Je passais mes journées solitaires à errer souvent sans guide dans les
rues et parmi les monuments de Rome; plus j'étais jeune, plus ces
images de vétusté se reflétaient en poignantes impressions sur mon
esprit. La jeunesse, en qui la vie semble inépuisable, parce qu'elle
est neuve, se complaît à ces images de mort; elles ne sont pour elle
que la mélancolique poésie de la destruction et du renouvellement des
choses humaines. Ces vestiges de la fortune et des siècles semés sous
ses pas ne lui paraissent que des empreintes gigantesques et
mystérieuses d'un fleuve qui a roulé ces débris dans le vaste lit du
temps; elle ne croit pas que ce fleuve revienne jamais sur son cours
pour l'entraîner elle-même avec les hommes et les choses du temps
présent.