Son principal affluent, la Sandrananta, prend sa source en p

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LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--46e LIV. Nº 46.--18 Novembre 1905.

[Illustration: Les populations souhaitent la bienvenue à l'étranger

(page 542).--D'après une photographie.]

UNE PEUPLADE MALGACHE.--LES TANALA DE L'IKONGO

PAR M. LE LIEUTENANT ARDANT DU PICQ.

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois.

[Illustration: Femme d'Ankarimbelo.--D'après une photographie.]

Le district de l'Ikongo est situé au sud-est de Madagascar, à 40

kilomètres de la côte, entre le Betsileo et la région côtière.

Lorsqu'on y pénètre en venant du Betsileo on éprouve une impression de

satisfaction, car on quitte une région d'une désespérante monotonie,

où tout est gris et triste, où rien ne vient jeter de gaieté sur un

morne paysage, pour affronter tout à coup une forêt qui s'étend à

perte de vue, sombre, mystérieuse et immense.

Une végétation luxuriante entoure le voyageur. Pervenches d'azur,

campanules de pourpre, feuilles vert tendre aux nervures roses,

mousses et dentelures des fougères arborescentes, corolles

capricieuses des orchidées, autant de fleurs et de rameaux, autant de

couleurs et de formes. Les gouttes de résine dorée suintent sur les

troncs rugueux; des lianes inextricables grimpent aux arbres

séculaires, étreignant de leurs spires puissantes l'écorce lisse ou

les fûts noirâtres des arbres. Au-dessus du sentier, s'élève un dôme

de verdure impénétrable au soleil, plein d'humidité et de fraîcheur.

Le relief du sol est très accentué: on monte d'interminables lacets,

on descend des pentes abruptes, on contourne d'énormes blocs

erratiques, on franchit à gué d'impétueux torrents. Une continuelle

pénombre rend le paysage encore plus calme et plus mystérieux. Puis

brusquement la voûte s'éclaire, les arbres deviennent plus petits et

plus rares, et le soleil se montre. On a traversé la forêt et descendu

la falaise. On n'est plus qu'à 600 mètres d'altitude.

Le décor est complètement changé. Une mer de collines verdoyantes

s'étend vers l'est à perte de vue: c'est le pays des Tanala[1] de

l'Ikongo[2]. «Toute la région du nord au sud est remarquable par la

beauté de ses paysages, dit en 1882 un membre de la _London

Missionary Society_, dans une communication à la Société Royale de

Géographie de Londres. Elle est bien arrosée et fertile. À mon avis,

le pays tanala est le district le plus riche de Madagascar et offre un

vaste champ pour les entreprises agricoles de l'Européen, qui pourra y

planter le café, la canne à sucre, la vanille et le thé. Je suis

certain que les rivières du pays des Tanala charrient beaucoup

d'or...» Les marais et les rizières du Betsileo ont fait place à des

torrents qui bondissent dans les rochers, à des cascades qui tombent

en nappes d'argent; l'herbe rabougrie des hauts plateaux s'est

transformée en une brousse haute et drue. Les plantes de la région

côtière surgissent à chaque pas: c'est l'amomum dont les Tanala

utilisent les feuilles pour boire dans les ruisseaux, c'est le

bananier chargé de régimes, c'est le bambou aux gracieuses révérences,

c'est le gigantesque éventail du pontsina ou arbre du voyageur. Des

forêts couronnent la cime des coteaux, des bosquets s'étendent à

profusion dans les moindres vallées. Ici tout est vert, tout est gai,

tout chante, tout sourit. À chaque instant le spectacle varie: tantôt

c'est le son rauque d'un coquillage de mer dont les Tanala se servent

en guise de trompe et l'aboiement des chiens qui guident les chasseurs

à la poursuite du sanglier, tantôt c'est une ronde enfantine qui

chante au clair de lune; ici les femmes font les semailles dans les

cendres de la forêt brûlée, là-bas, dans le village aux toits de

chaume, les vieillards jouent aux échecs ou souhaitent la bienvenue à

l'étranger en lui offrant du riz et des oeufs.

[Note 1: Tanala, littéralement: «homme de la forêt».]

[Note 2: La montagne de l'Ikongo fait partie de la falaise

qui borde à l'est le plateau central. Les Tanala s'y

réfugiaient autrefois pour lutter victorieusement contre les

armées hova. Les Français l'ont enlevée d'assaut en 1897. Par

extension, on désigne sous le nom d'Ikongo le pays qui

s'étend à l'est et au pied de la falaise, du Faraony à la

Matitanana, jusqu'à 40 kilomètres de l'Océan.]

Les manières obséquieuses, l'accent nasillard des Betsileo ont

disparu. Les hommes, élégants et fiers, tous armés de la hache,

regardent le voyageur avec orgueil, et semblent le toiser. Leur parler

est rude et guttural, leurs gestes vifs, leur physionomie intelligente

et mobile. Les femmes sont sveltes, élancées, gracieuses.

[Illustration: Carte du pays des Tanala.]

L'opposition est donc complète entre le pays betsileo et le pays

tanala. C'est que la montagne et la forêt ont mis de tout temps entre

eux une barrière infranchissable. Les deux routes aujourd'hui les plus

fréquentées, de Vinanitelo à Fort-Carnot et d'Ilepombe à Ankarimbelo,

n'ont été longtemps que des pistes impraticables, empruntant le cours

des torrents et gravissant à pic tous les obstacles. Large en moyenne

d'une dizaine de kilomètres, recouvrant les pentes abruptes et les

gigantesques dépressions de la falaise, la forêt a isolé les Tanala du

plateau central, les a protégés contre la domination et l'influence

hova, leur a permis de garder leur indépendance et de conserver encore

une civilisation originale.

Leur pays s'arrête vers l'est, à 40 kilomètres de l'Océan. Aucun

obstacle ne s'oppose aux relations avec la côte. Le relief du sol

s'abaisse lentement, les collines diminuent peu à peu de hauteur, et

se fondent progressivement avec les plaines mamelonnées de Vohipeno et

de Loholoka. La flore ne varie pas subitement comme du côté de la

falaise, l'aspect des villages avec leurs cases en bambous et en

paille ne se modifie guère.

Enfin, les Tanala ne présentent pas avec les Antaimorona et les

Betsimisaraka le même contraste violent qu'avec les Betsileo. Du côté

de Bekatra et de Sahasinaka, ils se sont façonnés au contact de

populations plus douces et plus civilisées; d'autre part,

l'Antaimorona et le Betsimisaraka de l'ouest ont subi l'influence de

leurs rudes et belliqueux voisins. Il en résulte que l'on descend sans

brusque transition, de Fort-Carnot à Vohipeno: les accidents du sol

disparaissent, les vallées s'élargissent, les cultures s'étendent, les

villages deviennent plus grands et plus peuplés, l'allure des

habitants plus paisible; mais tous ces changements sont progressifs et

insensibles.

Véritable hinterland de la région côtière, complètement isolé du

plateau central, l'Ikongo est donc ouvert vers l'est à toutes les

influences et à toutes les invasions par les grandes coupures du

Faraony, de l'Imananano, de l'Imanankara et de la Matitanana. Grâce à

leurs longues vallées orientées parallèlement du nord-ouest au

sud-est, ces fleuves forment des voies de communication naturelles

entre l'Océan et la falaise.

[Illustration: Les femmes tanala sont sveltes, élancées (page

542).--D'après une photographie.]

Aussi, leur rôle politique et économique a-t-il été de tout temps

considérable. Des conquérants venus d'au delà des mers, les Zafirombo,

les ont remontés et se sont établis sur leurs rives; les armées hova

les ont suivis, des pirogues les descendent chaque jour pour porter à

la côte les richesses de la forêt: la cire, le caoutchouc, le rafia.

Le fleuve Faraony sépare les Tanala de l'Ikongo, belliqueux et

indépendants, de ceux d'Ifanadiana, plus pacifiques, et soumis depuis

longtemps à la domination hova.

La Matitanana est le grand fleuve de l'Ikongo. Elle prend sa source

derrière le massif de l'Iharanila, coule dans la forêt et vers le nord

pendant une dizaine de kilomètres, puis s'infléchit brusquement vers

le sud-est. Elle tombe alors de toute la hauteur de la falaise, en une

majestueuse cascade, au milieu d'un cirque superbe.

Son principal affluent, la Sandrananta, prend sa source en plein pays

betsileo, à l'ouest de l'Iratra. Après avoir coulé paisiblement et

servi à l'irrigation des rizières, elle se précipite dans la forêt et

se transforme en torrent. Après avoir reçu l'Isiranana, elle porte le

nom d'Ambahive, et quand elle rejoint la Matitanana à Andemaka, elle

est aussi importante qu'elle. Toutes les deux, elles ont servi de

routes aux invasions venues de l'Orient, mais tandis que la Matitanana

n'a dans l'Ikongo que son cours supérieur, et est plutôt un fleuve

antaimorona, la Sandrananta, au contraire, est la rivière tanala par

excellence. Elle coule au coeur de la région, ses affluents en

dessinent le relief, ses rives rappellent une foule de légendes. C'est

dans ses flots que les descendants des premiers rois ont jeté le pus

des cadavres de leurs ancêtres, et c'est ce qui a valu aux Zafirambo

leur autre nom de Zanak'Isandrananta[3].

[Note 3: Zanak'Isandrananta, littéralement: Enfants de la

Sandrananta.]

Enfin, une des pistes les plus fréquentées du pays et qui, si l'on en

croit la tradition, aurait existé depuis des siècles, descend sa rive

gauche par Fort-Carnot, Marotady, Mahaly, Bekatra et l'Isaranana.

Pour se faire, d'ailleurs, une parfaite idée de la région, il suffit

de faire l'ascension de l'Ikongo.

À l'ouest, la forêt noire et profonde, les puissants contreforts de

l'Iratra et les hautes cimes de la falaise masquent le plateau

betsileo et empêchent toute relation avec le centre de l'île. À l'est,

le pays tanala s'étend, accidenté et boisé, véritable Suisse, digne

demeure d'une race indépendante; la Sandrananta serpente et brille au

milieu des collines, puis va se perdre dans le pays antaimorona; au

loin, à l'horizon, au-dessus des plaines de la basse Matitanana, se

profile la ligne bleue de l'Océan Indien, route mystérieuse des

envahisseurs, confuse et incertaine comme la légende des Zafirambo. Ce

paysage résume la géographie de l'Ikongo; il explique son histoire,

ses moeurs et sa civilisation.

Il serait trop long de faire l'histoire détaillée des Tanala. Qu'il

nous suffise de dire qu'en 1861, Radama II accorda, par la force des

choses, à l'Ikongo une indépendance pleine et entière; que de 1868 à

1894, les Tanala eurent à lutter contre des voisins turbulents qui

refusaient de reconnaître leur autorité, et qu'en 1897 leur chef,

nommé Tsiandraofana, n'était nullement hostile à notre influence. Le 3

août 1897 nous pûmes installer un poste militaire près de sa

résidence. Mais les Tanala étaient trop belliqueux, trop fiers et trop

jaloux de leur indépendance séculaire pour écouter les conseils du

vieux roi et accepter de plein gré notre autorité. Le 10 octobre, nos

soldats durent enlever d'assaut le rocher d'Ikongo, où 4 000 Tanala

s'étaient réfugiés. Les rebelles se dispersèrent alors dans la forêt,

prêchant l'insoumission et groupant autour d'eux tous les mécontents.

En 1899, Andriamanapaka, fils de Tsiandraofana, fit cause commune avec

eux, et Andriantsimurina surprit et incendia le poste de Sahasinaka.

Nous dûmes battre la forêt en tous sens, couvrir le pays d'un réseau

de postes très rapprochés et organiser de véritables chasses à l'homme

pour venir à bout de la résistance des dernières bandes d'insurgés.

Signalé partout à la fois et toujours insaisissable, Andriampanoha

nous résista jusqu'en décembre 1901. Sa soumission consacra la

pacification de l'Ikongo.

Longtemps avant l'occupation française, les Tanala étaient pourvus

d'une organisation sociale bien définie. Ils possédaient une foule de

coutumes que Tsiandraofana respectait religieusement dans ses

jugements, et qui, bien que non codifiées et variables suivant les

régions, n'en avaient pas moins force de loi.

Au nombre de 24 000 environ, ils se répartissent encore en six tribus,

subdivisées en clans et en familles.

Chacune de ces tribus était autrefois commandée par un noble, sous la

suzeraineté de Tsiandraofana. L'autorité de ces chefs était

théoriquement très précaire, car aucune loi ne les autorisait à punir

leurs sujets en cas de refus d'obéissance.

[Illustration: Panorama de Fort-Carnot.--D'après une photographie.]

En réalité, ils exerçaient une affreuse tyrannie. Raboba, toujours

ivre, tirait des coups de fusil sur les hommes, coupait les poignets

des femmes qui lui résistaient et leur faisait ouvrir le ventre. Rares

sont les rois qui ont laissé dans l'Ikongo une réputation de sagesse

et de bonté.

Les villages et les familles ont également leurs chefs. De concert

avec le _fokon'olona_, ou réunion de tous les hommes libres, ces

vieillards règlent certains procès et partagent à l'amiable les

terrains de culture. En cas de guerre, les Tanala se groupent aussi

par _fehy_, c'est-à-dire par bannières, sous les ordres des plus

courageux et des plus influents d'entre eux.

Après la tribu et le clan, la famille est un des éléments constitutifs

de la société. Elle est toujours très nombreuse, et les liens de

parenté sont à la fois très étendus et très vagues.

La plupart du temps, les Tanala désignent du même nom leurs

grands-pères et les frères de leurs grands-pères, leurs pères et leurs

oncles, leurs fils et leurs neveux. Quand on veut être renseigné avec

certitude sur leur famille, il faut avoir soin de leur demander s'ils

parlent réellement du père qui les a engendres ou du frère de ce

père, de leur propre fils ou du fils d'un de leurs frères, soeurs ou

cousins.

[Illustration: Groupe de Tanala dans la campagne de

Milakisiry.--D'après une photographie.]

Les adoptions et la coutume de l'échange du sang rendent encore la

parenté plus confuse. Un Malgache peut toujours adopter quelqu'un, à

n'importe quel âge et dans n'importe quelles conditions. La personne

adoptée porte dès lors le titre de fils ou de fille, et elle a les

mêmes droits qu'un enfant par la nature.

Dans la cérémonie de l'échange du sang, ou _vahi-ra_, deux Tanala se

font une légère incision sur la poitrine et se boivent mutuellement

quelques gouttes de sang en prononçant des imprécations et des

formules sacrées. Ils sont dès lors «frères de sang», se doivent aide

et assistance, et se considèrent comme aussi unis que par les liens de

la nature.

Les esclaves faisaient également partie de la famille. Ils étaient

capturés pendant la guerre, ou achetés aux trafiquants. Leur maître

les traitait comme ses enfants: ils mangeaient et couchaient dans sa

maison. Il pouvait les vendre, mais non les tuer, même en cas de

tentative d'évasion. Une petite fille valait 16 boeufs, une femme 13

et un petit garçon 11. Un homme n'en valait plus que 3, car il pouvait

à chaque instant prendre la fuite. L'abolition de l'esclavage fut

annoncée aux Tanala le 6 août 1897.

La polygamie est encore d'un usage courant dans l'Ikongo. Le nombre

des femmes peut être illimité, mais les plus grands chefs se

contentent aujourd'hui d'une dizaine de compagnes. L'épouse préférée

porte le nom de _vadi-be_ et a autorité sur les autres.

Chez le peuple, deux jeunes gens ne peuvent s'unir que tant que leurs

familles ont des tombeaux différents. Chez les Zafirambo, le mariage

est interdit entre cousins germains issus de deux frères, mais il est

permis entre cousins issus d'un frère et d'une soeur. Le maître peut

épouser une de ses esclaves, et la condition de celle-ci se trouve

alors modifiée suivant les coutumes locales. Chez les Sandrabe, elle

devient libre par le fait même du mariage et sans autre formalité;

chez les Marohala, elle ne le devient que si son maître l'a proclamé

en présence du fokon'olona; chez les Antaisahafina, elle continue à

être esclave et porte le nom de _vadi-sindrano_. Néanmoins, les

enfants qu'elle a avec son maître naissent et restent libres. La femme

et les enfants en âge de raison sont toujours consultés pour les

affaires de famille.

Tout noble qui prend la femme d'un roturier doit payer en guise

d'amende: à Fort-Carnot et à Sahalanona, une vache pour le peuple; à

Bekatra une ou deux piastres selon le cas; à Sahasinaka, un boeuf de

deux ans; à Ankarimbelo, quatre boeufs dont trois pour le mari trompé

et un pour le peuple. Si c'est un roturier qui prend la femme d'un

noble, les amendes sont plus lourdes: à Belowoka, une vache; à

Sahasinaka et à Bekatra, un boeuf de six ans; à Sahalanona, huit

boeufs d'amende; à Fort-Carnot, huit vaches. Les coutumes

d'Ankarimbelo sont plus sévères: tout roturier qui prend la femme d'un

noble devient l'esclave de ce noble, à moins de payer une amende de

quinze boeufs, dont onze pour le mari et quatre pour le peuple.

Il faut d'ailleurs remarquer que le mari peut divorcer sans aucune

formalité, et que la femme n'a droit à aucune compensation, pécuniaire

ou autre, à moins d'un contrat de mariage spécial.

Dans les cas graves, un père peut rejeter son enfant qui dès lors ne

fait plus partie de la famille. Autrefois l'enfant qui se laissait

aller à un besoin naturel au moment de la circoncision était mis à

mort. Son oubli était considéré comme une preuve de l'infidélité de sa

mère, qui était répudiée. On se contente aujourd'hui de le rejeter.

Lors du mariage, les biens des conjoints ne sont pas mis en commun; il

en résulte que s'il n'y a pas de postérité et qu'un des époux vienne à

mourir, ses biens retournent à sa famille et non pas à l'autre

conjoint; si au contraire des enfants sont issus du mariage, la

fortune de leurs parents leur revient de droit.

En cas de partage d'un héritage entre deux enfants de sexe différent,

le garçon est avantagé. À Fort-Carnot et à Ankarimbelo, il reçoit les

deux tiers des biens; à Belemoka, à Bekatra et à Sahalanona, la fille

confie sa part d'héritage à son frère, sans toutefois y renoncer et à

charge d'être entretenue par lui; à Sahasinaka, l'héritage est partagé

également entre tous les enfants, quel que soit leur sexe.

[Illustration: Un partisan Tanala tirant à la cible à

Fort-Carnot.--D'après une photographie.]

D'une façon générale, l'aîné est avantagé. Si l'héritage comprend 4

boeufs, chaque enfant en aura 2; mais s'il en comprend 5, l'aîné en

aura 3 et le cadet 2. L'aîné peut recevoir ainsi jusqu'aux deux tiers

de l'héritage. S'il y a plusieurs enfants, garçons et filles, le fils

aîné est avantagé, et les autres ont des parts égales. À Bekatra,

l'héritage est mis en commun et reste indivis si les enfants sont

issus de la même mère; s'ils sont nés de mères différentes, les biens

sont également partagés entre eux. Les enfants par l'adoption ont les

mêmes droits d'héritiers que les enfants par la nature.

Les coutumes règlent donc les rapports entre tous les membres d'une

même famille, et ont force de loi. Elles déterminent également les

droits et les devoirs de chaque individu dans la société, fixent les

règles de l'instruction et de la procédure, la quotité des peines et

des amendes, la nature des crimes et des délits.

Il existe dans l'Ikongo deux degrés de juridiction: le _fokon'olona_

et le _zafirambo_, chef de tribu.

Le fokon'olona est la réunion de tous les hommes libres du village, du

clan ou de la tribu. Il est présidé, suivant l'importance de

l'assemblée, par un chef de village, de famille ou de clan, ou bien

par les délégués du roi. La plupart du temps ces délégués sont

zafirambo, quelquefois roturiers. Dans ce dernier cas, ils ont été

choisis comme conseillers à cause de leur sagesse et de leur

influence. Le fokon'olona ainsi constitué peut infliger des amendes

dont il fixe lui-même la quotité; il connaît en premier ressort de

toutes les affaires qui lui sont présentées; toutefois, après s'être

de lui-même déclaré incompétent, il peut les renvoyer devant le

zafirambo, chef de tribu. Les parties ont également le droit de faire

appel devant ce second tribunal, si le jugement du fokon'olona ne les

satisfait pas. Le zafirambo, assisté de ses conseillers, confirme ou

casse la première sentence. Un procès peut être encore porté

directement devant lui, et il juge alors en premier et dernier

ressort. Il a seul qualité pour prononcer une condamnation à mort.

[Illustration: Enfants Tanala.--D'après une photographie.]

L'affaire est instruite par le fokon'olona sous la direction de ses

chefs ou des délégués du roi. Le nombre de témoins requis varie avec

les régions. En cas d'insuffisance de témoins, il est procédé à

l'épreuve du tanguin. Ce poison n'y joue d'ailleurs aucun rôle. À

Fort-Carnot, en effet, le roi se contente de jeter une pierre dans de

l'eau bouillante, de la faire prendre par un des assistants et de la

lui faire déposer lentement dans un panier. L'opérateur est alors

gardé à vue, et si le lendemain sa main est échaudée c'est que

l'accusé est coupable. Il est à remarquer que l'inculpé ne subit pas

personnellement l'épreuve, de peur qu'il n'emploie des sortilèges pour

se préserver des brûlures. À Ankarimbelo pourtant, il lèche lui-même

un fer chauffé à blanc, et si sa langue reste indemne il est réputé

innocent. Dans un procès où les deux parties ne peuvent pas produire

de témoins, on les fait nager dans un remous de la Malitanana, près du

confluent du Manambondro. Les caïmans épargnent l'innocent et happent

le coupable ... En cas de vol, les chefs de village réunissent tous

les habitants et se font rendre compte de l'emploi de leur temps. Ceux

qui ne peuvent pas justifier de leur absence sont réputés coupables.

Les amendes consistent en piastres, quelquefois en bêches ou en rhum,

le plus souvent en boeufs. Elles sont partagées en proportions

variables entre le plaignant, les juges et les assistants. Elles

servent donc à la fois de dommages-intérêts à l'une des parties et

d'émoluments au tribunal. Distribuées au peuple, elles consacrent le

jugement et ajoutent à sa solennité.

Les punitions de prison sont inconnues. Les assassins seuls sont

frappés de la peine capitale. Les parents de la victime, aidés de la

foule, les tuent à coups de hache et de sagaie ou bien les étranglent,

dès que le roi a prononcé la sentence de mort, et sans autre

formalité. À Bekatra, ils peuvent demander en plus la confiscation des

biens du coupable. À Ankarimbelo, le condamné à mort doit payer quatre

boeufs d'amende que l'on égorge en même temps que lui. Son corps est

enterré sur le lieu de l'exécution, au lieu d'être déposé dans le

tombeau familial.

[Illustration: Les hommes, tous armés de la hache (page 542).--D'après

une photographie.]

En fait de délits, les coutumes tanala ne prévoient et ne répriment

guère que le vol. Un voleur de boeufs est condamné à les restituer. Il

paye en plus tantôt une amende fixe de un à huit boeufs, tantôt une

amende proportionnée à l'importance du larcin. D'après les coutumes de

Belewoka, un voleur de volailles doit en restituer le double; partout

ailleurs il ne restitue que ce qu'il a volé, et pour lui faire honte

les gens du village lui jettent à la tête des plumes et des intestins

de poule. Celui qui vole une ruche doit rembourser le prix du miel et

de la cire et payer un boeuf ou une dame-jeanne de rhum. Celui qui

vole de la toile est condamné à la restitution et à une amende d'une

piastre par pièce d'étoffe dérobée. Un voleur de riz doit généralement

en rembourser la valeur et payer une amende de un à quatre boeufs.

D'après les coutumes de Sahasinaka, s'il est insolvable, il peut

devenir l'esclave de son créancier. Les vols de manioc, de patates, de

cannes à sucre ne sont ordinairement prévus et réprimés par aucune

coutume. Toutefois sont frappés d'une amende d'une vache ceux qui

volent du manioc dans un champ en quantité suffisante pour faire une

charge d'homme. Ceux qui ne dérobent que quelques racines, pour

apaiser leur faim, ne sont pas punis.

Telle était l'organisation sociale de l'Ikongo avant la conquête

française. Nous n'y avons apporté que les modifications

indispensables. La division en clans et en tribus subsiste encore sous

des noms différents; les zafirambo les plus populaires et les plus

dévoués à notre cause ont conservé leurs anciens commandements, les

autres ont été remplaces par des chefs élus par le peuple. Nous nous

sommes contentés d'abolir l'esclavage et d'assurer à la femme une

situation plus stable dans la famille. Elle était autrefois à la merci

de son époux. Devenue vieille, elle était répudiée et une rivale plus

jeune la remplaçait. L'établissement de l'état civil et les progrès de

la morale lui assurent aujourd'hui une condition sociale plus digne et

moins précaire. Dans les jugements, il nous a suffi de nous inspirer

des lois de Tsiandraofana, en supprimant les dispositions trop

barbares, et en adoucissant les pénalités trop rigoureuses. Il nous a

été ainsi très facile de concilier avec la civilisation et avec

l'humanité le respect que l'on doit aux coutumes et aux traditions

d'un peuple.

[Illustration: Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creusé, et

recouverts d'un drap.--D'après une photographie.]

Il serait étonnant que les Tanala, pourvus d'une organisation sociale

avancée, possédant une histoire et des traditions, n'eussent pas

également une religion. Ils croient, en effet, en un Dieu unique,

éternel et créateur, Zanahary, et à l'immortalité de l'âme. Leurs

poétiques croyances, leurs ingénieuses explications sur l'origine du

monde et sur les destinées humaines sont comparables aux plus beaux

souvenirs de la mythologie grecque et romaine. La descente du Fils de

Dieu sur terre, la création successive de l'homme, du soleil, des

étoiles, ne nous font-elles pas penser aux légendes les plus

pittoresques de l'antiquité?

La Terre, dit le conteur tanala, voulut une fois combattre le Ciel.

Pour l'atteindre, elle se gonfla et donna ainsi naissance aux

montagnes. Dieu intervint alors: «Je suis votre créateur, dit-il, ne

vous battez pas. Si la Terre se plaint de ne pas avoir d'habitants, je

vais la peupler.»

Il créa alors les races humaines: les Vazaha ou Européens, les Tanala,

les Bara, les Antaimorona, les Betsileo, les Betsimisaraka, les Hova.

Les races noires, pressées de descendre sur terre, n'attendirent pas

les instructions divines, et restèrent dans l'ignorance. Les Vazaha

demeurèrent plus longtemps auprès de Dieu, écoutèrent ses conseils,

apprirent ce qui leur était nécessaire dans la vie, et reçurent tous

les dons, sauf celui de création. C'est pour cette raison qu'ils

savent tout faire, sauf animer un être. Munis de tous ces présents,

ils descendirent à leur tour sur terre, et Dieu créa la mer pour les

séparer des races noires, afin qu'ils ne devinssent pas ignorants et

barbares à leur contact.

Dieu dit alors à son Fils, Zanazanahary: «Réunissez les peuples de la

terre, à l'exception des Vazaha, et demandez-leur ce qu'ils veulent.»

Le Fils descendit sur terre: «Mon Père, s'écria-t-il, a dit que les

Vazaha, semblables aux bananiers, mourraient pour ne plus reparaître,

et que leurs fils les remplaceraient. Et vous? voulez-vous mourir

comme les Vazaha, ou bien comme la Lune qui meurt pour renaître chaque

soir?»--«Nous voulons mourir comme les Vazaha, à la façon des

bananiers», répondit le peuple. C'est pour cette raison que les

vieillards trépassent pour laisser la place à leurs enfants.

Le Fils de Dieu ajouta:

«Je vous donne pour vêtements l'écorce des arbres et le jonc des

marais, et je pourvoirai à votre nourriture. Je reste encore un jour

sur terre. Allez et réfléchissez, car vous pourrez me demander ce que

vous voulez.»

Un homme, profondément endormi, n'avait pas répondu à l'appel du Fils

de Dieu; apprenant par le peuple qu'il était encore sur terre, il alla

le trouver: «Vous avez comblé les autres de bienfaits, lui dit-il,

mais à moi, qui étais absent, qu'allez-vous me donner?»--«Je te fais

maître de la terre, répondit le Fils de Dieu. Va-t'en et dis aux

hommes que tu es leur roi; tu empêcheras ceux qui te désobéiront de

cultiver la terre et de nourrir ainsi leur famille, et je les tuerai.»

Le Fils de Dieu regagna alors le ciel, et, en s'élevant dans les airs

il eut l'idée de tuer un homme, pour voir ce que feraient les autres.

Les autres se mirent à pleurer, et le Fils de Dieu, ému de cette

douleur, alla demander à son Père des remèdes pour le ressusciter.

Après avoir reçu une poussière destinée à la résurrection des morts, il

redescendit sur terre. Mais il se trouvait encore dans le firmament,

qu'il vit chanter et danser les hommes qui pleuraient auparavant.

«Puisqu'ils se consolent de la mort, s'écria-t-il, je ne leur donnerai

pas la poussière de la résurrection», et il la jeta dans les eaux et

dans l'air. Aussi, depuis ce temps-là, l'air guérit les hommes étouffés

par la chaleur, et l'eau, projetée sur un malade évanoui, le ramène à la

vie. Parvenu dans le ciel, le Fils de Dieu rendit compte à son Père de

sa mission: «Quand j'ai quitté la terre, les hommes pleuraient; quand

j'y suis revenu, ils dansaient!»--«Puisque la mort ne les attriste pas,

répondit le Père, je les ferai mourir, eux et leurs enfants. La terre ne

gardera que leurs os, et leurs âmes monteront au ciel.»

Dieu créa alors le Soleil, la Lune et les Étoiles pour éclairer le

monde, puis il leur dit: «Mon Fils est malade; le devin exige pour sa

guérison la mort de l'un d'entre vous.»--«on, répondirent les astres,

nous ne pouvons pas donner notre vie pour la guérison de votre Fils.»

Dieu s'adressa alors aux nuages: «Qui d'entre vous veut sacrifier sa

vie pour le salut de mon Fils?»--«Tuez celui que vous voudrez parmi

nous, répondirent-ils, si cet holocauste peut sauver votre

Fils.»--«Puisque vous êtes prêts à donner votre existence pour mon

Fils, je vous considère comme mes enfants», s'écria Dieu, et pour les

récompenser il leur donna le pouvoir d'obscurcir le Soleil, la Lune et

les Étoiles.

Comme on le voit, le Dieu des Tanala est encore primitif; il est fait

à leur image, et, comme eux, il consulte le devin à propos de la

maladie de son Fils. Mais à côté de cette conception encore bien

simple de la divinité, il existe une croyance très précise en

l'immortalité de l'âme.

Les Tanala donnent à l'âme trois noms différents. Tantôt, ils

l'appellent _aloya_, et ce mot semble désigner la forme extérieure de

l'âme, c'est-à-dire une ombre. Malheur à celui qu'effleure cette

ombre: c'est pour lui un signe de mort. Tantôt ils la dénomment

_ambiroa_. L'ambiroa paraît être l'essence même de l'âme, ce qu'il y a

en elle d'impalpable et d'immortel. Tantôt enfin, ils la désignent par

le mot _pahasivy_, c'est-à-dire «neuvième»; dans le _sikidy_, en

effet, l'âme des morts est représentée par la neuvième figure: il en

résulterait que cette appellation pourrait s'appliquer aux âmes des

morts considérées comme bienfaisantes ou malfaisantes dans leurs

rapports avec les vivants, et à qui l'on adresse des prières, des

offrandes, des sacrifices.

[Illustration: Le battage du riz.--D'après une photographie.]

L'âme ne monte pas directement au ciel; elle subit d'abord une série

de passages dans le corps de certains animaux, les uns imaginaires,

les autres réels. Ces diverses transformations rappellent la théorie

de la métempsycose: elles en diffèrent toutefois en ce sens que

l'homme pourrait, dans une certaine mesure, choisir lui-même la future

demeure de son âme. D'après la croyance la plus répandue, l'âme des

morts se transforme d'abord en _kokolampy_. Ce kokolampy est un être

imaginaire: spectre à longs cheveux, il erre dans les forêts sombres,

rôde autour des tombeaux, se nourrit de crabes, et le jour se cache

dans les grottes. La nuit, il fait entendre des appels sinistres,

analogues, mais avec plus d'intensité, au chant quatre fois répété de

notre chouette. Alors, le silence règne, lugubre, dans les villages;

les conversations cessent, et quelquefois, dit la légende, la toiture

des cases s'écroule, les feux s'éteignent. Le cri du kokolampy est

sans doute celui de l'oiseau appelé _anka_ ou _torotoroka_, mais il

inspire dans l'Ikongo une crainte superstitieuse, et jamais un Tanala

n'ose s'aventurer seul la nuit dans la grande forêt. Quand le

kokolampy meurt, l'âme se réfugie dans le corps d'un gros papillon

nocturne, très avide de miel, le _voangoambe_. Quand on le rencontre,

c'est un signe de mort pour un membre de la famille. À la mort du

voangoambe, l'âme passe dans le corps d'un caméléon du Tam-be; puis

dans celui d'un insecte appelé _angalatsaka_, et enfin dans celui de

la fourmi. À la mort de la fourmi, l'ambiroa reste libre dans les

airs.

[Illustration: Une halte de partisans dans la forêt.--D'après une

photographie.]

Le Tour du Monde; Une peuplade Malgache Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 6 段