V.

VARECH. _s. m._ Terme de Marine. C'est une herbe qui croît sur les

rochers, que la mer arrache en montant & jette sur ses bords. Les

Riverains s'en servent pour engraisser leurs terres: cette herbe est

ainsi appellée sur les côtes de Normandie. Sur celles de Bretagne on la

nomme _Goüesmon_, & sur les côtes du païs d'Aunis _Sar_. Tout ce que

la mer jette sur ses bords, soit de son crû, soit qu'il vienne de bris

& naufrage, est de là appellé _Varech_ sur les côtes de Normandie; &

dans cette même Province les droits que les Seigneurs des Fiefs voisins

de la mer prétendent sur les effets qu'elle pousse sur son rivage, est

appellé droit de _Varech_: on l'appelle en d'autres lieux _chose du

flot_.

Les Réglemens pour le _Varech_ sont contenus au tître 10. du livre 4.

de l'Ordonnance de la Marine, il est défendu de couper le _Varech_ la

nuit, & hors des temps réglez. On l'appelle autrement _Vraicq_.

La Coûtume de Normandie a un tître particulier du _Varech_, qu'elle

appelle autrement, _choses gayves_, où elle ne parle point de l'herbe,

mais elle comprend seulement les choses que l'eau jette à terre par

tourmente & fortune de mer, ou qui arrivent si prés de terre, qu'un

homme à cheval y puisse toucher avec sa lance, article 598. Ménage

tient que ce mot vient de l'Anglois _Vrac_, qui signifie bris &

naufrage.

VARENNE. _s. f._ Plaine, étenduë de païs uni, qui ne se fauche, ni ne

se laboure, fonds plat entre des côtaux. Les habitans de ce Village

menent paître leurs bestiaux dans la _Varenne_ où il y a de bons

pâturages. La _Varenne_ du Louvre est une Jurisdiction qui se tient au

Louvre, établie pour la conservation de la chasse dans les plaines qui

sont à six lieuës à la ronde de Paris.

VENT. _s. m._ Agitation de l'air. Air rarefié. L'Ecriture dit que

Dieu tire le _vent_ de ses tresors. Descartes démontre la formation

du _vent_ par la comparaison des Eolipiles. Le _vent_ est mis au rang

des Méteores. On fait du _vent_ avec un éventail en remuant l'air; les

anciens croyoient que les Cavales du Portugal concevoient du _vent_,

à cause de leur vîtesse. En ce sens on dit qu'il fait _vent_, que le

_vent_ s'éleve, que le vent souffle de ce côté-là, qu'une maison est

à l'abry du _vent_, du mauvais _vent_, quand elle en est à couvert;

que des arbres sont à plein _vent_, quand ils ne sont point attachez à

quelque muraille.

On appelle _Vent-coulis_ un petit _vent_ qui entre par l'ouverture des

portes, ou des fenêtres & cloisons qui joignent mal.

_Vents sous-terrains_ sont les _vents_ enfermez dans les entrailles de

la terre, & qui sont cause de ses tremblemens.

Vent, signifie simplement de l'air. Bailler _vent_ à un tonneau; ce

tuyau prend _vent_, ce soufflet prend _vent_; un balon est rempli de

_vent_.

_Vent_, signifie encore l'haleine, l'air qu'on respire. Il faut faire

une pause pour reprendre son _vent_. Ce plongeon retient bien son

_vent_. Ce Trompette a bon _vent_. Tirer son _vent_, c'est respirer.

Vent signifie aussi l'air enfermé dans le corps des animaux, quand

il sort par haut ou par bas. Cet homme est travaillé de _vents_. La

bile engendre bien des _vents_. Il a lâché un _vent_ par derriére. En

Médecine on connoît une hydropisie de _vents_.

Vent, signifie aussi une chose petite & legére: Vivre de _vent_, c'est

à dire, presque de rien: se repaître du _vent_, de chiméres, la gloire

de ce monde n'est que du _vent_. Il croyoit gagner beaucoup en cette

affaire, mais il n'en retirera que du _vent_. Ce mets n'est point

solide, ce n'est que du _vent_. On a crû que le Cameleon vivoit de

_vent_, quoi qu'il vive de petites mouches qu'il attrape avec sa langue.

En ce sens il signifie figurément vanité, orgueil. Cet homme a bien du

_vent_ dans la tête.

En Musique on appelle instrumens à _vent_, ceux que l'air ou le _vent_

fait joüer, comme les orgues, les flûtes, la musette, la trompette, la

saquebutte, le cor, &c.

Une arquebuse à _vent_, est celle qu'on charge avec du _vent_ condensé.

Moulin à _vent_, celui que le _vent_ fait tourner.

Vent, en termes de venerie se prend pour l'odeur & le sentiment qu'une

bête laisse en son passage. Le cerf est de plus grand _vent_ & de

sentiment que le liévre, il fuit toûjours à vau le _vent_, & ne met

jamais la gueule ni le nez dedans le _vent_. Le sanglier prend le

_vent_ de toutes parts, pour sentir & flairer s'il n'y a rien qui luy

puisse nuire. On dit aussi chasser au _vent_, pour dire chasser contre

le _vent_. On dit le _vent_ du trait lors que le cerf a eu le matin le

_vent_ du limier; ce qui fait qu'il s'en va souvent de hautes erres, &

l'on trouve buisson creux. On dit aussi qu'il ne faut pas se fier aux

chiens, qui en veulent au _vent_, c'est à dire, qui ne mettent point le

nez à terre.

En terme de Fauconnerie on dit qu'un oiseau va à vau le _vent_, quand

il a la queuë ou le balay au _vent_; qu'il va contre le _vent_ quand il

a le bec au _vent_; & qu'il va aise au _vent_, pour dire qu'il vole à

côté du _vent_. On dit qu'il bande au _vent_ quand il se tient sur les

chiens, faisant la crecerelle. On dit aussi qu'il tient bec au _vent_,

qu'il chevauche le _vent_, lors qu'il résiste au _vent_, sans jamais

tourner queuë. On appelle à la chasse _vent_ leger, le _vent_ qui est

propre à la chasse, qui n'est point trop fort, mais doux & gracieux;

c'est un _vent_ clair lors qu'il souffle pendant que le Ciel est serain.

En ce sens il signifie figurément un bruit confus, une connoissance

imparfaite qu'on a de quelque chose. Cette entreprise étoit fort

secrette, néanmoins on en a eu quelque _vent_, on en a senti le _vent_.

On a bien cherché les Auteurs de ce vol, mais on n'en a ni _vent_, ni

_voix_, quelques-uns disent, _voyes_.

Vent du Bureau, se dit au Palais des Nouvelles qu'on apprend, qu'on

découvre, du sentiment qu'ont les Juges d'une affaire qu'on leur

rapporte, quand ils s'ouvrent un peu trop. Il faut accommoder cette

affaire, le _vent_ du Bureau n'est pas pour nous.

Vent en terme de Manége se dit en parlant d'un cheval qui commence à

être poussif: ce cheval a du _vent_. On dit aussi qu'il porte le nez au

_vent_, ou qu'il porte au _vent_, quand il tient la tête haute, comme

font les chevaux Croates, ou Cravates. On le dit aussi des hommes qui

levent trop la tête.

Vent, en termes de Marine se dit aussi de cette agitation de l'air

considerée comme le fondement de toute la Navigation, ainsi on dit

avoir _bon vent_, ou _vent arriére_, pour dire _vent_ en pouppe.

Vent de quartier, c'est le _vent_ qui souffle à côté, & qui est

meilleur que le _vent_ en pouppe, lequel ne donne pas dans toutes les

voiles, à cause que l'artimon l'en empêche: Vent à la _Bouline_, c'est

à dire, qui se prend de côté. Ce qu'on appelle un lit de _vent_, qui

s'étend jusqu'à cinq ou six Rumbs éloignez de la route; on l'appelle

aussi _vent largue_. Un rumb de _vent_, c'est la route que fait le

vaisseau en suivant un des 32. _vents_ marquez sur la boussole. Mettre

la voile au _vent_, c'est à dire, partir. On dit qu'un vaisseau est

battu du _vent_, du mauvais _vent_, quand il a souffert un orage. On

navige à tous _vents_. _Vent_ de terre est celui qui repousse les

vaisseaux en mer, & empêche qu'ils n'abordent.

On dit avoir _vent_ devant, faire vent _devant_, prendre _vent_ devant,

pour dire prendre le _vent_ par prouë; ce qu'on appelle aussi être

_debout au vent_; avoir le _vent_ contraire. On dit aussi tenir au

_vent_, pour dire naviger malgré le _vent_ contraire.

On dit aussi être au _vent_ d'un vaisseau, passer au _vent_ d'un

vaisseau; monter au _vent_, lui gagner le _vent_, avoir l'avantage du

_vent_, le dessus du _vent_, lors que le _vent_ porte un vaisseau sur

un autre, & au contraire être sous _vent_, c'est avoir le desavantage

du _vent_; être à vau le _vent_, c'est se laisser aller selon le cours

du _vent_. On dit aussi être porté d'un bon _vent_, pour dire d'un

_vent_ foible; serrer le _vent_, pour dire prendre l'avantage du _vent_

de côté: Bouliner le plus qu'il est possible pour se servir du _vent_

qui souffle. Tomber sous le _vent_ c'est perdre l'avantage du _vent_.

On dit aussi que le _vent_ tombe lors qu'il cesse, qu'il fait place

au calme, & qu'il ne fait point de mer. On appelle aussi partager le

_vent_, chicaner le _vent_ quand on le prend en louviant, en faisant

plusieurs bordées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On dit que le

_vent_ se fit nord, qu'il se rangea au sud, qu'il vint à l'oüest, pour

dire que le _vent_ changea & soufla de ces côtez-là.

Mettre le _vent_ sur les voiles, c'est empêcher que les voiles ne

prennent du _vent_, les disposer en une situation paralelle au _vent_,

en sorte qu'il ne fasse que les raser, ou friser. On appelle le beau

temps _vent_ gaillard, une fraîcheur _vent_ à volonté, & favorable.

Vents Cardinaux, ce sont les principaux _vents_ qui souflent aux quatre

points Cardinaux de l'horison. On appelle un _vent réglé_, ou _alisé_

celuy qui est favorable, & qui se maintient sans sauter d'un Rumb à

l'autre. On le dit aussi des _vents_ de saison, qui souflent toûjours

en même saison sur certaines côtes, comme la _monson_ dans les Indes,

les _vents Etesiens_, &c.

Vents d'aval, ce sont des _vents_ mal-faisans qui viennent de la mer &

du Midy; ceux qui font des Relations, les appellent _Brises_, ou vents

_d'abas_, vers les côtes de Canada & de la Floride, ils sont grandement

vehemens.

Vent _d'Amont_, c'est un vent qui vient de terre & d'en haut, &

d'Orient.

Vent _frais_ est celui qui est doux & rafraîchissant sur terre, ou qui

est favorable sur la mer.

On appelle coup de _vent_ un orage ou une tempête qui dure souvent

plusieurs jours, & grain de _vent_ un orage subit & violent, qui

d'ordinaire desempare les vaisseaux, & ruïne les manœuvres. On

l'appelle aussi dragon de _vent_, tourbillon, les Portugais _œil de

bœuf_, les Levantins _typhon_ & _syphon_.

Les _vents_ les plus dangereux sur les côtes Occidentales sont l'Est

& Suroüest, ou Lebecio, & le Nortoüest, qu'on nomme _galerne_; & sur

la Mediterranée aux côtes d'Europe sont le Sud nommé _Austro_, & le

Nort-est ou bise nommé _Græco_; & le plus dangereux de tous est le

_Circius_, que les Anciens nommoient _Typhon_.

Les Anciens ont fort varié sur le nombre des _vents_. Aristote n'en

compte que onze, & obmet Libonotus; Vitruve en met vingt-quatre, les

modernes trente-deux.

En tout l'Ocean les _vents_ ont des noms Allemans & Flamens, sur la

Mediterranée des noms Italiens. Voici leurs noms modernes avec les

anciens Grecs & Latins pour les faire mieux connoître.

Est, ou _vent_ Oriental, solaire & équinoctial; _vent_ d'Amont sur

l'Ocean, sur la Mediterranée Levante, en Grec Apeliotes, en Latin

Solanus.

Est quart sudest, hypeliotes subsolanus.

Est sudest, demi rumb, ornithias, ethesias, aviarius.

Sudest, nordest, quart dest, Elioteurus, Meseurus.

Sudest en l'Ocean: en Mediterranée Siroco, Eurus.

Sudest quart de sudest, Vulturnus.

Sud sudest, Euronotus, Phænicias.

Sud quart de sudest, Altanus.

Sud, _vent_ de Midi, ou Meridional, Autan en l'Ocean: en Italien

Abrego, mezzodi, austro, marin _vent_ d'aval sur la Mediterranée, en

Latin Auster, en Grec Notus.

Sud quart sud-oüest, Hyponotus, Sub-auster.

Sud sud-oüest, demi vent, Libonotus.

Sud-oüest quart de sud, Mesolibs.

Sud-oüest en l'Ocean: Afro, Garbino, Lebeschio en Mediterranée,

Africus, libs, c'est celui qui fait geler les vignes.

Oüest, quart de sud-oüest, Subvesperus.

Oüest sud-oüest, demi vent Libozephirus.

Oüest quart de Sud-oüest, Mezozephirus, Etesiæ.

Oüest, _vent_ Occidental, _vent_ d'aval, _vent_ d'abas, Brises en

l'Ocean: Ponente, _vent_ de Ponant, en la Mediterranée: Favonius,

Zephirus.

Oüest quart de Nort-oüest, Circius.

Oüest Nort-oüest, demi _vent_, Argesto Zephirus, Caurozephirus.

Nort-oüest quart d'oüest, Leuconotus, Albicaurus.

Nort-oüest en l'Ocean: Maestral ou Maestro, Gaillego en la

Mediterranée, Argestes, Caurus, Corus.

Nort-oüest quart de Nort, Hypargestes, Scyron, Olimpias.

Nort Nort-oüest, demi _vent_, Thrascias.

Nort quart de Nort-oüest, Supernas.

Nort, bize en l'Ocean: Nordebrida, Tramontana en la Mediterranée,

Aparctias, Boreas, Septentrio.

Nort quart de Nort-est, Gallicus, Hypoboreas.

Nort Nort-est demi _vent_, Aquilo, Meses. Nort-est quart de Nort,

Hypomeses, subaquilo.

Nort-est, galerne, sur l'Ocean: Greco, Gregale en Mediterranée, Cæcias,

Hellespontius, Japix.

Nort-est quart d'est, Hypocæcias.

Est Nort-est, demi _vent_, Cæcieliotes.

Est quart de Nort-est, Carbas.

Les _vents_ Ethesies & Ornithies sont expliquez à leur ordre.

Il faut noter qu'en Italien la troisiéme division des _vents_ se fait

par la conjonction de deux _vents_ les plus voisins, comme Græco

tramontana, Maëstro tramontana; & pour la quatriéme division on les

appelle les quartes, comme la quarte de la tramontane au Grec. La

quarte du Lebesche au Ponant. Et à l'égard de ces quartes qui étoient

inconnuës aux Anciens; leurs noms sont la plûpart inventez par les

modernes & factices. Les _vents_ qui souflent entre les points

Cardinaux s'appellent _vents_ collateraux.

Vent se dit proverbialement en ces phrases: mettre flamberge au _vent_,

pour dire tirer l'épée. On dit qu'il ne fait ni _vent_, ni haleine,

pour dire qu'il y a un grand calme. On dit qu'un homme vend du _vent_,

de la fumée, quand il promet des choses qu'il ne peut tenir. On dit

aussi qu'il pleut à tous _vents_, pour dire qu'il peut venir du bien &

du mal de tous côtez. On dit qu'un homme s'en est allé plus vîte que le

_vent_, quand il s'en est enfuy avec grande diligence. On dit quand on

fait une mauvaise comparaison, que cela ressemble comme à un moulin à

_vent_.

On dit des promesses vaines & qu'on ne veut pas tenir, autant en

emporte le _vent_. Jetter la paille ou la plume au _vent_, quand on

est incertain de ce qu'on doit faire, quand on s'en raporte au hasard.

Petite pluye abat grand _vent_. Fendre le _vent_, pour dire s'en aller,

faire banqueroute. On dit d'un miserable qui ne sçait de quel côté se

tourner pour faire fortune, qu'il regarde de quel côté vient le _vent_;

& d'un homme en fortune, qu'il est au dessus du _vent_, qu'il a _vent_

en pouppe; & de celui qui fait une entreprise mal à propos, qu'il va

contre _vent_ & marée.

On dit d'un homme leger & inconstant, que c'est une giroüette qui

tourne à tous _vents_: & d'un homme logé dans un lieu mal fermé, qu'il

est logé _aux quatre vents_.

VENTRE. _s. m._ partie de l'animal, qui dans sa capacité enferme les

entrailles, ou les autres choses nécessaires pour faire agir toutes ses

facultez. Les Medecins divisent le corps humain en trois _ventres_,

régions ou capacitez; le premier est la tête, le second la poitrine

jusqu'au diaphragme; & le troisiéme celui où sont les intestins: &

c'est celui-ci qu'on appelle plus communément le _ventre_. Ce _ventre_

inferieur se subdivise en trois régions; la premiére & la plus haute

s'appelle _Epigastrique_, & s'étend depuis l'os Xiphoïde jusqu'auprés

du nombril; la seconde _Umbilicale_, qui est aux environs du nombril;

elle a trois ou quatre doigts de large, & contient les lombres & les

reins: la troisiéme est l'_Hypogastrique_, qui s'étend jusqu'aux

parties honteuses, c'est proprement ce qu'on appelle _le bas ventre_:

Hippocrate l'appelle _estron_, ses deux côtez s'appellent les _flancs_,

& ses plus basses extrêmitez s'appellent les _aines_, que les Grecs

nomment _boubons_.

Ventre, signifie aussi la partie exterieure du bas _ventre_. Le nombril

est au milieu du _ventre_. Il a de l'eau jusqu'au _ventre_. On lui a

donné un coup de pied dans le _ventre_. On lui a dansé à deux pieds

sur le _ventre_: & figurément il est à la paille jusqu'au _ventre_,

pour dire il est bien à son aise, il est fort riche. On dit qu'on a

passé sur le _ventre_ à ses ennemis, pour dire qu'on les a défaits

& mis en fuite. En ce dernier sens on dit qu'un homme a un benefice

de _ventre_, quand il a un petit cours ou flux de _ventre_ qui lui

lâche le _ventre_, qui lui rend le _ventre_ libre, qui l'empêche

d'avoir le _ventre_ dur, qui lui fait décharger son _ventre_. On dit

aussi se coucher sur le _ventre_; des douleurs de _ventre_ quand on

a la colique. Les organes naturels qui servent à la digestion & à la

génération sont contenus en la basse région du _ventre_.

Ventre, se dit aussi de l'estomac, qui est enfermé dans la même

capacité, & qu'on appelle pour cela petit _ventre_. Jonas fut trois

jours dans le _ventre_ de la Baleine. On nous a donné une bonne

carrelure de _ventre_, pour dire un bon repas. Le _ventre_ lui tire,

pour dire il y a long-temps qu'il n'a mangé; qu'il n'a rien dans le

_ventre_, c'est à dire dans l'estomac. Cet homme est sujet à son

_ventre_, il fait son Dieu de son _ventre_: il est raisonnable de

servir Dieu devant son _ventre_.

Ventre, signifie aussi la poitrine, & c'est en cette seconde concavité

ou région, où est situé le cœur: en ce sens on dit tant que le cœur

me battra dans le _ventre_. Il lui a crevé le cœur au _ventre_; &

figurément on dit de celui à qui on ôte ce qu'il aime, c'est lui

arracher le cœur du _ventre_; & de celui qu'on a encouragé, on lui a

remis le cœur au _ventre_. Les organes qui servent à la respiration &

au battement du pouls sont compris dans ce _ventre_ moyen.

Ventre, se dit aussi de la tête, qui est cette premiére capacité dont

il a été ci-devant parlé, & alors il signifie l'esprit, la pensée; en

ce sens on dit allez sonder cet homme-là, & voyez un peu ce qu'il a

dans le _ventre_, ce qu'il pense, ce qu'il veut faire: ce Poëte n'a pû

faire que cent vers sur ce sujet, c'est tout ce qu'il avoit dans le

_ventre_.

Ventre. A l'égard des femmes se dit de la matrice & de leur grossesse.

Nous disons de la Sainte Vierge, beny soit le fruit de ton _ventre_, &

le _ventre_ qui t'a porté. On croit que cette femme a deux enfans dans

le _ventre_, tant elle a le _ventre_ gros: elle s'est laissé enfler le

_ventre_.

En Jurisprudence on dit que l'enfant suit le _ventre_, pour dire qu'il

est de condition libre ou servile, selon celle de sa mere. On dit aussi

créer un curateur au _ventre_, à l'égard des enfans posthumes qui

sont encore dans le _ventre_ de leur mere. A l'égard des Princes on a

quelquefois couronné le _ventre_.

Ventre, se dit aussi des animaux: ce cheval n'a point de _ventre_, on

dit autrement, n'a point de boyau quand il est serré des flancs.

Ventre, se dit aussi des creux & capacitez qui sont dans la terre:

le mont Gibel a fait sortir de son _ventre_ quantité de flammes, de

cendres, de pierres ponces. L'avarice des hommes a foüillé dans le

_ventre_ de la terre pour tirer l'or de ses entrailles, la mer a

englouti ce vaisseau dans son _ventre_.

Ventre, se dit encore des creux & capacitez des choses artificielles

qui ont quelque enflure, quelque éminence. Le _ventre_ d'un navire,

d'un tonneau, d'une bouteille: il faut voir ce que cette bouteille

a dans le _ventre_. Le _ventre_ d'un pot d'étain, d'une cruche; le

_ventre_ d'un tambour. On dit aussi le _ventre_ d'un luth.

En maçonnerie on dit qu'une muraille fait _ventre_, quand elle pousse

en dehors, quand elle n'est plus à plomb, quand elle menace de ruïne.

En Medecine on appelle le _ventre_ d'un muscle sa partie charneuse la

plus enflée. En Chymie on appelle _ventre_ de cheval le fumier, dans

lequel enfermant quelques vaisseaux on fait plusieurs operations par le

moyen de la chaleur douce qui y est contenuë.

Ventre, se dit proverbialement en ces phrases: on dit qu'on a mis le

feu sous le _ventre_ à quelqu'un, pour dire qu'on luy a fait prendre

courage, qu'on l'a excité à faire quelque action rigoureuse. On dit

aussi d'une chose dont on est mal satisfait, qu'on ne veut point

recommencer, c'est le _ventre_ de ma mere, je n'y retourne plus. On dit

aussi, _ventre_ affamé n'a point d'oreilles, pour dire, qu'un homme

assiegé ou affamé n'écoute point les remontrances. On dit aussi, boire

à _ventre_ déboutonné, rire à _ventre_ déboutonné, pour dire, de toute

sa force. Rabelais ajoûte, car autrefois on se boutonnoit le _ventre_.

On dit aussi en goinfrerie tout fait _ventre_, pourveu qu'il puisse

entrer. On dit aussi qu'on a battu un homme dos & _ventre_, qu'on luy

en a donné sur le _ventre_ & par tout, pour dire qu'on l'a bien battu.

On dit qu'on a demandé pardon _ventre_ à terre, pour dire avec la

derniére soûmission. On dit aussi _ventre_ de son, robbe de velours,

pour dire qu'il y en a qui font mauvaise chere pour avoir de quoi

paroître en habits. On dit aussi le dos au feu, le _ventre_ à table, de

ceux qui sont fort à leur aise en Hyver.

VENTRÉE. _s. f._ Les enfans dont une femme a accouché en une seule

grossesse. Voilà deux enfans jumeaux, qui sont d'une même _ventrée_.

C'est une fable que ce qu'on dit d'une Comtesse d'Hollande, qu'elle a

eu 365 enfans d'une _ventrée_.

Ventrée, en termes de Coûtumes se dit du partage des successions des

pere & mere entre des enfans nez de differents mariages: ce partage

se fait en sorte qu'un seul enfant d'un mariage ou d'un même lit

prend autant que plusieurs enfans d'un autre mariage, qu'on appelle

_ventrée_; & pour cela on divise la succession en autant de parts qu'il

y a de mariages.

VELOURS. _s. m._ terme de Marchands, étoffe toute de soye dont les

filets de traverse sont conduits autour d'une petite verge de cuivre,

sur laquelle aprés on les coupe; ce qui fait paroître un tissu de poils

plus courts que ceux de la pane. Ce mot vient de _villosus_, Nicod.

Cujas tient qu'il vient du Grec _veros_, qui signifioit robbe de soye;

d'autres de _vellus_, qui signifioit autrefois drap. En vieux François

on disoit _velueil_, ou _veluyau_.

Les plus beaux _velours_ sont à quatre poils, appellez vulgairement

à _six lisses_; ils se font sur un peigne de 20 portées, qui font 60

portées de chaîne, & chaque portée a 80 filets. Il y a 8 fils de poil

par chaque dent de peigne, les poils & chaînes doivent être d'organsin

filé, tordu au moulin & tramé de trames doubles, le tout cuit & de

pure & fine soye. Le _velours_ doit avoir onze vingt-quatriémes d'aune

de largeur entre les deux lisiéres, lesquelles doivent être marquées

par quatre chaînettes de soye d'autre couleur, qui font connoître le

_velours_ à quatre poils.

Le second _velours_ est appellé à _trois poils_, dont le peigne a

vingt portées, & soixante portées de poil & de chaîne: il a aussi

quatre-vingt filets à six fils par chaque dent de peigne: ses lisiéres

sont marquées de trois chaînettes, & sa soye & sa largeur de même

qualité que le précédent.

La troisiéme sorte s'appelle _deux poils_, vulgairement appellé _quatre

lisses_: il se fait en un peigne de vingt portées, & de quarante

portées de chaîne & de poils, chacune de quatre-vingt fils; ses

lisiéres sont marquées de deux chaînettes.

La quatriéme sorte de _velours_ s'appelle _poil & demy_, il a quatre

lisses, il a quarante portées de chaîne, & trente portées de poil, de

quatre-vingt fils: sa soye est de même qualité, tordage & moulinage,

& sa largeur de même: ses lisiéres sont marquées d'un côté d'une

chaînette, & de l'autre de deux, c'est pourquoi on l'appelle _poil &

demy_.

La derniére sorte est du petit _velours_, qu'on appelle _renforcé à

quatre lisses_, dont le peigne est de 19 portées, de 38 portées de

chaîne, & de 19 portées de poil, chacune de 80 filets; la lisiére doit

avoir une chaînette de chacun côté. Les _velours_ cramoisis doivent

avoir un filet d'or ou d'argent fin au milieu de la lisiére, pour les

distinguer de ceux où il y aura des couleurs communes tant en chaîne

qu'en trame.

En général tous les _velours_ tant façonnez que figurez, ras ou couppez

ont les chaînes & poils d'organsin filé, tordu au moulin, & sont tramez

de soye cuitte & non cruë, & ont la même largeur.

On fait des habits, des just'aucorps, des robbes de _velours_, des

carreaux, des tapis de pied de _velours_: on met un ou deux lez de

_velours_ dans les obseques des grands Seigneurs qu'on charge de blason.

Velours _plein_, est celuy qui est tout uni.

Velours _figuré_, est un velours mince sur lequel sont representées

quelques figures: il sert ordinairement aux habits de femme.

Velours à _ramages_, est le velours diversifié par plusieurs figures ou

couleurs; on l'appelle _grand dessein_, & on s'en sert pour faire des

carrosses, des lits, des meubles, & des ornemens d'Eglise.

Velours _ras_, est un velours dont les filets de traverse ne sont point

couppez.

On fait aussi des _velours_ à fond d'or, à fond d'argent, à fond de

satin.

Velours, se dit figurément d'un chemin, d'une allée, d'une pelouse,

quand elles sont herbuës & fort unies: il nous mena par un chemin

de _velours_; & par une double figure on dit, il est venu à cette

charge par un chemin de _velours_, pour dire qu'il a trouvé de grandes

facilitez.

On appelle en Chirurgie des cauteres de _velours_ d'Ambroise Paré, qui

ne font point de douleur quand on les applique.

Velours, se dit proverbialement en ces phrases; on dit d'un homme qu'il

se pare d'une telle femme, d'une telle chose, comme de sa robbe de

_velours_, pour dire qu'il se fait honneur de la mener, ou d'être le

maître de ce qu'il étale en parade. On dit aussi d'une fille qu'elle

doit avoir ventre de son, & robbe de _velours_, pour dire qu'on doit

avoir plus de soin de la bien parer, que de la nourrir delicatement.

Regnier a aussi appellé des ongles longs & pleins de crasse, des ongles

de _velours_, en parlant de son Pedant.

_Aux veilles des bons jours

Il en souloit rogner ses ongles de_ Velours.

VELOUTÉ, ée. _adj._ ce qui est fait à la maniére du velours; du satin

_velouté_. On le dit aussi des galons ou passemens, dont le milieu est

fait à la maniére de velours. Les habits de couleurs des valets sont

couverts de _veloutez_, de passemens de _velours_.

Velouté, en termes de Joüallier est une couleur sombre & foncée; telle

qu'est d'ordinaire celle des pierres taillées en cabochon, & sur tout

du saphir bleu.

Velouté, se dit aussi des fleurs dont la peluche est douce & unie comme

le velours.

Velouté, se dit aussi d'une membrane qui revest ordinairement le dedans

des ventricules des animaux qui ruminent.

US. _s. m._ Vieux terme de pratique, qui ne se dit qu'avec le mot de

coûtume dont il est le sinonime. C'est la maniére ordinaire d'agir qui

a passé en force de loy: on se sert dans les Contracts de cette clause

générale, pour en joüir & disposer suivant les _Us_ & coûtumes des

lieux, afin d'éviter la longueur des clauses qu'il faudroit stipuler en

particulier. On dit aussi les _Us & Coûtumes_ des eaux & forêts.

Us & Coûtumes de la mer, sont certaines maximes & usages dont on

se sert sur la mer dans le commerce & dans la navigation pour en

régler les differends & la police; ils consistent en trois sortes de

Réglemens: les premiers s'appellent _Jugemens d'Oleron_; ils furent

faits du temps de la Reine Eleonor Duchesse de Guyenne, qui en fit

faire les premiers projets à son retour de la Terre sainte, sur les

memoires qu'elle rapporta des Coûtumes du Levant, où le commerce étoit

alors fort en vogue. Elle les nomma Rolles d'Oleron, à cause qu'elle

habitoit dans cette Isle, & ils furent augmentez par Richard Roi

d'Angleterre son fils, vers 1266. Les seconds furent faits par les

Marchands de la ville de _Visbuy_, en l'Isle de Gotland, qui signifie

terre de Dieu, qui fut autrefois la Ville la plus celebre pour le

commerce, où toutes les Nations de l'Europe avoient leurs quartiers,

boutiques, fondiques ou magasins: elle est maintenant détruite, & on

trouve encore sous ses ruïnes des marques de ses richesses, & de la

magnificence de ses bâtimens. Ces Réglemens y furent dressez en langue

Theutonique; ils sont encore observez par tout le Nord; on n'en sçait

pas la datte, mais il faut qu'ils soient posterieurs à l'an 1288.

auquel cette Ville fut ruinée pour la premiére fois, ayant été rétablie

par le Roi de Suede Magnus. Les troisiémes furent faits par les Députez

des Villes _Hanseatiques_, vers l'an 1597. à Lubek. Ces trois piéces

ont servi de modele pour faire les Ordonnances & Réglemens pour la

Marine tant en France qu'en Espagne, sur lesquelles on a réglé depuis

les Contracts maritimes, & la Jurisdiction de la marine, & elles ont

été compilées & commentées par _Etienne Cleirac_ Avocat de Bordeaux,

sous le titre d'Us & Coûtumes de la mer.

USANCE. _s. f._ Coûtume, usage reçû. Telle est l'_Usance_ de ce

païs-là. Les Juges doivent avoir égard à l'_Usance_ des lieux.

Usance, est aussi un terme de mer, de negoce, & de banque. Ce Facteur

sçait fort bien l'_Usance_ du negoce, il en connoît bien la pratique.

Ce Marchand sçait fort bien les _Usances_ de la mer; ce qu'il faut

sçavoir pour trafiquer sur la mer.

Usance, est aussi le terme d'un mois à l'égard des interêts des

Lettres de Change à _Usance_, c'est à dire à un mois. Cette lettre est

payable à deux _Usances_, c'est à dire, on a deux mois pour la payer.

_L'Usance_ ordinaire de Portugal est de deux mois; celle à double

_Usance_ est de quatre mois. L'_Usance_ d'Angleterre, de Hollande,

d'Allemagne, & d'Espagne, est d'un mois seulement. L'_Usance_ de France

pour le payement des Lettres de Change est réglée par l'Ordonnance à 30

jours. On appelle interêt à toute _Usance_, ou à double _Usance_, celui

qu'on fait payer tous les mois, ou au double.

USANT, ante. _adj._ terme de Palais: une fille majeure usante &

joüissante de ses droits.

USER. _v. act._ détruire, consommer, soit insensiblement, soit tout à

coup. On _use_ bien des provisions dans cette Communauté. Il a bien

_usé_ des souliers à solliciter ce procés: une forge _use_ bien du

charbon, en consomme beaucoup: ce n'est plus la mode d'_user_ ses

habits, ses meubles, mais d'en changer. Le temps _use_ toutes choses,

les consomme insensiblement; une meule de Coûtelier _use_ le fer

qu'elle aiguise, & s'_use_ en même temps. Pour faire des lunettes,

pour polir le verre & l'acier, il faut l'_user_ insensiblement avec le

grais, l'émeril: il y a des pierres si dures qu'on ne les peut tailler,

il les faut _user_ avec la meule.

USER, en ce sens se dit en choses morales; c'est un homme qui a _usé_

sa jeunesse au service des Grands, & s'il n'a rien fait. Ce Prédicateur

a _usé_ ses poulmons à déclamer contre les vices, ses yeux à force

de lire. Cette femme a _usé_ trois maris, a été trois fois veufve:

l'amitié s'_use_: le vin, les femmes, la débauche, les fatigues _usent_

un homme, _usent_ l'esprit aussi bien que le corps.

USER, signifie aussi avaler, digerer. Ce malade ne peut plus _user_ que

des boüillons, il n'est pas en état de communier, il ne pourroit pas

_user_ l'Hostie.

USER, est aussi neutre, mettre en usage, se servir des choses, les

appliquer à son besoin. Les Juges croyent qu'il leur est permis

d'_user_ de tous moyens pour conserver leur Jurisdiction. Il faut

_user_ de la force, des remedes violents contre les seditieux, aprés

avoir usé de la douceur.

En ce sens on dit en Medecine _user_ de régime, pour dire se conserver

le corps, ne faire point de débauches, ne manger rien de nuisible,

_user_ de viandes legeres: il n'_use_ pas de remedes: il faut user

sobrement de la saignée.

USER, se dit aussi en morale des maniéres de vivre, de se comporter

avec les autres: comment en _usez_-vous avec cet ami? luy donnez-vous

de l'argent ou des presens pour son travail? c'est un homme qui en

_use_ fort bien, qui m'oblige gratuitement. Il en a _usé_ en honnête

homme, il m'a payé grassement, c'est un ingrat qui en a fort mal

_usé_ avec moi. On n'en _use_ pas de la sorte entre gens d'honneur.

Ce fanfaron en _use_ cavaliérement avec les Dames; il en _use_

familiérement avec tout le monde. Parmi les Indiens on n'_use_ point de

cérémonie, on se met à une table sans y connoître personne.

USER, signifie aussi mettre à profit, ménager, se servir. Quand un

Chrêtien _use_ bien des graces que Dieu luy fait, cela luy en attire

de nouvelles. Ce Ministre _use_ bien de sa fortune, il la sçait bien

ménager, il en fait part aux honnêtes gens. C'est _user_ bien de ses

richesses, que de faire une dépense honnête & raisonnable, en faire

part aux pauvres. Chacun veut _user_ de son droit: il ne faut pas

_user_ de force pour se mettre en possession de ses biens.

USER, se dit aussi des paroles. Il ne faut pas _user_ de paroles

déshonnêtes devant les Dames; _user_ d'équivoque dans les affaires;

_user_ de vieux mots dans l'éloquence; _user_ de raillerie dans les

choses saintes.

USER. _s. m._ Alteration qui se fait des choses par l'usage. Il y a

des draps qui sont plus beaux à l'_user_, qui s'embellissent quand

on les a portez quelque temps. Les Marchands disent en vendant leurs

marchandises, c'est un si bon _user_, qu'on n'en void point la fin.

USER, se dit proverbialement en ces phrases: il en _use_ comme des

choux de son jardin, pour dire comme si cela luy appartenoit; chacun en

_use_ comme il luy plaît, pour dire en fait à sa fantaisie.

_Extrait du Privilege du Roy._

Par grace & Privilege du Roy donné à Chaville le 24. Août 1684.

Signé, Par le Roy en son Conseil, JUNQUIERES, il est permis au Sieur

ANTOINE FURETIERE, Abbé de Chalivoy, l'un des quarante de l'Academie

Françoise, de faire imprimer, vendre & distribuer par tout le Royaume,

un Livre intitulé _Dictionaire Universel, contenant généralement tous

les mots François, tant vieux que modernes; & les termes de toutes

les Sciences & des Arts, sçavoir la Philosophie, la Médecine, la

Jurisprudence, les Mathematiques, l'Astronomie, la Geographie, la

Musique & les Instrumens, l'Optique, l'Architecture, la Rhetorique,

Poësie & Grammaire, la Peinture & Sculpture, la Marine, le Manége, le

Blason, la Venerie, Fauconnerie, Pêche, l'Agriculture, les termes de

Commerce & des Arts Méchaniques, plusieurs termes de Relations d'Orient

& d'Occident, la qualité des Poids, Mesures & Monnoyes, les Etymologies

des mots, l'invention des choses, & l'origine de plusieurs Proverbes, &

leur relation avec les autres Langues, & les noms des Auteurs qui ont

traité des matiéres qui regardent les mots expliquez, avec quelques

curiositez, histoires & sentences morales qui seront rapportées pour

donner des exemples des phrases & des constructions_, en tels Volumes,

marges & caractéres & autant de fois que bon lui semblera, pendant

le temps & espace de dix années consecutives, à commencer du jour

qu'il sera achevé d'imprimer pour la premiére fois. Avec défenses

à tous Libraires, Imprimeurs & autres, d'imprimer, faire imprimer,

vendre & débiter ledit Livre, sous quelque prétexte que ce soit, même

d'impression étrangere, ou autrement, sans le consentement dudit Sieur

Abbé Furetiere, ou de ses ayans cause, à peine de confiscation des

Exemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amende, & autres

peines plus amplement mentionnées dans l'Original dudit Privilege.

[Illustration]

Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts · 第 35 / 35 题