Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en

qualité de maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement

de Porentruy, il dut échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre

coïncidence! Le père avait fait mettre le futur vainqueur de Valmy à la

Bastille!)

Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et

décrété d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et

leurs compagnons de «hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne

l’empêcha pas d’émigrer à son tour, mais, avant, il crut devoir

expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta donc la

France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il

en partit pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai

1800; mais, au dire de la _Biographie portative_, il venait d’obtenir sa

radiation de la liste des émigrés, ce que semble contredire la procédure

suivie pour la vente du domaine et du château d’Aiguillon.

* * * * *

Les _Mémoires de Brissot_ (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome

III, cette note:

«Extrait des _Mémoires_ du chanteur anglais Michel Kelly qui était en

relations avec le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à

Londres:

«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me

dit-il, pour la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous

m’avez traité, ainsi que mes amis. Mais bien que je sois toujours

harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que je suis le duc

d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et

d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling,

cependant, je conserve ma santé et toutes mes facultés.

«Quand j’étais autrefois grand amateur, j’aimais beaucoup à copier de

la musique[627], c’était alors un amusement pour moi; ce serait, à

présent, mon bon ami, une précieuse ressource. La grâce que je vous

demande c’est de vouloir bien me faire copier de la musique pour vos

théâtres au prix que vous donneriez à un copiste ordinaire qui vous

serait totalement étranger. Je suis maintenant fait aux privations, j’ai

peu de besoins. Jadis logé dans des palais, je me contente aujourd’hui

d’une seule chambre à coucher au second étage, et si vous m’accordez ce

que j’attends de votre amitié, vous me procurerez la satisfaction après

laquelle je soupire de ne devoir ma subsistance qu’au travail de mes

mains.»

«Je fus ému jusqu’aux larmes en voyant l’extrémité où se trouvait réduit

un homme né dans la plus haute classe de la société et qui avait joui

d’une aussi grande fortune. Je lui promis de lui procurer toute la

musique qu’il pourrait copier; il parut au comble de ses vœux. Le

lendemain, je lui donnai de l’ouvrage.

«Depuis ce moment, il se levait avec le jour et travaillait jusqu’au

soir pour remplir sa tâche; ensuite il s’habillait proprement et se

rendait au parterre de l’Opéra. Là, il pouvait encore se croire le duc

d’Aiguillon, et personne n’eût deviné qu’il avait passé la journée à

copier de la musique pour un schelling la feuille.

«Dans cet état de gêne, il doit paraître étrange que son humeur ne se

soit jamais altérée et qu’il ait toujours conservé sa gaîté. Il n’est

pas douteux que sur dix Anglais placés dans les mêmes circonstances,

neuf au moins ne se fussent ôté la vie. Cependant la tranquillité

passagère que ce malheureux duc goûtait alors ne fut pas de longue

durée. Un ordre émané de l’_alien office_, aussi cruel qu’il était

inattendu, ne lui donna qu’un délai de deux jours pour quitter

l’Angleterre. Il partit pour Hambourg où il mourut bientôt après.»

APPENDICE V

THOLIN

_Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon confisqué en

1792_, Agen 1882 (Biblioth. nat. Impr. LK7 24985.)

Résumé de ce précieux opuscule:

L’histoire du château d’Aiguillon et de ses hôtes tient une telle place

dans notre livre, la destruction de l’immeuble fut si rapide et la

dispersion de son mobilier si radicale, que nous avons cru devoir

résumer en quelques pages la brochure de M. Tholin, qui les fait revivre

par sa documentation précise et sincère, à l’exemple de ces pièces

d’archives, inventaires et procès-verbaux, dont les descriptions exactes

et détaillées permettent de reconstituer... sur le papier, les

appartements, et l’aspect général des intérieurs d’autrefois.

Ce fut le 18 septembre 1792 que la Commission du département de

Lot-et-Garonne apposa les scellés sur toutes les portes du château

d’Aiguillon, propriété de «Vignerot émigré». Huit mois après, le Conseil

de Lot-et-Garonne s’inspirait du décret de l’Assemblée nationale (14

novembre 1789) concernant la conservation des livres et objets

[Illustration: JEAN CAUSEUR,

_BOUCHER DE PROFESSION_,

_âgé de cent trente ans, né au Village de Ploumoguer, en Basse-Bretagne.

Peint en Août 1771 par Charles Caffieri Sculpteur Breveté du Roi pour la

Marine à Brest_

Jean Causeur, âgé de cent trente ans, d’après Charles Caffieri

(Collection Désiré Lacroix)]

précieux provenant des établissements supprimés, pour «empêcher le

pillage, régulariser la vente et faire exécuter le triage des livres,

archives et objets d’art».

Le 28 mai 1793, de concert avec l’administration de Tonneins, le Conseil

de Lot-et-Garonne nommait Lespinasse père, négociant, à fin

d’expertiser, le lendemain 29, les meubles et effets dudit château, à

lui présentés par Nugues aîné, administrateur du district de Tonneins,

et de se conformer aux prescriptions de Nugues, commissaire du district

et de Saint-Amans, commissaire particulier du département.

Le 5 juin 1793, le Conseil du département déléguait Durand, en qualité

de commissaire, à Aiguillon, pour y vendre, le 6, les effets

inventoriés, «conformément au mode usité pour la vente des meubles et

effets nationaux», l’administration se réservant tous les tableaux et

autres objets désignés dans l’état Saint-Amans et Noubel du 30 mai[629],

«ensemble deux lustres, celui dans le salon de compagnie et autre à

choisir dans les autres salles, poëles et cartons et papiers qui devront

être gardés au prix de l’estimation».

La vente sur place comporta 52 vacations du 6 juin au 4 septembre 1793

et s’éleva à 98.686 livres 17 sous. Le catalogue, qui ne compte pas

moins de 300 pages[630], ne donne cependant que des indications

sommaires sur les objets mis en vente: porcelaines, faïences,

chandeliers, candélabres en bronze et en argent, meubles en

marqueterie, tentures, canapés et fauteuils en tapisserie ne trouvèrent

acquéreur qu’à vil prix.

Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre

_cabriolets_ (petits meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule

portative montée sur rhinocéros, 340 livres; une pendule à l’antique,

210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la famille Vignerot,

compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un

tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des

portraits, des vues et des monuments sans désignation.

A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché:

«Dans une fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux

flammes tous les tableaux qu’on avait retirés des églises, ceux qui

représentaient des rois ou des princes, ou qui retraçaient quelques

vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans les

maisons des particuliers et _au château d’Aiguillon_. Tous ces tableaux,

dont quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un

tombereau qui suivait le cortège. On y remarquait le portrait de Louis

XV, représenté en grand, le sceptre à la main, placé sur le devant du

tombereau.» La _Revue de l’Agenais_ (1878, tome V, p. 190) suppose que

ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux

religieux et les portraits des souverains (Louis XIII et Henri IV,

inventaire de 1613) qui étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen.

M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du

chroniqueur, et que l’autodafé se borna à la destruction des portraits

de roi ou de prince. C’était déjà trop: les vandales qui croyaient faire

œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales, pouvaient-ils

savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les

attributs de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant

surtout du château d’Aiguillon?

En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans

l’ancien couvent des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se

préoccupa d’approprier un local pour le musée départemental. Le

directeur des travaux publics communiqua son rapport constatant

l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et

l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de

dessin. Il fit préparer un local pour recevoir ces divers objets; et

Tonellé, conducteur des travaux publics, fut chargé de l’aménagement.

Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une

commission pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés

au musée. Ce travail, confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux

adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631], «dans la forme imposée par la

Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques publiques». La

notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets

d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les

plus rares et les plus précieux.

Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et

M. Tholin les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879)

par MM. Boudet, de Monbrison, A. Magen et Payen, architecte

départemental:

Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux

ans[632]); _en déficit_.

Pastels de Volaine;

Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau

et dont la dimension contraste avec le genre du peintre qui était un

miniaturiste. Ces vues sont à la préfecture;

Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?);

Portrait d’Hortense Mancini (école de Mignard);

Portrait de Mᵐᵉ Du Barry, de Drouais «retouché pour M. d’Aiguillon».

Ne serait-ce pas cette «copie du portrait de Mᵐᵉ Du Barry en Flore

retouché d’après nature pour M. le duc d’Aiguillon, au prix de 600

livres» tel que l’indiquent les Goncourt dans leur livre _La Du Barry_,

p. 368? Ce portrait est à la préfecture.

De même ceux de la comtesse de Provence, par Drouais; de Mᵐᵉ de

Pompadour, par Nattier; de Mᵐᵉ de Mazarin-Mailly, attribué à Nattier; de

Louise de Crussol (école de Mignard); de Cinq-Mars, qu’on suppose

provenir des d’Effiat, propriétaires de Veretz avant les d’Aiguillon.

Douze tableaux, consignés par l’inventaire du 25 nivôse an III, ont

disparu, et parmi eux le _Passage de la mer Rouge_, attribué par les

experts au Poussin, qui avait travaillé pour Mᵐᵉ de Combalet, duchesse

d’Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu.

Nous avons simplement analysé le catalogue, annoté, de M. Tholin, sans

nous prononcer pour ou contre des attributions, qui ont d’ailleurs

varié, suivant les dates d’expertise.

Le _Museum_ d’Agen, qui devait être constitué avec le fonds d’Aiguillon,

dans l’Ecole centrale de Lot-et-Garonne, fondée le 21 novembre 1799, ne

semble pas avoir jamais existé. En tout cas, un inventaire du mobilier

de la préfecture en 1812, aussi incomplet qu’il est sommaire, porte que

les tableaux ont été «trouvés à l’administration centrale. Ils viennent

du château d’Aiguillon» et l’inventaire note «portraits de famille pour

mémoire». Ils ne sont catalogués que très imparfaitement.

En réalité, tableaux et meubles ont... émigré dans les salons de la

préfecture.

* * * * *

L’opuscule de M. Tholin offre le plus grand intérêt, non seulement au

point de vue qui nous occupe, mais encore à un point de vue général. Il

ouvre de curieux horizons sur la vie économique dans les châteaux de

l’ancien régime, quelques années avant la Révolution. Déjà les lettres

de M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon nous l’ont fait entrevoir. Ici, nous avons des

documents précis, des comptes et des chiffres. Voici, par exemple,

l’état du sommelier en 1782:

Dans cette année, 577 bouteilles de 60 crus différents parurent «à la

grande table». L’office, y compris le personnel du théâtre, qui fut

servi à part, consomma 888 bouteilles pour les hommes, 360 pour les

femmes, 101 pour les musiciens, 135 pour les garçons, soit un total de

1484 bouteilles.

La vente de la cave, en 1793, qui présentait à peu près la même

composition de vins qu’en 1782, ne comporte pas des renseignements moins

instructifs. Ce sont les vins de liqueur qui ont toutes les préférences:

Malvoisie, Chypre, Xérès, Malaga, Rancio, les muscats du pays (crus

Galibert et Reignac situés à la Croix-Blanche, près d’Agen). Certains

furent vendus jusqu’à 6 livres la bouteille. Pas de Bourgogne, ni de

Champagne. Les Margaux, Saint-Emilion et Barsac sont achetés 1 livre 16

sous, à peine quelques sous de plus que les vins de Cahors et

d’Aiguillon.

* * * * *

Le château n’était pas terminé au moment de la Révolution; mais M.

Tholin estime, à juste raison, que le corps de logis principal devait

être très vaste et complètement meublé, en raison des réceptions qu’y

donnaient les châtelains et des hôtes qui venaient y villégiaturer. M.

Tholin ajoute que les invitations furent très nombreuses dans le

principe et qu’elles furent «acceptées avec reconnaissance», mais

bientôt les visites se firent plus rares: la noblesse agenaise était

pauvre et le duc d’Aiguillon trop hautain. C’était, en effet, un de ses

péchés mignons; mais nous avons vu, d’après la correspondance, qu’il y

avait toujours foule au château et même dans la salle de spectacle.

De celle-ci, qui existe encore, mais qui a reçu une autre appropriation,

M. Tholin nous donne une description assez précise. C’était une aile du

château consacrée à cette destination (nous savons qu’elle avait été

construite à cet effet par les d’Aiguillon). Cette salle contenait,

outre la scène et un amphithéâtre pour les spectateurs, un chauffoir

pour les dames et deux foyers isolés par des portes matelassées. Deux

portes, qui subsistent, devaient ouvrir, l’une sur l’escalier du

château, l’autre sur la rue. La salle était éclairée par des lustres de

cristal, et entourée de loges garnies d’accoudoirs, de banquettes

rembourrées et d’autres plus simples. C’est aujourd’hui l’_Hôtel du

Tapis Vert_.

Les décors, les costumes et la bibliothèque du théâtre ne furent pas

vendus. Isabeau, le conventionnel en mission, le même qui distribuait

aux acteurs de la région les ornements d’église pour s’en faire des

costumes, mit, le 16 octobre 1794, à la disposition du Comité dramatique

d’Agen le mobilier théâtral du château. Le 19, le Directoire de Tonneins

en fit dresser l’inventaire par la municipalité d’Aiguillon.

Les décors servirent quelque temps aux représentations données par le

Comité dramatique; mais, en 1797, certains de ses membres se refusant à

prendre la responsabilité de la conservation de ces décors, la

municipalité agenoise en référa au ministre de l’intérieur.

Celui-ci, d’autre part, avait reçu des citoyens Garnier et Cressant,

artistes du théâtre de Montauban, une requête pour l’obtention de ces

mêmes décors. Le ministre des finances, avisé, le 26 pluviôse an VI, par

son collègue de l’intérieur, lui répondit, le 29, qu’il en avait écrit

au département de Lot-et-Garonne. D’Aiguillon sollicitait alors sa

radiation de la liste des émigrés: si le Directoire exécutif rejetait la

demande, disait le ministre des finances, on pourrait mettre toiles et

décors à la disposition des comédiens montalbanais.

Les démarches de d’Aiguillon ne durent pas être accueillies

favorablement, car la ville d’Agen fut autorisée à prendre possession du

mobilier théâtral du château, sur l’évaluation qui en avait été faite à

478 livres 10 sous, le 10 avril 1798, par le commissaire délégué J.

Raymond.

La description des costumes et accessoires comprend trois grandes pages

de l’inventaire, pêle-mêle pittoresque de robes de soie de toutes

couleurs, corsets «variés», manteaux brodés, culottes à la musulmane,

toges romaines, habits espagnols, chapeaux de Scapin, cuirasses,

brassières, peau d’ours... Le répertoire, dont la correspondance de Mᵐᵉ

d’Aiguillon indique différentes pièces, appelait évidemment cette

variété de costumes.

Parmi les accessoires, nous voyons une «machine pour le tonnerre» et «un

tableau avec son chevalet» pour le _Tableau parlant_ de la

Comédie-Italienne.

Certes tous ces chiffons et ces fanfreluches, ces oripeaux et ce

clinquant, qu’avait déjà dû disperser et ternir l’âpre bise de la

tourmente révolutionnaire,--_ludibria ventis_--ne sont plus aujourd’hui

que de vains souvenirs. Mais il reste, de ce même théâtre d’Aiguillon,

d’impérissables monuments, actuellement à l’Hôtel de Ville d’Agen, 400

volumes in-folio d’œuvres musicales que le duc avait collectionnées. Ils

sont aux armes d’Aiguillon, et plusieurs portent l’ex-libris des grands

bibliophiles du XVIIIᵉ siècle, Bonnier de la Mosson, chevalier de

Polignac, Rouillé, Du Tillet, marquis de la Chétardie, etc. Il en est

qui contiennent des curiosités comme la mise en scène du ballet des

Turcs dans le _Bourgeois gentilhomme_, ou des pièces inédites, telles

les Cantatilles de Barthélemy sur le _Siège de Saint-Malo_ et la

_Bataille de Saint-Cast_.

M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de

l’importante bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de

Bruxelles, que cette collection est moins riche que celle de d’Aiguillon

pour certaines séries, «celle des auteurs français de musique

dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et

ballets».

PIÈCES JUSTIFICATIVES I

_Archives de la Bastille_, 12391 fº 198

DOSSIER TORT

Monsieur,

Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre

mes hommages respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander

afin de me prévenir des intentions du roi et de son ministre

relativement à la conduite que je dois tenir sur quelques points

essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été

dans mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à

mes maîtres, et il n’y a pas de sacrifices que je ne sois prêt à

faire pour éviter un pareil inconvénient.

J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle

contre M. de Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a

cruellement persécuté en me faisant traîner dans différentes

prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il a

osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi,

et publiquement, d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les

intérêts de la France en vendant à prix d’argent les secrets de

l’Etat à différents négociants anglais, etc...

Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de

mourir dans l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies

de droit. Ce dernier parti était sans doute dangereux parce que mes

démarches, quoique très légales, pouvaient choquer à tout instant

les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait par

sa place.

Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des

expédients pour tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai

pas de meilleur que celui de supplier M. de Sartine de vouloir bien

être le juge de la conduite que je me proposais de tenir. Ce

magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de

m’arrêter sur les objets qui pourraient m’attirer le blâme de la

Cour, mais à cette condition _que je le préviendrais d’avance de

tous les partis que je serais dans le cas de prendre relativement à

l’instance que j’allais commencer_. Mes intentions étaient trop

pures pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de

Sartine. Je lui ai tenu scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre

à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de mille écarts. Mon

innocence et ma fermeté ont fait le reste.

Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant

heureusement parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point

à me compromettre en faisant insérer des faits qui puissent

intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai bientôt

forcé de donner à mes juges et au public.

M. de Sartine avait encore bien voulu me promettre d’entendre la

lecture de ces mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse.

Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés

dans son successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de

les mériter pouvait être compté pour quelque chose. Mais, puisque

ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier de devenir

l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses

ministres que S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis

et plus respectueux que moi.

Je suis, etc.

TORT.

Paris, le 22 septembre 1774.

_Lettre de Tort de la Sonde au lieutenant de police. Son dossier est

accompagné de ses interrogatoires et de lettres du comte de Guines au

duc de La Vrillière._

PIÈCES JUSTIFICATIVES II

ANT 243 LETTRE DE Mᵐᵉ D’AIGUILLON

Paris, 16 juin 1775.

... Je n’ai pas besoin de vous dire ce que j’ai éprouvé, en voyant

partir lundi M. d’Aiguillon seul et sans savoir quand et comment je

pourrai l’aller trouver. Ce qui est certain, c’est que, si j’ai la

possibilité de voir ma tête à couvert, je partirai. Il faut convenir que

notre position est plus cruelle que celle de tous les autres exilés que

j’aie vus.

M. de M(aurepas) a été envoyé à Bourges dans la maison de son cousin et

de son ami; et sa femme a pu ne pas le quitter. De plus, cet éloignement

ne marquait pas un acharnement comme le nôtre le prouve. Il n’avait

qu’une terre bâtie (Pontchartrain) qui était à quatre lieues de

Versailles où le roi allait souvent chasser... Nous en avons une bien

bâtie à 60 lieues où nous serions bien à notre aise; c’est pour cela

qu’on nous envoie à 200 lieues dans un endroit non bâti et où je ne puis

aller... M. de Choiseul, dont assurément le feu roi avait plus d’une

raison de se plaindre, a été envoyé chez lui, où non seulement sa femme

et sa sœur, mais tous ses amis l’ont suivi. Jamais on n’a imaginé de

trouver 60 lieues trop près: cela était réservé pour nous.

PIÈCES JUSTIFICATIVES III

CERTIFICAT DE RÉSIDENCE

_Commune de Marly.--District de Versailles._

Extrait des Délibérations de la commune de Marly.

_Nous_, soussignés, _maire_, _officiers municipaux_, _membres du conseil

général de Marly_, sur la demande faite par la citoyenne ci-après

nommée, sur l’attestation des citoyens _Gervais_, _Mottet_, _J.-Louis

Chicaneau_, _Claude Blein_, _Jean-Pierre Leroy_, _L. Durand_, _Louis

Rousseau_, _J.-J. Hauvy_, _L. Talveau_.

Que la citoyenne _de Plélo_, _veuve d’Aiguillon_, _douairrière_ (_sic_),

âgée de soixante-six ans, taille de 4 pieds 10 pouces, visage plein,

yeux bleus, cheveux grisonnants, bouche grande, est demeurant

actuellement à Rueil[633], maison appartenant à elle-même et _qu’il_

(_sic_) y réside sans interruption depuis juin dernier jusqu’à ce jour,

qu’elle a payé ses impôts depuis 1789 et _qu’il_ nous a justifié de la

prestation du serment sur la Constitution.

Fait en la maison commune le 5 février 1793.

_Signé_: _Langevin_ (_maire_), _Gagne_, _Fournier_, _Couturier_.

Enregistré à Versailles, le 28 février 1793 (reçu 20 sols).

_Certificat d’affiches pendant quinze jours_

à Marly, _Langevin_, maire,

à Rueil, _Lavoipierre_, maire.

Visa du Directoire du district de Versailles, _Chaillou_.

Visa du département, _Lavoltere_.

PIÈCES JUSTIFICATIVES IV

ARCH. CHABRILLAN, carton 7, p. 117.

Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796) · 第 22 / 30 段