t’apprendre;--car ta paix actuelle ne provient pas de notre leçon, mais
de l’héritage d’ignorance de tes aïeux. Que reste-t-il du pieux
enseignement qui épurait chaque geste de la vie mortelle pour préparer à
l’immortalité, qui dirigeait toute aspiration humaine pour la rendre
plus digne de Dieu? Que reste-t-il, ô Mâadith,--car ta piété
d’aujourd’hui n’est pas née de convictions qui désirèrent te l’inspirer,
mais elle est le fruit du fanatisme de Kralouk et de la suggestion de
l’humble Louinissa.
Tout ton souhait de vivre s’est détourné de notre horizon. Nous savons
qu’il n’y reviendra jamais; mais nous croyons si fermement aux vertus
d’idéal et de générosité de notre labeur que nous espérons encore
quelque rayon rejaillissant de nous à toi, qui nous fus et nous es
toujours chère. Et même si, parvenu lentement à travers les ombres
tranquilles de ta mémoire, il ne t’atteint plus que comme un reflet, ni
notre peine ni notre espérance n’auront été perdues.
Je songe ainsi, visible à peine entre les ramures tombantes des
oliviers, en contemplant la longue prière des deux femmes. Elles sont
émouvantes, offrant, d’un même geste eurythmique, leurs deux âges et
leur même cœur peut-être...
«L’amour est pour la perfection de la femme ce que la prière est pour la
perfection de l’homme. Il faut prier, il faut prier beaucoup...»
O Mâadith qui possèdes les deux perfections!
La prière s’est achevée. Mâadith et Louinissa sont rentrées dans la
maison. Comment ne m’ont-elles pas encore aperçue? Fausse honte ou gêne;
cela me surprendrait; jeu malicieux plutôt.
Je me suis avancée jusqu’au seuil. La porte entr’ouverte laisse voir des
tapis sur le sol et, contre les murailles, des burnous et des étoffes de
couleurs vives. Un visage apparaît dans la pénombre, un regard vient au
dehors à ma rencontre, le regard éblouissant que je connais. Je vais
entrer... Mais la porte se referme, doucement, irrésistiblement, poussée
par une force déterminée, une volonté inexorable.
--Mâadith!... Mâadith!...
Le verrou de bois d’olivier assujettit la porte que je ne franchirai
pas. Les petites fenêtres étroites sont closes aussi. Et cependant,--je
l’ai bien profondément entendu,--un cri a jailli de la maison muette et
jalouse. Et c’était le cri d’un petit enfant...
TABLE
Pages
Première partie 7
Deuxième partie 43
Troisième partie 85
Quatrième partie 163
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE
26 OCTOBRE 1921
PAR FRÉDÉRIC PAILLART
A ABBEVILLE (SOMME).
BIBLIOTHÈQUE DU HÉRISSON
FAGUS
_La Danse Macabre_, poème.
_La Guirlande à l’Épousée_, poème.
THÉO VARLET
_La Bella Venere_, contes.
NONCE CASANOVA
_La Libertine_, roman.
P.-J. TOULET
_Béhanzigue_, contes.
TRISTAN KLINGSOR
_Humoresques_, poèmes.
HENRY MUSTIÈRE
_La Nouvelle Franciade_ ou _le Pou Bolchevik_, satire.
OCTAVE JONCQUEL et THÉO VARLET
_Les Titans du Ciel_, roman planétaire.
MAGALI-BOISNARD
_Mâadith_, roman de l’Islam.
JULES ROMAINS
_Le Fauconnier_, étude de peinture moderne.
Exemplaires sur Alfa français 7.50
-- Arches 20 --
-- Hollande 30 --
-- Japon 50 --