Le duc et la jeune duchesse Léonora de Médicis, sa femme, le
comblèrent de consolations, de paix et d'honneurs. Il fit sous leurs
auspices une édition de ses poésies lyriques en trois volumes. Mais
bientôt, malgré les efforts presque filials de sa protectrice pour le
retenir à Mantoue, il repartit pour Rome; il ne fit que traverser
cette ville; il se rendit à Naples pour y suivre son éternel procès.
Le pape Aldobrandini, qui, sous le nom de Clément VIII, régnait en ce
moment à Rome, lui était plus propice que ses prédécesseurs. Le
cardinal Cinthio, neveu d'Aldobrandini, avait la passion des lettres
et le culte du Tasse; il honora le grand poëte, non-seulement pour
illustrer le règne de son oncle, mais pour satisfaire son propre
coeur, ému jusqu'à la tendresse de pitié pour le génie malheureux. Le
cardinal Cinthio voulait à lui seul venger l'injustice du siècle et
l'injustice de la nature envers le Tasse.