ÉVANGÉLINE

Salut, vieille forêt! Noyés dans la pénombre

Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre

Tes sapins résineux et tes cèdres altiers

Qui se bercent au vent sur le bord des sentiers

Jetant, à chaque brise, une plainte sauvage.

Ressemblant aux chanteurs qu'entendit un autre âge,

Aux Druides anciens dont la lugubre voix

S'élevait prophétique au fond d'immenses bois!

Et l'océan plaintif vers ses rives brumeuses

S'avance en agitant ses vagues écumeuses.

Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots

Pour répondre, ô forêt, à tes tristes sanglots!

Vieille forêt, salut! Mais tous ces coeurs candides

Qu'on voyait tressaillir comme les daims timides

Que le cor du chasseur a réveillés soudain.

Que sont-ils devenus! Je les appelle en vain!...

Et le joli village avec ses toits de chaume?

Et la petite église avec son léger dôme?

Et l'heureux Acadien qui voyait ses beaux jours

Couler comme un ruisseau dont le paisible cours

Traverse des forêts qui le voilent d'ombrage,

Mais réfléchit aussi du ciel la pure image?

Partout la solitude, aux foyers comme aux champs!

Plus de gais laboureurs! la haine des méchants,

Un jour, les a chassés au bord d'une grève

Le sable frémissant que la brise soulève

Roule en noirs tourbillons jusqu'au plus haut de l'air

Et sème sur les flots de la bruyante mer!

Le hameau de Grand Pré n'est qu'une souvenance;

Le saule y croît, le merle y siffle sa romance.

O vous tous qui croyez à cette affection

Qui s'enflamme et grandit avec l'affliction;

O vous tous qui croyez au bon coeur de la femme,

A la force, au courage, à la foi de son âme.

Ecoutez un récit que les bois d'alentour

Et l'océan plaintif redisent tour à tour:

Ecoutez une histoire aussi belle qu'ancienne;

Une histoire d'amour de la terre Acadienne!

Evangeline: Traduction du poème Acadien de Longfellow · 第 11 / 21 题