Auguste de la Rive est fils d'un physicien suisse, né comme lui à
Genève, et qui s'était consacré comme il devait le faire lui-même,
presque entièrement à l'étude de l'électricité. Appartenant à une des
plus riches et des plus anciennes familles de la cité de Calvin, Auguste
de la Rive hérita non-seulement de la grande fortune de son père, mais
encore du talent et des amitiés scientifiques qu'il avait formées
pendant la période la plus orageuse de notre révolution.
Les premières expériences que le jeune de la Rive vit exécuter dans la
maison paternelle furent celles de Davy, et ses premiers travaux
scientifiques furent faits sous la direction d'Ampère. Un de ses
premiers amis fut Faraday, que son père contribua à tirer d'une
situation voisine de la domesticité, dans des circonstances dignes
d'être rapportées.
Faraday, tout à fait inconnu et très-pauvre, désirait vivement
d'accompagner sur le continent Davy, dont il était le garçon de
laboratoire plutôt que le préparateur. Davy consentit, mais à condition
que Faraday lui servirait de domestique pendant tout le temps qu'il
serait sur le continent. Faraday accepta et tint parole. Les étrangers
ne pouvaient se douter qu'il y avait un savant immortel sous l'habit de
ce valet.
Davy s'arrêta à Prelioxes, bien patrimonial des de la Rive, qui depuis
la Révolution française y pratiquent la plus généreuse hospitalité
vis-à-vis des savants de toutes les nations. Davy avait naturellement
amené avec lui son valet, qui le suivit dans une partie de chasse. M. de
la Rive, le père, ayant eu occasion de s'entretenir avec ce jeune homme,
fut frappé de la profondeur et de la maturité de ses réponses. Il
insista et obtint non sans peine l'aveu de la vérité. Peu satisfait de
cette découverte, il insista vivement auprès de Davy pour obtenir de
mettre fin à cette comédie, moins digne encore de celui qui la donnait
que de celui qui en était victime. Mais Davy resta inébranlable. Il
exigea que le contrat fut exécuté à la lettre et que Faraday continuât
de manger à la cuisine avec les autres domestiques. M. de la Rive, ne
voulant pas rompre avec un ami, prit un terme moyen. Faraday fut servi
seul dans sa chambre, et Auguste de la Rive alla plus d'une fois
partager ses repas. De cette époque date une amitié des plus tendres
qu'aucun nuage n'a jamais obscurcie.
De la Rive père avait émigré en 1794, après avoir été retenu quelque
temps en prison. En 1813, il fut un des premiers à proclamer le retour
de Genève à la Suisse.
De la Rive fils resta fidèle à la politique paternelle. Quand la
Confédération helvétique se crut menacée de perdre la perle du Léman,
Auguste de la Rive fut envoyé à Londres comme ministre plénipotentiaire.
Grâce à ses hautes liaisons il réussit à obtenir du cabinet de
Saint-James la signature d'un protocole secret. L'annexion de Genève à
la France était déclarée un _casus belli._
C'était la première fois que de la Rive rentrait dans la vie politique
d'où il était écarté depuis la révolution de 1846. Systématiquement
opposé à la guerre du Sonderbund, il avait donné alors sa démission de
toutes ses fonctions publiques, même de celles de professeur de physique
à l'Université.
C'est en 1864 qu'il fut nommé membre associé de l'Académie des sciences
à laquelle il appartenait depuis de longues années en qualité de
correspondant.
A l'issue de la dernière exposition universelle il exécuta à Paris même,
sur une immense échelle, ses magnifiques expériences sur la rotation de
la lumière électrique soumise à l'action des aimants.
[Illustration: M. DE LA RIVE.]
On lui doit la connaissance de la dorure galvanique.
L'Académie des sciences lui décernait en 1842 un prix de 3,000 francs,
en même temps qu'elle récompensait MM. Ruolz et Elkington qui avaient
fait passer cette immense découverte dans le domaine de la pratique
commerciale.
De la Rive est le premier physicien qui ait imaginé d'employer des
substances insolubles pour dépolariser les piles voltaïques. Il a ouvert
la voie suivie par MM. Marié Davy, Leclanché et Grenet.
Enfin on lui doit la démonstration complète d'un grand fait de physique
générale. Couronnant l'édifice si largement commencé par Faraday il
porta le coup de mort à la théorie métaphysique du contact. La grande
doctrine de l'_équivalence des forces naturelles_ lui doit un de ses
principes fondamentaux les plus précieux.
Ses travaux sont exposés dans son cours d'_Électricité théorique et
appliquée_, publié il y a seize ans par la maison J.-B. Baillière. Cet
ouvrage magistral n'est point à la veille d'être détrôné.
Auguste de la Rive était un journaliste scientifique dans l'acception la
plus élevée du mot. Il n'y avait pas de mémoire important qu'il ne lût
et n'étudiât en quelque langue qu'il fût écrit. Il fut constamment le
plus actif collaborateur des Archives des sciences physiques et
naturelles, après avoir publié et rédigé tout seul pendant les années
1841, 1842, 1843, 1844 et 1845 les _Archives de l'électricité_.
Comme Hausteen et Donats, qui ne l'ont précédé dans la tombe que de
quelques mois, il a consacré ses dernières veilles à l'étude des aurores
boréales. Il est un des fondateurs de cette météorologie cosmique qui ne
vient que de naître, et qui déjà ouvre à la science de l'avenir de si
merveilleux horizons!
Il est mort à Marseille, à l'âge de 72 ans, des suites d'une attaque de
paralysie.