CVIII. OÙ L'ON NE COMPREND PLUS BIEN

Et voici le drame, la pointe de drame shakespearien. Ce bout de papier

griffonné, chiffonné est un document d'analyse, d'une analyse que je

ne ferai ni dans ce chapitre, ni dans le suivant, ni peut-être dans

tout le reste du livre. J'enlèverais sans doute ainsi au lecteur le

plaisir de noter la froideur, la perspicacité et le courage qui se

révèlent dans ces lignes tracées à la hâte, et de lire au travers

la tempête et la fureur dissimulées, le désespoir qui se contraint et

qui médite, l'ignorance de la solution finale dans la boue, dans le

sang ou dans les larmes.

Quant à moi, si je vous disais que je relus le billet trois ou quatre

fois ce jour-là, vous me croirez sans peine. Si je vous affirme que je

le relus le jour suivant, avant et après le déjeuner, vous pouvez

encore m'en croire, car c'est la vérité pure. Mais si je vous parle de

mon émotion, mettez-la quelque peu en quarantaine, et ne l'acceptez que

sous bénéfice d'inventaire. Ni alors, ni plus tard je ne pus discerner

ce qui se passa en moi. C'était de la crainte, de la douleur, de la

vanité, et ce n'en était pas. C'était de l'amour, sans amour,

c'est-à-dire sans délire. Et tout cela donnait une combinaison

complexe et vague, quelque chose que ni vous ni moi ne sommes capables

de comprendre. Supposons dons que je n'aie rien dit.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 134 / 193 题