Je vais vous faire son portrait exact, la moyenne de son apparence,
tel qu'il était dans son brillant uniforme de mousquetaire en 1822,
tel qu'il était en 1825, enfin tel qu'il était en 1863, quelques mois
avant sa mort; toujours jeune et agréable d'esprit, sans que le temps
eût presque rien changé à sa taille et à son visage, excepté quelques
légères nuances imperceptibles de transition, entre les cheveux qui
menaçaient de blanchir et les ondes molles et blondes de sa chevelure
qu'il laissait flotter sur le collet de son habit. Cheveux de sa mère
sans doute, qu'il soignait en souvenir d'elle, ne voulant rien livrer
aux ciseaux, de ce qui lui rappelait une image adorée de femme et de
mère! Cette coquetterie de costume, qu'on aurait pu prendre pour une
affectation, n'était qu'un pieux sentiment filial, une relique vivante
qui se renouvelait sur sa tête, et qui donnait à sa physionomie
pensive et souriante quelque chose de la pudeur, de la grâce et de
l'abandon de la femme. Cela lui donnait aussi un peu de la douce
majesté de Platon ou de la candide et éternelle enfance de Bernardin
de Saint-Pierre; cheveux fins, luisants, ruisselants d'inspiration,
autour desquels avaient flotté sous les bananiers les immortelles
images de _Paul et Virginie_.