_Ton esprit, qu'en son vol nul obstacle n'arrête,
Découvre un autre monde à nos ambitieux,
Qui tous également respirent sa conquête
Comme un noble chemin pour arriver aux cieux._
_Mais ce n'est point pour eux que la palme s'apprête.
Si j'étois du conseil des destins et des Dieux,
Pour prix de ton audace, on chargeroit ta tête
Des couronnes des rois qui gouvernent ces lieux._
_Mais non, je m'en dédis; l'inconstante fortune
Semble avoir trop d'empire en celui de la Lune:
Son pouvoir n'y paroît que pour tout renverser._
_Peut-être verrois-tu, dans ces demeures mornes,
Dès le premier instant ton Etat s'éclipser
Et du moins chaque mois en rétrécir les bornes._
_DE PRADE._
[2] Ce sonnet, se trouve dans les _Œuvres poétiques du sieur de P_.
(Prade), publiées en 1650 (_Paris, Nicolas et Jean de la Coste_,
in-4). Il prouve que le _Voyage dans la Lune_ était composé longtemps
avant la mort de Cyrano, auquel il causa de graves ennuis, comme
lui-même nous l'apprend dans l'_Histoire des Etats et Empires du
Soleil_.