LIV. LA PENDULE

Je sortis en emportant le goût de ce baiser. Je ne pus dormir. Je me

jetai sur mon lit, mais bien inutilement. En général, pendant mes

insomnies, le tic-tac de la pendule m'était fort désagréable. Ce

bruit vague et sec m'avisait à chaque instant que j'avais quelques

secondes de moins à vivre. Je me figurais alors un vieux diable, assis

entre deux sacs, celui de la vie et celui de la mort, et retirant les

monnaies de l'un pour les passer dans l'autre, en comptant de la sorte:

--Un de moins.

--Un de moins.

--Un de moins.

--Un de moins.

Chose singulière, quand la pendule s'arrêtait, je la remontais

aussitôt, pour qu'elle ne cessât jamais de battre, et que je pusse

supputer tous les instants perdus. Il y a des inventions qui se

transforment ou se perdent. Les institutions succombent; l'horloge est

définitive.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 67 / 193 题