Enfin nous arrivons à Virgilia! Avant d'aller chez le conseiller Dutra,
je demandai à mon père s'il y avait déjà quelque promesse de
mariage, quelque arrangement préalable.
--Aucun, me répondit-il. Il y a quelque temps, comme nous parlions de
toi, je lui ai avoué mon désir de te voir député. Je lui ai parlé
avec tant d'éloquence, qu'il m'a promis de faire quelque chose pour
toi, et je crois qu'il tiendra sa promesse. Quant au mot «fiancée»,
c'est le nom que je donne à une créature qui est un vivant bijou, une
étoile, une chose rare... sa fille à lui. D'ailleurs, je pense que si
tu l'épouses, tu seras bien plus vite député.
--C'est tout?
--C'est tout.
Nous allâmes jusque chez Dutra. C'était une perle que cet homme,
jovial, bon patriote, un peu irrité contre les malheurs du temps, mais
ne désespérant pas d'en venir à bout. Il trouva ma candidature
légitime; il convenait pourtant d'attendre quelques mois. Et tout de
suite il me présenta à sa femme, une estimable matrone, à sa fille,
qui ne démentit pas le panégyrique que mon père avait fait d'elle, je
vous le jure. Relisez, d'ailleurs, le chapitre XXVII. Je la regardai
comme quelqu'un qui a des idées préconçues. Je ne sais si elle en
avait de son côté; elle ne me contempla point différemment. Notre
premier regard fut tout simplement conjugal. Au bout d'un mois, nous
étions au mieux.