Histoire de la semaine. _Chambre valaque; Vue des étangs près
Saint-Mitre; Portrait de lord Abinger._--Courrier de Paris.--Salon de
1844 (3e article) _Portraits de M. le baron Pasquier, chancelier de
France, président de la chambre des pairs, par M. Horace Vernet; de M.
le comte de Rambuteau, pair de France, par M Henry Scheffer; de M.
Valentin de La Pelouze directeur de l'ancien Courrier Français, par M.
Uzanne; Vue générale du Nazareth en Galilée, par M. Monfort, la Poste
aux Thoux, par M. Lepoittevin; l'arcade de Hunes, près de Florac
Cévennes, par M. Marandon de Moniyet_.--Académie des Sciences. Compte
rendu des travaux pendant le dernier trimestre de 1843 et du premier
trimestre 1844. _Trois gravures_.--De l'Administration des Postes, et de
la réforme postale. _Tri des lettres de Paris; tri des lettres pour les
départements et l'étranger; les chargements de la malle-poste; Intérieur
de la grande cour de l'Administration des Postes; facteur urbain et
facteur rural._--Le Dernier des Commis Voyageurs. Roman par M. ***.
Chap. V. Révélations.--Carthagène des Indes, souvenir de l'Expédition
dirigée par le contre-amiral de Mackau en 1834. (Suite et fin.)
_Portrait de don Hilario Lopez, gouverneur de Carthagène: Entrevue du
vice-amiral de Mackau et du général Lopez_. Nivellement de Paris. _Cinq
gravures_.--Le Juif errant. _Caricature par Cham_.--Modes. _Trois
Gravures_.--Rébus.
Histoire de la semaine.
[Illustration: Chambre des États de Valachie.]
[Illustration: Vue des Étangs d'Engrenier et de Pourra, près de
Saint-Mitre.]
Il semble vraiment que les Chambres s'en vont. Les curies portugaises
voient ajourner sans cesse la reprise de leur session; les cortès
espagnoles voient réglementer sans elles la liberté ou plutôt
l'esclavage de la presse, et attendent le jugement des chefs de leur
opposition constitutionnelle; et voilà que ce que nous n'avions pu
annoncer que comme au dire de la _Gazette d'Augsburg_, se trouve
aujourd'hui confirmé: la Chambre des états de Valachie a été brusquement
close. Un traité avait été passé entre le czar et le prince BiBesco pour
l'exploitation Générale des mines du pays. Le czar se chargeait de
fournir les trente mille ouvriers, c'est-à-dire les trente mille soldats
nécessaires à l'exécution de l'entreprise.--L'assemblée a vu là une
occupation consentie et déguisée, et a ficelé le traité comme
inconstitutionnel. Le prince Bibesco voulait recourir, dit-on, aux
moyens de rigueur. Après réflexion, il s'est borné à déclarer que les
travaux de l'Assemblée étaient terminés pour cette année, et à congédier
les membres des États.
[Illustration: Portrait de lord Abinger.]
Autant il est déplorable de voir les gouvernants s'insurger ainsi contre
les limites posées à l'exercice de leur pouvoir, et qu'eux mêmes avaient
reconnues, autant il est pénible, au point de vue de la légalité, de
voir des populations, que l'on est quelquefois disposé à absoudre, si
l'on ne consulte que les sentiments de l'humanité, amenées par la
misère, ou par un état de souffrance plus forte que leur résignation, à
entrer en collision avec l'autorité. Nous avons dit les tristes scènes
dont le bassin du Rive-de-Ger a été le théâtre. La justice informe; nous
n'avons pas, quant à présent, à en reparler. A Saint-Mitre, commune de
l'arrondissement d'Aix (Bouches-du-Rhône), un soulèvement général s'est
manifesté parmi la population. Voici les faits. Il y a trois ans que fut
fermée une galerie qui servait de communication entre un étang dit
l'étang d'Engrenier, et un autre dit l'étang du Pourra. Depuis ce
moment, des épidémies constantes, causées par l'émanation de miasmes
délétères, régnèrent dans le pays, et sur une population de douze cents
habitants, deux cents avaient déjà été moissonnés par la mort. En vain
le conseil de préfecture avait ordonné que la galerie fût ouverte: sa
décision était demeurée sans effet. Bien que la population aisée eût
émigré, le nombre des victimes croissait parmi ceux que leur peu de
ressources condamnait à vivre près de ce cloaque. Enfin, quand la mesure
de la résignation fut remplie, quand on eut vu qu'il n'y avait
qu'indifférence et lenteur à faire exécuter les ordres de l'autorité
compétente, le désespoir s'empara de ces pauvres gens; ils ont eux-mêmes
exécuté l'arrêt de la justice, sans violence aucune, mais avec ardeur.
«Qu'on nous juge maintenant, a écrit un d'eux au _Mémorial des
Pyrénées_, et qu'on nous juge tous, car nous avons tous mis la main à
l'oeuvre. Nous ne disions pas, nous n'avons jamais dit: Périsse
l'industrie plutôt que l'un de nous! notre courageuse longanimité l'a
prouvé de reste; nous disions: Secourez-nous, nous périssons! et sur
douze cents que nous étions, près de deux cents sont morts... Nous avons
bien besoin d'un prompt remède! Si l'on doit nous punir, nous courberons
la tête; car, dans notre emportement fébrile, nous avons commis, nous le
sentons, un acte coupable; mais, en nous punissant, nos juges ne
pourront s'empêcher de reconnaître qu'il y a parfois dans la vie de bien
fatales nécessités, de bien tristes exigences.» Cinq compagnies de la
garnison de Marseille ont été successivement dirigées vers les étangs,
et une vive anxiété régnait dans la ville, où la triste nouvelle d'une
collision entre la troupe et les malheureux habitants de Saint-Mitre eût
produit la plus triste sensation. Ceux-ci avaient établi une large
estrade sur laquelle ils avaient placé les femmes et les enfants,
attendant ainsi l'attaque de la force armée dont on les menaçait. Le
maire de la ville des Martiques, voisine des lieux, avait déclaré que si
la consigne des troupes était de sévir envers ces malheureux, ou de les
empêcher de se sauver de la mort, il donnerait sa démission plutôt que
de loger les troupes dans sa commune. Les femmes avaient déterminé ces
infortunés à la résistance; mais, le 16, on est venu annoncer que le
gouvernement permettait l'ouverture de la galerie jusqu'à nouvel ordre.
M. lu sous-préfet d'Aix a alors quitté Saint-Mitre, où la joie était
générale. Les troupes ont également quitté Les Martigues le 17, pour
retourner à Marseille.
Nous avons en terminant, la semaine dernière, mentionné rapidement la
discussion réengagée à la chambre des députés sur la l'affaire de Taïti,
et la suspension nouvelle de ce débat, sur l'annonce faite par M. le
ministre des affaires étrangères du dépôt sous les yeux de la Chambre de
documents nouveaux. Il avait été annoncé que le jour de la reprise de
ces interpellations serait fixé après qu'on aurait pu prendre
communication des pièces déposées. La lecture de celles-ci demandait peu
de temps, car le rapport du M. Bruat et certaines autres pièces, dont
l'existence et l'intérêt sont constatés, n'en font pas partie;
néanmoins, personne n'a encore songé à demander la fixation d'un jour
prochain pour reprendre cette discussion. Le ministère la recherche peu,
et l'opposition, qui sait que _la Ditugé_ a quitté le port de Papéiti en
même temps que _le Jonas_, qui a amené M. Reine, laisse au bâtiment de
l'État, marcheur un peu lent, le temps d'arriver, espérant que tous ses
officiers ne seront pas rendus aussi silencieux que l'aide du camp de M.
l'amiral Du Petit-Thouars.
Samedi dernier, un débat très-grave a été soulevé à la chambre des
députés par le rapport de quatre-vingt-dix pétitions de membres du
divers consistoires de l'Église réformée, demandant la liberté des
cultes. Dans l'état actuel de la législation, ou plutôt par suite de
l'application abusive qui est faite de l'art. 291 du Code pénal et de la
loi sur les associations, l'art, 5 de la Charte se trouve en quelque
sorte abrogé, ou du moins la liberté de culte qu'il garantit a besoin
encore de l'approbation du préfet, ou du commissaire de police. Il n'est
ni constitutionnel, ni, disons-le, décent qu'une restriction pratique de
cet ordre soit imposée à un droit aussi respectable et aussi
solennellement reconnu. S'il a besoin d'être réglementé, c'est par une
loi spéciale qu'il faut lu faire; et ce n'est point dans des réunions de
conspirateurs, ou d'hommes qui ont intérêt à se cacher, qu'il faut voir
des analogies aux inspirations et aux exercices de la foi. La
commission, à l'unanimité, par l'organe du son rapporteur, M.
d'Hersonville, après un exposé de faits qui justifiait les réclamations
des pétitionnaires, concluait au renvoi du leurs pétitions à M. le
ministre de la justice et des cultes. Le principe inscrit dans la Charte
a été énergiquement soutenu par M. de Gasparin, qui, à l'appui du son
argumentation, a cité des faits nombreux, des faits significatifs; et
par M. Odilon Barrot, dont la protestation éloquente contre une
interprétation qui subordonne constamment un droit garanti par la Charte
à l'autorisation préalable, c'est-à-dire au bon plaisir de la police, a
vivement impressionné l'assemblée. Nous avons entendu, avec regret, M.
Martin (du Nord) et M. Hébert s'efforcer de combattre ces conclusions,
et M. Dupin aîné amoindrir la question posée, sans doute dans l'espoir
bienveillant, mais mal entendu, de rendre moins rude l'échec au-devant
duquel le ministère était allé. Deux épreuves ont été déclarées
douteuses; mais, au scrutin, 107 voix contre 91 ont prononcé le renvoi
proposé par la commission, et combattu par M. le garde des sceaux.
Lundi, la chambre des députés a ouvert la discussion générale sur le
projet de loi relatif à la réforme des prisons. Chaque jour elle a
entendu plusieurs défenseurs et plusieurs adversaires du système
proposé. MM. Corne, Taillandier et Gustave de Beaumont, ont
successivement été écoutés avec intérêt par la Chambre, dans le
développement de leurs arguments en faveur du projet. Parmi les députés
qui l'ont attaqué, MM. de Sade et Carnot ont particulièrement su obtenir
l'attention de l'assemblée. M de Peyramont a également prononcé un
discours qui a occupé une grande partie de deux séances, et dans lequel
l'orateur a passé en revue les déclarations du jury qui peuvent, depuis
la loi de 1832, démontrer qu'à côté de ses immenses avantages, la
faculté de déclarer l'existence du circonstances atténuantes présente
bien quelques inconvénients. On voit qu'il n'y avait pas beaucoup
d'opportunité dans ce discours; il n'y avait pas non plus beaucoup de
logique, mais il y avait du talent, et la Chambre l'a écouté d'autant
plus volontiers sans doute que, comme il était en dehors de la question
dont elle était occupée depuis trois jours, il lui fournissait une
distraction agréable. La véritable discussion a ensuite repris son
cours. Ce qui nous a surpris dans le débat extérieur auquel la presse
s'est livrée de son côté, c'est l'acrimonie que quelques-uns de ses
organes y ont apportée. Nous qui croyons sincèrement à la bonne foi de
ceux qui combattent la loi comme de ceux qui la soutiennent, nous avons
vu avec étonnement qu'on accusait des hommes honorables qui se sont
prononcés en sa faveur d'employer les ressources de leur esprit à
dissimuler les vices d'un système qu'ils ne peuvent au fond, leur
dit-on, regarder comme bon; c'est-à-dire qu'on leur accorde tout le
talent qu'ils voudront, pourvu qu'ils conviennent qu'ils n'ont pas du
conscience. Il est difficile sans doute, pour tout le monde, de se
défendre de toute passion personnelle dans les discussions politiques,
mais en vérité il faut en avoir du reste pour en reporter autant dans
les discussions d'affaires.
Lundi, de son côté, la chambre des pairs a ouvert chez elle la
discussion sur la loi de la liberté de l'enseignement. Au Luxembourg,
les discours ont été des volumes. Le premier n'a pas été le moins
remarquable: il était l'oeuvre de M. Cousin. C'est une défense complète
et habilement présentée de l'Université; c'est en même temps une vive
critique de l'article 17 tout entier, tant du paragraphe inintelligible
et impraticable par lequel le ministre a terminé cet article, que du
seul dont la commission propose le maintien, et qui accorde aux écoles
secondaires ecclésiastiques une position trop favorablement
exceptionnelle pour ne pas rendre la concurrence avec celles-ci bien
difficile aux collèges de l'État et des villes, et aux établissements de
plein exercice qui sont tous soumis à des charges et à des conditions
lourdes et sévères. Dans les séances suivantes MM. de Saint-Priest et
Rossi ont également fixé l'attention de la Chambre. Ils ont fait, eux
aussi, l'éloge de l'Université; et le dernier s'est montré complètement
favorable au projet, même à l'art. 17, du moins par ses conclusions, en
contradiction, il est vrai, sur ce point avec bon nombre de ses
meilleurs arguments. Le projet a été combattu, au contraire, par
quelques orateurs, avec plus de réserve sans doute que n'en avait mis M.
de Montalembert dans son attaque d'avant-garde, mais dans un esprit qui
se rapproche de celui qui l'avait inspiré. M. Beugnot particulièrement a
prononcé dans ce sens un discours qui est l'exposé des motifs d'un
projet de loi en vingt-trois articles qu'il compte, dit-on, présenter de
concert avec MM. Séguier, Barthélémy et de Gabriac, en opposition au
projet dé loi du ministre et à celui de la commission. Tout annonce que
la chambre du Luxembourg est pour un long temps engagée dans cette
discussion.
Le bruit a généralement circulé cette semaine que le ministère, ayant la
conscience du danger que le désaveu de l'amiral Du Petit-Thouars lui
faisait courir auprès des hommes mêmes qui lui ont prêté jusqu'ici
l'appui le plus persévérant, négociait avec l'Angleterre pour que cette
puissance, à laquelle une compensation serait offerte, trouvât bon le
maintien de notre prise de possession des îles de la Société; on a dit
que l'île de Saint-Domingue pourrait faire les frais de cette entente
cordiale, et que l'ancienne partie française de l'île serait reprise par
nous, tandis que l'Espagne céderait à l'Angleterre ses droits sur ses
anciennes possessions, pour la couvrir de sommes qu'elle lui doit. Nous
savons bien que cette dernière puissance sait toujours obtenir
satisfaction de ses débiteurs, et nous devrions lui céder notre créance
sur l'Espagne pour l'expédition de 1823; mais il faut attendre pour
savoir ce qu'il y a de vrai dans ces incroyables arrangements
diplomatiques auxquels beaucoup de personnes ont cependant ajouté
foi.--Des interpellations ont été adressées dans le Parlement aux
ministres de la reine, pour savoir si le désaveu de l'Angleterre avait
été assez complet, à l'occasion de tous les actes révolutionnaires et de
tous les actes du barbarie dont les ministres et les agents du
gouvernement espagnol viennent de se rendre auteurs ou responsables.
Ceci semble être une critique amère des témoignages de sympathie
politique qui viennent d'être échangés en monnaie de décorations entre
le cabinet des Tuileries et celui de l'Escurial.--Le procès d'O'Connell
marche d'ajournements en ajournements. On pense, aujourd'hui que, si
tant est qu'on arrive à prononcer la condamnation, on rendra suspensif
l'effet de l'appel des condamnés, et qu'on s'arrangera ensuite pour que
l'époque à laquelle on devrait statuer sur cette requête nouvelle soit
indéfiniment reculée.--Le Parlement s'est occupé des moyens de poursuite
à mettre à la disposition des Anglais créanciers de ceux de leurs
compatriotes qui habitent la France. Si l'on en croit cette discussion,
tous les _gentlemen_ qui se trouvent à Paris n'y seraient pas uniquement
amenés par le désir libre et spontané de visiter la patrie des
beaux-arts et des belles manières. D'après un relevé statistique qui
vient d'être distribué tout récemment aux chambres anglaises, au mois de
janvier dernier, soixante-six mille Anglais avaient leur résidence en
France, sans compter à peu près 55,000 visiteurs accidentels. Leur
dépense chez nous était évaluée à 125 millions du francs,--Lord Ashley a
déclaré dans la chambre des communes que lorsque viendrait la troisième
lecture du bill des manufactures, il demanderait que la durée du travail
fût de onze heures par jour jusqu'en 1847 et qu'il espérait que cette
modification serait appuyée par le ministère. Sir Robert Peel n'a pas
contredit lord Ashley.--Un journal vient de faire le relevé des
traitements des grands fonctionnaires et dignitaires anglais. Sir Robert
Peel a, comme premier lord de la trésorerie, 150,000 fr.; quatre autres
membres du cabinet ont 125.000 fr. chacun; d'autres ne reçoivent que des
sommes moindres, mais fort rondes encore. Lord Abinger, premier baron de
l'échiquier, dont nous avons annoncé la mort dans notre avant-dernier
numéro, et dont nous donnons le portrait aujourd'hui, recevait 175,000
fr.; le lord premier juge de la cour du banc de la reine en touche
202,500; le lord grand chancelier d'Angleterre, 350,000, et le lord
lieutenant d'Irlande, 500,000.
Que dire de l'Espagne? Rien; car il faudrait apprendre à nos lecteurs
qu'on s'attendait à Madrid à la condamnation à mort de M. Madoz, député,
et que le défenseur choisi par lui a été arrêté pour avoir vivement
embrassé sa défense. Toutefois nous ne pouvons résister au désir de
transcrire les termes dans lesquels le journal _el Mundo_ a fait ses
adieux à ses abonnés: «Hier le gouvernement a publié un décret
concernant la liberté de la presse; en conséquence de ce décret, _el
Mundo_ cesse de paraître à partir d'aujourd'hui.»
Tous les gouvernements de l'Europe semblent devoir entrer avant nous
dans la voie de la réduction de l'intérêt de leur dette ou de son
remboursement. La Russie elle-même nous devance. On lit dans la _Gazette
officielle_ du royaume de Pologne, sous la date du Saint-Pétersbourg:
«Tous les fonds 5% du trésor seront retirés de la circulation, et il
sera réservé aux porteurs du ces titres la faculté de les échanger
contre les fonds 4%, ou d'en demander la valeur nominale en numéraire.
La banque de Pologne est chargée de la conversion des fonds 5% en 4%, et
la commission des finances et du trésor a émis, à partir du 20 mars (1er
avril), des fonds 4% au porteur jusqu'à concurrence de la valeur
correspondante au fonds d'amortissement.»
Depuis la suppression brusque et énergique des janissaires,
Constantinople n'avait jamais été le théâtre d'un coup d'État pareil à
celui qui vient d'y être exécuté. Tous les musulmans avaient été invités
à se réunir dans les diverses mosquées; à mesure qu'ils se rendaient à
cet appel, des officiers chargés du recrutement, et à la disposition
desquels la garnison avait été mise, faisaient saisir tous les hommes
jeunes qu'ils jugeaient propres au service militaire. Ceux-ci étaient
conduits à bord des bateaux à vapeur du gouvernement, qui les
transportaient à la caserne de l'île de Halki. Le lendemain, un conseil
formé à cet effet, a de nouveau fait un choix parmi ces prétendus
volontaires, et ceux qui avaient plus de trente ans, comme aussi ceux
qui étaient domiciliés à Constantinople, ont été mis en liberté. Les
autres, dont on évalue le nombre à 15,000, sont destinés à remplacer les
soldats qui ont fini leur temps de service et qu'on doit renvoyer chez
eux. Le soir même a été lu dans les mosquées un firinan par lequel il
est formellement défendu aux musulmans de s'entretenir de cette mesure,
avec menace de la punition la plus sévère. Pendant tout le temps que
cette presse a duré, le sultan est demeuré enfermé dans son palais,
défendu par une force imposante.
Le prince Maurice de Nassau, frère du duc régnant et officier au service
de l'Autriche dans un régiment de hussards, assistait à une partie de
chasse, en Hongrie, chez l'un des principaux magnats du pays. A la vue
de la brutalité presque féroce avec laquelle ce dernier maltraitait deux
pauvres rabatteurs, frappés à terre et demandant grâce, le jeune
officier, dans un mouvement d'indignation irréfléchie, leva sur le
magnat le fusil dont il était arme, et l'étendit lui-même à ses pieds.
Le prince Maurice est un jeune homme de vingt-quatre ans. On se demande
devant quel tribunal les lois de l'Autriche vont porter l'instruction de
cette malheureuse affaire.
Les obsèques du feu roi de Suède ont dû être célébrées le 20 à
Stockholm. Les États généraux se réuniront au mois de juillet. L'édit de
convocation paraîtra après les obsèques. L'on croit que le nouveau roi,
Oscar 1er, sera couronné à Stockholm dans le mois d'août, et à
Christiania vers la fin de septembre.--Le prince de Wasa vient d'écrire
de Darmstadt à tous les souverains de l'Europe, pour déclarer que, s'il
ne croit pas devoir, dans les circonstances actuelles, faire valoir ses
droits à la couronne de Suède, il n'entend pas néanmoins y renoncer, et
qu'il se réserve de les revendiquer dans telle autre occasion qu'il
jugera convenable.--Le nouveau canal de Trollhoata, qui complétera la
jonction des deux mers, sera ouvert le 20 du mois prochain.
Il vient d'être pourvu à la vacance de quelques sièges épiscopaux. M.
Manglard, curé de Saint-Eustache, à Paris, est nommé évêque de
Saint-Dié; monseigneur l'évêque de Gap, dont l'état de santé motive
cette translation, est nommé évêque de Verdun; M. Dépery, vicaire
général de M. l'évêque de Belley, est nommé au siège de Gap; M. Fabre
des Essarts, vicaire général capitulaire de Blois, est nommé évêque de
cette ville; enfin M. Ruissas, archiprêtre de la métropole de Toulouse,
est nommé évêque de Toulouse.
La mort ne perd pas son temps. Nous n'avions pas eu encore jusqu'à ce
jour autant de noms à inscrire sur nos tables funéraires. L'Institut de
France et le Conservatoire royal de musique ont perdu le célèbre auteur
d'_Aline_, du _Délire_, de _Montano et Stéphanie_, et de tant d'autres
oeuvres lyriques qui feront vivre le nom de Berton. Il avait puissamment
contribué à fonder cette belle école française dont le Conservatoire
perpétue les précieuses traditions.--M. de Compigny, ancien officier
général, qui siégea au côté droit de la chambre des députés, de 1815 à
1827, est mort également dans un âge avancé.--Madame la duchesse de
Lorges, née de Tourzel, vient, au contraire, d'être enlevée à sa famille
dans sa trente-huitième année.--Citons encore M. le lieutenant général
baron Ledru des Essarts;--monseigneur Diaz Perino, religieux de l'ordre
des dominicains, et évêque de [illisible] morque;--et M. le comte
d'Exéa, membre du conseil général de l'Aude.--M. Reynold, gouverneur du
Missouri, s'est tiré un coup de pistolet au coeur.--Enfin M. le comte de
Fossombroni, savant distingué et premier ministre du grand-duc de
Toscane, est mort à Florence à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, que peu
de premiers ministres atteignent dans l'exercice de leurs fonctions.