J'ai toujours été l'ami et l'admirateur de cet homme de bien et de
talent que la France vient de perdre, et, quand la maladie est venue
lentement l'atteindre, je me suis toujours promis, si j'avais le
malheur de lui survivre, de payer mon faible hommage à son modeste
génie, à son caractère, à ses vertus. Fussé-je mort avant lui, comme
c'était mon droit, à coup sûr il aurait fait de même envers ma
mémoire; il aurait taillé sa pierre et l'aurait incrustée dans un
monument d'amitié pour me faire honorer et excuser par la postérité.
Je dirai mieux, il l'aurait cimentée d'une de ses larmes, car il avait
trop de grandeur pour être envieux, trop de justice pour être
exigeant, trop de tendresse pour garder rancune, même à ce qu'il
considérait comme une faiblesse humaine.
Cet homme était M. de Vigny.