XIV.

Le Tasse partit de Rome à cheval avec l'ambassadeur d'Alphonse,

Gualengo, et fut accueilli à Ferrare comme un convalescent revenu à la

santé, et non comme un coupable rentré en grâce. On ne lui parla même

pas de sa fuite; il redevint l'ornement et l'orgueil de cette cour

lettrée. On voit néanmoins dans ses lettres que cette faveur purement

littéraire dont il jouissait à la cour commençait à offenser son

ambition, et qu'il aspirait à des honneurs plus conformes à sa

naissance et à son goût pour les armes et pour les affaires.

«Alphonse, écrit-il, semble vouloir me condamner à une existence

oisive et efféminée; il me traite en fugitif du Parnasse, relégué dans

les jardins d'Épicure.» Il confesse, un peu plus loin, qu'au lieu de

suivre les conseils des médecins qu'on lui impose, il se livre à

quelques excès de table et de vin. «Sans égard, dit-il, pour ma santé

et pour ma vie, j'ai volontairement aggravé mon mal par les excès

d'une intempérance sans borne, de telle façon que ma mort pourrait en

être la conséquence (8e volume des Lettres). Je l'ai fait,

ajoute-t-il, d'abord pour complaire au duc et gagner sa faveur;

ensuite pour dompter mon corps, et par conformité à ce que j'ai lu

dans certains philosophes grecs, que l'ivresse était quelquefois

salutaire. J'ai pensé enfin qu'il serait bon de montrer ainsi au duc

que, si j'avais péché autrefois par trop d'ombrages et de défiance, je

me livrais maintenant à lui avec un abandon sans réserve.»

Comment concilier cet aveu avec les aspirations éthérées et

désintéressées d'une passion aussi exclusive et aussi immatérielle

qu'un noble amour?

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 45 / 254 题