SUISSE.

Le Conseil fédéral de la république helvétique vient de prendre une

décision qui aura sans doute un grand retentissement dans le monde

catholique. Il a rompu avec le Saint-Siège et congédié le légat

accrédité comme chargé d'affaires auprès du gouvernement suisse.

M. Cérésole, président de la Confédération, a adressé à ce sujet à Mgr

Agnozzi, chargé d'affaires du Saint-Siège, une note diplomatique

déclarant que la mesure prise par le Conseil fédéral a été déterminée

par la publication de l'encyclique du 21 novembre, qui renfermait «des

accusations de la nature la plus directe et la plus grave contre

diverses autorités légitimement constituées en Suisse et contre

certaines décisions que ces autorités ont régulièrement prises». Cette

rupture solennelle est certainement regrettable; elle affligera

profondément tous les catholiques modérés, c'est-à-dire, comme le fait

remarquer le _Journal de Genève_, l'immense majorité des catholiques

suisses, «qui n'ont jamais séparé dans leur coeur le nom de religion de

celui de patrie».

Les journaux suisses, calvinistes et libres penseurs, applaudissent

naturellement à cette mesure. Ils prennent, de plus, le soin de

l'expliquer et de la justifier. Ils rappellent que depuis longtemps

l'opinion publique, en Suisse, était peu favorable au maintien de la

nonciature.

On reconnaissait,--disent-ils,--que non-seulement elle ne pouvait offrir

une utilité pratique, mais encore qu'elle n'avait plus de raison d'être.

Il est de fait que, dans sa grande réunion à Soleure, le _Volks-verein_

avait porté sur son programme révisionniste la suppression de la

nonciature, et que la commission du Conseil national avait fait droit à

ce voeu en proposant de l'inscrire dans la Constitution.

L'encyclique de Pie IX n'a donc été, pour le gouvernement des vingt-deux

cantons, qu'un prétexte opportun; la rupture était préméditée de longue

date.

La rupture des relations entre la Confédération helvétique et le Vatican

ne sera peut-être pas aussi sensible à la curie romaine que la nouvelle

mesure prise par le gouvernement bavarois, et qui, pour être beaucoup

moins radicale, constitue cependant une démonstration caractéristique.

Pendant longtemps, on le sait, le clergé avait été tout-puissant en

Bavière, à tel point que le roi Maximilien II était allé jusqu'à

subordonner la Constitution au concordat; ce souverain avait décidé que

toutes les fois que le pacte constitutionnel se trouverait en opposition

avec le concordat, celui-ci l'emporterait sur celui-là.

Le gouvernement de Munich vient de décider que, désormais, en cas de

conflit entre les lois du pays et la convention conclue avec le

Saint-Siège, c'est la législation nationale qui passera la première.

Les feuilles libérales bavaroises espèrent que cette mesure est la

préface de l'abolition complète du concordat.

L'Illustration, No. 1608, 20 décembre 1873 · 第 10 / 29 题