Je commence à me repentir d'avoir commencé ce volume. Ce n'est pas que
je me fatigue: au contraire; je me distrais un peu de l'éternité en
envoyant quelques maigres chapitres dans le monde des vivants. Mais
c'est une œuvre triste, qui sent le sépulcre. C'est un grave défaut;
mais le pire de tous, ô lecteur, c'est ta hâte de vieillir alors que
ma narration, au lieu de galoper, va d'un pas lent. Tu aimes les récits
coulants, le style ordonné, tandis que le mien va comme les ivrognes,
de droite et de gauche, ainsi qu'ils font, titubant, s'arrêtant,
grognant, criant, riant, menaçant, glissant et tombant.
Car ils tombent.--Et vous aussi, pauvres feuilles de cyprès, vous
tomberez tout comme les feuilles des arbres allègres. Et si j'avais
encore des yeux, je verserais sur vous un pleur. Mais voilà les
avantages de la mort: si l'on n'a plus de bouche pour rire, on n'a pas
non plus d'yeux pour pleurer... Oui, vous tomberez, hélas!