A Vivray, nous laissons notre chaise et Jasmin, nous montons à cheval.

Derneval étoit bien servi; nous ne le joignons qu'à une demi-lieue

au-dessus de Dormans. Sophie pousse un cri de joie dès qu'elle

m'aperçoit; elle se jette à la portière, elle me tend les bras. «Chère

épouse, chère amie, modère l'excès de ta tendresse, elle te trahiroit:

M. Duportail me suit, songe que tu es le frère de Derneval.»

A Port-à-Binson, Derneval descendit, salua M. Duportail, le pria

d'excuser ses frères qui ne se montroient pas, et nous dit: «Comme il

est intéressant qu'on perde nos traces, si par hasard on nous poursuit

sur cette route, j'ai pris des précautions que sans doute vous

approuverez. A deux milles au-dessous d'Épernay, nous renverrons les

chevaux qu'on nous aura fournis à la poste prochaine, pour en prendre de

meilleurs qu'un de mes amis, prévenu depuis plusieurs jours, a sûrement

fait préparer. Un chemin de traverse nous conduira à Jalons, par un

détour qui n'est pas très long. Des relais en nombre suffisant doivent

être posés sur la route jusqu'à Sainte-Menehould, où nous reprendrons la

poste. Mais, Messieurs, quand j'ai pris ces mesures pour assurer ma

fuite, je ne comptois pas sur vous. Démonter mes gens pour vous donner

leurs chevaux, ce seroit fort inconsidérément affoiblir notre escorte.

Heureusement ma chaise est grande et commode, vous voudrez bien y monter

tous deux, et moi je me charge de la mener, je serai votre postillon.»

M. Duportail se fit presser, et finit par accepter. Je dis tout bas à

Derneval que j'allois me trouver dans un étrange embarras. «Mon ami, vos

prétendus frères sont si jolis! je crains surtout leurs voix douces et

les tendres distractions de Sophie: M. Duportail ne pourra longtemps s'y

méprendre. Derneval, recommandez à nos deux amies de dormir bien

profondément, quand M. Duportail et moi nous prendrons place dans la

voiture. Il n'y a que ce moyen-là; une imprudence seroit si dangereuse

que c'est le cas de se sauver par une impolitesse.»

Tout se passa comme Derneval nous l'avoit fait espérer. Nous trouvâmes

un relais à quelque distance d'Épernay. Quelle émotion j'éprouvai, quand

je me vis placé dans la chaise de poste, vis-à-vis de ma Sophie! Sophie

paroissoit dormir, mais de mes genoux je pressois les siens, qui

répondoient à ce doux appel, et quelques soupirs à peine étouffés

m'annonçoient encore que ma jolie cousine veilloit pour son amant.

«Ces deux jeunes gens sont les frères de M. Derneval? me dit Lovzinski

très étonné.--Il l'assure au moins.» M. Duportail ne me fit pas alors

d'autres questions: je remarquai seulement qu'il ne regarda plus

Dorothée, et qu'il ne cessa de considérer ma Sophie, qui, plus

tranquille depuis que j'étois près d'elle, s'endormit réellement en

feignant de dormir.

Après une demi-heure de silence, M. Duportail me dit qu'il ne croyoit

pas être avec les frères Derneval. Je répondis tranquillement: «Ni moi

non plus.--Comment! vous me disiez...--Oui, parce qu'il me l'avoit dit;

je ne connois pas ses frères, moi!--Eh bien, Faublas, il y a du louche

dans cette aventure.--Ma foi! je le crois.--Faublas,... ce sont des

femmes déguisées.--D'honneur, Monsieur, je le parierois comme vous.»

M. Duportail se tut, et pendant un quart d'heure encore regarda ma

Sophie avec une attention toujours plus marquée. Enfin, il me montra

Dorothée et me dit: «Celle-ci est jolie; mais celle-là... (il me

montroit ma jolie cousine, et ses yeux s'animoient) est mieux, n'est-il

pas vrai?--Beaucoup mieux...--Et puis sa figure... (la voix de M.

Duportail s'altéroit) est charmante, qu'en dites-vous? oh! oui...

charmante! sa figure...» (Il poussa un long soupir, et n'acheva pas.)

Les yeux toujours attachés sur mon amante, M. Duportail resta plongé

dans une profonde rêverie jusqu'au moment de notre arrivée à

Sainte-Menehould. Là, tandis que le maître de poste faisoit atteler et

tâchoit de persuader à nos gens que ses rosses étoient d'excellens

chevaux, M. Duportail aborda Derneval, et, d'un ton préoccupé, lui

demanda si les deux dames qui dormoient encore dans la chaise étoient

ses parentes. «Puisque leur déguisement n'a pu vous tromper, répondit

Derneval, étonné comme moi de cette question au moins indiscrète, il

faut vous dire, Monsieur, que l'une est ma femme, et l'autre... ma

soeur, ajouta-t-il en me regardant.--Votre soeur? Laquelle des deux,

Monsieur? reprit M. Duportail.--Celle qui est de ce côté-ci. (Derneval

montroit ma Sophie.)--Monsieur, vous avez une soeur bien intéressante;

sa figure... Monsieur, je vous félicite d'avoir une telle soeur...»

Ma surprise augmentoit à chaque mot que disoit M. Duportail. Je ne sais

s'il s'en aperçut, mais il me tira un moment à l'écart; il me dit:

«Faublas, admirez le pouvoir prodigieux d'une grande passion qui survit

à son objet. L'aimable soeur de Derneval m'intéresse singulièrement, et

savez-vous pourquoi? c'est qu'en la voyant j'ai cru revoir l'épouse que

je pleure tous les jours. Oui, mon cher Faublas, au premier coup d'oeil

je me suis dit: «Voilà Lodoïska!» Je me le suis dit encore lorsque j'ai

détaillé avec plus d'attention tous les traits de cette figure à la fois

belle et jolie. Oui, mon ami, telle vous auroit paru la fille de

Pulauski, lorsque, sous des habits d'homme, elle fuyoit avec son père et

son époux les Russes persécuteurs. Un peu moins jeune, mais non moins

belle, étoit alors Lodoïska; Lodoïska tout entière respire dans cette

charmante personne!»

J'écoutois M. Duportail avec un plaisir secret. Persuadé qu'il cherchoit

à se tromper lui-même sur la nature des sentimens qu'il éprouvoit, je ne

pouvois m'empêcher de plaindre intérieurement un homme sensible, que son

âge et son expérience défendoient mal contre les charmes dangereux d'un

amour naissant, et pourtant je m'applaudissois de l'excès de mon

bonheur, qui sans doute me susciteroit mille rivaux.

Cependant on n'attendoit plus que nous; le jour baissoit, nous courûmes

toute la nuit; le lendemain, à huit heures du matin, nous entrâmes dans

Luxembourg: nous descendîmes à la première auberge. Pendant la courte

collation que nous y fîmes, M. Duportail prodigua à ma jolie cousine les

complimens les plus flatteurs. Il ne sentit qu'il avoit besoin de repos

qu'au moment où nos amies, fatiguées d'un voyage si long pour elles,

témoignèrent le désir de se retirer. Derneval s'étoit occupé avec l'hôte

du soin de nous faire préparer quatre chambres, une pour les deux dames,

les deux nôtres contiguës à la leur, celle de M. Duportail tout au fond

du corridor.

Derneval prit la main de Dorothée; Lovzinski, plus prompt que moi,

s'empara de celle de Sophie: il conduisit mon amante jusqu'à la porte de

la chambre préparée pour elle, et soupira en se retirant dans celle

qu'on avoit réservée pour lui. Dès que nous le crûmes endormi, Derneval

et moi nous entrâmes dans la chambre de nos épouses. Dorothée venoit de

se mettre au lit; Sophie, encore habillée, écoutoit en pleurant quelques

mots de consolation que lui adressoit son amie. Derneval me dit tout bas

de l'emmener. «Viens, ma Sophie, viens, laissons ces amans ensemble; ils

ont, comme nous, mille choses à se dire.» Je la pris dans mes bras et la

portai dans ma chambre: quel doux fardeau pour un amant!

«Il est donc vrai, me dit-elle en sanglotant, qu'une première faute

entraîne toujours une faute plus grave! Il est donc vrai qu'une fille

malheureuse, trahie par son coeur, abusée d'un fol espoir, quand elle a

commencé par hasard quelques démarches inconsidérées, peut finir par

violer ses devoirs les plus sacrés! Pourquoi suis-je venue si souvent à

ce fatal parloir? Pourquoi vous ai-je reçu dans ce jardin plus fatal

encore? Ah! je n'aimois pas la vertu, puisque je lui ai préféré mon

amant! Ah! j'ai mérité mon opprobre, puisque je m'y suis si légèrement

exposée!--Sophie, que dis-tu? quelles horribles réflexions empoisonnent

ton bonheur!...--Mon bonheur!... Est-ce donc au sein des remords que je

puis le goûter?--Sophie! dès ce soir, quelle que soit l'intention de M.

Duportail, je pars avec toi pour Gorlitz: nous irons nous jeter aux

pieds de ton père...--Jamais, jamais je n'oserai me présenter devant

lui.--Tu ne m'aimes donc pas?--Je ne t'aime pas! moi! Faublas, mon ami!

Sophie, maintenant avilie à ses propres yeux, bientôt déshonorée aux

yeux de sa famille entière, ta Sophie pourroit-elle supporter la vie, si

son amour ne lui restoit pas?... Cher amant! cher époux! mon repentir

t'offense? mes remords t'outragent? eh bien! pardonne-moi mes remords et

mon repentir: va, dans ce moment même où ma conscience alarmée gémit,

ah! je le sens bien, ma raison égarée, ma foible raison, cède encore à

ma passion fatale!»

Sophie se jeta dans mes bras: un même lit nous reçut tous deux. Il étoit

plus de midi quand nous nous endormîmes; un bruit affreux nous réveilla

quelques heures après.

«Ne vous en avisez pas, crioit Derneval, je brûle la cervelle à

quiconque ose entrer ici!» Au moment même on m'ordonne d'ouvrir ma

porte; j'entends, avec autant de surprise que d'effroi, la voix de mon

père. Sophie, tremblante, se cache sous la couverture; je m'habille à la

hâte et très négligemment, j'ouvre ma porte. M. Duportail entre avec le

baron de Faublas. «Vos indignes projets sont donc remplis! me dit

celui-ci: vous avez donc osé...» A l'instant même ceux qui frappoient à

la porte de Derneval entrent dans ma chambre. Je reconnois Mme Munich.

«Le voilà! c'est lui!» dit-elle à un vieillard qui la suit. L'inconnu

m'appelle infâme ravisseur, et met l'épée à la main. Je saute sur la

mienne, je m'écrie: «Quel est cet insolent étranger?» Le baron m'arrête,

il me dit: «Malheureux! c'est un père qui vient chercher sa fille à

Paris le jour même que vous l'enlevez!--Quoi! Monsieur seroit...» Le

vieillard m'interrompt: «Je suis le baron de Gorlitz.»

A ce nom, Sophie jette un cri terrible; elle écarte la couverture et les

rideaux, se soulève avec effort, étend les bras vers son père, et

s'évanouit. «Ainsi le crime est consommé!» s'écrie M. de Gorlitz à la

vue de Sophie presque nue. M. Duportail a peine à retenir mon père qui

m'accable de reproches. Le baron de Gorlitz me crie de me mettre en

garde. «Tu as déshonoré ma vieillesse, vil séducteur, je veux me venger

ou mourir.» Il dirige vers moi la pointe de son épée; je jette la mienne

à ses pieds. «Frappez, je ne me défendrai pas contre le père de Sophie;

mais plaignez votre fille, écoutez-moi, écoutez sa justification. Sophie

se meurt, secourons-la.--La secourir? répond M. de Gorlitz; que cent

coups mortels me vengent et la punissent.» Il court à sa fille l'épée

haute; je me précipite sur lui, je le saisis au corps. «Barbare! prends

ma vie; mais garde-toi d'approcher de Sophie, je la défendrois même

contre son père! Monsieur, daignez m'entendre, votre fille est

innocente, c'est moi qui l'ai perdue, je suis seul coupable.»

Tandis que je m'efforce de fléchir M. de Gorlitz, tandis que M.

Duportail essaye de calmer les fureurs de mon père, Mme Munich prodigue

à ma Sophie des secours inutiles. Sophie vient de pousser un long soupir

et d'ouvrir les yeux; mais, en voyant ceux qui l'environnent, elle est

retombée dans un évanouissement plus profond.

C'est alors que Derneval, suivi de trois hommes armés, se précipite dans

ma chambre; il demande fièrement de quel droit on vient troubler le

repos des voyageurs. «Et quel intérêt prenez-vous à nos querelles?» lui

répond mon père sur le même ton. Je ne sais quelle réplique Derneval lui

prépare; mais, forcé de partager mon attention entre plusieurs objets

également chers, je crie à Derneval: «Mon ami, modérez-vous, voilà mon

père, et voilà le père de Sophie.» Derneval et ses gens se retirent,

mais ils s'arrêtent dans le corridor.

Cependant M. de Gorlitz s'est assis; aux emportemens de sa colère a

succédé tout à coup un calme apparent. Il garde un effrayant silence;

d'un oeil sec il contemple tour à tour mon père, sa fille et moi. Je le

crois livré au plus affreux désespoir, car je sais que les grandes

douleurs sont muettes et n'ont pas de larmes.

Mon père s'approche et tâche de le consoler. Je vole à Sophie, que Mme

Munich veut rappeler à la vie. M. Duportail est au chevet de son lit, il

n'a pas l'air moins ému, moins agité, moins tremblant que moi. En un

instant je répète cent fois le nom de mon amante; à ma voix, elle ouvre

un oeil mourant: «Hélas! tu m'as perdue!» me dit-elle; et ce reproche

trop mérité augmente pour moi l'horreur de cet affreux moment.

Mon père continue de dire à M. de Gorlitz ce qu'il croit le plus propre

à calmer sa douleur. Celui-ci l'interrompt sans cesse par cette

exclamation si cruelle: «Elle n'est point ma fille!» M. Duportail unit

ses prières à celles de mon père; il dit à M. de Gorlitz: «Du moins,

écoutez sa justification! il ne se peut guère que votre fille soit tout

à fait innocente, mais peut-être est-elle excusable. Sous des dehors

aussi intéressans cache-t-on un coeur corrompu? Écoutez sa

justification.»

LE BARON DE GORLITZ.

Messieurs, je vous répète à tous deux qu'elle n'est point ma fille.

M. DUPORTAIL.

Mais...

LE BARON DE GORLITZ.

Elle n'est pas ma fille, sa gouvernante le sait bien. Mme Munich vous

dira que j'avois adopté cette enfant pour lui donner une partie de mes

biens. Elle avoit à peine sept ans quand mes collatéraux avides et

jaloux tentèrent de l'empoisonner; c'est pour cela que je l'ai fait

élever en France.

M. DUPORTAIL, _ému_.

Elle n'est pas votre fille? Connoissez-vous ses parens?

LE BARON DE GORLITZ.

J'aurois pu les découvrir sans doute, je ne les ai point cherchés; c'est

un crime dont le Ciel ne permet pas que je recueille le fruit.

M. DUPORTAIL, _vivement_.

Monsieur!...

LE BARON DE GORLITZ, _avec humeur_.

Monsieur, daignez me donner un moment d'attention.

Qu'on se figure l'inquiétude que j'éprouve pendant cette étrange

explication. Sophie voudroit parler, sa foiblesse ne le lui permet pas;

mais elle écoute péniblement. Son visage se couvre d'une pâleur

mortelle; une sueur froide coule sur son front décoloré.

«Messieurs, continue le baron de Gorlitz, j'ai passé ma vie au milieu

des armes. En 1771, je servois dans les armées russes, nous faisions la

guerre à des Polonois révoltés.

M. DUPORTAIL.

A des Polonois? en 1771?

LE BARON DE GORLITZ.

Oui, Monsieur; mais vous m'interrompez à chaque instant... Après une

sanglante victoire remportée sur eux, je ne demandai pour ma portion

d'un butin considérable qu'un enfant âgé de deux ans à peu près.

M. DUPORTAIL _se lève et court vers Sophie_.

Ah! ma chère Dorliska!

LE BARON DE GORLITZ, _le retenant_.

Dorliska? c'est le nom que j'ai trouvé écrit au bas d'une miniature

attachée sur sa poitrine.

M. DUPORTAIL _tire promptement un portrait de sa poche_.

Monsieur, voilà le pareil portrait... O ma fille! ma chère fille!

LE BARON DE GORLITZ, _le retenant encore_.

Votre fille, Monsieur? quelles sont les armes de votre maison?

M. DUPORTAIL, _montrant son cachet_.

Les voilà.

LE BARON DE GORLITZ.

C'est cela même; elle les porte gravées sous l'aisselle.

Sophie pousse un cri, recueille ses forces, tend les bras à M.

Duportail; Lovzinski l'embrasse et pleure.

«Ah! ma chère fille, tu m'es enfin rendue! mais, hélas! en quel lieu,

dans quel état je te trouve! Quelle amère douleur empoisonne le moment

le plus heureux de ma vie! Dorliska! sais-tu quelle étoit ta mère? Ta

mère brûla pendant plusieurs années d'un amour légitime et chaste;

amante vertueuse, elle fut digne de devenir épouse; mère tendre, elle ne

cessa de pleurer ta perte; ton souvenir remplit ses derniers momens.

«Cherche partout ma chère Dorliska»; ce furent les derniers mots que

prononça Lodoïska mourante. Moi, depuis douze ans je me suis occupé d'un

soin si cher à mon coeur; depuis douze ans je n'ai pas imaginé de plus

grand bonheur que celui de retrouver ma fille adorée... Hélas! et, quand

je la tiens dans mes bras, je gémis sur elle et sur moi!... O la plus

sage des épouses! ô la plus respectable des mères! Lodoïska, tes mânes

fidèles errent sans doute autour de nous. Que tu dois plaindre Dorliska

séduite, maintenant au pouvoir d'un ravisseur! que tu dois plaindre

Lovzinski, devenu, par un destin bizarre et cruel, le complice de

l'enlèvement de sa fille, le témoin de son déshonneur!»

M. Duportail se jette dans un fauteuil; sa fille, éperdue, oublie

qu'elle est presque nue; elle se précipite hors de son lit, et tombe aux

pieds de son père. Mme Munich, attentive, saisit la _courte-pointe_ dont

elle enveloppe Sophie. Celle-ci s'écrie:

«Ah! vous êtes mon père; mon coeur me le dit, votre générosité me le

prouve, vous daignez reconnoître une fille indigne de vous!»

M. Duportail repousse sa fille, il détourne le visage: «Cruelle enfant!»

lui dit-il.

Sophie tient une de ses mains, je m'empare de l'autre, je me jette aux

genoux de Lovzinski.

«Monsieur, votre douleur me tue! Je ne suis plus heureux, puisque vous

souffrez; mes fautes deviennent plus graves, puisqu'elles coûtent des

larmes à mon ami, à l'ami de mon père, au père de ma Sophie! Lovzinski,

vous êtes outragé; mais que votre colère retombe tout entière sur celui

qui l'a méritée:... votre fille est innocente. Votre fille! si vous

saviez dans quels pièges elle fut attirée, combien de temps elle résista

à la séduction, par combien de combats elle m'a fait acheter ma coupable

victoire!... Lovzinski, votre fille est innocente; lavez vos affronts

dans mon sang,... ou plutôt, vous qui portez un coeur sensible et

tendre, vous qui connoissez le pouvoir d'un amour vif et mutuel, vous

qui savez combien les passions peuvent égarer un jeune homme ardent, une

fille abusée; Lovzinski, ne soyez pas inexorable, ayez pitié de notre

âge: excusez-la,... pardonnez-moi. D'un mot vous pouvez réparer nos

erreurs et légitimer nos foiblesses; conduisez-nous au pied des autels:

là je répéterai les sermens qui m'unissent à ma Sophie; là vous

retrouverez votre Dorliska.»

Mon père joint ses prières aux miennes: M. Duportail paroît ému, il se

tait pourtant; mais on voit qu'il médite sa réponse. Enfin il embrasse

sa fille avec un mouvement passionné, il me regarde sans colère, et d'un

ton calme il demande que tout le monde se retire, qu'on le laisse passer

le reste de la soirée avec sa fille.

Le lendemain j'épousai Dorliska.

* * * * *

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chine, 20 whatman.

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grav. de Flameng. _Épuisés._

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CONTES RÉMOIS, du Comte de Chevigné, dessins de J. Worms,

grav. par Rajon. 20 fr.

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Les amours du chevalier de Faublas, tome 2/5 · 第 14 / 14 段