M. le général Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, a prononcé, le 3
décembre, à l'ouverture de la session du conseil supérieur de la
colonie, un éloquent discours où est exposé avec un remarquable talent
tout un plan d'administration, qui a été accueilli avec une approbation
unanime. Ce discours peut être divisé eu deux parties; dans la première,
l'orateur énonce les principes généraux de son système; la seconde est
plus spécialement consacrée à l'explication des moyens pratiques
auxquels le gouverneur général juge utile de recourir, tels que:
organisation administrative,--colonisation,--grands travaux d'utilité
publique,--entreprises industrielles,--constitution de la
propriété,--forêts,--régularisation des opérations du séquestre. Nous
laisserons de côté cette deuxième partie, dont l'examen nous forcerait
d'entrer dans trop de détails techniques, pour ne nous occuper que de la
première.
Aux yeux de l'honorable général, les décrets de 1870 contiennent le
programme qu'il importe de réaliser au plus vite afin de justifier notre
réimplantation sur le sol africain, et c'est à la recherche des moyens
propres à amener «l'assimilation de l'Algérie à la mère patrie» que le
conseil supérieur doit consacrer toute son activité, tout son
patriotisme. Au nombre des mesures qui doivent être appliquées le plus
immédiatement, M. le général Chanzy place la disparition de cet
antagonisme, plus apparent que réel, entre ce qu'on appelle le régime
civil et le régime militaire. Si au lendemain de la conquête, et dans le
but de la consolider, de telles distinctions ont pu être nécessaires,
indispensables même, elles n'ont plus aujourd'hui de raison pour
subsister. «Je déchargerai, dit M. le gouverneur, dans la limite du
possible l'armée d'une tâche qui n'est plus la sienne et qu'elle ne
continue que par devoir; elle restera chargée temporairement des parties
où les populations indigènes, éloignées du contact des Européens,
doivent être dominées et sentir la force pour rester calmes.»
Mais, pour l'honorable général, «il n'y a point et il ne peut y avoir
ici deux régimes: le régime civil, le régime militaire; il n'y a qu'une
pensée: celle de tirer de cette magnifique colonie tout ce que la France
et la civilisation attendent de nos communs efforts. Il n'y a et ne peut
y avoir deux territoires avec leurs systèmes opposés; il y a une vaste
contrée soumise à la France, dans laquelle il nous faut introduire ses
institutions, en tenant compte des précautions que la sagesse et la
situation nous imposent. Pour moi, dans ce pays, désormais français, il
y a les parties qui peuvent et doivent être assimilées de suite, celles
dans lesquelles les institutions civiles et la justice de droit commun
sont possibles et doivent être complètes, et celles où le commandement
doit encore s'exercer, parce que seul il peut assurer, si on lui en
laisse les moyens, le bon ordre et la sécurité».
On ne pouvait mieux faire comprendre la mission du conseil supérieur et
de l'armée en Algérie, aussi doit-on attendre les plus grands résultats
de l'application des principes qui guident l'honorable gouverneur
général civil de l'Algérie.
En terminant son discours, M. le général Chanzy a exposé les motifs qui
l'avaient conduit à introduire dans le conseil supérieur les hauts
fonctionnaires chargés des affaires du département ou des territoires
restés sous le commandement militaire, et c'est par un appel au
patriotisme du conseil, que l'orateur a clos son éloquent plaidoyer en
faveur de la colonie:
«La politique, cette passion qui surexcite, n'a rien à faire dans cette
enceinte, et nous saurons justifier la confiance que le gouvernement qui
nous a nommé et que la population qui vous a désignés a mise en nous.»