PAUL JANSON

Notre correspondant de Bruxelles nous écrit:

La mort et les funérailles de Paul Janson, le «Mirabeau» ou le

«Gambetta» de la Belgique, incinéré mardi matin à Paris, au

Père-Lachaise, se sont produites dans des circonstances presque

dramatiques. Car cet avocat, le plus éloquent du barreau belge, et cet

homme politique, le plus ardent du Parlement de Bruxelles, avait été

baptisé «le père du suffrage universel»,--de ce suffrage universel, pour

la conquête duquel 400.000 ouvriers ont abandonné le travail au moment

où son principal protagoniste entrait en agonie. Ce sont, en effet, les

efforts acharnés de ce Liégeois, de descendance française, qui

assurèrent l'inscription du _principe_ du suffrage universel dans la

Constitution belge. Malgré lui, le principe ne fut adopté, en 1893,

qu'avec le correctif du vote plural (supplément de voix aux

propriétaires, aux chefs de famille et aux intellectuels diplômés).

C'est contre ce correctif, donc pour le suffrage égalitaire, que

s'insurgeaient les ouvriers de la grande industrie au moment où une

multitude immense, comprenant des légions de grévistes, escortait lundi

les restes de Paul Janson à la gare du Midi, d'où ils allaient partir

pour Paris.

[Illustration: M. Paul Janson.--_Phot. Alexandre._]

D'aucuns craignaient que de telles obsèques, en un instant de si

profonde fièvre politique, ne fussent une occasion de désordres. Ces

craintes étaient heureusement chimériques. On ne vit jamais foules plus

recueillies, plus admirablement calmes et ordonnées, malgré la presque

totale absence de force armée.

L'Illustration, No. 3661, 26 Avril 1913 · 第 44 / 50 题