Faiblesse des gouvernements fédératifs.--Nécessité de fortifier
l'Union américaine.--Retour de Franklin à Philadelphie.--Admiration
et reconnaissance qu'il excite.--Sa présidence de l'État de
Pensylvanie.--Sa nomination à la convention chargée de réviser le pacte
fédéral et de donner aux États-Unis leur constitution définitive.--Sa
retraite.--Sa mort.--Deuil public en Amérique et en France.--Conclusion.
Les républiques démocratiques sont exposées à deux dangers: à la
précipitation des volontés, et à la lenteur des actes. L'autorité
législative y est ordinairement trop prompte, et l'autorité exécutive
trop faible, parce qu'elles concentrent l'une et divisent l'autre: de là
trop fréquemment la violence de la loi et l'impuissance du gouvernement.
A cette double imperfection des républiques démocratiques s'en joint une
autre pour les républiques fédératives.
Composées d'États divers, juxtaposés plus qu'unis, se rapprochant
par quelques intérêts généraux, se séparant par de nombreux intérêts
particuliers, celles-ci forment une agrégation de petits gouvernements
dont le lien est débile, l'accord rare, l'action commune ou incertaine,
ou insuffisante, ou tardive. La faiblesse du gouvernement central est le
vice des fédérations. Cette faiblesse avait été jusque-là visible dans
l'histoire. Elle avait fait promptement périr les fédérations informes
essayées chez les peuples anciens. Elle avait condamné ou aux divisions
ou à l'impuissance toutes les fédérations modernes: et l'Empire
d'Allemagne, comprenant des souverainetés de diverse nature et de
diverses dimensions; et la Ligue helvétique, dans laquelle entraient des
cantons différents d'origine, d'organisation, de culte et de grandeur;
et la république des Provinces-Unies des Pays-Bas, où des territoires
sans proportion d'étendue, et des villes sans égalité d'importance,
s'étaient rapprochés pour se soustraire à la tyrannie, croire, vivre et
se gouverner en liberté.
La fédération des États-Unis semblait exposée au même péril par la même
faiblesse. Elle avait été mal organisée; le congrès y formait le seul
pouvoir central. Dès le début de la guerre, malgré le danger commun et
l'enthousiasme universel, la débilité de ce pouvoir s'était montrée.
Il n'exerçait qu'une action morale sur les États particuliers, auprès
desquels il avait le droit de requête et non de commandement. Washington
en avait souffert, et s'en était plaint. «Notre système politique,
avait-il écrit en 1778, peut être comparé au mécanisme d'une horloge,
et nous devrions en tirer une leçon. Il n'y aurait aucun avantage à
maintenir les petites roues en état, si l'on négligeait la grande roue
qui est le point d'appui et le premier moteur de toute la machine.... On
n'a pas besoin, suivant moi, de l'esprit de prophétie pour prédire les
conséquences de l'administration actuelle, et pour annoncer que tout
le travail que font les États en composant individuellement des
constitutions, en décrétant des lois et en confiant les emplois à leurs
hommes les plus habiles, n'aboutira pas à grand'chose. Si le grand
ensemble est mal dirigé, tous les détails seront enveloppés dans le
naufrage général, et nous aurons le remords de nous être perdus par
notre propre folie et notre négligence.»
Après la conclusion de la paix, le mal avait empiré, l'autorité du
congrès était devenue encore plus impuissante. Les États se séparaient
en quelque sorte de l'_Union_, et les partis divisaient les États.
La république, ébranlée dans son organisation, était menacée dans
son existence. C'est pendant qu'elle tombait ainsi en dissolution
que Franklin vint lui apporter les secours de son bon sens et les
recommandations de son patriotisme. Il avait soixante-dix-neuf ans
lorsqu'il quitta la France.
Une maladie cruelle, la pierre, le tourmentait de ses pesantes douleurs.
Il ne put aller prendre congé du roi à Versailles; il écrivit à M.
de Vergennes: «Je vous demande de m'accorder la grâce d'exprimer
respectueusement à Sa Majesté, pour moi, le sentiment profond que j'ai
de tous les inestimables bienfaits que sa bonté a accordés à mon pays.
Ce sentiment ne remplira pas d'un faible souvenir ce qui me reste de
vie, et il sera aussi profondément gravé dans le coeur de tous mes
concitoyens. Mes sincères prières s'adressent à Dieu pour qu'il répande
toutes ses bénédictions sur le roi, sur la reine, sur leurs enfants et
sur toute la famille royale, jusqu'aux dernières générations.»
Le regret que son départ inspira fut vif et universel. Une litière de
la reine vint le chercher à Passy, pour le transporter plus doucement au
Havre. Il se sépara, les larmes aux yeux, de ses chers amis de France,
et surtout de madame Helvétius, qu'il n'espérait plus revoir dans cette
vie, et à laquelle il écrivait quelque temps après, des bords du rivage
américain, avec l'effusion d'une haute et touchante tendresse: «J'étends
les bras vers vous, malgré l'immensité des mers qui nous séparent, en
attendant le baiser céleste que j'espère fermement vous donner un jour.»
Parti du Havre avec ses deux petits-fils le 28 juillet 1785, il arriva
le 14 septembre au-dessous de Gloucester-Point, en vue de Philadelphie.
En touchant la terre d'Amérique, il écrivit, comme dernières paroles,
sur son journal: «Mille actions de grâces à Dieu pour toutes ses
bontés!» Il fut reçu par les acclamations de la foule, au son des
cloches, au milieu des bénédictions d'un peuple qu'il avait aidé à
devenir libre. En annonçant son heureux retour, le ministre de France
écrivait à M. de Vergennes: «La longue absence de M. Franklin, les
services qu'il a rendus, la modération et la sagesse de sa conduite
en France lui ont mérité les applaudissements et le respect de ses
concitoyens..... On ne balance pas à mettre son nom à côté de celui du
général Washington. Toutes les gazettes l'annoncent avec emphase. On
l'appelle le soutien de l'indépendance et du bonheur de l'Amérique, et
l'on est persuadé que son nom fera à jamais la gloire des Américains. Un
membre du congrès m'a dit, à cette occasion, que M. Franklin avait été
particulièrement destiné par la Providence à la place qu'il a remplie
avec tant de distinction.» Franklin recueillait le prix de soixante ans
de vertus et de services.
Tout d'abord élu membre du conseil exécutif suprême de Philadelphie, il
fut bientôt nommé président de l'État de Pensylvanie. L'ancienne colonie
dont il était la lumière et la gloire le choisit ensuite pour son
représentant dans la célèbre _convention_ de 1787, présidée par
Washington, et chargée de réviser la constitution fédérale. Les hommes
admirables qui composèrent cette assemblée préservèrent leur pays d'une
décomposition imminente. Au-dessus des préjugés comme des faiblesses
démocratiques, pleins de vertu et de prévoyance, ils firent, avec un
patriotisme savant, une république qui put durer, et une fédération
qui put agir. Ils donnèrent à l'Amérique la constitution qui la régit
encore. Cette constitution divisa le pouvoir législatif entre une
chambre des représentants élue tous les deux ans par le peuple, et un
sénat renouvelé tous les six ans par les législatures des États; elle
réunit le pouvoir exécutif pour quatre ans au moins dans les mains d'un
président de la république sorti du voeu national, mais par la voie
laborieuse et éclairée du suffrage indirect; elle établit enfin une
force centrale capable de lier solidement les États sans les assujettir,
en subordonnant, dans les choses d'intérêt commun, leur souveraineté
particulière à la souveraineté générale. Pour la première fois on fonda
une fédération vigoureuse qui eut son chef, ses assemblées, ses lois,
ses tribunaux, ses troupes, ses finances, et qui put maintenir en corps
de nation non-seulement les treize colonies primitives, mais un grand
nombre d'autres n'ayant ni la même origine, ni le même climat, ni la
même organisation, ni le même esprit, et différant aussi bien par les
intérêts que par les habitudes.
Franklin adhéra à cette constitution, bien qu'il ne l'approuvât point
tout entière. Il penchait pour une seule chambre, et il n'aurait pas
voulu que le président fût rééligible. L'unité et la force du pouvoir
lui convenaient cependant. «Quoiqu'il règne parmi nous, écrivait-il, une
crainte générale de donner trop de pouvoir à ceux qui seront chargés de
nous gouverner, je crois que nous courons plutôt le danger d'avoir pour
eux trop peu d'obéissance.» Sacrifiant avec bonne grâce ses opinions
particulières, il disait sagement: «Ayant vécu longtemps, je me suis
trouvé plus d'une fois obligé, par de nouveaux renseignements, ou par
de plus mûres réflexions, à changer d'opinion, même sur des sujets
importants. C'est pour cela que plus je deviens vieux, plus je suis
disposé à douter de mon jugement.» Il soumit donc son grand esprit à
la règle qui fut donnée à son pays; et, afin qu'elle acquît plus
d'autorité, il demanda et il obtint qu'on ajoutât à la constitution
cette formule: _Fait et arrêté d'un consentement unanime_.
La constitution fédérale fut présentée à l'acceptation du peuple,
qui l'admit dans les divers États, dont les délégués nommèrent,
d'une commune voix, en 1789, Washington président de la république.
L'Amérique, sortie de la crise de l'organisation aussi heureusement
qu'elle était sortie de la crise de l'indépendance, échappa par sa
sagesse aux dangers civils, comme elle avait triomphé par son courage
des dangers militaires. Elle se fit gouverner par celui-là même qui
l'avait sauvée. Ce grand homme sut diriger l'État avec le ferme bon
sens, le patriotique dévouement, la haute prévoyance qu'il avait
déployés tour à tour pour le défendre et l'organiser. Se servant à
la fois des deux partis qui, sous les noms de _fédéraliste_ et de
_républicain_, inclinaient, le premier vers une concentration plus forte
du pouvoir général, le second vers un grand mouvement démocratique, il
en admit les deux chefs dans son conseil, le colonel Hamilton et Thomas
Jefferson. Sous sa direction ferme et habile, le peuple des États-Unis
adopta des maximes de conduite dont il ne s'est pas départi, et entra
dans les voies qu'il ne devait plus abandonner. Pacifique en Europe,
entreprenant en Amérique, ne rencontrant aucun ennemi dans le vieux
monde, aucun obstacle dans le nouveau, il s'avança avec liberté et avec
ardeur vers les vastes destinées que sa position géographique, sa forme
fédérale, l'exemple de son indépendance et le progrès de sa civilisation
lui réservaient sur cet immense continent.
Franklin en fut heureux. «Je vois avec plaisir, dit-il, que les ressorts
de notre grande machine commencent enfin à marcher. Je prie Dieu de
bénir et de guider le travail de ses rouages. Si quelque forme de
gouvernement est capable de faire le bonheur d'une nation, celle que
nous avons adoptée promet de produire cet effet.» Après avoir pris part
à la constitution fédérale, et avoir atteint le terme de sa présidence
de l'État de Pensylvanie, il se regarda comme quitte envers son pays,
et se retira entièrement des affaires à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
«J'espère, écrivait-il à son ami le duc de la Rochefoucauld, pendant
le peu de jours qui me restent, pouvoir jouir du repos que j'ai si
longtemps désiré.» Mais ce repos ne fut pas long ni doux. La pierre,
dont il était attaqué depuis 1782, s'était développée et lui causait des
souffrances de plus en plus vives. Elle le força, dans la dernière année
de sa vie, à garder presque constamment le lit et à faire un fréquent
usage de l'opium pour calmer ses douleurs. Elle n'eut cependant pas le
pouvoir de troubler sa sérénité, d'affaiblir sa bienveillance, d'altérer
sa gaieté. «En possession de tout son esprit, dit le docteur Jones, son
médecin, outre la disposition qu'il conservait et la promptitude qu'il
montrait à faire le bien, il se livrait à des plaisanteries et racontait
des anecdotes qui charmaient tous ceux qui l'entendaient.»
Mais en même temps qu'il se mettait au-dessus de la douleur, il
s'élevait à des pensées plus hautes; il disait, avec une ferme
confiance, que tous les maux de cette vie ne sont qu'une légère piqûre
d'épingle en comparaison du bonheur de notre existence future. Il se
réjouissait d'être sur le point d'entrer dans le séjour de la félicité
éternelle; il parlait avec enthousiasme «du bonheur de voir le glorieux
Père des esprits, dont l'essence est incompréhensible pour l'homme
le plus sage du monde, d'admirer ses oeuvres dans les mondes les plus
élevés, et d'y converser avec les hommes de bien de toutes les parties
de l'univers.»
Telles étaient les sublimes contemplations où il se laissait ravir,
lorsqu'il fut atteint, au printemps de 1790, d'une pleurésie aiguë qui
l'enleva. Trois jours avant sa mort, il fit faire son lit par sa fille,
_afin_, disait-il, _de mourir d'une manière plus décente_. Il n'avait
que des expressions de reconnaissance pour l'Être suprême, qui, durant
sa longue carrière, lui avait accordé tant de faveurs, et il regardait
les souffrances qu'il éprouvait comme une faveur de plus pour le
détacher de la vie. Il en sortit avec une joie tranquille et une foi
confiante, le 17 avril 1790, à onze heures du soir.
Il avait, par son testament, légué une somme aux écoles gratuites, où il
avait reçu sa première instruction; une autre, pour rendre la Schuylkill
navigable; une autre, aux villes de Boston et de Philadelphie, pour
faciliter l'établissement des jeunes apprentis de ces deux villes où il
avait été apprenti lui-même; et toutes les créances qu'il n'avait pas
recouvrées, à l'hôpital de Philadelphie. Son codicille, dans lequel
il réglait l'emploi de cet argent avec une ingénieuse prévoyance, se
terminait par cette simple et touchante disposition: «Je donne à mon
ami, à l'ami du genre humain, le général Washington, ma belle canne
ayant une pomme d'or curieusement travaillée en forme de bonnet de
liberté. Si c'était un sceptre, il l'a mérité, et il serait bien placé
dans ses mains.»
La mort de Franklin fut une affliction pour les deux mondes. A
Philadelphie, tout le peuple se porta à ses funérailles, qui se firent
au son lugubre des cloches drapées de noir, et avec les marques du
respect universel. Le congrès, exprimant la reconnaissance et les
regrets des treize colonies pour ce bienfaiteur plein de génie, pour ce
libérateur plein de courage, ordonna un deuil général de deux mois dans
toute l'Amérique.
Lorsque la nouvelle de sa mort arriva en France, l'Assemblée
constituante était au milieu de ses travaux. Éloquent interprète de la
douleur commune, Mirabeau monta à la tribune, le 11 juin, et s'écria:
«Franklin est mort! Il est retourné au sein de la Divinité, le génie qui
affranchit l'Amérique et versa sur l'Europe des torrents de lumière! Le
sage que deux mondes réclament, l'homme que se disputent l'histoire des
sciences et l'histoire des empires, tenait sans doute un rang élevé dans
l'espèce humaine.
«Assez longtemps les cabinets politiques ont notifié la mort de ceux
qui ne furent grands que dans leur éloge funèbre; assez longtemps
l'étiquette des cours a proclamé des deuils hypocrites. Les nations ne
doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs; les représentants
des nations ne doivent recommander à leur hommage que les héros de
l'humanité.
«Le congrès a ordonné, dans les quatorze États de la confédération, un
deuil de deux mois pour la mort de Franklin, et l'Amérique acquitte
en ce moment ce tribut de vénération pour l'un des pères de sa
constitution. Ne serait-il pas digne de nous, Messieurs, de nous unir
à cet acte religieux, de participer à cet hommage rendu, à la face de
l'univers, et aux droits de l'homme, et au philosophe qui a le plus
contribué à en propager la conquête sur toute la terre? L'antiquité
eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie, qui, au profit des
mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la terre, sut dompter la
foudre et les tyrans[2]. La France, éclairée et libre, doit du moins un
témoignage de souvenir et de regret à l'un des plus grands hommes qui
aient jamais servi la philosophie et la liberté.
[Note 2: Eripuit coelo fulmen sceptrumque tyrannis.]
«Je propose qu'il soit décrété que l'Assemblée nationale portera pendant
trois jours le deuil de Benjamin Franklin.»
Cette proposition, appuyée par la Fayette et le duc de la Rochefoucauld,
fut adoptée, et la France s'associa au deuil comme à l'admiration de
l'Amérique pour ce grand homme.
Tels furent les honneurs rendus à cet homme extraordinaire, qui avait
si admirablement rempli la vie et si bien compris la mort. Il regardait
l'une comme le perfectionnement de l'autre; et, dès l'âge de vingt-trois
ans, il avait fait pour lui, avec des paroles empruntées au métier qu'il
exerçait alors, mais dans une forme spirituelle, cette épitaphe, où est
inscrite sa confiance en Dieu et son assurance dans un avenir meilleur:
CI-GÎT
NOURRITURE POUR LES VERS,
LE CORPS DE
BENJAMIN FRANKLIN,
IMPRIMEUR,
COMME LA COUVERTURE D'UN VIEUX LIVRE
DONT LES FEUILLETS SONT DÉCHIRÉS,
DONT LA RELIURE EST USÉE,
MAIS L'OUVRAGE NE SERA PAS PERDU,
CAR IL REPARAÎTRA, COMME IL LE CROIT,
DANS UNE NOUVELLE ÉDITION,
REVUE ET CORRIGÉE
PAR L'AUTEUR.
Le pauvre ouvrier qui composait cette épitaphe, après être entré en
fugitif dans Philadelphie et y avoir erré sans ouvrage, y devint le
législateur et le chef de l'État. Indigent, il arriva par le travail à
la richesse; ignorant, il s'éleva par l'étude à la science; inconnu, il
obtint par ses découvertes comme par ses services, par la grandeur de
ses idées et par l'étendue de ses bienfaits, l'admiration de l'Europe et
la reconnaissance de l'Amérique.
Franklin eut tout à la fois le génie et la vertu, le bonheur et la
gloire. Sa vie, constamment heureuse, est la plus belle justification
des lois de la Providence. Il ne fut pas seulement grand, il fut bon; il
ne fut pas seulement juste, il fut aimable. Sans cesse utile aux autres,
d'une sérénité inaltérable, enjoué, gracieux, il attirait par les
charmes de son caractère, et captivait par les agréments de son esprit.
Personne ne contait mieux que lui. Quoique parfaitement naturel, il
donnait toujours à sa pensée une forme ingénieuse, et à sa phrase
un tour saisissant. Il parlait comme la sagesse antique, à laquelle
s'ajoutait la délicatesse moderne. Jamais morose, ni impatient, ni
emporté, il appelait la mauvaise humeur la _malpropreté de l'âme_,
et disait que _la vraie politesse envers les hommes doit être la
bienveillance_. Son adage favori était que _la noblesse était dans la
vertu_. Cette noblesse, qu'il aida les autres à acquérir par ses livres,
il la montra lui-même dans sa conduite. Il s'enrichit avec honnêteté, il
se servit de sa richesse avec bienfaisance, il négocia avec droiture,
il travailla avec dévouement à la liberté de son pays et aux progrès du
genre humain.
Sage plein d'indulgence, grand homme plein de simplicité, tant qu'on
cultivera la science, qu'on admirera le génie, qu'on goûtera l'esprit,
qu'on honorera la vertu, qu'on voudra la liberté, sa mémoire sera l'une
des plus respectées et des plus chéries. Puisse-t-il être utile
encore par ses exemples après l'avoir été par ses actions! L'un des
bienfaiteurs de l'humanité, qu'il reste un de ses modèles!