III.

La réponse véritablement paternelle du cardinal Albano à cette lettre

est un modèle de charité samaritaine; elle ne confirme que trop les

accusations que le Tasse portait contre lui-même; la voici. Si la

première mouille les yeux de pitié, la seconde les mouille

d'admiration; il est impossible de n'être pas aussi convaincu

qu'attendri en lisant ces touchantes paroles:

«Illustre seigneur!

«Vous ne pourriez avoir trouvé une meilleure méthode pour obtenir

votre pardon, recouvrer votre honneur, et pour me consoler moi et vos

amis, que de confesser vos torts et de détruire vous-même, dans tous

les esprits, une opinion aussi ridicule qu'odieuse (ses prétendues

persécutions). Dieu fasse que vous reconnaissiez pleinement votre

erreur, et que cela vous soit une leçon pour l'avenir! Et cela sera

ainsi, je l'espère, car je vous jure, sur mon honneur, qu'il n'y a

personne au monde qui vous persécute ou qui songe seulement à vous

nuire ou à vous menacer; mais, au contraire, chacun vous aime et

désire ardemment que vous viviez....

«Vos craintes, vos suspicions, sont, je vous assure, complétement

imaginaires; chassez-les donc, je vous en conjure, de votre esprit! Si

vous le faites, nous vous chérirons et nous vous honorerons tous; si

vous ne le faites pas, vous perdrez à la fois votre santé et votre

honneur; et, malgré votre sollicitude à fuir la mort, dont vous vous

croyez poursuivi, en errant comme vous faites, tantôt ici, tantôt là,

il n'est pas douteux que cette vie vagabonde ne soit précisément pour

vous votre perte; croyez-en quelqu'un qui vous aime avec tant de

tendresse que moi. Tranquillisez-vous, et livrez-vous à vos travaux

littéraires; jouissez d'être auprès du marquis d'Este, qui est un si

noble et si vertueux protecteur; en outre, comme il faut enfin laisser

sur les chemins cette humeur maladive qui vous travaille, et que cela

ne peut avoir lieu sans quelques remèdes de médecins, résignez-vous à

vous laisser gouverner pour votre santé par les médecins et à obéir

aux conseils de vos protecteurs et de vos amis, au nombre desquels

sachez bien que je suis et que je serai toujours celui qui vous

chérira et qui vous soignera avec le plus de tendresse!

«Que Dieu vous ait sous sa sainte protection!... Rome, le 29 novembre

1578.»

Qu'opposer à des témoignages pareils, quand on considère que le

cardinal Albano était un ami des Médicis peu favorable à la maison

d'Este? Qu'opposer aussi à cette protection empressée du marquis

Philippe d'Este, prodiguée à un poëte qui aurait été poursuivi par la

haine de son neveu Alphonse, pour cause du déshonneur de Léonora, sa

nièce? Tout proteste, dans les faits et dans les paroles, contre toute

persécution du Tasse à cette époque.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 52 / 254 题