Tandis que je faisais ces réflexions, un individu de petite taille,
sans chapeau, tenant par la main une gamine de quatre ans, entra dans la
boutique...
--Comment ça va-t-il depuis ce matin? demanda—t-il à Marcella.
--Comme ci comme ça; viens ici, Maricota.
L'individu prit l'enfant dans ses bras, et la fit passer par-dessus le
comptoir.
--Allons, dit-il, demande à Dona Marcella comment elle a passé la
nuit. Elle mourait d'envie de venir ici, mais sa mère n'avait pas eu le
temps de l'habiller. Voyons, Maricota, dis bonjour à la dame... Gare la
fessée... C'est bien... Vous ne pouvez vous figurer comme elle est chez
nous. Elle parle de vous tout le temps; et ici, elle a l'air empaillée.
Hier encore... faut-il raconter l'histoire, Maricota?
--Non, papa, je ne veux pas.
--C'est donc quelque chose de bien laid? dit Marcella en donnant une
petite tape à l'enfant.
--Je vais vous dire: sa mère lui a appris à réciter chaque soir un
_pater_ et un _ave_, en l'honneur de la Sainte Vierge. Mais la petite
est venue me demander hier, d'une voix si humble, devinez quoi?... si
elle pouvait offrir sa prière à santa Marcella.
--Pauvre chérie, dit Marcella en l'embrassant.
--C'est un amour, une passion qu'elle a pour vous... Vous ne vous
figurez pas... Sa mère dit que vous lui avez lancé un charme.
L'individu continua sur ce ton à raconter toutes sortes de choses
aimables, et sortit enfin, emmenant la petite, non sans m'avoir lancé
un regard d'interrogation ou de suspicion. Je demandai à Marcella qui
il était.
--C'est un horloger du voisinage, un brave homme; sa femme est bien
bonne aussi. Sa fille est gentille, n'est-ce pas? Ils ont l'air de
beaucoup m'aimer... Ce sont de bonnes gens.
En proférant ces paroles, Marcella parlait d'une voix où il y avait un
frémissement d'allégresse. Et un rayon de joie parut s'étendre sur sa
face.