E.

EAU. _s. f._ C'est le troisiéme des quatre anciens Elemens, qui est

froid & humide par sa nature: ce nom se donne à tous les corps clairs &

liquides qui coulent sur la terre, comme _eau_ de mer, de riviére, de

fontaine, d'étangs, de sources, de cîternes, de puits. Cela est clair

comme _eau_ de roche. Thalés soûtenoit que l'_eau_ étoit le principe

de tous les corps, & cette opinion a été renouvellée en nos jours par

_Robert Flud_, qui en a fait un sistême compris en plusieurs volumes.

Ce mot est dérivé du Latin _aqua_, d'où on a fait premiérement _aiguë_,

témoin _aiguës mortes_, _aiguë perse_, _aiguë belette_; en suite on a

dit _ayve_ & _ayau_, qu'on dit encore en quelques lieux, dont enfin on

a fait _eau_. Borel dit que ce mot vient du vieux gaulois _aven_ ou

_avon_, qui signifioit autrefois riviere, d'où sont venus les noms des

Villes _Gandavum_, _Genabum_, & autres.

On dit en général aller par _eau_, pour dire naviger, voyager sur la

mer, sur les lacs, & sur les rivieres. Passer l'_eau_, c'est à dire, de

l'autre côté de la riviere. Les _eaux_ sont débordées, sont cruës.

On dit qu'une chose ne sent que l'_eau_, quand elle n'a ni sel, ni

saveur. Jeûner au pain & à l'_eau_. On a observé que l'_eau_ d'une

fontaine est d'un autre poids à sa source qu'à quelque distance de

là, & qu'aprés son dégel elle est d'un autre poids qu'elle n'étoit

auparavant. Une pinte d'_eau_ du Gange est plus legere d'une once, que

quelque autre _eau_ que ce soit: le Mogol n'en boit point d'autre, en

quelque lieu qu'il se trouve.

EAU en particulier se dit de la pluye. Ce nuage épais nous menace

d'_eau_; il tombe de l'_eau_; une ondée d'_eau_.

L'Ecriture distingue les _eaux_ qui sont au dessus du Firmament, &

celles qui sont au dessous; ici le Firmament est pris pour l'air.

L'Esprit de Dieu étoit porté sur les _eaux_.

EAU, en termes de Théologie, se dit premiérement de celle avec laquelle

on baptise. Le pécheur est régénéré par les _eaux_ du Baptême, par les

_eaux_ de la grace.

EAU benîte, est une _eau_ qui se fait dans l'Eglise avec certaines

priéres, exorcismes, & cérémonies; on la prend à l'entrée & au sortir

de l'Eglise. L'_eau_ benîte de Pâques est celle qu'on préparoit

autrefois, seulement pour baptiser les enfans. Celle de la Pentecôte &

celle qu'on fait tous les Dimanches sert pour la dévotion, pour effacer

les péchez veniels, chasser les démons, préserver du tonnerre, &c.

On appelle aussi _eau_ benîte, cette cérémonie & ces priéres qui se

font les Dimanches avant la grande Messe pour benir l'_eau_, comme

voilà l'_eau_ benîte qui sonne.

Dans le Livre des Nombres il est fait mention d'une _eau_, qui servoit

à éprouver si une femme étoit adultere. Chez nos Anciens on faisoit

la preuve des crimes par l'immersion du corps, ou du bras dans de

l'_eau_ chaude, ou dans de l'_eau_ froide avec plusieurs cérémonies

Ecclesiastiques; ce qui a encore lieu chez plusieurs Nations. Voyez

Preuve.

En dévotion il y a de l'_eau_ de S. Clair qui guérit du mal des yeux,

de l'_eau_ de sainte Geneviefve qui guérit la fiévre. Chez les Payens

on appelloit l'_eau_ lustrale, une _eau_ qu'ils préparoient avec

plusieurs cérémonies à leur mode.

EAU en termes de Physique, se dit aussi des humiditez qui sortent des

corps, comme de l'urine & de la sueur. Il est allé faire de l'_eau_,

lâcher de l'_eau_, un filet d'_eau_; il ne peut tenir son _eau_. Cette

course, cet accés de fiévre l'a mis tout en _eau_. On le dit aussi de

l'_eau_ qui est enfermée dans quelque bube ou vessie, ou entre cuir &

chair qui forme l'hydropisie. Il a vuidé quantité d'_eaux_. Il lui est

tombé des _eaux_ sur les jambes; ce qui se dit plus ordinairement des

chevaux, quand il leur tombe de mauvaises humeurs sur le boulet & le

paturon. On dit fondre en _eau_, pour dire pleurer abondamment.

En termes de Marine on dit faire de l'_eau_, pour dire faire aiguade,

faire ses provisions d'_eau_ douce au milieu d'un voyage de long cours.

Ce Navire fait _eau_, c'est à dire, que l'_eau_ entre dans le Navire

par quelque ouverture, ou voye d'_eau_. Ce Vaisseau tire tant d'_eau_,

pour dire enfonce dans l'_eau_ de tant de pieds. Il faut attendre le

vif de l'_eau_, ou la haute _eau_, pour dire la pleine marée: on dit

au contraire basse _eau_, ou _eau_ morte dans le reflus, lors que la

marée est basse, & que la mer refoule. Les _eaux_ vives régnent trois

jours devant & trois jours après la nouvelle ou pleine Lune. Les _eaux_

mortes viennent aprés les six jours qu'ont occupé les _eaux_ vives. Ce

Vaisseau alloit à fleur d'_eau_, c'est à dire, n'avoit guéres de bord

hors de l'_eau_. Ce Navire étoit percé à l'_eau_, c'est à dire, dans

les œuvres vives, ou qui plongent dans l'_eau_. On dit aussi qu'un

Navire est sur l'_eau_ d'un autre, pour dire qu'il suit son cours,

son sillage. On dit aussi mettre un Navire à l'_eau_, le pousser à

l'_eau_, quand du chantier où il étoit pour le bâtir ou le radouber

on le pousse dans la mer. Des courans d'_eau_, ce sont des mouvemens

d'_eau_ impetueux, qui se trouvent le long des côtes ou détroits, &

qui naissent de leurs sinuositez. Le courant de l'_eau_, ou le fil de

l'_eau_ se dit seulement de l'endroit des riviéres où l'_eau_ est la

plus forte. On appelle aussi chef d'_eau_ la haute marée, & dans la

bonasse on dit que l'_eau_ est platte & courtoise.

On dit en termes d'hydrauliques conduire les _eaux_, pour dire les

enfoncer dans des tuyaux ou canaux & élever les _eaux_ par des

machines, comme par des pompes qui l'élevent par aspiration jusqu'à

trente-deux pieds, ou par compression en pressant l'_eau_ pour l'élever

si haut qu'on veut, parce que l'_eau_ ne se condense jamais. Faire

un jet d'_eau_, c'est élever l'_eau_ & la faire jaillir en l'air. Un

boüillon d'_eau_, est celui qui ne s'éleve guéres au dessus du tuyau.

Une chute d'_eau_ ou cascade. Une nappe d'_eau_ se dit, quand l'_eau_

s'étend comme une nappe sur une pierre d'où elle tombe. Un Soleil

d'_eau_, quand les jets se distribuent en rayons. Une verge d'_eau_,

quand il y a grand nombre de tuyaux prés l'un de l'autre qui jettent

de l'_eau_ ensemble. Un berceau d'_eau_, quand il y a des jets d'_eau_

à droit & à gauche qui se courbent en arc par dessus la tête. Un rond

d'_eau_, un réservoir d'_eau_, ou un regard, un pouce d'_eau_. _Bernard

Palissi_, _Jacques Buffon_, _Serlio_ & _le théatre d'Agriculture_, ont

écrit de l'art de conduire les _eaux_, de trouver des sources & des

fontaines.

En Medecine on appelle _eaux_ cordiales, certains remédes qui

confortent le cœur. _Eaux_ minerales, celles qui servent de reméde,

& qui ont contracté quelque vertu en passant à travers des mineraux,

comme alun, vitriol, soulfre. Les _eaux_ de Bourbon, de Forges, de Spa,

de Pougues; & on dit absolument il est allé aux _eaux_, on lui a donné

les _eaux_. _Eau_ panée, _eau_ battuë, est celle où on a mis tremper du

pain, ou qu'on a battuë, pour lui ôter sa crudité. _Eau_ ferrée, celle

où on a atteint une bille d'acier rougie au feu. On dit aussi saigner

le pied en l'_eau_.

Les Apothicaires font aussi des _eaux_ cephaliques, ophthalmiques,

thoraciques, stomachiques, hepatiques, spleniques, nephretiques,

hysteriques, arthritiques, & autres contre plusieurs maladies, que l'on

peut voir dans la Framboisiere & les dispensaires.

En termes de chymie on appelle aussi _eaux_, les sucs qui se tirent par

la distillation ou avec la force du feu, comme _eau_ de senteur, de

rose, de fleur d'orange, de naphte. _Eau_ d'ange, _eau_ de plantin.

EAU forte, ou _eau_ ardente ou caustique, c'est de l'_eau_ qui se fait

par la distillation du vitriol seul, ou avec alun & salpêtre, qui

est la base ordinaire des _eaux_ fortes, ou avec d'autres sels mêlez

ensemble, elle sert à graver & dissout tous les métaux: à la réserve de

l'or, on l'appelle en Latin _aqua stygia_.

EAU _philosophique_, ou _des deux champions_, est celle qui se fait

avec du salpêtre & du sel armoniac.

EAU _seconde_, est l'_eau_ forte qui a déja servi à la dissolution de

quelques métaux, qui par ce moyen a perdu une partie de sa force.

EAU _régale_ ou de _départ_, c'est de l'_eau_ forte dans laquelle on a

ajoûté en la faisant du sel commun, du sel gemme, ou du sel armoniac,

laquelle en ce cas dissout l'or sans toucher aux autres métaux; toutes

ces _eaux_ s'appellent aussi _menstruës_ ou _dissolvantes_.

EAU _de la Reine de Hongrie_, est une distillation qui se fait au bain

de sable, des fleurs de romarin, mondées de leur calices sans aucune

partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié; on l'appelle

ainsi à cause du merveilleux effet, qu'en ressentit une Reine de

Hongrie à l'âge de 72. ans.

EAU _imperiale_, c'est de l'_eau_ distillée de noix muscade, écorce de

citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de

marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.

EAU _stiptique_, est celle qui est faite avec une dissolution de

vitriol.

EAU de _vie_, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain

marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme

partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du

matras en serpentant dans un tonneau d'_eau_ froide, pour le refroidir

plûtôt; quand cette _eau_ de vie est distillée encore une fois &

réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant

derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.

EAU _gommée_, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme

arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi

pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.

EAU de _blanc d'œuf_, c'est de l'_eau_ qui se fait en foüettant

bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge

plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le

papier gris, c'est une _eau_ jaunâtre qui est la plus fine de toutes

les colles.

Les Limonadiers font aussi des _eaux_, pour chatoüiller le goût, des

_eaux_ de cerise, de groseille, de frangipane, qui sont des _eaux_

succrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des

parfums.

EAU, se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est

de bonne _eau_.

En termes de Joüailliers on appelle _eau_ l'éclat des perles & des

diamans, qu'on suppose être faits d'_eau_. Cette perle est de belle

_eau_: l'_eau_ de ce diamant est trouble. Donner l'_eau_ à un drap,

c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à

la tannerie, qu'on leur donne plusieurs _eaux_ pour les préparer.

En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'_eau_ qui est

l'onziéme à compter d'Aries.

EAUX, se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître des _eaux_

& forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur des _eaux_

& forêts. Les maîtrises particuliéres des _eaux_ & forêts, la

réformation générale des _eaux_ & forêts, ce sont des Officiers, ou des

Jurisdictions qui jugent des causes concernant les _eaux_ & les forêts.

Intendant des _eaux_, celui qui a soin de faire aller les _eaux_ des

Maisons Royales.

EAU, se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'_eau_ douce,

c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'_eau_

douce. On dit qu'un homme a mis de l'_eau_ dans son vin, pour dire

qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'_eau_,

pour dire ne réüssissent pas. L'_eau_ lui en vient à la bouche, pour

dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait

beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas

faire grand fondement, que c'est de l'_eau_ benîte de Cour, parce

qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que

d'_eau benîte_ à l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point

connu, qu'il faut qu'il fasse voir de son _eau_, pour dire qu'il fasse

voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'_eau_, des

gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps.

Les _eaux_ sont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point

d'argent en bourse. Suer sang & _eau_, pour dire faire un effort, ou

un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un

beuveur d'_eau_, un homme froid & incapable de grandes affaires. On

dit faire venir l'_eau_ au moulin, pour dire faire venir du profit, de

l'argent à la maison. Nager en grande _eau_, pour dire être en fortune,

dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'_eau_,

pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.

Revenir sur l'_eau_, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui

rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre

l'_eau_ à quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune,

à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à

boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonne

_eau_, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message.

Laisser courir l'_eau_, pour dire ne se pas soucier comment vont les

affaires. Battre l'_eau_, pour dire travailler inutilement. On dit

encore, tant va la cruche à l'_eau_ qu'enfin elle se brise, pour dire

qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent.

Nager entre deux _eaux_, c'est à dire, être incertain quel parti ou

opinion on doit suivre. Pêcher en _eau_ trouble, c'est à dire, profiter

du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un

homme malheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'_eau_, d'un avare,

qu'il ne donneroit pas un verre d'_eau_, qu'il ne donne rien du tout;

d'un mélancolique & méchant, que c'est une _eau_ dormante, qu'il n'y

a point d'_eau_ pire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne

gagne pas l'_eau_ qu'il boit.

Porter de l'_eau_ à la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des

choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'_eau_ dans une

mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas

paroître davantage. Il n'y fera que de l'_eau_ toute claire, pour

dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux,

qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'_eau_; de deux personnes qui

se haïssent, que c'est le feu & l'_eau_; d'une affaire qui n'a point

réüssi, tout s'en est allé en _eau_ de boudin, ou à vau l'_eau_; d'un

homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'_eau_ troubler. Tenir le

bec en l'_eau_, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui

tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux,

qu'il se mettroit dans l'_eau_ jusqu'au cou pour servir ses amis; d'un

homme qui se noye, que l'_eau_ est entrée dans ses souliers par le

collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de

feu & d'_eau_, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand,

que toute l'_eau_ de la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au

contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre

d'_eau_. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit

point d'_eau_, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les

plus communes. On dit aussi il passera bien de l'_eau_ sous les ponts

entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi

gare l'_eau_ là bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce

soit.

EAU benîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux

d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'_eau benîte_: ils doivent

être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard

de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont

seulement marquez du poinçon du maître.

EBE. _s. f._ terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée

ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé

au flot & au montant; on l'appelle autrement _jussant_.

ELECTUAIRE. _s. m._ terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de

poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il

est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être

curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates,

les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont

en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une

livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on

met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous

en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes

d'_électuaires_ on met le mithridate, la theriaque, la confection

Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum,

diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.

_L'hiere_ picre de Galien, est mise aussi au rang des _électuaires_; il

y a un _électuaire_ de citron qu'on nomme de _Guy de Cauliac_, fameux

Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, &

autres.

ELIXIR. _s. m._ terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse

destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des

mixtes choisis, qu'on lui a communiquée par infusion & maceration.

Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont

d'ordinaire la base des _elixirs_, & les menstruës dont on se sert

pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent

dans leur composition. L'esprit de vin est l'_elixir_, le menstruë, le

plus commode de tous. L'_elixir_ approche beaucoup de la nature des

teintures.

ELIXIR de _propriété_, est un reméde inventé par Paracelse, composé

d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par

un puissant dissolvant nommé _alkaest_. Crollius veut que cet _elixir_

soit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume

naturel.

ELIXIR, terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne

& specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les

charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples

extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrement

_quinte-essence_. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabe _elexir_,

qui signifie proprement fraction, à cause que l'_elixir_ a la force de

rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres

le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabe _alechstro_, qui signifie

une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il

vienne du Grec _elayon_, & _syro_, comme une extraction d'huiles, qui

est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grec

_alexeo_, à cause du grand secours qu'on reçoit des _elixirs_. D'autres

appellent _elicsir_, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en

or, qu'on appelle poudre de projection.

EOLIPILE. _s. f._ Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de

fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour

la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui est dedans, & puis

on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir

le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand

cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une

impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire

à feu. C'est par la comparaison de ces _éolipiles_, que Descartes

explique admirablement bien la cause naturelle des vents.

EPACTE. _s. f._ Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de

l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire,

qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes

reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en

ajoûtant l'_épacte_ de l'année au nombre des jours du mois où on est, &

au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de

retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà.

Le cicle des _Epactes_ est de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or,

ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même

jour.

EPARER. _v. n._ Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des

ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'_éparer_ de toute

force à l'air des cabrioles.

EPANORTHOSE. _s. f._ Terme de Réthorique, c'est une figure, par

laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit

auparavant allegué.

EPHEMERE _adj._ Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en

cette phrase, fiévre _Ephemere_. La fiévre _Ephemere_ des Anglois est

une espéce de peste.

EPHEMERE. En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles

sont semblables à celles du lis, quoi que plus menuës, sa tige

pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa

racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole

dit que l'_Ephemeron_ de Dioscoride est le _colchicum_, qui est un

poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait

mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce

nom d'_Ephemere_, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon

blanc, que les Apothicaires appellent _hermodactylus_.

EPHEMERE, est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures,

pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune,

il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences,

vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé,

parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est

un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze

heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure,

il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la

vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de

deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs

hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000.

yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle

jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa

semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne

change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont

écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les

dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi

parlé dans le recueil de Thevenot.

EPHEMERIDES. _s. f. plur._ Terme d'Astronomie, ce sont des Tables

calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les

jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes

les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les

horoscopes, ou themes celestes. Les _Ephemerides_ d'Origan, de Kepler,

d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait des

_Ephemerides_ des Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui

servent à la découverte des longitudes.

Ephialtes. _Voyez_ Incube.

EQUATION. _s. f._ Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de

réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à

un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le

départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour

suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce

que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt

moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que

les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de

l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a

donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire

leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est

ce qu'on appelle _équation_, par laquelle on trouve 59. minutes & huit

secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen

mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité des

_équations_ en son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une

Table exacte de l'_équation_ des jours, pour régler les mouvemens des

horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer

ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularité du

mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.

EQUATION, en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres

heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les

rendre égaux. L'_équation_ se dit aussi de la connoissance juste de la

partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre

dans l'égalité. La science des _équations_ est la principale partie de

l'algebre. L'_équation_ se marque ainsi.

ECHELLE. _s. f._ Instrument qui sert à monter; il est composé de deux

perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en

pied de menus bâtons qu'on nomme _échelons_, sur lesquels on met les

pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit une _échelle_ par où

les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les

voleurs se servent d'_échelles_ pour surprendre les Villes, pour entrer

dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se

servent d'_échelles_ pour monter sur les échaffauts.

On fait aussi des _échelles_ de corde, de soye, qui se plient & qui

sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de

doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y

en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont

de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie

de Hanselet.

ECHELLE, se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit.

Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme des

_échelles_.

ECHELLE, se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec

une _échelle_ ceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là

a été condamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied

de l'_échelle_: il a été long-temps sur l'_échelle_ avant que d'être

jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'_échelle_.

ECHELLE, se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes

mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble

à une _échelle_. Cette Dame avoit une _échelle_ de rubans de satin bleu.

ECHELLE. En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne

divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les

parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour

sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas

la mesure sur l'_échelle_. On en use de même pour sçavoir combien il y

a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.

ECHELLE, ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en

croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant

au mot d'_Arbalête_.

ECHELLE, est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du

Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins,

ses Bureaux en toutes les _échelles_ du Levant, aussi bien que la

plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On

appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'_escale_,

vieux terme de marine, qui signifie _port de mer_; qu'on trouve sur

sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour

éviter la tempête ou les ennemis.

ECHELLE _campanale_, est une régle qu'ont les fondeurs pour

proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son

poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendre un

certain son, ils ont fait cette _échelle_ par une longue experience,

plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, &

on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans

le Pere Mersenne; on l'appelle aussi _Brochette_, _Bâton_, _Régle_, &

_Diapason_.

ECHELLE, est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de

douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains

de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix

pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde

ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë

avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule;

quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez

agréable.

On dit proverbialement qu'il faut tirer l'_échelle_ aprés quelqu'un,

pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la

matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi

qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'_échelle_.

ECHELER, _v. act._ Vieux mot, au lieu duquel on dit à present

_escalader_.

ECHELETTE. _s. f._ espéce de petite _échelle_ qu'on attache sur le

bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la

paille, &c.

ECHELIER. _s. m._ Est une piéce de bois traversée de longues & grosses

chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des

estrapades, on l'appelle aussi _Rancher_.

ECHELON, _s. m._ petite piéce de bois qui traverse l'_échelle_: cette

_échelle_ avoit trente échelons.

ECHELON, se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat

est un _échelon_ pour monter à celle de Conseiller, de Maître des

Requêtes. Il est monté d'un _échelon_, d'un degré, il est avancé

d'autant.

ECROU. _s. m._ piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un

trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la

retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit

ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leurs _écrous_.

En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'_écrou_, ou le

chevalet.

ECROU. Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur

le Registre de la geole. Il faut attacher son _écrou_ à la Requête

d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce

sont autant d'_écrous_, quand on déclare un emprisonnement injurieux,

tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'_écrou_ sera rayé &

biffé. On disoit autrefois _écrouë_.

ECROÜE. _s. f._ chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense

de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud

& qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux

qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs

de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs

des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le

recouvrement, qui sont appellez _écrouës_ dans plusieurs Edits.

On void dans la Chambre des Comptes une _écrouë_ du Parlement tenu sous

Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit,

des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.

ECROÜE, en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement &

aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. En l'Edit

de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelle _écrouës_

les écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où

il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits par

_écrouës_, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient

d'_écrit_, ou _écrire_, parce qu'on a appellé aussi _écrouë_ une

quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit bailler

_écrouë_ à un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.

ECROÜER. _v. act._ Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier,

en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour

laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il

est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans

être _écroüé_. Cujas estime que ce mot vient du Grec _Encrouo_, c'est

à dire, _injicio_: & Ragueau au contraire de _Eccrouein_ qui signifie

_extendere_, _liberare_; _missum facere_.

Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts · 第 19 / 35 题