautrec effraya les plus hardis. Pour se

consoler des ennuis du veuvage, Clémence Isaure, libre de tout soin,

fonda alors la célèbre académie des jeux Floraux, qui subsiste encore

de nos jours.

Elle voulut que l'auteur du plus beau morceau de poésie fût décoré

d'une églantine d'or: elle-même se donnait en prix.

Depuis cette époque, l'Églantine a subi mille métempsycoses. Elle a

habité tour à tour le corps de Marguerite de Navarre,

De Mme Du Deffant,

De Mme de Staël.

Quelquefois elle a choisi des personnalités moins illustres. Sous

l'Empire, elle s'appelait Mme Babois;

Sous la Restauration, elle signait: _la Contemporaine_.

Nous ne vous dirons pas sous quel nom elle est connue maintenant.

Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.

Il y a des gens qui maudissent l'Églantine, mère de tous les bas-bleus.

Franchement, ils ont tort: que deviendraient les poètes incompris,

s'ils n'avaient le cœur d'un bas-bleu pour les consoler?

D'autres prétendent qu'on calomnie l'Églantine, en disant que cette

jolie et charmante fleur représente la poésie. Eh! mon Dieu, oui! la

poésie des bas-bleus, fleur agréable dans sa jeunesse, fruit fade et

ridicule dans sa vieillesse.

[Illustration]

[Illustration: CAPUCINE]

LE COUVENT DES CAPUCINES

I

SOUS LA CHARMILLE

A MIDI, la chaleur est si forte sous le beau ciel de Séville,

que marchands, soldats, nobles, prêtres, chanoines, archevêques,

religieuses, abbesses, même le grand inquisiteur, tout le monde fait la

sieste.

Seules, deux jeunes filles du couvent des Capucines ne se livraient pas

au sommeil.

Assises sous une charmille au fond du jardin du cloître, elles

causaient à voix basse. Mais de quoi, je vous le demande, peuvent

causer deux capucines, quand tout le monde dort, quand il fait si chaud?

De ce qui tient les jeunes cœurs éveillés, de ce qui leur fait oublier

la chaleur, la froidure, le vent et le soleil, de fêtes, de plaisirs,

de promenades en plein air, de danses, de liberté.

Il se pourrait bien aussi qu'elles parlassent d'autre chose, mais nous

n'en sommes pas assez sûrs pour l'affirmer.

--Je ne puis vivre plus longtemps ici, disait sœur Carmen.

--Je mourrai si on ne me retire pas du couvent, s'écriait sœur Inès.

Rien qu'à voir les deux religieuses, on s'apercevait bien vite qu'en

effet la vie du couvent ne pouvait leur convenir.

Les yeux de Carmen lançaient des flammes; ceux d'Inès étaient humides

de langueur; les pieds et les mains de Carmen auraient été les plus

beaux du monde sans les pieds et les mains d'Inès. Notre enthousiasme

nous entraînerait trop loin si nous faisions le détail de leurs autres

charmes.

Sœur Carmen et sœur Inès reprirent ainsi leur conversation:

--Le jour, j'ai comme des vertiges à la tête, et, la nuit, je ne puis

dormir.

--Moi, je fais des rêves affreux.

--Oh! dis-moi tes rêves?

--Il me semble que j'entends le bruit d'une guitare sous la fenêtre de

ma cellule, et une voix qui m'appelle Inès! Inès!

--Ma chère sœur, j'ai fait le même rêve la nuit dernière.

--Si, en effet, un homme venait sous nos fenêtres!

--Si c'était le diable! On dit qu'il rôde toujours autour des couvents.

--Tu as raison, c'est lui qui nous envoie ces mauvaises pensées.

--Il faut tout dire à notre confesseur.

--En attendant, prions notre patronne, afin qu'elle éloigne de nous le

tentateur.

Et les deux sœurs furent s'agenouiller dévotement au pied d'une croix

placée au milieu du jardin.

II

SŒUR GUIMAUVE

La sœur infirmière était descendue au jardin pour cueillir des simples

dont elle avait besoin pour ses malades.

Il faut vous dire que cette infirmière n'était autre que la Guimauve.

Sur la terre, elle n'avait cherché qu'à développer ses instincts de

bienfaisance. Longtemps elle avait exercé l'état de garde-malade.

Préparer des tisanes était son suprême bonheur. Souvent, lorsqu'elle se

promenait dans la campagne, si elle rencontrait une sauterelle accablée

par la chaleur, faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille

tapie dans les joncs, elle trouvait que la sauterelle et la grenouille

avaient l'air d'être malades, et elle les emportait au logis pour les

soigner. Elle poussait le dévouement jusqu'à la monomanie.

Lasse du monde, où, disait-elle, personne ne se croyait malade, elle

s'était retirée dans un couvent, où on lui avait donné la direction en

chef de l'infirmerie, emploi fort important dans un lieu où, ne sachant

comment tuer le temps, on le passe souvent à se croire malade. Aussi la

Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.

[Illustration: GUIMAUVE]

Comme la panacée, son remède universel était la guimauve, qu'elle

voulait qu'on prît sous toutes les formes, tisane, pâte, etc., etc.;

les jeunes religieuses l'appelaient en riant sœur Guimauve: ce surnom

avait fini par lui rester.

Sœur Guimauve aperçut les religieuses en prières.

--Ne vous dérangez pas, mes chères enfants, leur dit-elle, continuez

votre oraison; je viens inspecter mon petit domaine. Ah! ces maudites

capucines, elles ne fleuriront donc jamais!

Elle montrait en même temps une magnifique bordure de ces plantes dont

on voyait seulement poindre les boutons.

III

LE MUGUET

Parbleu! se disait un jeune et fringant cavalier en se mirant dans sa

glace, j'ai fort bien fait de changer de sexe. Il faut avouer que je

m'ennuyais joliment, lorsque, danseuse à l'Opéra, je passais mon temps

à exécuter des pas de deux en compagnie de la Campanule. Était-ce pour

cela que j'avais quitté le jardin de la Fée aux Fleurs?

Maintenant, j'ai un chapeau à plumes, un pourpoint de satin, un manteau

de velours, des bouffettes à mes souliers, une rapière à mon côté et

un nœud de rubans sur l'épaule. On m'appelle don Guzman; je souris aux

belles, je leur envoie des billets doux; voilà la seule, la véritable

existence du Muguet.

Après ce monologue, don Guzman tira sa montre enrichie de brillants.

--Onze heures! s'écria-t-il, où irai-je entendre la messe aujourd'hui?

IV

LA LETTRE

Après avoir passé en revue toutes les églises de Séville, don Guzman se

décida pour l'église des Capucines. Les religieuses venaient entendre

la messe dans une chapelle particulière. Elles n'étaient séparées, du

reste des fidèles que par une grille. Don Guzman avait remarqué que

les sœurs Capucines étaient les plus jolies religieuses de Séville, et

il ne manquait pas, toutes les fois qu'il venait à leur église, de se

placer à côté même de la grille.

Ce jour-là, le hasard voulut que sœur Carmen fût placée au premier

rang, à l'angle de la chapelle même, contre l'endroit de la grille où

était adossé don Guzman.

Celui-ci regarda la religieuse, et elle baissa les yeux; il la regarda

encore, et vit qu'elle rougissait. Il n'en demandait jamais davantage.

Comme, pour être prêt à toutes les éventualités, il avait toujours ses

poches garnies de déclarations diversement rédigées, selon le rang

des personnes auxquelles il s'adressait, il fouilla dans sa poche aux

religieuses, et il en tira une lettre qu'il laissa tomber adroitement

sur les genoux de Carmen, sans que personne s'en aperçût.

Dans cette lettre, il proposait à Carmen de l'enlever. Si elle y

consentait, elle n'avait qu'à se trouver à minuit à la petite porte du

couvent.

V

LES CAPUCINES

Pour peu qu'on connaisse la botanique, on sait que les capucines sont

des fleurs à passions ardentes. Éclatantes le jour, on les voit la

nuit s'entourer d'une auréole d'étincelles phosphorescentes. Quelle

idée leur avait fait choisir de préférence la vie claustrale? C'est ce

qu'on ne peut deviner, à moins qu'elles n'aient été entraînées par une

similitude de noms.

Carmen et Inès étaient deux Capucines. L'ennui qu'elles éprouvaient au

couvent n'étonnera personne.

Quelque bonnes résolutions qu'elles eussent puisées au pied de la

croix, elles ne suffirent pas à les protéger contre la lettre de don

Guzman.

Carmen la montra à Inès.

Après mille réflexions, mille hésitations que nous épargnons au

lecteur, Carmen et Inès résolurent de fuir ensemble. Cela leur était

facile, attendu l'indulgence de la mère abbesse, qui n'enfermait que

les novices dans leurs cellules. Quant à la clef de la petite porte du

jardin, elles savaient où la prendre chez la tourière, qui s'endormait

régulièrement à neuf heures et qui ne se réveillait que le lendemain

matin, quoi qu'il pût survenir au couvent. Il y a des sommeils qui

protégent l'innocence.

VI

UN CHANGEMENT DE DESTINATION

Aucun nuage n'obscurcit le ciel, le vent ne mugit point sourdement, la

lune ne se voila pas lorsque les deux fugitives franchirent les murs du

couvent. Nous voudrions bien dire que minuit sonnait à l'horloge de la

vieille tour, mais le fait est qu'il n'y avait au couvent des Capucines

ni tour ni horloge.

Don Guzman attendait Carmen à quelques pas d'une chaise de poste.

En voyant les deux jeunes filles, la surprise l'arrêta.

--C'est ma sœur, lui dit Carmen à voix basse; vous nous protégerez

toutes les deux.

L'affaire se complique, pensa le Muguet, mais enfin il faut se résigner.

--Où voulez-vous que je vous conduise?

Les deux sœurs se regardèrent.

--Nous n'y avons pas pensé, répondirent-elles d'un ton timide.

--Vous fiez-vous entièrement à moi, belle Carmen?

--Il le faut bien, seigneur don Guzman.

--Eh bien, alors, montez en voiture.

Il entra en voiture après elles.

--Pablo, cria-t-il au postillon au moment de fermer la portière, au...

--Au jardin de la Fée aux Fleurs, fit une voix inconnue, en achevant la

phrase commencée.

Et les chevaux, comme s'ils avaient des ailes, emportèrent la voiture,

qui disparut dans l'espace.

Le moment était venu de faire rentrer les fugitives au bercail, et la

Fée aux Fleurs commençait sa tournée dans ce but.

Comme la Guimauve ne faisait que du bien sur la terre, elle résolut de

ne la rappeler que la dernière.

[Illustration]

[Illustration: PRIMEVÈRE, PERCE-NEIGE]

DUETTINO

LE PERCE-NEIGE

ET

LA PRIMEVÈRE

LE PERCE-NEIGE.--Primevère! Primevère! réveille-toi.

LA PRIMEVÈRE.--Qui m'appelle?

LE PERCE-NEIGE.--C'est Perce-Neige, ton ami, qui a froid et qui

voudrait se réchauffer à ton haleine!

LA PRIMEVÈRE.--Pourquoi ai-je dormi si longtemps? Il fait si bon

respirer la brise printanière, voir l'herbe verte, sentir la tiède

odeur des bourgeons, se mirer dans le clair ruisseau!

LE PERCE-NEIGE.--Sans moi, tu dormirais encore, c'est à moi que tu dois

les sourires de cette riante matinée d'avril. Si tu savais comme tu

es jolie dans ton petit corsage blanc, comme tes joues sont fraîches,

comme tu t'inclines gracieusement sous la brise qui t'effleure! Penche

vers moi ta corolle, et laisse-moi te donner un baiser.

LA PRIMEVÈRE.--Le printemps n'aime pas l'hiver; la jeunesse n'aime pas

la vieillesse. Tu vas mourir et tu parles d'aimer!

LE PERCE-NEIGE.--Mes forces se sont épuisées à percer les dures neiges

de l'hiver; mais ton parfum me ranime, Primevère; l'amour me fera

revivre.

LA PRIMEVÈRE.--N'entends-tu pas dans l'air comme un battement d'ailes

invisibles! Il arrive, le jeune Zéphire; c'est lui que je veux aimer,

c'est lui qui aura mon premier baiser.

LE PERCE-NEIGE.--J'ai fleuri jusqu'à ce jour malgré la glace; je sens

venir le printemps. Me faudra-t-il mourir sans entendre le doux chant

des oiseaux, sans sentir la chaleur vivifiante du soleil et de l'amour?

LA PRIMEVÈRE.--Les vieillards ne sont faits ni pour le soleil ni pour

l'amour; l'air chaud du printemps et des passions brise leur poitrine

débile. Malheur à celui qui aime trop tard!

Pendant qu'elle parlait, Zéphire planait sur la Primevère! haleine et

parfum, tout se confondit. Le vent, ému de ce baiser, passa sur la tête

du Perce-Neige! il mourut tué par la première brise.

[Illustration]

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME

PAGES.

Introduction, par ALPH. KARR. 1

La Fée aux Fleurs. 9

Histoire d'une bergère blonde. 17

Comment le poète Jacobus crut avoir trouvé

le sujet d'un poème épique. 39

GHASEL.--La Fleur préférée. 65

Une Malice de la Fée aux Fleurs. 69

LIED.--La Fleur du Pays. 77

La Sultane Tulipia. 81

L'Album de la Rose. 91

Les Fleurs de Nuit. 111

Narcissa. 115

La première Fleur. 123

Grave Conflit. 127

La Fleur d'Oubli. 143

Sœur Nénuphar. 147

Les Fleurs du Bal. 153

Le Myrte et le Laurier. 157

Chevrette la Chevrière. 167

Les Regrets du Camélia. 177

L'Immortelle. 189

L'Oracle des Prés. 193

La Fleur du Souvenir. 197

Les Contrastes et les Affinités. 201

Le Trèfle. 217

Une Leçon de Philosophie botanique. 219

L'Aloès. 229

Les Contrastes et les Affinités (_suite et

fin_). 233

L'Acacia et la Vague. 249

Le Saule Pleureur. 253

La mode des Fleurs. 257

L'Aubépine. 269

Histoire de la Ciguë. 273

Le Lin. 279

Le Dernier Cacique. 281

Le Pavot. 305

La Fleur d'Oranger. 309

L'Ane recouvert du paletot du Lion. 313

La Vérité sur Clémence Isaure. 321

Le Couvent des Capucines. 327

Le Perce-Neige et la Primevère. 337

TABLE DES GRAVURES

DU PREMIER VOLUME

PAGES.

Bleuet et Coquelicot. 17

Lis. 25

Pensée. 37

Tabac. 69

Tulipe. 81

Rose. 91

Narcisse. 115

Violette. 127

Nénuphar. 147

Laurier. 157

Myrte. 157

Chèvrefeuille. 167

Camélia. 177

Immortelle. 189

Marguerite. 193

Belle-de-Nuit. 201

Œillet. 219

Ciguë. 273

Lin. 279

Soleil. 281

Fleur de Grenadier. 288

Pavot. 305

Fleur d'Oranger. 309

Chardon. 313

Églantine. 321

Capucine. 327

Guimauve. 330

Primevère et Perce-Neige. 337

[Illustration]

PARIS. ÉDOUARD BLOT, IMPRIMEUR, RUE TURENNE, 66

* * * * *

Liste des modifications:

Page 9: «somme» remplacé par «sommes» (Nous sommes obligés)

Page 33 «Bluette» remplacé par «Bleuette» (une tombe modeste à

Bleuette et à Coquelicot)

Page 88: «faite» par «fête» (Le même jour il y eut fête au sérail)

Page 125: «soit» par «sois» (Sois bénie cependant, première fleur,

sois bénie pour cette heure)

Page 208: «le» par «la» (trouvant la clef)

Page 210: «forme» par «ferme» (et lui dit d'un ton ferme)

Page 218: «voltigent» par «voltige» (le papillon voltige autour de ses

fleurs)

Page 223: «d'amirables» par « d'admirables» (d'admirables portraits)

Page 234: «le» par «la» (la jeune fille)

Page 275: «l'héchafaud» par «l'échafaud» (l'échafaud est dressé)

Page 280: «sont» par «son» (elle faisait aller son rouet)

Page 315: «dart» par «part» (elle fit part)

Page 332: «masse» par «messe» (venaient entendre la messe)

Page 340: «Le» par «La» (La Fée aux Fleurs)

«Bluet» remplacé par «Bleuet» pages 47, 128 et dans la table des

gravures

End of Project Gutenberg's Les fleurs animées - Tome 1, by J. J. Grandville

Les fleurs animées - Tome 1 · 第 11 / 11 段