La plus importante nouvelle, la nouvelle qu'on échange depuis trois ou
quatre jours en se donnant la main, la voici: Rachel est malade!» Cela
remplace le bonjour et le comment vous portez-vous, qui sont d'usage
éternel; c'est variation.
Mademoiselle Rachel est tombée malade, en effet, et dans une
circonstance qui a rendu le fait de sa maladie plus singulier et plus
grave. On était à la veille de la première représentation d'une tragédie
nouvelle: _Catherine II_, de M. Romand. L'illustre actrice devait jouer
le principal rôle; elle avait accepté avec ardeur, il y a six mois, des
mains de M. Romand lui-même. Pendant trois autres mois, les acteurs, et
mademoiselle Rachel à leur tête, s'étaient livrés à une étude laborieuse
et assidue de l'ouvrage de M. Romand. Le public était prévenu et
attendait avec impatience cette ronde tentative de sa tragédienne
favorite dans une pièce inédite. La _Judith_ de madame Girardin n'avait
point, comme on sait, prouvé sans réplique l'autorité de mademoiselle
Rachel de son succès dans les oeuvres de nouvelle fabrique. Que ce soit
faute de madame de Girardin, personne ne le conteste; mais enfin
l'épreuve n'avait pas tourné complètement à l'honneur de l'actrice. On
comptait donc sur _Catherine II_ pour une revanche, et la curiosité
était vivement excitée: le Théâtre-Français rêvait un grand succès; déjà
M. Romand se voyait front ceint du laurier triomphal. Tout à coup se
répand bruit sinistre: «Rachel ne jouera pas! Rachel est en danger!»
L'effroi gagne le théâtre, les acteurs se regardent d'un air atterré et
M. Romand est sur le point de s'évanouir; figurez-vous un homme auquel
on enlève un amour, un bonheur, une gloire qu'il touchait du doigt et
qu'il croyait tenir.
M. Romand a joué en tout ceci le rôle de Tantale, qui voit l'onde
échapper à sa lèvre altérée.
Il va sans dire qu'on a fait courir mille bruits sur cette subite
indisposition de mademoiselle Rachel. Il y en a de nature ne se pouvoir
être rapportés; il en est d'autres qui peuvent se dire tout haut, et au
besoin s'imprimer. Celui-ci est du nombre: mademoiselle Rachel aurait
une rancune contre le Théâtre-Français, qui lui a refusé de donner une
représentation au bénéfice de sa petite soeur Rébecca et de son frère
Raphaël.--Ou bien encore: mademoiselle Rachel, au moment suprême et sur
le point de livrer bataille, a eu peur d'une défaite et a reculé;
l'ombre de _Judith_ s'est dressée devant elle.
Il nous répugnerait de croire que mademoiselle Rachel a du céder à ce
point à des calculs personnels; ce serait de l'égoïsme tout pur, et du
plus condamnable; tenir, en effet, un pauvre auteur en haleine pendant
six mois, prendre à d'honnêtes comédiens leur temps et leur travail,
leurrer un théâtre, c'est-à-dire une entreprise importante, de l'espoir
d'un succès ou tout au moins d'un puissant appui pour l'obtenir, et tout
à coup lâcher prise, par une crainte pusillanime, par un ressentiment
puéril, par un caprice, ce serait plus qu'un coup de tête, ce serait une
mauvaise action, et nous n'oserions pas croire que mademoiselle Rachel
en fût capable. Mieux vaut donc s'en rapporter au bulletin de M. le
docteur en médecine; car la médecine affirme que mademoiselle Rachel est
très-positivement et très-sérieusement malade; il lui faut du repos et
un long repos; Hippocrate dit six mois, Quintillien un an; les mieux
informés se placent entre ces deux opinions.
Quoi qu'il en soit, cette catastrophe imprévue jette la désolation au
Théâtre-Français; s'il avait quelque autre bien pour prendre patience et
pour se consoler! mais tout lui manque à la fois; ce n'est pas seulement
_Catherine II_, ce n'est pas seulement mademoiselle Rachel, ce sont
toutes les branches, si on peut ainsi dire, sur lesquelles il avait mis
son espoir de salut pour cette saison de printemps et d'été; la censure
a pris le Théâtre Français à partie et lui fait, depuis un an, des
blessures profondes; il semble que ce soit un duel à mort. _Les Bâtons
flottants_, qui définitivement ne seront pas joués, _une Conspiration
sous le régent_, drame de M. Dumais, sont restés sur le champ de
bataille! La censure, sans cris de pitié, les a dévorés tout crus.
Dans cette extrémité, le Théâtre-Français crie à l'aide et sent dépérir
semaine par semaine, jour par jour, heure par heure: il meurt faute de
pièces nouvelles, il meurt faute d'auteurs heureux, il meurt par ce qui
n'est pas et par ce qui est en lui; et cette république délabrée demande
un roi; une main ferme peut la relever de ses ruines: le
Théâtre-Français est en si mauvais état que ce recours à un despotisme
ne pourrait pas rendre sa position pire, et qu'en demandant un roi, il
ne risque point de renouveler la fable des grenouilles.
Puisqu'il nous est permis de mêler le sacré au profane, parlons de
monseigneur Louis Belmas, mort récemment évêque de Cambrai. M. Belmas
était un homme d'esprit, un homme aimable, et un excellent homme; il
était en outre évêque tolérant et éclairé; l'Empereur l'estimait
particulièrement; il faisait plus encore, il l'aimait avec préférence
sur tous les autres grands dignitaires de l'Église. Pendant sa longue
carrière, le bon évêque ne démentit jamais, par aucune action, par
aucune parole, ce glorieux témoignage de l'affection du grand homme; son
diocèse lui voua un véritable culte, et Cambrai l'adorait. Un jour, en
1829, le bruit se répandit que M. Belmas avait le projet de quitter ses
ouailles et île se retirer dans le Haut-Languedoc, où il était né.
Aussitôt toute la ville inquiète alla le trouver, le suppliant de ne pas
causer cette douleur de sa retraite et de son départ à sa chère ville de
Cambrai; il y eut des supplications, il y eut des larmes; si bien que
l'excellent évêque ne put résister à ces témoignages unanimes d'une
affection cordiale, «Eh bien! dit-il, plein d'une vive émotion, je
mourrai au milieu de vous.» Il a tenu parole, et mourut dernièrement à
Cambrai, regretté et béni.
Une nièce de M. Belmas, mademoiselle Donat, a eu l'idée pieuse de
consacrer la mémoire de son oncle par une oeuvre d'art, qui pût être
acquise aisément par les nombreux amis qu'il possédait et par les
citoyens de Cambrai qui gardent chèrement le souvenir de ses vertus. Une
médaille vient d'être frappée dans cette intention; elle représente, sur
la face, le portrait de M. Belmas, tête fine et bienveillante; de
l'autre, les insignes de sa dignité. Mademoiselle Donat a commandé cette
médaille à ses frais; et, en femme distinguée, qui comprend combien la
beauté du travail donne du prit à un pareil hommage, elle a choisi pour
l'exécuter M. Depaulis, notre habile graveur, lequel y a mis toute la
conscience et toute la pureté de son rare talent.--Allons, artistes et
poètes, voilà qui est bien! Un grand homme est mort, ou bien un pieux
évêque descend dans la tombe; toi, monte ta lyre; loi, prends ton burin
ou ton pinceau; chantez la gloire et consacrez la vertu! Quel plus bel
usage peut-on faire de la corde harmonieuse et de l'éternel airain?
Il y a, au Gymnase, un acteur du nom de Delmas; l'évêque du Cambrai
était son oncle; toutefois, pour ne pas trop compromettre l'Évangile
avec le vaudeville, le comédien a changé la première lettre de son nom
et mis un D à la place du B. Delmas est un honnête homme et un honnête
acteur; il est probable que le jour où il aura rempli son dernier rôle
ici-bas pour aller, dans l'autre monde, rejoindre son brave oncle,
l'évêque de Cambrai ne fera pas le rigide, et que Belmas tendra la main
à Delmas et lui donnera sa bénédiction. Béranger est de cet avis.
Comment de Cambrai sommes-nous arrivés au Gymnase et d'un évêque à
comédien? Quoi qu'il en soit, nous y voici, et autant vaut profiter de
l'occasion pour annoncer l'abdication définitive de M. Delestre-Poirson,
directeur; les batailles livrées par M. Delestre-Poirson aux auteurs
dramatiques ont fait assez de bruit depuis longtemps, et le Gymnase a
payé trop rudement les frais de la guerre, pour qu'on n'apprenne pas
avec plaisir que cette retraite de M. Poirson va faire refleurir la
paix; ce n'est pas précisément une paix à tout prix, mais une paix du
prix de trois cent et quelques mille francs que M. Poirson-Delestre
recevra pour panser ses blessures; beaucoup se guérissent à moins.
Le successeur de M. Poirson s'appelle M. Montigny; il est directeur du
théâtre de la Gaieté, je crois, où il fait jouer force mélodrames; je ne
sais même si, de temps en temps, il n'en compose pas pour son propre
compte; c'est un homme complet, comme on voit. M. Montigny possède-t-il
une eau merveilleuse pour rendre la santé aux malades? a-t-il découvert
une pondre de Perlimpinpin pour ressusciter les morts? Cela est à
désirer, et lui servirait dans la circonstance; si le Gymnase n'est pas
tout à fait mort, en effet, en vérité il est bien malade. Mais il y a de
la ressource; les auteurs proscrits vont revenir au bercail, et M.
Scribe a promis de faire des vaudevilles pour féconder de nouveau le
terrain; et quel théâtre ne réunit pas quand M. Scribe s'en mêle? Il est
vrai que le Gymnase est le théâtre de ses premières amours, et que les
premières amours ne se recommencent guère ou se recommencent mal.
--Ce pauvre M. Kirsch ne s'est pas découragé; il a tenté une seconde
ascension; mais cette seconde aventure n'a pas mieux réussi que la
première; un coup de vent est survenu et a jeté le ballon à bas. M.
Kirsch s'est livré à un violent désespoir; c'était à faire pitié.
Pourquoi, en effet, un coup de vent, qui vient là tout exprès miner une
espérance? Jusque-là, le ciel s'était montré calme et clément; le jour
était magnifique; le soleil éclatait splendidement dans l'azur; il n'y a
eu qu'un seul coup de vent dans la journée, et c'est ce pauvre M. Kirsch
qui l'a reçu à bout portant, ce vent contraire n'aurait-il pas aussi
bien pu souffler un quart d'heure avant ou un quart d'heure après? Heur
et malheur! Tandis que M. Kirsch échouait, d'autres, peut-être au même
instant, lançaient leur ballon gonflé du vent de la vanité et de la
sottise, et allaient aux nues! Choisir le vent, avoir le vent pour soi,
c'est le secret de bien des ascensions et de bien des renommées, de
beaucoup de ballons et de fortunes.--Enfin la troisième tentative de M.
Kirsch a réussi; on annonce que le vent lui a été favorable mercredi
dernier.
--Mademoiselle Déjazet vient de perdre sa mère, âgée de quatre-vingt six
ans passés, ce qui n'annonce pas que Frétillon soit tout à fait dans son
printemps. Le convoi de cette bonne femme, qui avait eu l'honneur de
concevoir et de mettre au monde une des plus spirituelles, des plus
célèbres, des plus adorées, des plus populaires actrices de ce temps-ci,
avait attiré une foule considérable d'artistes de toute espèce, de
directeurs de théâtre et de comédiens. On dit mademoiselle Déjazet
très-profondément affligée de la mort de sa vieille mère; c'est que
Frétillon a du coeur, Frétillon est une bonne fille de toutes manières.
--On a fait grand bruit, ces jours derniers, d'un certain aigle noir qui
s'est montré tout à coup dans le ciel parisien. L'aigle, déployant ses
ailes, planait sur la ville immense; et tous les regards, surpris, de le
regarder. «D'où vient-il? Est-ce un présage?» On a fini par découvrir
que l'oiseau merveilleux s'était tout simplement échappé de la maison de
M. Vairmaire, rue de Grenelle-Saint-Honoré, où on le tenait en cage.
Cependant l'aigle ne s'est pas laissé reprendre il jouit de sa liberté,
il se nourrit aux frais de la ville du Paris. L'autre jour il s'est
abattu sur un chien, dans la rue Mouffetard, et en a fait son déjeuner,
ou peu s'en faut, à la barbe de la foule ébahie; et hier le
_Constitutionnel_ l'a découvert au dessus des tours de Notre-Dame,
soupant avec un corbeau. Sous l'empire, personne n'aurait fait attention
à cet aigle, nous en avions tant! Mais aujourd'hui que tant de poulets
d'Inde passent pour des aigles, on s'étonne de voir par hasard un aigle
véritable.
--L'Angleterre possède en ce moment un nain extraordinaire surnommé
Tom-Thumb ou Tom-Pouce. Ce nain se montre partout. Un journal anglais
prétend que Tom-Thumb fait dix mille francs de recette par semaine, tant
la curiosité publique est, en ce moment, excitée à son profit. Il est
vrai que la reine Victoria raffole de Tom-Thumb et s'en divertit
beaucoup. La ville prend l'exemple de la cour, les valets imitent le
maître, les sujets singent le souverain: de là le succès de Tom-Thumb.
Mais que demain S. M. Victoria se lasse du nain et s'amuse d'un géant,
adieu mon pauvre Tom-Thumb; Goliath aura la chance, et le nain sera
honni.--Tom-Thumb est attendu le mois prochain à Paris; nos nains
politiques et littéraires lui préparent une réception fraternelle et
digne de sa petitesse.
Duprez est revenu de Londres passablement chargé de bank-notes: il se
promenait triomphalement hier dans sa calèche, par le plus beau soleil
du monde.
--M. Raoul, célèbre fabricant de lunes, vient de mourir; c'était un
industriel très-ingénieux et d'un grand mérite; ses lunes avaient une
réputation européenne; le serpent de l'envie avait cherché vainement à y
mordre.
--L'Académie Royale de Musique prépare un opéra nouveau: _Richard en
Palestine_; la musique est de M. Adolphe Adam, qui voudrait bien être de
l'Institut, et fait, pour cela, claquer le fouet du _Postillon de
Longjumeau_. M. Adam finira par arriver au relais.
--Le bruit court de la prochaine ouverture, à la salle Ventadour, d'un
théâtre espagnol. On prétend qu'Espartero en est le directeur; mais on
prétend tant de choses!
Et cependant, allez au jardin des Plantes respirer le parfum des
amandiers en fleur.
Salon de 1844.
3e article.--Voir t. III, p. 33, 71, 84 et 103.
Notre collaborateur M. Bertall a fait sa revue pittoresque. Une petite
vacance a eu lieu pour le Salon, vacance chère à beaucoup d'artistes,
pendant laquelle ils écrivent à M. le directeur afin d'obtenir _une
meilleure place_, comme si la justice de leurs réclamations pouvait leur
donner droit à les voir accueillir. La vacances finie; quelques uns se
réjouissent; on les a mieux placés. D'autres se lamentent plus encore
que lors des premiers jours de l'exposition: on les a mis dans un jour
faux, on leur a donné une mauvaise travée; M. le directeur, par amitié,
leur a jeté le pavé de l'ours. Le public voyait peu leur oeuvre, et,
depuis qu'ils ont réclamé, le public ne la voit plus du tout.
Les changements récemment opérés dans la disposition des tableaux n'ont
fait que doubler notre tâche, à nous: une heure, au moins, nous avons
erré, cherchant nos noms bien connus, sans les trouver, cherchant, sans
les découvrir, des oeuvres qu'avaient signalées nos confrères. Pauvre
critique! quel désappointement n'a pas été le tien! Et cependant les
innovations sont peu nombreuses.
Le lecteur n'a pas besoin d'être éclairé à ce sujet, et s'il nous
prenait fantaisie de lui en faire part, sans doute il nous adresserait
la phrase terrible: Avocat, passez déluge;--critique, ne vous répétez
pas. Reprenez la promenade à l'endroit où nous nous sommes quittés. Rien
de moins, mais rien de plus. Or le public a tant d'erreurs, tant de
péchés, tant d'omissions à nous pardonner, que nous nous garderons bien,
pour si peu, de l'indisposer.
Avant d'aller rendre visite au portrait de M. Pasquier, arrêtons-nous
devant l'oeuvre de M. Jadin. Si nous considérions les peintures de M.
Jadin comme des tableaux, au lieu de voir en eux des panneaux
d'appartement, nous serions en droit d'être un peu sévère à l'égard de
ce peintre. Mais nous les prenons comme il nous les donne. Le panorama
d'une chasse se déroule devant nos yeux. D'abord voici le portrait
authentique et collectif de _la meute_, appartenant à M. le comte Henri
Greffullie; puis voici _le Rendez-vous_, auquel personne ne manque. _Le
Hallali_ est la mise en scène d'un fait récent; un sanglier forcé charge
le cheval de M. le prince de W.... Enfin, _la Course aux lévriers_ est
vive et très-mouvementée.
Cette série de panneaux, envoyés cette année au Salon par M. Jadin, a de
l'intérêt pour tout le monde: qu'on juge de la joie qu'éprouvent les
chasseurs en la regardant! Comme ils prennent avidement connaissance de
cette histoire peinte d'une chasse! Il y a tel épisode, reproduit par M.
Jadin, qui a le pouvoir de rappeler aux amateurs un débûché qui date de
vingt ans. _Ralph et Zeph_, lévriers à l'entraînement, sont deux
portraits fort ressemblants sans doute. Ce dont il faut savoir gré à M.
Jadin, c'est de sa facilité à grouper chasseurs, batteurs de bois,
chiens et gibier. Nous le répétons, son envoi se compose de panneaux, et
comme panneaux ils sont assez terminés.
Nous sommes maintenant devant l'oeuvre de M. Horace Vernet, devant le
portrait de M. le chancelier Pasquier, qui est, sans contredit, une des
plus remarquables oeuvres du Salon.
A quoi bon parler de l'habileté avec laquelle ce portrait est peint? M.
Horace Vernet à une réputation telle, qu'il suffit de nommer ses
tableaux pour que le public sache à quoi s'en tenir sur leur mérite. Le
portrait de M. Pasquier brille par la ressemblance, par le naturel de la
physionomie, par la dignité simple de la pose: le grand chancelier,
revêtu du son grand costume, est occupé à dépouiller le scrutin.
Non loin du portrait de M. le chancelier Pasquier, se trouve le portrait
d'une autre sommité parisienne peint par une autre sommité dans les
arts. Nous voulons parler du portrait de M. Rambuteau, préfet de la
Seine, par M. Henri Scheffer, oeuvre large, sévère et consciencieuse,
comme sait les faire l'auteur de _Charlotte Corday_. Le portrait de M.
Jourdan, par le même, a une valeur égale sous le rapport de l'art, et
plaît moins comme ressemblance.
Les trois portraits de M. Alexis Pérignon ont en, et devaient avoir un
immense succès, car il est difficile de peindre avec plus de charme et
plus de goût; celui d'un élève de l'École Polytechnique, par M. Pichon,
est un des meilleurs du Salon; ceux de M. Léon Viardot appartiennent à
la bonne école; ceux de M. Charlier prouvent chez l'auteur une grande
habileté et beaucoup de savoir-faire dans les ajustements. Quant au
portrait de M. V. de la Pelouze, par M. Uzanne, nous le reproduisons à
deux titres: il est bien peint, et fait connaître à nos lecteurs un
homme qui a tenu pendant vingt-cinq ans un rang honorable dans la
presse: l'ancien directeur du _Courrier français_, le collaborateur et
l'ami de Châtelain.
[Illustration: Portrait de M. Pasquier, chancelier de France, président
de la Chambre des Pairs, par M. Horace Vernet.]
Madame Eugénie Grün, dans son portrait de M. A... G... a déployé une
grande habileté de pinceau, ainsi que dans sa _Tête d'étude_, placée
sous le n° 863. Enfin, les onze portraits-miniatures de M. Maxime David
ont droit à l'attention des connaisseurs.
Il nous souvient de Montaigne visitant la tasse, qui obtint un grand
succès dans une des expositions précédentes; cette oeuvre fit jeter les
yeux depuis sur tout ce qui est sorti de l'atelier de M. Louis Gallait.
Eh bien! nous avons peine à le reconnaître cette année, tant son envoi
est inférieur à ce qu'on peut attendre d'un peintre qui a fait ses
preuves. La _Prise d'Antioche par les Croisés_ est une toile à effet, et
qui ressemble beaucoup trop à un cinquième acte d'opéra; au reste, rien
n'égale la verve avec laquelle elle est composée, le désordre est au
comble parmi les musulmans. Deux pendants, _Bonheur_ et _Malheur_, n'ont
pas un mérite égal. Le _Bonheur_, c'est-à-dire la mère heureuse
regardant jouer ses enfants et paraissant posséder tous les biens que la
fortune et la santé peuvent donner, est d'un coloris conventionnel, d'un
dessin faiblement étudié. Le _Malheur_, représenté par une jeune femme
presque en haillons mettant ses enfants à peine vêtus sous la protection
de la croix, est bien supérieur au pendant, quoique peint dans le même
genre; la tête de la mère a une expression poignante qui saisit. Dans le
salon carré, le portrait de M. Dubois est parfaitement peint. Que M.
Louis Gallait nous pardonne notre sévérité; nous savons quel est son
talent, et voilà pourquoi nous exigeons davantage.
Deux frères, MM. Achille et Léon Benonville, ont exposé, et obtiennent
un succès égal.
Le premier s'est inspiré de ces beaux vers d'André Chénier sur
l'infortune d'Homère:
Et sur une pierre
S'asseyait; trois pasteurs, enfants de cette terre,
Le suivaient, accourus aux abois turbulents
Des molosses; gardiens de leurs troupeaux bêlants.
Ils avaient, retenant leur fureur indiscrète,
Protège du vieillard la faiblesse inquiète
Ils l'écoutaient de loin, et s'approchant de lui...
Comme le poète, le peintre a été bien inspiré, et il a envoyé de Rome un
beau paysage historique, composé et rendu avec bonheur, notamment sur
les premiers plans; une certaine uniformité d'exécution fait seule tort
à l'ensemble du tableau. _Homère abandonné dans l'île de Sicos et
accueilli par des bergers_ est une oeuvre qui honore le jeune lauréat de
l'Institut. Le _Souvenir de la vallée de Narni_, par le même, seul
beaucoup moins l'école que le paysage d'_Homère_, et nous fait espérer
que M. Achille Renouville possède une véritable originalité.--Son frère,
M. Léon Renouville, a exposé une _Esther_ remarquable en tous points,
d'une couleur brillante, d'un dessin habile.
Un autre lauréat de l'Institut, M. Jean Murat, mérite nos éloges pour
ses _Lamentations de Jérémie_, tableau où se remarquent des qualités de
premier ordre et de malheureux défauts. Il est inutile de s'appesantir
sur ce tableau exposé déjà aux Beaux-Arts; c'est bien le peintre
d'_Agar_ qui l'a composé. Allez dans la galerie des gravures: _Agar dans
le désert_, gravé avec talent par M. Alexandre Manceau, vous prouvera
que M. Murat pèche sous le rapport de l'imagination, mais que son dessin
est d'une pureté extraordinaire.
Que reprocherons-nous à MM. Schopin, Émile Signol, Serrur et Gosse?
A M. Schopin, son _Don Quichotte et les Filles d'auberge_, qui manque de
caractère autant que sa _Virginie au bain_, autant que ses deux sujets
sur _Manon Lescaut_, autant que ses deux sujets sur _les Mystères de
Paris_. Certainement, M. Schopin a de l'habileté et du faire; mais il
ressemble à ces acteurs qui sont toujours les mêmes. Quel que soit le
sujet qu'il traite, ses moyens ne changent jamais. Les deux sujets de
Manon Lescaut, traités par M. Édouard Schwind, ont des qualité» plus
réelles que ceux de M. Schopin.
A M. Émile Signol, ses deux portraits historiques, qui ne nous
permettent pas de croire que son talent soit multiple et puisse briller,
notamment à peindre des chevaux. Le _Portrait équestre de Godefroy de
Bouillon_ et le _Portrait équestre de saint Louis_ sont des toiles de
genre, moins la grâce et l'agrément. Les deux autres portraits non
équestres de M. Émile Signol nous plaisent davantage!
A M. Serrur nous ne reprochons que l'insuffisance de verve, car son
_Dévouement d'un bourgeois d'Abbeville_ renferme d'excellentes parties.
Le fait qu'il a traduit sur la toile est une des plus belles pages de
l'histoire de la bourgeoisie en France. Les Anglais s'étaient emparés
d'Abbeville; un bourgeois, nommé Ringois, refusa de les aider à dominer
ses concitoyens: il fut enlevé et conduit, chargé de chaînes, à Douvres.
On le plaça sur le parapet d'une tour qui dominait la mer.
«Reconnaissez-vous pour votre maître Édouard III? lui cria-t-on.--Non,
répondit Ringois, je ne reconnais pour maître que Jean de Valois.» Il
fut jeté la mer. M. Serrur a rendu cet épisode avec talent; mais
pourquoi ses groupes ne sont-il pas posés avec plus d'assurance;
pourquoi sa couleur n'a-t-elle plus de brillant? La _Contemplation_ fait
honneur à M. Serrur.
A M. Gosse nous souhaiterions plus d'ampleur dans la manière, et on
pourrait alors l'appeler le Casimir Delavigne de la peinture. Les
oeuvres du poète ont souvent été par lui traduites en tableaux. Un jour,
nous avons aperçu les _Enfants d'Édouard_; un autre jour, à l'ouverture
du Salon de 1844, nous voyons Louis XI aux pieds de saint François de
Paule.
[Illustration: Portrait de M. de Rambuteau, par M. Henri Scheffer.]
[Illustration: Portrait de M. Valentin de la Pelouze, directeur de
l'ancien _Courrier Français_, par M. Uzanne.]
Ce dernier tableau est bien composé, et rempli de détails
consciencieusement peints. _Maître Adam et le prince de Gonzague_ est un
intéressant épisode agréablement rendu. La femme de maître Adam, en
introduisant le prince auprès de son mari, plus occupé de ses vers que
de son travail, lui dit: Voyez, monseigneur, à quoi mon paresseux de
mari s'amuse au lieu de travailler.--Ingénieuse moitié! Ton paresseux de
mari s'occupait à faire ses fameuses chevilles.» Le portrait exposé par
M. Gosse est remarquable; c'est tout ce que nous en pouvons dire.
Justice vient d'être rendue tardivement à M. Théophile Blanchard; un de
ses paysages vient d'être placé dans le Salon doré. Nul, plus que cet
artiste, ne sait donner une idée de la nature dans ses plus simples
comme dans ses plus merveilleux aspects. La _Vue prise sur les bords de
l'Oise_ a des qualités sans nombre qu'obscurcissent à peine des détails
parfois un peu négligés. La _Vue prise à Noisy_ est d'un effet
saisissant. M. Blanchard appartient à cette école de paysagistes qui ne
corrigent pas la nature par l'imagination, et qui ne manquent pas,
cependant, de la copier, en lui laissant sa poésie et sa vigueur. Il en
est de même de M. Eugène Lepoittevin pour les scènes animées. Jamais sa
verve ne s'épuisera, du moins tout nous porte à le croire. Avez-vous vu
une _Embarcation (dite la poste aux choux) venant approvisionner un
poste de flibustiers sur la côte_? Y a-t-il quelque chose de plus
habilement touché, de plus spirituellement fait? Et le _Renseignement_
donc! Ce tableau fait plaisir, tout placé qu'il est à côté des Marilhat
et d'un Tony Johannot; c'est qu'il est plein de bonhomie, et que les
accessoires en sont charmants. _Les Fruits d'automne_ ne sont pas le
moins agréable des tableaux de M. Eugène Lepoittevin, qui tous ont un
air de parenté que bien des gens appellent uniformité, et que nous
considérons comme le style. M. Lepoittevin a un talent fin, coquet et
facile; il fait un feuilleton en peinture, soit; mais qu'importe, s'il
amuse? Où s'arrêtera M. Achard? Personne ne le sait, et lui-même moins
que le public peut-être, tant ses études sont sérieuses et suivies. Quoi
qu'on puisse dire pour décourager les travailleurs, la réputation
récompense tôt ou tard les hommes dont les capacités sont réelles. En
1840, personne ne connaissait M. Achard; en 1844 M. Achard est, à bon
droit, regardé comme un excellent paysagiste. Trois vues et un paysage
forment son exposition. Les trois vues sont prises dans le Hameau de
Sainte-Égrève, ou aux environs. Il serait difficile de surpasser Achard
pour ce qui concerne les terrains et les collines rocailleuses, qu'il
peint avec une étonnante vérité. Une chose lui manque encore, c'est le
feuiller de ses arbres de premier ou second plan.
[Illustration: La Poste aux Choux, par M. Eugène Lepoittevin.]
Aucune vue n'a plus de charnu; que la _Vue générale du village de
Nazareth, en Galilée_, par M. Alphonse Montfort.
[Vue générale du village de Nazareth, en Galilée, par M. Alphonse
Montfort.]
Non-seulement la couleur en est bonne, mais encore le point de vue est
bien choisi. Le groupe d'hommes, de chameaux et de boeufs a du
mouvement, et, par-dessus tout, la légèreté des tons dans le ciel, la
grâce dans les lignes et la transparence de l'horizon font de ce tableau
une charmante page.
M. Marandon de Montyel a exposé cette année trois paysages, _Son
Souvenir du pays Vaud_ et son _Vieux château de Creceils_ sont de petite
toiles qui n'ajouteront rien à la réputation! de cet habile artiste,
mais la Cascade de Retie près de Florence attire à juste titre
l'attention des connaisseurs. Cette nature âpre et sauvage convenait
bien au talent énergique et austère de M. Marandon de Montyel. C'est un
tableau qui lui fait d'autant plus d'honneur qu'on y remarque encore des
progrès incontestables. M. Marandon de Montyel deviendra bientôt, s'il
continue à marcher du même pas, un de nos meilleurs peintres de
paysages.
Les Rives de l'_Albarine_, par M. Édouard Hostein, peuvent être
regardées comme le plus beau paysage qu'il ait exposé depuis longtemps,
soit pour la grandeur, soit pour le fini avec lequel il est fait. La
_Vallée de la Saône_, et les _Rives de la Saône_, du même peintre, sont
moins complets, sans être indignes de son talent.--_Le Paysage_ de M.
Troyon a beaucoup d'air; c'est un des plus pittoresques endroits de la
forêt de Fontainebleau. Le tableau appelé _Dessous de forêt_, et dans
lequel M. Troyon représente un chasseur tirant un canard sauvage, est
certainement rempli de beautés du premier ordre; mais la lumière n'est
pas lumineuse (qu'on nous pardonne ce pléonasme qui fait comprendre
notre pensée); le plan de gauche s'efface beaucoup trop.--_Un Village
des États romains_, peint dans un genre tout à fait opposé, par M.
Sabatier, a de la grandeur et de l'air, quoique petit et bien rempli; le
_Site des Pyrénées_, dont la couleur est tout à fait charmante, n'a que
le défaut d'avoir certains reflets roses qu'on ne s'explique pas.
On doit des éloges; à madame Louise Strubberg, pour son Lac de
Retournemer (Vosges); cette artiste a profité des leçons de M. Horace
Vernet, son illustre maître;--à mademoiselle Clémence Dimier, pour son
_Saint Jean écrivant l'Apocalypse dans l'île de Patmos_, tableau d'un
style élevé;--à M. Adrien Lainé, garçon de bureau au ministère de la
marine, pour ses _Naufragés_, sujet traité avec une vigueur remarquable,
et pour sa belle _Vue des environs de Marseille_. M. Lainé pourra
devenir un peintre de mérite reconnu;--à M. J.-J. Champin, pour ses
grandes et magnifiques aquarelles, qui laissent loin derrière elles une
foule de paysages peints à l'huile;--à M. Émile Lonele, pour son
Soutenir du lac de Guarda, plein de couleur, et où l'inexpérience du
peintre est le seul défaut;--à M. Paul Gourlier, pour ses deux paysages.
Son _Enfance de Bacchus_ est un beau tableau, où le feuillage est
seulement un peu trop découpé; son _Paysage_ est charmant et d'une
largeur de composition à la Corot.
[Illustration: Cascade de Rouves près de Florac (Cévennes), par M.
Marandon.]
Enfin, et pour ne pas oublier les aquarellistes et peintres de fleurs,
nous citerons des _Fruits_, jolie aquarelle de mademoiselle Amélie
Patal; le _Vase de fleurs et ananas_, de madame Élisa Champin; deux
cadres de _Fleurs_, de madame Clémentine Thierry. Des noms de femmes se
trouvent presque seuls sous notre plume, mais notre conscience de
critique est sauve; nous mettons en ceci plus de justice encore que de
galanterie.
Académie des Sciences.
COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER
TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844.
(Voir t. I, p. 217, 234, 238; t. II, p. 182, 198, 343 et 594: t. III, p. 26 et 58.)
I.--Sciences mathématiques pures.
Les communications relatives à la haute analyse deviennent chaque jour
plus nombreuses; nous ne pouvons même pas les indiquer toutes ici. Il
nous suffira du citer les noms de MM. Cauchy. Liouville. Lainé et
Chasles, comme ceux des membres ou des correspondants de l'Académie qui
ont contribué à enrichir les _Comptes rendus_ des résultats de leurs
travaux. Nous avons vu, avec un plaisir que partageront sans doute tous
les amateurs de l'élégance géométrique, M. Chasles poursuivre avec un
rare bonheur les incursions que ses méthodes lui permettent de faire sur
un terrain qui semblait n'être abordable que pour les analystes. Ce
savant a traité par des méthodes purement géométriques les questions
difficiles relatives aux périmètres des lignes courbes, et il est arrivé
à des résultats fort curieux sur les propriétés générales des arcs d'une
section conique dont la différence est rectifiable.
[Illustration.]
La _lemniscate_ est une courbe devenue célèbre dans la géométrie
moderne. Cette combe que nous représentons ici, a la figure d'un 8, et
est symétrique par rapport aux deux axes AH, CD. Elle est du quatrième
degré, et jouit de propriétés fort curieuses: elle est quarrable, et son
contour peut être partagé géométriquement en parties égales. Etudiée
successivement par le géomètre italien Fagnano, par Euler, et par MM.
Gauss, Abel, Jacobi, Lejeune-Dirichlet, etc., elle a été le sujet d'un
mémoire de M. Liouville, qui a démontré d'une manière générale que les
équations relatives à cette division du périmètre se résolvent par
radicaux.
Les académiciens peuvent être utiles aux progrès de la science par un
certain genre de travail qui est essentiellement dans leurs
attributions, et, où ils peuvent du reste montrer autant de talent et de
profondeur que dans des mémoires originaux. Nous voulons parler des
rapports qui leur sont demandés pour les communications faites à
l'Académie. Nous avons remarqué les rapports très favorables de M.
Cauchy, sur des mémoires de haute analyse par M. Laurent, officier du
génie, et par M. Cellérier. Nous avons trouvé moins d'intérêt, au point
de vue scientifique, dans le rapport du même savant sur un jeune
sourd-muet qui possède une connaissance très-étendue des sciences
physiques et mathématiques. M. Lamé a fait aussi un rapport
très-approbatif sur un mémoire de M. Bertrand, relatif aux surfaces
orthogonales.
Parmi les mémoires adressés à l'Académie, nous citerons ceux de MM.
Catalan sur les surfaces développables; de Saint-Venant sur une méthode
nouvelle d'interpolation applicable aux questions de physique et de
mécanique expérimentale; Bertrand, sur les surfaces orthogonales;
Wautzel, sur l'intégration des équations différentielles linéaires, etc.
II.--Sciences mathématiques appliquées.
_Mécanique moléculaire_.--Une note de M. Lamarle, ingénieur des ponts et
chaussées, sur la flexion des pièces chargées debout, sera, conformément
aux conclusions d'un rapport de M. Liouville, insérée dans le _Recueil
des Savants étrangers_.
Quant aux travaux extrêmement remarquables que M. de Saint-Venant, qui
est aussi ingénieur des ponts et chaussées, a soumis au jugement de
l'Académie, et qui ont pour but le perfectionnement des parties les plus
importantes de la mécanique moléculaire, en ce qui concerne leur
application à l'art des constructions, nous n'hésitons pas à les
regarder comme devant opérer une révolution dans l'enseignement de nos
écoles savantes. Il suffira du citer à l'appui de notre assertion les
conclusions suivantes du rapport de M. Cauchy:
«Les divers mémoires de M. de Saint-Venant nous paraissent justifier
pleinement la réputation que cet habile ingénieur, qui a toujours occupé
les premiers rangs dans les promotions à l'École Polytechnique, s'est
acquise depuis longtemps. Nous les croyons très-dignes d'être approuvés
par l'Académie, et insérés dans le _Recueil des Mémoires des Savants
étrangers._»
_Astronomie_.-Nous avons regretté que les _comptes rendus_ officiels
n'aient fait qu'une brève mention des intéressantes recherches
entreprises par M. Arago, dans le but de déterminer en nombres les
affaiblissements comparatifs qu'il faut faire subir au disque de Jupiter
et à ses satellites pour amener leur disparition, aussi bien que des
dernières observations faites à l'Observatoire relativement à
l'excentricité apparente du disque de Saturne, considéré dans la
direction du petit diamètre de l'anneau.
Nous avons à énumérer, parmi les communications astronomiques, celles
MM. Cauchy sur l'application du calcul des limites à l'astronomie; de M.
de Pontécoulant, sur la théorie de la lune; de M. Le Verrier, sur la
théorie de Mercure; de M. Bravais, sur la translation de notre système
planétaire à travers l'espace; de M. Largeteau, qui a dressé des tables
abrégées pour le calcul des équinoxes et des solstices; de M. Mauvais,
sur la comète télescopique découverte par lui, etc.
Notre système planétaire vient encore de faire l'acquisition d'un nouvel
astre, pour quelque temps au moins. Nous voulons parler de la comète
découverte, le 22 novembre dernier, par M. Faye, jeune astronome attaché
à l'Observatoire de Paris. Les premières observations n'étaient pas
favorables à la détermination de l'orbite, à cause de l'extrême lenteur
du mouvement apparent de la comète. Aussi remarquait-on de notables
différences entre les éléments paraboliques calculés par deux habiles
astronomes, M. Valz, directeur de l'Observatoire de Marseille, et M.
Plantamour, de Genève.
Cependant à mesure que les observations se multipliaient, M. Faye
reconnaissait que la parabole était complètement insuffisante pour
représenter la suite des positions que la comète avait occupées, et il
annonça qu'il déterminerait l'orbite elliptique, aussitôt que l'état du
ciel permettrait, de suivre le nouvel astre dans des légions
suffisamment éloignées de celles où on l'avait d'abord aperçu. M. Faye
s'attachait donc à multiplier des observations devenues extrêmement
difficiles par la faiblesse de la comète, lorsqu'on apprit qu'un élève
de M. Gauss, le docteur Goldschmidt, avait déjà calculé une orbite
elliptique en se servant d'une des observations de Paris et de celles du
1er et du 9 décembre, faites à Altona. Les résultats de ce calcul,
modifié d'abord par M. Faye, qui avait obtenu une plus grande
approximation, puis par M. Plantamour, et, en dernier résultat, par M.
Goldschmidt lui-même, sont les suivants, que nous avons essayé de
représenter sur la figure ci-jointe.
S est le soleil; E T E' est l'écliptique où l'orbite terrestre, et les
points E, E' sont les équinoxes, c'est-à-dire ceux où la terre se trouve
le 21 mars et le 22 septembre. La comète décrit autour du soleil une
ellipse A C B D, dont cet astre occupe un des foyers. Le plan de cette
ellipse ne coïncide pas avec celui de l'orbite terrestre: mais il ne
fait avec ce dernier plan qu'un angle de 11° 21' 28", 4. La rencontre des
deux plans a lieu suivant la ligne D C, C est le _noeud ascendant_, D le
noeud descendant. Le mouvement de la comète est _direct_, c'est-à-dire
qu'il s'opère, comme celui de toutes les planètes, d'occident en orient,
suivant la direction B D A. La partie D A C de l'orbite marquée en
pointillé est au-dessous du plan de l'écliptique; la partie C B D
marquée en trait plein est au-dessus.
[Illustration.]
La plus courte distance S A de la comète au soleil, ce que l'on appelle
la _distance périhélie_, a eu lieu le 17 octobre dernier. La longitude
du périhélie, où l'angle E S A, est de 49° 44' 57", 9; la longitude du
noeud ascendant C, comptée dans le sens D A C, est de 209° 26' 7", 8.
En prenant pour unité la moyenne distance S E du soleil à la terre, on
trouve que la distance périhélie S A est de 4,6923773; que la distance
aphélie S B est de 5,8986733. Le grand axe A B de l'ellipse décrite par
la comète est donc seulement 7 fois 6 dixièmes environ le rayon moyen de
l'orbite terrestre; le petit axe est G fois 5 dixièmes ce même rayon;
l'excentricité ou plutôt le rapport entre la distance du soleil au
centre de l'ellipse et le demi grand axe est de 0,5541125.
Le mouvement moyen sidéral diurne est de 479",8125; et la révolution
sidérale est de 2700°,884, ou de sept ans et cinq mois environ.
Ces divers éléments numériques sont parfaitement d'accord avec les
résultats des observations directes.
Nous avons tracé sur notre figure, en conservant leurs proportions, les
orbites _moyennes_ supposées circulaires des diverses planètes, Mercure
M, Vénus V, Mars M, les quatre planètes télescopique t, Jupiter J.
L'espace nous a manqué pour compléter l'orbite de Saturne S, et pour
tracer celle d'Uranus.
On voit que l'orbite de la comète est extrêmement voisine de celle du
Jupiter à une longitude qui diffère peu de celle du noeud ascendant C.
La plus petite distance des deux orbites qui, nous le répétons, ne sont
pas dans le même plan, est de 0.1199 en prenant toujours pour unité le
rayon moyen S E de l'orbite terrestre. Quoique Jupiter et la comète ne
se soient pas trouvés au même moment en ces points les plus rapprochés
de leurs orbites, celle-ci n'en a pas moins dû ressentir l'attraction
puissante de l'astre voisin, et on peut affirmer qu'elle a éprouvé du
graves perturbations qui ont altéré la régularité de sa marche
elliptique. On peut donc supposer que le nouvel astre présente un cas
analogue à celui du la fameuse comète de Lexell, dont l'orbite
parabolique fut transformée par l'attraction de Jupiter, en une orbite
elliptique, et redevint plus tard parabolique par l'action perturbatrice
de la même planète. C'est ce qui expliquerait comment on ne trouve, dans
les catalogues, aucune orbite qui ressemble complètement à celle de
cette comète à courte période. C'est aussi pour ces divers motifs que
nous avons élevé des doutes sur la durée de l'acquisition qu'a faite
notre système planétaire.
III.--Sciences physiques et chimiques.
_Thermomètre_.--On connaît les ingénieux instruments dont M. Walferdin a
enrichi la physique expérimentale depuis plusieurs années. Ses
thermomètres à déversement et son thermomètre métastatique sont des
appareils de haute précision qui ont déjà rendu des services notables
dans une foule de questions relatives à la physique du globe et à la
météorologie. M. Person a entamé, au sujet de la construction de ces
instruments, une discussion de principes et de priorité, qui nous paraît
n'avoir pas été close en sa faveur.
_Communications diverses_.--MM. Pinaud, Masson, Choiselat et Ratel,
Gandin, etc., ont fait de nouvelles recherches sur la photographie. M.
Biot a continué ses belles recherches de physique optique, et M.
Becquerel ses travaux sur l'électro-chimie.
_Héliostat de M. Silbermann_.--Le nouvel héliostat imaginé par M.
Silbermann aîné et exécuté dans les ateliers de M. Soleil, est un
instrument fort remarquable, d'une construction nouvelle, qui a été le
sujet d'un rapport très-approbatif de M. Régnault.
Rappelons d'abord que l'on nomme _héliostat_ un instrument au moyen
duquel on parvient à maintenir dans une direction sensiblement
constante, un rayon solaire réfléchi sur un miroir. Cette nécessité
d'obtenir un appareil mû par un mouvement d'horlogerie qui maintienne le
rayon réfléchi constamment dans la même direction, se manifeste dans la
plupart des expériences d'optique, où l'on introduit le rayon par une
petite ouverture pratiquée dans le volet d'une chambre noire.
Farenheit, S'Gravesande et M. Gambey ont été les inventeurs d'héliostats
de différents systèmes; et malgré la supériorité de celui qui est dû à
M. Gambey, l'appareil de S'Gravesande se trouve encore à peu près
exclusivement dans la plupart des cabinets de physique. Mais ce dernier
héliostat, même après les perfectionnements qui y ont été apportés par
Charles et par Malos, demande encore, dans son installation, des
tâtonnements assez longs ou quelques calculs.
[Illustration.]
Le nouvel héliostat de M. Silbermann présente les avantages de celui de
M. Gambey; mais la construction en est simplifiée, le prix
considérablement moindre, et les réparations, devenant beaucoup plus
faciles, sont à la portée du premier horloger venu.
La figure que nous en donnons est empruntée aux _Annales de Chimie et de
Physique_, numéro de mars 1844. mn est le miroir métallique plan qui
doit réfléchir dans une direction constante le rayon O H, tandis que la
position O I du rayon incident varie avec l'heure. On voit que ce miroir
est supporté suivant une ligne médiane, par deux fourchettes articulées
aux extrémités de cette ligue médiane elle-même. De dos, la queue af
normale au plan de ce miroir est percée d'une rainure dans laquelle se
meut constamment le sommet du quadrilatère articulé acfd, quadrilatère
dont les côtés dl, ac, pris sur les fourchettes de support, sont égaux.
Si donc on a orienté l'instrument de manière que son axe P P et la
direction L R soient dans le plan du méridien, ce qui sera facile
lorsque l'on aura tracé sur un plan horizontal la méridienne M M; que
l'axe P P soit dirigé suivant l'axe du monde, ce qui n'offre pas plus de
difficulté quand on connaît la latitude du lieu, et qu'on emploie le
tube gradué I F; et qu'enfin le cercle de déclinaison J J' ayant été
poussé sous la ramure ii jusqu'au degré égal à la déclinaison actuelle
du soleil, on fasse tourner autour de l'axe P P' le cercle, la rainure
et l'aiguille e qui y est attaché, jusqu'à ce que cette aiguille marque
sur son cadran l'heure vraie du lieu; il est clair que le mouvement
d'horlogerie, placé dans l'intérieur de la boîte H, fera tourner le plan
du miroir mn sans que la normale O N au centre O du miroir cesse de
diviser en deux parties égales l'angle I O R du rayon incident et du
rayon réfléchi, et par conséquent celui-ci aura bien la direction
constante L O R.
Un appendice, que nous n'avons pas indiqué sur notre figure pour ne pas
trop la compliquer, permet de vérifier favorablement si le rayon
incident a pris la direction convenable, il permet aussi de se passer de
la connaissance d'une des trois données; la direction du plan méridien,
l'heure vraie, la déclinaison.
En résumé, l'héliostat de M. Silbermann mérite de figurer dans tous les
cabinets de physique, et la modicité de son prix lui donnera accès dans
les collections des simples amateurs désireux de répéter les plus
curieuses expériences de l'optique.
Communications diverses relatives à la chimie.--Ces communications ont
été si nombreuses que nous devons renoncer même à les énumérer. Nous
citerons seulement MM. Biot, Margueritte, Lewy. Persoz, Deville,
Souberan, Beaudrimont, Leblanc, Favre, Boullay, Cahours, Remy, Auguste
Laurent, Madagoti, etc., comme les auteurs des travaux présentés à
l'Académie.
M. Dumas a lu des rapports très-favorables au sujet d'un travail de M.
Cahours sur l'huile volatile de _Gaultheria procumbens, et d'un mémoire
remarquable de M. Eugène Chevandier sur la composition de différents
bois et le rendement annuel d'un hectare de forêts.
IV.--Géologie et minéralogie.
On doit à M. Élie de Beaumont une comparaison fort curieuse des
montagnes de la terre avec celles de la lune. M. le baron de Strantz,
tout en s'applaudissant de voir ses idées en accord avec celles de M.
Élie de Beaumont, avait revendiqué la priorité pour une communication de
ce genre faite par lui à la Société silésienne, à Breslau, en 1844; mais
M. de Strantz ignorait que le premier travail de M. de Beaumont sur ce
sujet avait été communiqué, dès 1829, à la Société Philomatique.
M. E. Robert annonce qu'il a trouvé dans les falaises de Saint-Valery de
Caux une espèce d'ammonite. La présence de ce fossile dans la craie
blanche est un fait curieux, à côté duquel on peut ranger la découverte
d'une hamite dans la craie à Hellemmes de Meudon, découverte due aussi à
M. Robert.
M. Dufrénoy a lu un rapport approbatif sur un mémoire de M. Rozet,
concernant les volcans d'Auvergne.
Un mémoire de M. Fournet, sur l'influence de la pression dans les
phénomènes géologico-chimiques nous a paru un des travaux les plus
intéressants qui aient été présentés à l'Académie.
Nous citerons encore les Études sur les terrains de la Toscane, et sur
les gîtes métallifères qu'ils renferment, par M, Murat; une note sur le
terrain jurassique de l'Aube, par M. Leymerie; deux mémoires de M.
Collegno, l'un sur les terrains secondaires du revers méridional des
Alpes, l'autre sur les terrains diluviens du revers méridional des
Alpes.
M. Dufrénoy a communiqué, un fait fort curieux relatif à une obsidienne
de l'Inde, qui a éclaté avec détonation au moment où on la sciait. Il
est très-probable que cette substance vitreuse avait subi à l'extérieur
un refroidissement brusque qui lui avait fait subir une mollification
moléculaire analogue à celle des larmes bataviques.
(_La suite à un prochain numéro._)
De l'Administration des Postes et de la Réforme postale.
L'administration des postes offre dans son organisation et son mouvement
une des plus intéressantes études de la machine administrative de la
France. Les services que rend chaque jour cette administration, déjà
bien grands sans doute, seraient augmentés dans une proportion
incalculable, et offriraient aux affaires et aux relations privées un
accroissement considérable d'avantages et de facilités, si la France se
décidait enfin à entrer dans la voie, où l'ont précédée, non pas
seulement l'Angleterre, mais des puissances secondaires et des nations
que notre amour-propre national nous fait regarder comme à demi
barbares. De l'autre côté de la Manche, nous voyons ouvrir une
souscription en l'honneur et au profit de l'homme qui a eu le premier et
qui a su faire prévaloir l'idée de la réforme postale, qui créa un
journal pour en démontrer l'utilité; et cette souscription à dix
centimes va lui constituer une magnifique fortune. Pour nous, nous
regardons faire, nous discutons, et ce n'est que quand les autres
nations, par cette importante amélioration et par toutes celles dont
elles nous donnent l'exemple, auront imprimé tout son essor à leur
industrie, que nous nous déciderons peut-être à prendre un parti qui ne
nous offrira plus alors d'aussi complets avantages, parce que nos
concurrents auront pour eux et contre nous toute l'avance que le temps
leur aura assurée.
Prendra-t-on enfin cette année un parti pour les chemins de fer? Sans
être sceptiques, nombre de gens en doutent encore. En prendra-t-on un
pour la réforme postale? Une proposition qui pourrait être améliorée a
été prise en considération par la chambre des députés, néanmoins
personne ne se flatte de la voir aboutir. Qui peut donc s'y opposer?
L'apathie, les habitudes prises, la crainte d'une réorganisation et de
ses fatigues, intérêt privé, voilà les causes véritables, mais que l'on
tait;--l'intérêt du trésor, voilà la cause sans fondement, mais que l'on
donne.
En 1839, le nombre total des lettres dans ta royaume-uni de la
Grande-Bretagne et dans ses colonies était de 75,000,000. Malgré
l'augmentation des affaires commerciales et de la population, il était,
sinon dans cette dernière aimée, du moins dans la période d'un certain
nombre des années précédentes, demeure stationnaire. On pouvait
attribuer cette absence de progrès, qui équivalait, au milieu du
mouvement des affaires, à une véritable décroissance, à la fraude
presque toujours innocente et personnellement désintéressée que
commettent les voyageurs, dont le nombre, grâce aux chemin de fer,
s'était considérablement accru. La taxe d'une lettre était graduée en
Angleterre de 20 c. à 1 fr. 40 c. La moyenne était d'environ 90
centimes. On comprend qu'il y avait quelque intérêt à éviter un droit
aussi élevé.
M. Rowland-Hill n'hésita pas à penser que la substitution d'un droit
fixe à un droit variable et progressif, qu'un abaissement considérable
de la taxe, en même temps qu'ils simplifieraient essentiellement le
service, qu'ils redonneraient la comptabilité à une sorte de compagnie,
et qu'ils augmenteraient les distributions, auraient aussi pour
inévitable effet d'augmenter le nombre des lettres par une progression
sensible et rapide; et que les recettes, après avoir, sans nul doute,
subi une dépression considérable, se relèveraient successivement et
arriveraient sans beaucoup attendre, à rendre le même chiffre au budget,
ce dernier résultat obtenu resteront en bénéfices tout le produit de
l'augmentation considérable des transactions commerciales et profitable
pour l'État auxquelles aurait nécessairement donné lieu un énorme
accroissement de correspondance.
Le chiffre de 10 centimes fut adopté. Nous croyons savoir que M.
Rowland-Hill le trouvait trop bas; mais cette réduction radicale fut
défendue par des personnages influents que M. Rowland-Hill avait
convertis à son système, et qui l'avaient adopté avec tant de chaleur
qu'ils étaient portés à le pousser plus loin même que ne le demandait
l'auteur. Ainsi, moyennant 10 centimes, un lettre va de Londres dans les
possessions de l'Inde ou au comptoir de Chine et _vice versa_.
En 1840, première année de l'abaissement de la taxe, au lieu des
75,000,000 de lettres distribuées en 1839, sous le régime précédent, on
en compta immédiatement plus du double:
en 1840. . . . . . 168,000,000
en 1841. . . . . . 196,500,000
en 1842. . . . . . 208,500,000
en 1843. . . . . . 228,500,000
Ce qui est remarquable, 'est que cette progression suit exactement,
année par année, la marche ascendante et successive qu'avait prévue M.
Rowland-Hill.--On comprend que malgré l'augmentation des lettres, dont
le nombre se trouve aujourd'hui plus que triplé, il y a une différence
fort sensible encore entre le produit d'une taxe de 10 cent., et celui
d'une taxe de 90. Mais là également les prévisions et les calculs de M.
Rowland-Hill se trouvent complètement confirmés par les faits. Il y a
donc confiance à avoir dans la série de ses hypothèses; et le jour qu'il
a prévu et annoncé ne se passera probablement pas sans que l'équilibre
des chiffres ait été rétabli.
En France, la moyenne de la taxe des lettres est de 45 centimes;
celle-ci varie de 20 centimes à 1 franc 20 centimes, laissant de côté
les lettres de commune à commune dans le ressort du même bureau, taxées
à 10 centimes, et les lettres de Paris pour Paris, taxées à 15
centimes--. Souvent il faut y ajouter le décime rural droit fixe de 10
centimes, quelque soit le chiffre du port principal.--Le tarif actuel
pour le transport de lettres est calculé pour onze zones successives.
Jusqu'à 40 kilomètres, les lettres au-dessous du poids de 7 grammes et
demi paient 2 décimes; de 40 à 80 kilomètres, 3 décimes; de 80 à 150
kilomètres, 4 décimes, et ainsi de suite. Au-dessus de 200 kilomètres,
la taxe est de 12 décimes.--Quant au poids, la lettre au dessous de 7
grammes et demi paie port simple; de 7 grammes et demi à 10
exclusivement, une fois et demi le port; de 10 grammes jusqu'à 15, deux
fois le port; de 15 à 20 grammes, deux fois et demie le port, et ainsi
de suite, en procédant par une augmentation d'un demi-port par chaque
excédant de 5 grammes. La conséquence de ce système est d'exclure de la
circulation, par la poste du moins, les lettres lourdes, pour une
distance un peu considérable.
Avant d'exposer les motifs qui plaident pour la réforme postale, nous
allons donner une idée de la manière dont se fait le service de Paris.
Tous les habitants de Paris connaissent le bureau de la poste restante,
celui des chargements, et, pour les habitants des départements, ces
parties du service ne diffèrent de celles qu'ils ont sous les yeux que
par un mouvement plus grand, une animation continuelle. Mais il y a, à
la direction générale des postes, bon nombre de portes sur lesquelles on
lit: _Le public n'entre pas ici_; et ce sont précisément celles qui, en
s'entrouvrant, laisseraient voir le spectacle le plus digne d'attention,
le plus curieux. Elles se sont ouvertes pour nous, et nous allons
pouvoir faire assister notre lecteur aux opérations auxquelles donne
lieu, au mouvement que suit la lettre qu'il vient de jeter à la poste,
ou celle que le facteur va tout à l'heure lui apporter.
Toute lettre mise à une de ces nombreuses boîtes que l'administration a
réparties dans Paris, est, à l'heure de la levée, portée au bureau de
poste sur l'arrondissement duquel elle a été jetée. Là, sur toutes les
lettres apportées, à la destination de Paris et de la banlieue, est,
avant tout, apposé le timbre qui indique l'arrondissement et l'heure de
la levée; sur toutes les lettres destinées aux départements est apposé
un timbre indiquant l'arrondissement et la date. On fait ensuite trois
paquets différents des lettres pour Paris, pour la banlieue et pour les
départements, trois natures de dépêches sont au même moments expédiées
par tous les bureaux des arrondissements à l'administration centrale, et
transportées par les omnibus des facteurs.
A l'hôtel des postes, les dépêchés pour Paris reçoivent l'empreinte d'un
timbre portant _Paris_ et la date du jour, et d'un autre indiquant la
taxe de 15 centimes et l'heure de la distribution. La rapidité de cette
opération, dont la première partie s'étend également aux lettres
arrivées des départements et de la banlieue, est véritablement
prodigieuse; on n'a eu cependant encore jusqu'ici recours à aucun moyen
mécanique; l'agilité et la dextérité de quelques employés exercés ont
suffi aux besoins du service, et ont satisfait à la célérité qu'il
exige.--Les lettres sont ensuite soumise au triage. Les paquets que les
voitures des facteurs, comme ceux que les malles-postes ont apportés,
sont subdivisés, pour Paris, entre les neuf arrondissements que compte
la capitale; pour les départements et la banlieue, entre les diverses
routes que desservent les malles-postes, et les voitures de la
banlieue.--Vient ensuite la taxation, opération plus longue que toutes
les autres, et qui cependant doit être exécutée dans un temps si court
que l'on s'étonne de la rapidité avec laquelle elle s'accomplit, et du
petit nombre d'erreurs auxquelles elle donne lieu.
Pour les deux destinations de la banlieue et des départements, le
travail, arrivé à ce point, est complet et il ne reste plus, au moment
de l'expédition qu'à envelopper chacun des paquets écrire sa
destination. Pour les lettres de Paris, au contraire, reste encore à
effectuer une subdivision qui donne lieu à un des tableaux les plus
animés que l'intérieur d'une administration puisse offrir.
[Illustration: Triage des Lettres de Paris.]
Nous avons dit que lettres pour Paris avaient été déjà été classées
entre les neuf arrondissements de poste. Il reste à subdiviser le paquet
énorme de chacun de ces arrondissements entre les facteurs qui les
desservent. Ces dépêches sont à cet effet montées dans un vaste
[illisible] sur la cour principale de l'hôtel des postes et [illisible]
sur la cour du fond. Neuf tables immenses y sont dressées, un bureau, où
sont assis trois inspecteurs, les domine. A ces neuf vastes tables,
viennent prendre place les facteurs des neuf arrondissements; leur
nombre, pour chacune de ces subdivisions, est de quinze au maximum; ils
sont sous la direction de deux chefs de brigade. Les dépêches de
l'arrondissement entier sont remises à ceux-ci, qui en donnent
immédiatement une portion à classer à chacun des facteurs assis autour
de la table spéciale au bureau qu'ils desservent, et ayant devant eux un
casier non couvert; chacun dépose dans son casier toutes les lettres du
parcours dont il est chargé, et lance dans les casiers de ses camarades,
même les plus éloignés de lui, celles qu'en triant il reconnaît être
pour leur quartier. C'est un feu croisé de lettres qui parfois
s'entrechoquent, de paraboles contraires que ces projectiles décrivent
en même temps, c'est la pluie d'un bouquet de feu d'artifice par lequel
les facteurs ne sont pas un seul instant distraits, mais qui offre le
spectacle le plus mouvant et le plus curieux à qui ne le voit pas, comme
eux se reproduire plusieurs fois par jour entre deux courses de deux ou
trois heures faites parmi temps de neige ou de canicule.
[Illustration: Triage des Lettres pour les Départements et l'étranger.]
[Illustration: Le Chargement de la Malle-Poste.]
Dans le courant de la journée, Paris a six distributions; la banlieue en
compte, plusieurs, variant en nombre selon la classification de petite
et grande banlieue; les départements en dehors de ce dernier rayon, que
l'établissement des chemins d'Orléans et de Rouen a déjà étendu au loin,
n'ont qu'un départ. Un peu avant six heures du soir, les huit omnibus
destinés à transporter les facteurs dans leurs arrondissements et à les
descendre, les uns après les autres, sur leurs parcours respectifs; les
tilburys de la banlieue, qui sont au nombre de treize, et les seize
malles-postes des départements se disposent à rouler vers leurs
destinations. Les malles-postes, attelées dans une arrière-cour
latérale, y reçoivent, dans leurs caisses de dépêches, à l'aide d'un
long conduit appelé vomissoir, dont l'une des ouvertures est placée à
l'étage supérieur, les paquets qu'elles doivent emporter. Ceci fait, et
six heures sonnant à l'horloge de l'hôtel des postes, les hommes de
service annoncent à haute voix, dans la cour principale, où attendent
tous les voyageurs qui vont monter dans les malles, la venue d'une de
ces voitures, qui ne défilent que successivement. Aussitôt les derniers
adieux s'échangent; le voyageur est invité par les hommes de
l'administration à s'arracher lestement aux embrassements des siens, et
la sensibilité de ceux-ci est bientôt distraite par la nécessité où ils
se trouvent de s'écarter vivement pour faire place à une voiture de
facteurs ou à un tilbury de banlieue qui part en même temps que le
voyageur attendri et regretté.
[Illustration: Intérieur de la grande cour de l'administration des
Postes.]
Revenons à la réforme.
[Illustrateur: Facteur de Paris.]
Une proposition a été faite à la chambre des députés par un de ses
membres, M. de Saint-Priest; mais cette proposition, l'auteur l'a avoué
lui-même, n'est pas l'expression vraie de sa pensée, de l'opinion qu'il
s'est formée par son étude de la question: c'est un moyen d'entrer en
matière, et celui qui lui a semblé le plus propre à ne pas soulever
immédiatement contre lui les partisans assez nombreux du droit
progressif. M. de Saint-Priest a proposé deux zones et deux taxes, une
taxe de 20 centimes pour toutes les lettres qui ne franchiront pas un
espace de plus de quarante kilomètres, une taxe de 30 centimes pour
toutes les lettres qui auront une plus grande distance, quelle qu'elle
soit, à parcourir. Si nous voulions combattre cette proposition, nous ne
pourrions mieux faire que de puiser nos arguments dans le discours que
M. de Saint-Priest a prononcé, sous prétexte de la développer, et où il
n'a fait néanmoins que produire des considérations et fournir des
preuves en faveur d'un autre système, le seul bon, le seul simple, le
seul pratique à notre sens, le système de la taxe unique, qu'il s'est du
reste réservé de soutenir devant la commission chargée de faire un
rapport sur son projet de taxe progressive.
La question de la réforme postale, l'auteur de la proposition l'a dit,
chez, nous se présente comme question sociale, comme question de justice
en matière d'impôt, comme question purement fiscale.
Comme question sociale, elle est digne de tout intérêt. Nos soldats de
terre et de mer, en faveur desquels il existe un adoucissement de taxe
pour les lettres à eux adressées par leurs familles, en reçoivent ainsi
600,000. Ce nombre est bien peu considérable, parce que la taxe est
encore trop forte; mais il est énorme, si on le compare à celui des
lettres de la population ouvrière, bien autrement nombreuse cependant,
mais qui ne jouit pas de cette faveur. «Trop souvent, a dit M. de
Saint-Priest, un pauvre artisan, attendait avec impatience des nouvelles
d'un enfant éloigné, est obligé de laisser une lettre à la poste, faute
de pouvoir la payer; car le prix d'une lettre est souvent pour lui le
prix d'une journée de travail; et comme pour ce malheureux il n'est
point d'avances, le prix d'une journée étant distrait de son emploi
nécessaire, la journée du lendemain est une journée sans pain.» Les
familles plus aisées elles-mêmes, par suite de l'élévation de la taxe,
regardent souvent à correspondre; les rapports du fils avec le père, de
la mère avec la fille, en sont rendus plus rares, et l'absent n'a rien à
y gagner en moralisation, «Une société, dit un auteur anglais, qui
réserve le bagne ou la prison à des commis infidèles, et le déshonneur à
la fille qui a perdu le premier des biens, cette société doit à sa
justice de multiplier, de faciliter par tous les moyens possibles ces
correspondances préservatrices de bien des erreurs, de bien des chutes,
de bien des crimes...»
[Illustration: Facteur rural.]
Au point de vue de la répartition de l'impôt, la justice est violée par
la taxe actuelle, par toute taxe progressive. On a dit qu'il était juste
qu'une lettre payât en raison des frais que son transport occasionnait:
eh bien! nous déclarons que la taxe qui existe aujourd'hui n'a point ce
prix, en quelque sorte, de revient pour base, et qu'il serait impossible,
quintuplât-on le personnel de l'administration des postes, d'arriver
jamais à une appréciation de ce genre, sans avoir à changer le lendemain
le prix qu'on aurait fixé la veille, et qui se trouverait modifié par
une adjudication de tel ou tel service de transport faite à un prix plus
élevé ou plus bas que précédemment. Les zones établies par
l'administration à l'aide d'un compas promené sur la carte sont une base
détestable pour des calculs auxquels on n'en pourra jamais donner une
bonne. Vous avez d'abord ainsi des distances à vol d'oiseau qui ne vous
font pas tenir compte des courbes sans nombre qui sont décrites pour se
rendre, par les roules royales, d'un point à un autre. Et puis, que
prouvent vos distances? est-ce que les plus éloignées ne contient pas
souvent moins à desservir que des points très-rapprochés? est-ce que
Marseille, qui donne en droits de postes 1,161,000 fr. à l'État, ne lui
coûte pas en réalité moins que le département de l'Aube, qui ne produit,
que 235,000 fr.? Vous avez en France 1,800 entreprises de dépêches: ne
sont-elles pas toutes à des prix inégaux pour les mêmes distances, parce
que ces prix sont calculés sur les relations commerciales, sur le nombre
des voyageurs? Est-ce que vous n'avez pas, pour aller à
Brie-Comte-Robert, à six lieues de Paris, un service de dépêches qui
vous est si onéreux que si vous taxiez le petit nombre de lettres qu'il
transporte en raison de la dépense à laquelle elles vous entraînent, le
droit à payer pour elles serait à coup sûr beaucoup plus élevé que la
taxe que vous devriez, en prenant là même base, fixer pour les dépêches
d'Orléans et de Rouen? Votre base est donc mauvaise: mais nous vous le
reprochons sans amertume, parce que nous reconnaissons qu'il ne peut pas
y en avoir une bonne. Dans le port que paie une lettre, moins d'un
sixième assurément peut être regardé comme lui étant imposé pour sa
dépense propre. Tout le surplus est destiné à faire face aux dépenses du
personnel général, des paquebots, au transport de la correspondance
administrative, qui est pour plus des trois cinquièmes dans la
chargement des malles-postes. Or, est-il juste de payer plus pour être
administré à Marseille qu'à Chartres? Et, dans notre système de
centralisation administrative, judiciaire, qui rend tous les régnicoles
justiciables de la cour de cassation, du conseil d'État, comme en une
autre occasion l'a fait observer M. le ministre des finances lui-même,
est-il équitable que les frais d'un procès soient rendus plus
considérables parce que le plaideur sera plus distant du centre auquel
notre organisation a tout ramené?
Mais arrivons à la question fiscale. La perte, dit-on, que le trésor va
avoir immédiatement à subir est évidente, est facilement calculable,
tandis que la compensation que vous lui promettez est incertaine et
douteuse; or, en regard de cette compensation que vous ne sauriez
chiffrer, doit être portée cette diminution de produits que M. de
Saint-Priest convient devoir être de 8 à 9 millions, et que M. le
ministre des finances, lui, estime à 12.--Il faut commencer par dégager
la question de ses accessoires. On est d'abord porté à penser qu'un
accroissement considérable dans le nombre des lettres va amener une
augmentation correspondante dans le personnel et dans le matériel
roulant de l'administration des postes, et par conséquent engendrer des
frais nouveaux; il n'en est rien. Les lettres taxées entrent pour fort
peu dans le chargement des malles, et elles seraient quadruplées qu'il y
aurait tout au plus à restreindre les transports de complaisance qui y
sont aujourd'hui autorisés. Quant au personnel des directions, s'il
subissait un mouvement, ce serait plutôt pour être réduit que pour être
accru. Qu'on se rende bien compte de la simplification de la besogne et
des opérations. Supposons une taxe fixe de 20 cent, avec tolérance de 10
grammes. Plus d'employés à la taxation des lettres; un affranchissement
presque général et opéré presque constamment, à l'avance, sans le
concours d'employés, à l'aide de petites vignettes imprimées que
l'administration ferait vendre dans ses bureaux et qu'on achèterait
comme on achète du papier timbré, par provision et pour les besoins à
venir; moins de comptables, puisque les opérations seraient presque
toutes réduites à une simple numération; moins de facteurs, car ceux-ci
n'ayant presque plus de comptes à faire avec les destinataires, dont les
lettres seraient, pour la plupart, affranchies, pourraient procéder avec
beaucoup plus de rapidité à leur distribution.
L'augmentation porterait donc uniquement sur le nombre des lettres. Mais
elle est incertaine, nous dit-on, et si vous descendez à 20 centimes la
taxe de chaque lettre, dont la moyenne est aujourd'hui de 45, il vous
faudra arriver à un nombre une fois et un quart plus considérable pour
que le budget ne soit pas en perte.--Ceci est très-vrai, mais ce qui ne
nous le paraît pas moins, c'est qu'en bien peu de temps cet équilibre
sera rétabli, et que, bientôt après, le budget des recettes y trouvera
son profit, non pas seulement par les transactions de toute espèce qui
se convertissent pour lui en droits à percevoir et auxquelles une
correspondance commerciale plus active donnera lieu, mais par
l'augmentation même du produit des postes. Que se passe-t-il en effet
aujourd'hui? Une distance de vingt myriamètres donne 61 millions de
lettres, tandis qu'une distance de cent myriamètres, c'est-à-dire une
étendue qui forme les quatre cinquièmes du territoire, n'en donne que 19
millions. N'est-il pas évident que si les relations sont plus fréquentes
entre les départements plus rapprochés, il faut néanmoins chercher, pour
expliquer une disproportion aussi énorme, une autre cause, et qu'on la
trouve doits l'élévation des tarifs? C'est, comme on l'a déjà dit, une
sorte de douane prohibitive entre les départements éloignés; c'est une
barrière qu'il faut abaisser.
Avec une taxe fixe et modérée, les 61 millions de lettres seront bien
augmentés encore. Mais nous prédisons aux 19 millions une multiplication
immédiate et énorme. Le rapport de ces deux chiffres est la plus forte
preuve que cette confiance est bien fondée.--D'ailleurs l'administration
estime à 50 millions le nombre des lettres qui sont portées en fraude et
soustraites à la taxe; l'élévation du tarif n'en est-elle pas la seule
cause, et son abaissement ne ferait-il pas rentrer la presque totalité
de ces dépêches dans les boîtes des bureaux?
M. le ministre des finances, M. le directeur général des postes, se sont
fait délivrer des lettres par MM. les banquiers du Lavis, attestent
qu'ils écrivent aujourd'hui toutes les lettres qu'ils ont besoin
d'écrire, et que la taxe serait considérablement abaissée, qu'ils
n'écriraient pas une lettre de plus. Donc, a-t-on dit, les lettres
commerciales entrant dans la correspondance pour près des sept
huitièmes, si elles n'augmente pas, l'augmentation due aux rapports de
famille sera insensible, et improductive. MM. Lacave-Laplague et Conte
se sont-ils abusés ou ont-ils voulu l'être? C'est aux banquiers qu'ils
se sont adressés pour avoir ce bon billet. Ne savent-il donc pas que les
ports de lettres élevés sont une source de profit qui n'est pas sans
importance pour quelques-uns de ces messieurs? Si dix personnes donnent
chacune à tel banquier de Paris un effet à encaisser à Perpignan,
celui-ci expédie les dix effets à son correspondant par une seule et
même lettre, et n'en fait pas moins payer dix fois 2 fr. 20 c. pour
l'allée et le retour de la correspondance. En vérité, ce jeu n'en vaudra
plus la peine quand on ne pourra plus compter que des ports de 20
centimes. Les banquiers savent bien aussi que le jour où la réforme
s'introduira à la poste, les conditions écrasantes pour les envois
d'argent, établies à leur instigation et dans leur intérêt, seront
complètement changées. Les consulter sur des abus dont ils profitent,
c'est attendre d'eux une bien grande abnégation, si ce n'est pas en
espérer des témoignages en faveur d'un état de choses qu'on sait bien
être vicieux, mais qu'on ne se sent ni la force, ni le courage, ni même
le désir de modifier. Espérons que la Chambre, qui a repoussé les
conclusions du ministre, et qui a pris, malgré lui, en considération la
proposition de M. de Saint-Priest, se livrera à une enquête plus
sérieuse. Que le commerce de Paris, ville de fabrique, de Paris,
entrepôt, que la librairie, que les négociants commissionnaires soient
consultés, et nous sommes bien convaincus que tous seront unanimes à
dire qu'il est de l'intérêt des affaires, comme il est de l'honneur du
pays, que nous ne différions pas plus longtemps d'introduire chez nous
une amélioration dont déjà ont su profiter, à des degrés différents,
l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, la Russie, la Bavière, le
grand-duché de Bade, la Sardaigne et la Lombardie.
Le dernier des Commis Voyageurs.
(Voir t. III, p. 70, 86, 106 et 118.)