Quant aux esprits frappeurs, c'est pour eux qu'a été faite l

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le

typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée

et n'a pas été harmonisée.

LES PHÉNOMÈNES

PSYCHIQUES OCCULTES

ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION

LES PHÉNOMÈNES

PSYCHIQUES OCCULTES

ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION

PAR

LE Dr ALBERT COSTE

DEUXIÈME ÉDITION

REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE

Les possibilités de l'Univers sont

infinies comme son étendue physique.

O.-J. LODGE.

Nous sommes si éloignés de connaître

tous les agents de la nature et leurs

divers modes d'action, qu'il serait peu

philosophique de nier l'existence de

phénomènes, uniquement parce qu'ils

sont inexplicables dans l'état actuel de

nos connaissances.

LAPLACE.

MONTPELLIER

CAMILLE COULET, LIBRAIRE-ÉDITEUR

5, Grand' Rue, 5

PARIS

G. MASSON, LIBRAIRE-ÉDITEUR

Boulevard Saint-Germain, 120

1895

PRÉAMBULE

_Qu'entend-on par «Phénomènes psychiques occultes?»_

_Ce sont des phénomènes contraires, en apparence, à toutes les lois

connues de la nature, inexplicables par les données actuelles de la

Science, et qui se produisent, tantôt spontanément, tantôt par

l'intermédiaire de certaines personnes._

_On le voit, ce terme de Phénomènes psychiques occultes n'est que la

dénomination scientifique de ce qui s'était appelé jusqu'ici le_

Merveilleux _et le_ Surnaturel.

_Or, ces phénomènes ont-ils une existence réelle, objective, en dehors

de toute hallucination, de toute supercherie?_

_Nous n'hésitons pas à répondre, avec M. le Professeur Charles

Richet_:

«Nous avons la ferme conviction qu'il y a, mêlées aux forces connues

et décrites, des forces que nous ne connaissons pas; que l'explication

mécanique, simple, vulgaire, ne suffit pas à expliquer tout ce qui se

passe autour de nous; en un mot, qu'il y a des phénomènes psychiques

occultes, et si nous disons occultes, c'est un mot qui veut dire

simplement inconnus[1].»

[1] _Lettre à M. Dariex sur les Phénomènes psychiques_, in

_Annales des Sciences psychiques_.--No 1.

_Et maintenant, nous allons tâcher de prouver ce que nous venons

d'affirmer._

LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES OCCULTES

INTRODUCTION

Il y a seulement une dizaine d'années, la soutenance, devant une

Faculté de médecine, d'une thèse sur les Phénomènes psychiques

occultes, autrement dit presque un Essai d'officialisation du

Merveilleux[2], aurait été une tentative impossible.

[2] Il est entendu que, pour les facilités du discours, et _toute

opinion sur la cause possible de ces Phénomènes mise à part_,

nous comprenons sous les termes de _Merveilleux_ et de

_Surnaturel_ l'ensemble des faits contraires, en apparence, à

toutes les lois naturelles connues et inexplicables par les

données actuelles de la Science. Donc, pas d'équivoque.

A cela, plusieurs causes:

D'abord, il faut bien l'avouer, la répugnance singulière dont

tous--même les meilleurs cerveaux--nous sommes plus ou moins dupes

envers ce qui dérange nos habitudes mentales, ce que Lombroso a nommé

le _Misonéisme_.

Ensuite, l'immense discrédit, la réputation plus que suspecte dont

«jouissait», depuis la fin du siècle dernier, tout ce qui, de près ou

de loin, touchait au Surnaturel.

Enfin, et c'est ici le motif principal--sa suppression devant

entraîner celle de tous les autres--l'indigence où se trouvait la

doctrine occulte de ce qui peut susciter et justifier un intérêt

scientifique sérieux, c'est-à-dire des faits d'observation exacte,

méthodique, en nombre suffisant, étudiés et garantis par des

expérimentateurs impartiaux, rompus à tous les secrets de la véritable

méthode scientifique.

L'histoire du Merveilleux offre cette particularité qu'après avoir,

sous des formes diverses, joué dans l'évolution mentale de l'homme un

rôle considérable, non seulement ses origines et son essence, mais

encore son existence elle-même, ont été, jusqu'à nos jours, l'objet de

débats passionnés: croyances fanatiques ou négations irréductibles.

Et cela s'explique aisément par ce fait que, chez l'homme, la notion

du surnaturel affecte cette partie de son âme qui est à la fois la

plus impressionnable et pour lui la plus chère: ses sentiments

qu'elle exalte ou qu'elle accable, ses croyances que, pour une bonne

part, elle détermine.

Il est donc probable que nous saurions depuis longtemps à quoi nous en

tenir sur ce qu'il faut croire des phénomènes du Merveilleux, si les

considérations d'ordre politique, religieux, sentimental ou même

simplement esthétique et littéraire, ne s'étaient opposées à leur

étude désintéressée.

Il est probable que, sans ces scrupules de divers genres, auxquels se

joint encore la crainte d'être dupe, le Surnaturel sorti du domaine de

l'empirisme, à l'exemple des sciences positives, formerait maintenant

une branche de l'une de ces sciences: Physique ou Psycho-physiologie.

A moins que, affirmant d'éclatante façon sa nature supraterrestre, il

n'ait--souhaitable et inespéré bienfait--assuré à l'âme humaine

l'indestructible soutien d'une indiscutable Foi.

Or, de nos jours, grâce à un mouvement spécial d'idées, de croyances

et de sentiments, sorte de réaction à laquelle on a voulu donner le

nom de _Nouveau Mysticisme_[3], on peut, sans crainte de susciter trop

de colères ou des oppositions systématiques, se pencher de nouveau

sur les mystères du Surnaturel, sur ces phénomènes étranges, dont on

parle depuis l'origine de l'homme, et qui, heurtant violemment nos

habitudes d'esprit, ont, par excellence, le don d'exciter, d'irriter

même la curiosité.

[3] Paulhan: _Le Nouveau Mysticisme_ (Alcan, 1891). Voir, sur ce

qu'il faut penser de la sincérité de ce mysticisme, la hautaine

et cinglante préface que J.-K. Huysmans a mise au précieux livre

de Rémy de Gourmont: _Le Latin mystique_ (Vanier, 1892).

On a d'autant plus de titres à le faire que la Science, armée de ses

instruments de précision, s'est enfin décidée à s'occuper de ces faits

absurdes en apparence et contraires à toutes les lois qu'elle a

établies jusqu'ici; elle a commencé, à leur sujet, une enquête qui,

espérons-le, va permettre de faire un peu de jour en cet obscur

fouillis du Merveilleux.

Comme le dit M. Paulhan dans la substantielle étude qu'il a consacrée

aux hallucinations véridiques[4]: «Faire entrer le Merveilleux dans la

science, ce serait satisfaire à la fois notre goût, jamais dompté pour

le Merveilleux, et notre respect toujours croissant pour la Science.

C'est ce que l'on essaie de faire, et cette application des méthodes

exactes et précises à des sujets qui paraissaient ne relever que de la

Foi est un des caractères importants et originaux de notre science

psychologique. Nous ne voulons plus nous contenter, pour nier ou pour

croire, d'impressions personnelles ou de raisons instinctives et

vagues.»

[4] Paulhan: _Les Hallucinations véridiques_, in _Revue des

Deux-Mondes_, 1er nov. 1892.

Et cette hardiesse dans l'investigation de l'_Au-delà_ est d'autant

plus légitime qu'il serait du fait d'une étroite présomption de

regarder, comme déjà connues et désormais enfermées dans les

catégories de nos sciences, toutes les modalités de la Force et de la

Matière. Qui pourrait soutenir que, dans notre terrestre atmosphère,

n'agissent pas--dissimulées et pourtant puissantes--des forces

échappant à tous nos concepts? Serait-il donc absurde de supposer des

états de la matière différents de ceux dont nos sens ont la notion

familière?

Absurde au contraire serait la négation _a priori_, en ce temps où

les applications des données de la Science ont possibilisé

l'Invraisemblable.

N'est-ce pas ici ou jamais le lieu de se rappeler la prudence

intellectuelle de Montaigne: «La raison m'a instruit que de condamner

ainsi résolûment une chose pour faulse et impossible, c'est se donner

l'advantage d'avoir dans la teste les bornes et limites de la volonté

de Dieu et de la puissance de notre nature, et qu'il n'y a point de

plus notable folie au monde que de les ramener à la mesure de notre

capacité et suffisance.»

Quelles seront maintenant les conséquences de cette enquête

scientifique? Nul ne saurait le dire d'une façon certaine. Pour notre

compte, nous les prévoyons nombreuses et graves et capables de

provoquer d'inattendus et singuliers bouleversements dans l'Ame

contemporaine...

Quoi qu'il en soit, cette tardive mais louable curiosité de la Science

pour les inquiétantes énigmes de l'Occulte aura peut-être, entre

autres résultats imprévus, celui de dissiper bien des erreurs, bien

des calomnies, dont furent victimes ces sciences d'un autre âge:

Magie, Alchimie, Kabbale, etc., qui, toutes, faisaient de l'existence

des forces occultes de l'homme et de la nature comme la base de leurs

enseignements.

Dans les pages suivantes, nous négligerons ce côté de la question,

ainsi que tous ceux du même genre, pour nous en tenir _exclusivement_

aux résultats positifs que l'enquête, commencée par des hommes d'une

intelligence aussi amplexive que courageuse, a donnés jusqu'ici.

_Ce travail n'a d'autres prétentions que d'être, pour ainsi dire, le

procès-verbal de l'état actuel de la question_, car, on ne saurait

trop le répéter, il est désormais acquis que la question du

Merveilleux existe et que son étude s'impose.

Par malheur pour nous, malgré une expérimentation de deux années, nous

n'apportons en ces matières aucune lumière nouvelle. Les résultats que

nous avons obtenus, quoique non négligeables et même encourageants, ne

nous ont pas semblé accompagnés de suffisantes garanties de contrôle

pour que nous les puissions admettre.

C'est qu'ici l'expérimentation est encore plus délicate, plus épineuse

que partout ailleurs. Les causes d'erreur sont infiniment multiples

et elles ne sont pas seulement extérieures à l'observateur; il les

porte aussi en lui-même: en tous ses sens que peuvent abuser de

multiples hallucinations, en son cerveau que des suggestions

puissantes ou simplement de séduisantes analogies peuvent entraîner à

d'erronées conclusions. On ne les compte plus ceux qui, en ces régions

périlleuses, ont déjà perdu pied. Aussi, ne saurait-on trop insister

sur l'absolue nécessité, en Psychologie occulte, d'une méthode

rigoureuse; ce n'est pas sur la seule production des Phénomènes que

doit s'exercer le contrôle de l'observateur, c'est encore et surtout

sur le témoignage de ses propres sens.

Et qui sait même si les méthodes scientifiques normales sont

applicables à de pareilles recherches?

Comme se le demande M. le professeur Richet, si nous n'avançons pas

davantage dans cette étude hérissée de tant d'obstacles, «qui sait si

ce n'est pas la méthode d'investigation elle-même qui est à

trouver[5]?»

[5] _L'Avenir de la Psychologie_, in _Annales des Recherches

psychiques_, no 6, 2e année.

Une des objections que l'on entend le plus fréquemment formuler contre

la réalité des faits de Psychologie occulte, «c'est qu'il est

impossible de les reproduire à volonté.» Nous avouons qu'elle nous a

toujours paru un peu naïve. En effet, est-ce que la moindre expérience

de physique ou de chimie n'exige pas, pour réussir, toute une série de

conditions spéciales, à défaut desquelles elle échoue fatalement? Or,

notre ignorance des conditions nécessaires et suffisantes pour la

production des Phénomènes occultes est à peu près complète; nous ne

savons qu'une chose: c'est qu'elles sont encore plus délicates, plus

difficiles à réaliser intégralement que celles de n'importe quels

autres phénomènes; un rien suffit à les contrarier. Dès lors, comment

pourrions-nous, en Psychologie occulte, reproduire, à volonté et à

coup sûr, telle ou telle expérience? Notre tâche est justement la

recherche et la détermination exacte des conditions des Phénomènes, de

l'atmosphère nécessaire à l'expérience, pour ainsi dire. Et pour

l'instant, elle est suffisante.

Ceci dit, nous allons exposer d'abord un résumé de l'histoire du

Merveilleux, histoire précieuse pour nous, surtout en ce qu'elle

montre comment des faits, dont on faisait l'apanage du Surnaturel,

sont parvenus, sous le nom d'_Hypnotisme_, à se faire admettre par la

Science officielle, préparant ainsi la voie à d'autres....

«Est-ce à dire en effet, ainsi que l'écrit M. Charcot, que nous

connaissions tout dans ce domaine du Surnaturel qui voit, tous les

jours, ses frontières se rétrécir sous l'influence des acquisitions

scientifiques? Certainement non. Il faut, tout en cherchant toujours,

savoir attendre. Je suis le premier à reconnaître, avec Shakespeare,

«qu'il y a plus de choses dans le Ciel et sur la Terre qu'il n'y a de

rêves dans votre philosophie[6].»

[6] Charcot: _La foi qui guérit_ (Revue hebdomadaire du 3 déc.

1892).

Ensuite, nous examinerons séparément chaque classe de Phénomènes

psychiques occultes, en ayant soin de choisir les observations les

plus caractéristiques, les plus propres à fournir les éléments d'une

opinion raisonnée.

Quant à ce qui est des théories explicatives, nous nous bornerons à

exposer brièvement celles des autres. Pour nous, persuadé que les

faits dont nous allons nous occuper ne peuvent encore comporter

l'ombre d'une théorie qui ne soit prématurée, nous nous abstiendrons

sagement de toute tentative de ce genre.

«Tâchons de constater des faits. Les théories viendront plus tard, et,

hélas! elles ne feront pas défaut[7].»

[7] Ch. Richet: _Lettre à M. Dariex_, etc.

Ne réussirions-nous, par ce système d'exactitude positive, à faire

naître chez nos lecteurs, non pas la conviction--nous ne visons pas si

haut,--mais seulement une sorte de doute, plutôt contraire à la

négation _a priori_, une sorte d'état réceptif plutôt favorable à

l'objet de nos études, que nous nous estimerions satisfait.

A cet égard, nous ne saurions mieux faire, en terminant ces quelques

lignes d'avant-propos, que de citer les paroles suivantes de M. de

Rochas:

«Nous ne demandons certes pas une foi aveugle, mais seulement une foi

provisoire équivalente à celle qu'on accorde aux historiens, aux

voyageurs, aux naturalistes, pour les faits dont ils ont été les

témoins et qu'ils peuvent, comme nous, avoir mal vus ou mal

interprétés, ainsi que pour les récits rapportés d'après les

indigènes, qui ont pu se tromper ou les tromper, comme nos sujets

peuvent s'halluciner ou nous induire en erreur.

»Qu'on n'exige pas des preuves absolues, irréfutables; il ne saurait y

en avoir pour des phénomènes qui ne dépendent pas de nous ou qui ne se

produisent que dans des circonstances non encore déterminées.

»Celui qui rejette _a priori_ nos observations ressemble à l'homme qui

nierait César parce qu'il ne l'a pas vu, l'électricité parce qu'il n'a

pu tirer une étincelle de la machine par un temps humide, l'harmonie

parce que son oreille est incapable de discerner une consonance d'une

dissonance[8].»

[8] De Rochas: _Les Etats profonds de l'Hypnose_, page 115

(Chamuel, 1892).

COUP D'ŒIL SUR L'HISTOIRE DU MERVEILLEUX

Dans ce résumé historique, nous passerons rapidement sur le

Merveilleux dans l'Antiquité et au Moyen-Age, non pas que les

documents fassent défaut, mais ils n'ont pas encore été soumis à une

critique suffisante pour que nous les puissions faire figurer dans ce

travail qui, répétons-le, ne doit et ne veut admettre que des faits

donnant prise le moins possible aux objections du doute.

Nous l'avons dit, le Merveilleux est aussi vieux que l'homme et il est

«un aliment, si nécessaire à l'esprit humain» que son intervention

figure dans les œuvres initiales de toutes les littératures, depuis

les livres sacrés et les épopées de l'Inde, jusqu'aux _Sagas_

scandinaves[9].

[9] Voir Maury: _Croyances et légendes de l'Antiquité_ (Didier,

1863)

Cette intervention est essentiellement polymorphe: tantôt ce sont des

êtres d'essence supérieure à celle de l'homme, ou tout au moins

différente (dieux, anges, démons, génies de toute espèce et en nombre

incalculable), qui interviennent de façon miraculeuse dans les

destinées de l'humanité; tantôt, au contraire, ce sont des créatures

humaines qu'une faculté spéciale et une initiation mystérieuse ont

douées de pouvoirs surhumains, dont elles usent pour le bien ou pour

le mal des hommes (mages, thaumaturges, sorciers, etc., etc.). C'est

ainsi que l'histoire du Merveilleux touche d'un côté à celle des

religions, de l'autre à l'histoire des occultes (Magie, Alchimie,

Kabbale, etc.).

Comme notre but n'est d'étudier que le Surnaturel qui se manifeste par

un agent humain, nous allons nous attacher uniquement aux personnages

que la tradition nous montre revêtus de pouvoirs extraordinaires, et

nous citerons, de préférence, les faits qui auront plus d'analogie

avec ceux que l'on peut observer de nos jours.

Notons encore ceci, qui, pour nous, offre un intérêt spécial, c'est

que de tout temps, depuis les formules magiques des sanctuaires

d'Asclépios[10] jusqu'au _baquet_ de Mesmer, en passant par les

_onguents sympathiques_ de Paracelse et la _cure magnétique_ des

plaies de Van Helmont, le Merveilleux a été considéré comme un des

agents les plus actifs, les plus précieux de l'art de guérir.

[10] Voir, pour les prêtres médecins de la Grèce: Decharme,

_Mythologie de la Grèce antique_,--et pour les guérisons du

sanctuaire d'Epidaure: Reinach, _Traité d'épigraphie grecque_.

L'Inde a toujours été, et elle l'est encore de nos jours, la terre

d'élection du Surnaturel. C'est là que, d'après les travaux des

occultistes contemporains dont nous parlerons plus loin, aurait pris

naissance la _Science occulte_, c'est-à-dire un corps de doctrine qui,

entre autres enseignements, affirme l'existence d'une force spéciale

et mystérieuse, inhérente au corps humain et aux autres corps de la

nature. Elle dériverait d'une Force unique, sorte de «fluide et de

vibration perpétuelle», à la fois «substance et mouvement»; et c'est à

elle que seraient dus tous les phénomènes d'apparence surnaturelle.

Des sanctuaires indiens, où les thaumaturges la tenaient secrète,

cette Science _ésotérique_, mère de toutes les sciences occultes,

serait passée d'abord en Chaldée, dans les temples de Mithrâ, puis en

Égypte, dans ceux d'Osiris et d'Isis; et l'on peut lire dans

Jamblique, Porphyre et Apulée, le très curieux récit des épreuves

physiques et morales auxquelles étaient soumis les adeptes, lors de

leur initiation.

Tous les grands réformateurs religieux ou philosophes auraient été

initiés[11] à la doctrine occulte, et Moïse lui-même en aurait enfermé

l'essence dans la Genèse. La Kabbale, avec ses deux livres

fondamentaux, le _Sepher Iesirah_ et le _Zohar_, ne serait que la clé

qui permettrait de découvrir, sous le sens ordinaire, sous le sens

littéral de la Bible, la signification secrète[12].

[11] Voir Schuré: _Les grands initiés_ (Didier).

[12] Voir, sur la Kabbale: Munck, _Système de la Kabbale_. Paris,

1842. _Mélanges de philosophie juive et arabe._ Paris, 1859.

Ad. Franck: _La Kabbale_. Paris, 1889.--Papus: _La Kabbale, résumé

méthodique_ (Chamuel, 1891).

Parmi les anciens: Reuchlin. _De Verbo mirifico._ Bâle, 1494.--_De

arte cabalistica._ Haguenau, 1517.--et les œuvres de Pic de la

Mirandole.

Toutefois, au point de vue exclusivement positif et scientifique qui

est le nôtre, nous sommes mal renseignés sur les miracles que

pouvaient produire les thaumaturges de l'Inde, de la Chaldée, de

l'Égypte, etc. On n'a qu'à lire les très savants ouvrages d'Eusèbe

Salverte et de M. de Rochas, pour voir que beaucoup de ces prétendus

miracles n'étaient dus qu'à la connaissance anticipée, et tenue

soigneusement cachée, de quelques lois de nos sciences positives. Il

n'y aurait rien d'étonnant, cependant, à ce que des hommes qui

consacraient leur vie à l'étude des forces occultes de l'organisme

humain et de la nature ne fussent arrivés à des résultats dont nous

commençons à peine à entrevoir la possibilité.

Dans l'Antiquité grecque et latine, on connaît les prêtres et les

devins qui prédisaient l'avenir, les _pythonisses_ qui rendaient des

oracles, en s'agitant sur leur trépied, les _sibylles_ qui, elles,

prophétisaient avec calme, sans convulsions.

En général, on ne sait pas assez à quel point les Grecs étaient

superstitieux[13]; pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire les récits

d'Hérodote: ce ne sont que prodiges plus merveilleux les uns que les

autres, si merveilleux même que, quelquefois, l'auteur se refuse à les

croire.

[13] Voir, à ce sujet, E. Havet: _Le Christianisme et ses

origines_.

On lira aussi, dans _Théophraste_, le portrait, qui ne paraît pas trop

chargé, de l'_Athénien superstitieux_[14].

[14] «Socrate non seulement s'imaginait recevoir des influences,

des inspirations divines, mais il croyait encore, à raison de ce

privilège, posséder à distance une influence semblable sur ses

amis, sur ses disciples..., influence indépendante même de la

parole et du regard et qui s'exerçait à travers les murailles et

dans un rayon plus ou moins étendu.» (Lélut: _Le démon de

Socrate_, 1836, p. 121.)

Les plus célèbres thaumaturges furent d'abord _Pythagore_, l'auteur

des _Vers Dorés_; il avait été initié, dans l'Inde, à la doctrine

occulte; il était, paraît-il, visité par les dieux, il savait se faire

écouter des bêtes, etc. Un jour, par la seule force de sa volonté, il

aurait arrêté le vol d'un aigle!... Puis viennent _Apollonius de

Thyane_ et _Simon le Magicien_, deux initiés eux aussi.

«Apollonius, comme le dit M. Chassang[15], a été, de son vivant même,

non seulement honoré comme un sage, mais redouté par les uns comme un

magicien, adoré par les autres comme un dieu, ou tout au moins vénéré

comme un être surnaturel.»

[15] Chassang: _Apollonius de Thyane_ (Didier, 1862).

Parmi bien d'autres faits miraculeux que raconte avec complaisance son

biographe Philostrate, on voit qu'il put prédire d'Éphèse, en

Asie-Mineure, où il se trouvait, l'assassinat de l'empereur Domitien,

à Rome, à l'instant où cet assassinat se produisait. Une autre fois,

il fut transporté subitement de Smyrne à Ephèse, etc., etc.

Quant à Simon de Samarie, dit _le Magicien_, non seulement il fut

aussi adoré comme un être divin par le peuple et le Sénat de Rome,

mais plusieurs Pères de l'Eglise, et saint Justin entre autres, ne

sont pas éloignés de le considérer, eux aussi, comme un dieu.

Cependant, tous les Pères ne sont pas à ce point favorables au célèbre

magicien, et l'on sait que ce fut, grâce aux prières de saint Pierre,

que le thaumaturge fut précipité du haut des airs, où il s'était élevé

«par la puissance de deux démons». Les miracles qu'on lui attribue

sont innombrables: il crée des statues qui ont la propriété de

marcher; il change les pierres en pain. Enfin, un jour, il dirige la

foudre sur le palais de Néron.

D'ailleurs, pendant le siècle où vécut cet homme et pendant ceux qui

suivirent, à cette époque si confuse qui vit l'agonie du Paganisme, le

triomphe du Christianisme, et où pullulèrent les sectes

hérésiaques[16], toutes les sciences occultes, toutes les pratiques de

la superstition la plus vulgaire furent en grand honneur. Alors, déjà,

on parlait des _tables tournantes_ et des _esprits frappeurs_.

Tertullien, au milieu du IIe siècle, affirmait, devant le Sénat

romain, l'existence de la divination[17] par les tables, et il en

parlait comme d'une pratique courante. A la fin du IVe siècle, c'est

Ammien Marcellin qui nous conte l'histoire de deux païens, Patricius

et Hilarius, accusés de magie, pour avoir recouru à la divination par

les tables et par l'anneau suspendu, telle que la pratiquent encore

les modernes spirites.

[16] Voy., pour les hérésies réunies sous le terme générique de

_gnosticisme_: Matter, _Histoire critique du gnosticisme_. Paris,

1828-1843.--Ch. Baur: _la Gnose chrétienne_ (all.). Tubingue,

1835.

[17] Voir le _De Divinatione_, de Cicéron.

Quant aux esprits frappeurs, c'est pour eux qu'a été faite la prière

suivante, qu'on lit dans les anciens rituels de l'Eglise: «Mettez en

fuite, Seigneur, tous les esprits malins, tous les fantômes et tout

esprit qui frappe (_spiritum percutientem_)»[18].

[18] Voir _Histoire des sciences occultes_, par le comte de

Résie, 1857.

Pendant les premiers siècles de notre ère, nous trouvons, comme

dépositaires de la doctrine occulte, et par conséquent comme faiseurs

de miracles, les _Gnostiques_, les _Néo-Platoniciens_ de l'Ecole

d'Alexandrie, chez lesquels, depuis Plotin jusqu'à Proclus, la

philosophie s'associait aux pratiques de la _théurgie_, de

_l'évocation des esprits_, etc.[19].

[19] Voy. Jules Simon: _Histoire de l'Ecole d'Alexandrie_,

1844-45.--Vacherot: _Histoire critique de l'Ecole d'Alexandrie_.

Porphyre raconte que Plotin, séparé de lui, sentit cependant

l'intention où était son disciple de se donner la mort.

Au Moyen-Age, les diverses sciences occultes, Magie, Alchimie,

Kabbale, ont, quoique mal vues par l'Eglise, de nombreux et brillants

représentants. Et ici, nous passerons plus rapidement encore sur les

théories et les pouvoirs surnaturels des _Albert le Grand_, des

_Raymond Lulle_, des _Nicolas Flamel_, des _Paracelse_, des _Van

Helmont_, etc., etc.

L'enquête commencée sur eux par quelques esprits curieux et impartiaux

est de date encore trop récente[20]. Contentons-nous de dire que,

lorsqu'on aura bien voulu vérifier, en les rapprochant des résultats

obtenus par la science moderne, les enseignements de ces maîtres

d'autrefois, on sera forcé de rendre justice, sur ce point comme sur

bien d'autres, à ce grand Moyen-Age, souvent méconnu par la pédante et

partiale incompréhension de notre époque.

[20] Voir Berthelot: _Origines de l'Alchimie_ (Steinheil, 1885);

_Collection des anciens Alchimistes_ (Steinheil).

«A travers les explications mystiques et les symboles dont

s'enveloppent les alchimistes, nous pouvons entrevoir les théories

essentielles de leur philosophie, lesquelles se réduisent, en

somme, à un petit nombre d'idées claires, plausibles, et dont

certaines offrent une analogie étrange avec les conceptions de

notre temps...

»Pourquoi ne pourrions-nous pas former le soufre avec l'oxygène,

former le selenium et le tellure avec le soufre, par des procédés

de condensation convenables? Pourquoi le tellure, le selenium ne

pourraient-ils pas être changés inversement en soufre, et

celui-ci, à son tour, métamorphosé en oxygène?

»Rien, en effet, ne s'y oppose _a priori_. Assurément, je le

répète, nul ne peut affirmer que la fabrication des corps simples

soit impossible _a priori_. La pierre philosophale n'est donc pas

impossible.» (BERTHELOT.)

Voici ce que, de son côté, pensait Dumas: «Serait-il permis

d'admettre des corps simples isomères? Cette question touche de

près à la transmutation des métaux. Résolue affirmativement, elle

donnerait des chances de succès à la pierre philosophale; il faut

donc consulter l'expérience, et l'expérience, il faut le dire,

n'est point en contradiction, jusqu'ici, avec la possibilité de la

transmutation des corps simples. Elle s'oppose même à ce qu'on

repousse cette idée comme une absurdité, qui serait démontrée par

l'état actuel de nos connaissances».

Au XVIe et au XVIIe siècle, la croyance au Surnaturel était

universelle en Europe. Jamais temps ne comptèrent plus de sorciers de

toute sorte, plus de possessions démoniaques et d'exorcismes. Alors

les «juges civils admettent la sorcellerie et la magie comme des faits

indubitables, qu'ils ne songent pas même à expliquer autrement que par

l'action du démon»[21].

[21] Figuier: _Histoire du Merveilleux_. Voir, sur cette période:

LA BIBLIOTHÈQUE DIABOLIQUE, collection Bourneville (Babé).

Citons seulement, pour mémoire, l'affaire des _Ursulines de Loudun_,

dont fut victime _Urbain Grandier_, celle des paysans du Labourd.

Ajoutons aussi, à titre de curiosité, que Descartes, le sceptique le

plus déterminé en apparence, tomba plusieurs fois en extase, alors

qu'il avait 24 ans; dans l'une d'elles, il entendit une explosion, il

vit «_des étincelles briller par toute la chambre_»; il perçut une

voix du Ciel qui lui promettait de lui enseigner le vrai chemin de la

science, etc.

A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, nous rencontrons un

grand nombre de théosophes, de visionnaires, de mystiques,

d'illuminés, etc. C'est l'époque où les petits pâtres protestants, en

proie à un alluminisme extatique, prophétisent dans les Cévennes; où

les Convulsionnaires jansénistes invoquent les prodiges accomplis sur

le tombeau du diacre Pâris; où, d'un autre côté, _Jacques Aymar_, Mlle

_Olivet_, Mlle _Martin_, font des miracles au moyen de la _baguette

divinatoire_, tandis que l'abbé Guibourt célèbre la _messe noire_[22].

[22] Le lecteur trouvera dans l'admirable roman de Huysmans:

_Là-Bas_, une des œuvres littéraires les plus fortes de ces

dernières années, les renseignements les plus précis sur le

Satanisme au Moyen-Age et dans les temps modernes.

Parmi les mystiques de cette époque, on distingue surtout Mlle

_Bourignon_ et Mme _Guyon_. Celle-ci, la malheureuse amie de

Fénelon[23], prétendait être en communion avec les saints, avait des

visions, jouissait du _vol d'esprit_ et de l'extase, opérait des cures

merveilleuses, etc. Ainsi que le dit M. Matter[24], «sa vie offre un

ensemble de phénomènes psychologiques d'un intérêt infini et dignes

d'une étude sérieuse.» Ajoutons qu'à notre connaissance, cette étude

n'a pas été faite et que Mme Guyon attend encore un historien

impartial.

[23] Voir Matter: _Le Mysticisme en France au temps de Fénelon_

(Didier).

[24] Matter: _Swedenborg_ (Didier. 1863).

Le plus illustre des théosophes du XVIIIe siècle est le Suédois

_Swedenborg_ (1688-1772), savant, philosophe, écrivain, qui, après une

brillante carrière scientifique, eut, à l'âge de 56 ans, à Londres,

une vision qui changea complètement l'orientation de ses idées et de

sa vie. Dès lors, il dit adieu à la science et, en proie à une sorte

d'illuminisme poétique, fonda une religion nouvelle, qui s'éloigne du

luthéranisme, encore plus du catholicisme, et qui est du «mysticisme

tout pur»[25]. Cette doctrine du _Nouvel Avènement_ eut bientôt

d'innombrables adeptes.

[25] Comte de Résie, _loc. cit._

Pour nous, nous n'avons qu'à retenir que Swedenborg prétendait

conférer avec les patriarches, les prophètes, les philosophes de

l'Antiquité, que son âme pouvait, à travers toute distance, se mettre

en contact avec celle de ses adeptes, que, de Gothembourg, il vit

l'incendie de Stockolm, qu'enfin il prédit le moment exact de sa mort,

etc.[26].

[26] Voir Matter: _Swedenborg_ et les _Lettres de Kant à Mlle de

Knobloch_.

Malgré son éducation scientifique--il s'était notamment occupé

d'anatomie et de minéralogie,--Swedenborg, comme tous les théosophes

dont nous avons cité les noms, n'avait jamais songé à rapporter aux

forces de la nature la cause des prodiges qu'il produisait ou dont il

était témoin.

Pour tous ces mystiques, ces miracles étaient produits par des

puissances divines, par de bons ou de mauvais esprits, par les âmes

des morts, etc.

Mesmer, le premier, quoique hanté, lui aussi, de préoccupations

mystiques, essaie de rapporter à une cause un peu plus naturelle la

production de ces phénomènes. Dans sa thèse intitulée: _De l'influence

des astres, des planètes, sur la guérison des maladies_, le médecin

allemand prétendait «que les corps célestes exercent, par la force qui

produit leurs attractions mutuelles, une influence sur les corps

animés, spécialement sur le système nerveux, par l'intermédiaire d'un

fluide subtil qui pénètre dans tous les corps et qui remplit tout

l'univers». C'est ainsi qu'il fonde la doctrine du _Magnétisme

animal_, doctrine qui, en réalité, n'était point nouvelle. Sans

remonter aux théories des anciens orientaux, dont nous avons parlé

plus haut, on en trouve des traces très nettes dans Paracelse,

Burgraëve, le Père Kircher, etc.[27].

[27] Voir, pour l'histoire du Magnétisme animal, les ouvrages de

Dechambre, de Bersot et une excellente étude de Paul Richer, dans

la _Nouvelle Revue_ du 1er août 1882.--Voir aussi le _Magnétisme

animal_, de Binet et Féré (Alcan, 1890).

On connaît l'existence accidentée de l'inventeur du fameux «baquet» et

les pratiques charlatanesques auxquelles il eut recours pour attirer

la clientèle; ce furent elles qui jetèrent tant de discrédit sur les

théories du Magnétisme animal. Pourtant, ainsi que le dit M.

Bernheim[28], «tout n'était pas nul dans les folles et orgueilleuses

conceptions du Mesmerisme». Pour en donner une idée, citons seulement

cette proposition de Mesmer:

«On trouve, dit-il, dans le corps humain, des propriétés analogues à

telles de l'aimant, on y distingue des _pôles également divers et

opposés_»[29].

[28] _De la Suggestion et de ses applications._

[29] 9e des _27 Propositions_ de Mesmer.

Voilà mentionnée la _polarité humaine_, retrouvée de nos jours par

Reichenbach[30], Durville, Chazarain, de Rochas, etc.

[30] Voir le _Fluide des magnétiseurs_, réédité et annoté par M.

de Rochas (Carré, 1892).

Nous avons dit, au début de cet aperçu historique, que l'un des

caractères essentiels du Merveilleux était son polymorphisme. C'est

cette grande variété dans ses modes de manifestation qui rend son

histoire confuse et difficile à exposer, surtout lorsqu'on arrive à la

fin du siècle dernier et au nôtre. Alors, en effet, l'attention est

sollicitée par une foule de noms divers qui la déconcertent:

_Occultisme_, _Magie_, _Magnétisme_, _Somnambulisme_, _Hypnotisme_,

_Spiritisme_, etc., etc.

Disons donc, pour fixer les idées, qu'au XVIIIe siècle, Mesmer, ayant

fait connaître au grand public, sous le nom de _Magnétisme animal_,

une partie des phénomènes que, seuls jusqu'alors, connaissaient et

revendiquaient les adeptes des sciences occultes, on peut distinguer,

dans l'histoire du Merveilleux, deux courants:

D'un côté, les diverses écoles d'occultisme et les sociétés secrètes,

_Rose-Croix_, _Hermetistes_, continuent l'antique tradition.

De l'autre, le Magnétisme animal évolue, à travers bien des fortunes

diverses, du Mesmerisme jusqu'au moderne Hypnotisme.

Or, nous n'étudions ici que des phénomènes qui, tout en ayant

peut-être quelque lien caché avec ceux de l'Hypnotisme, en sont

pourtant tout à fait différents.

C'est pourquoi nous rappellerons seulement que le Magnétisme animal,

perfectionné en quelque sorte par le marquis _de Puységur_, qui

découvre le somnambulisme provoqué par le baron _du Potet_,

l'inventeur du _miroir magique_, et par bien d'autres encore, ne put

cependant se concilier la faveur des corps savants. Bien au contraire,

après un nombre infini de recherches, de discussions, de rapports,

l'Académie de médecine de Paris conclut, en 1837, à sa négation

entière, absolue. Mais on sait comment son étude, reprise par

l'Anglais _Braid_, qui lui donna le nom d'_Hypnotisme_, continuée par

_Azam_, par _Durand de Gros_[31] (un adepte de la première heure, dont

on ne saurait trop rappeler l'active et courageuse propagande),

aboutit enfin aux beaux travaux des _Liebeault_, des _Charcot_, des

_Richet_, des _Grasset_, des _Bernheim_ et d'une foule d'autres

auteurs.

[31] _Cours théorique et pratique de braidisme_, publié sous le

pseudonyme de Philip's.

Dès lors, le Magnétisme animal, sous son nom nouveau d'_Hypnotisme_,

est définitivement admis et triomphe avec éclat.

On peut donc dire que des phénomènes que l'on attribuait en propre au

Merveilleux viennent de se faire reconnaître par la science

officielle.

Or, notre travail se propose de montrer qu'à la suite d'autres

chercheurs qui, dans la région du Mystère, ont voulu pousser plus loin

que l'hypnotisme, cette même science officielle va, sans doute, être

forcée d'admettre aussi les autres modalités du Surnaturel, celles qui

formaient jusqu'ici l'apanage des Sciences occultes, Magie, Kabbale,

Alchimie, etc.

Mais, au préalable, un mot sur ces dernières.

Nous avons dit que, d'après les occultistes, l'initié Moïse aurait

renfermé, dans les deux livres fondamentaux de la Kabbale, le _Sepher

Iesirah_ et le _Zohar_, l'essence de l'antique doctrine ésotérique de

l'Orient. Or, la transmission jusqu'à nous de cette doctrine se serait

faite par les diverses écoles d'occultisme qui, toutes, dérivent de la

Kabbale, et, par conséquent, de l'Esotérisme de l'antiquité.

Comme lui, en effet, toutes reposent sur un même principe: l'existence

d'un Agent unique universel, d'une Force fluidique, origine de toutes

choses et à qui elles ont donné les noms les plus divers. C'est l'_Od_

des Hébreux, l'_Aour_ des Kabbalistes, le _Mercure universel_ de

l'Alchimie, la _Lumière astrale_ des Mages[32].

[32] Cette force émanerait «d'un centre mystérieux et ineffable,

où réside l'Être des Êtres.»

De même, tous les occultistes professent, et ceci nous intéresse

spécialement, que l'une des modalités de cette Force unique est

inhérente à l'organisme humain et aux autres corps de la nature; elle

est mystérieuse, le plus souvent à l'état latent, mais peut, dans

certains cas et sous certaines conditions, donner lieu à des

phénomènes inexplicables par les données ordinaires de la science,

tels que le soulèvement spontané du corps au-dessus du sol ou

_Lévitation_, les mouvements d'objets matériels sans cause

appréciable, la transmission de la pensée à distance, les apparitions,

etc.

Pour les Mages, cette force est le _Corps astral_, troisième principe

de l'homme, sorte d'intermédiaire entre l'âme et le corps

organique[33].

[33] Voir Plytoff: _La Magie_ (Baillière, 1892).

Pour Mesmer, c'est le _Fluide magnétique_; nous verrons plus loin que,

pour la Science, c'est la _Force psychique_. Les personnes qui

l'émettent en quantité sont les _médiums_.

Enfin, tous les occultistes, après avoir affirmé la persistance du

_Moi_ conscient après la mort et même la réincarnation, admettent

l'existence d'Êtres invisibles, d'essence trop subtile pour être

perceptibles à nos sens, en un mot d'_Esprits_, qui sont de plusieurs

hiérarchies. La Magie les distingue, suivant leur rang, en: «1º

_Élémentals_, forces inconscientes des Éléments; 2º _Élémentaires_,

restes des défunts; 3º _Larves_, vestiges vitaux des morts-nés, des

suicidés, incessamment guidés par des désirs inassouvis.»

Ajoutons que tous les initiés, quels qu'ils soient, Mages,

Kabbalistes, Alchimistes, prétendent pouvoir, au moyen de leur volonté

exaltée par des pratiques cérémonielles spéciales, exercer une action

puissante sur toute cette population de l'Invisible et posséder ainsi

des pouvoirs inconnus des autres hommes. Aussi, toutes les Écoles

accordent-elles, dans leur enseignement, la première place au

développement et, pour ainsi dire, à l'entraînement de la volonté[34].

[34] Voir le beau livre de Joséphin Péladan: _Comment on devient

Mage_ (Dentu, 1892), sorte de catéchisme intellectuel et moral

que, par ce temps d'abject sensualisme, l'on devrait mettre entre

les mains de tous les jeunes gens.

Nous n'avons fait que nommer les plus grands occultistes du Moyen-Age,

Albert le Grand, Raymond Lulle, Nicolas Flamel, etc., l'enquête

commencée sur leurs théories et leurs pouvoirs extraordinaires étant

encore loin d'être suffisante.

Au XVIIIe siècle, tandis que Mesmer jetait les pratiques du magnétisme

en pâture au public, l'occultisme eut pour adeptes les membres de

diverses sociétés secrètes: _Templiers_, _Rose-Croix_, _Hermetistes_;

puis le Mystérieux: _Comte de Saint-Germain_, _Louis-Claude de

Saint-Martin_, dit le _Philosophe inconnu_, fondateur de la secte des

Martinistes[35], _Cagliostro_, etc.

[35] Voir Matter: _Saint-Martin. Le philosophe inconnu_ (Didier).

Ad. Franck: _La philosophie mystique en France au XVIIIe siècle_.

Au commencement de ce siècle, après l'époque troublée de la Révolution

et de l'Empire, vers 1820, la Science occulte renaît partout, et l'on

doit reconnaître que les diverses Ecoles sont représentées par des

hommes de grande et originale valeur, quoique tenus à l'écart par les

Académies[36].

[36] Donnons, pour fixer les idées à leur égard et faire cesser

des équivoques souvent absurdes, une définition précise des

principales Ecoles:

MAGIE.--Elle étudie la mise en pratique des forces occultes de la

nature et de l'homme. Si ces forces sont actionnées en vue du mal

ou dans un intérêt égoïste, on donne naissance à la _Magie noire_;

si, au contraire, elles sont mises en action pour le bien et dans

l'intérêt de tous, c'est la _Magie blanche_ qui se révèle.

ALCHIMIE.--Branche de la science occulte qui s'occupe

particulièrement de l'application de la magie aux êtres inférieurs

de la nature, minéraux et végétaux.

KABBALE.--Signifie _tradition_.--D'après certains auteurs, la

Bible est incompréhensible sans une explication secrète. Cette

explication aurait été donnée par Moïse à certains hommes choisis

et transmise ainsi de génération en génération. Cependant, à une

certaine époque, la peur de perdre la tradition aurait déterminé

ses possesseurs à l'écrire, le plus symboliquement possible, du

reste. De là l'origine des deux livres fondamentaux de la Kabbale:

le _Sepher Iesirah_ et le _Zohar_. (Ces définitions sont

empruntées à Papus).

Ce sont le Polonais _Hœne Wronsky_, mathématicien et kabbaliste,

_Fabre d'Olivet_[37], auquel nous devons la restitution presque

entière des Sciences enseignées dans les Sanctuaires de l'Inde et de

l'Egypte, _Eliphas Lévy_[38], le plus savant de tous les occultistes

contemporains, _Louis Lucas_[39], disciple des alchimistes, qui

«ébauche la première synthèse scientifique, en alliant la Science

occulte à nos Sciences expérimentales.»

[37] _La langue hébraïque restituée._--_Histoire philosophique du

genre humain._--_Les Vers Dorés de Pythagore._ (Traduction et

analyse.) Tous ces ouvrages chez Chamuel.

[38] _Dogme et Rituel de la haute Magie_, _Histoire de la Magie_.

_Clef des Grands Mystères_ (Chamuel).

[39] _Chimie nouvelle_, _Histoire dogmatique des Sciences

physiques_, _Le Roman alchimique_.

De nos jours enfin, surtout depuis 1880, l'Occultisme a pris un essor

extraordinaire. Toutes les Écoles comptent de nombreux et brillants

adeptes; parmi eux, citons le docteur _Encausse_, chef de clinique du

docteur Luys, qui applique avec succès aux sciences modernes la

méthode analogique de l'Occultisme, et qui, sous le pseudonyme de

_Papus_, a publié un _Traité de Science occulte_ très documenté; il

dirige en outre la plus sérieuse des Revues d'occultisme,

l'_Initiation_, qui est l'organe du _Groupe indépendant de recherches

ésotériques_. Citons encore l'hermétiste _Stanislas de Guayta_[40],

successeur direct d'Eliphas Lévy; _Joséphin Péladan_, qui soutient,

dans ses livres--avec le talent que l'on sait--les théories de la

Magie la plus transcendantale; puis le _marquis de Saint-Yves

d'Alveydre_[41], la _duchesse de Pomar_, etc...

[40] _Le Serpent de la Genèse_, _Le Temple de Satan_ (Chamuel).

[41] _Mission des Juifs_ (Calmann-Lévy).

Terminons ces quelques mots sur l'Occultisme contemporain en disant

que ce qui le caractérise, c'est l'emploi qu'il fait, dans ses

recherches, de la méthode analogique et le but qu'il se propose de

«ramener à un même principe toutes les sciences, toutes les

philosophies et toutes les religions, de trouver le lien qui unit la

Métaphysique à la Physique, la Science et la Foi.

»Au point de vue pratique, il étudie une série de forces encore mal

connues, en partant de ces deux principes: _le Hasard n'existe pas_,

_le Surnaturel n'existe pas_[42].»

[42] Papus.--Voici ce que dit M. Paulhan des Sciences occultes:

«M. Héricourt signalait récemment, à propos des travaux de M.

Charles Henry, sous le fatras des Sciences occultes, la vision de

l'importance des nombres et de leurs rapports pour l'explication

du monde. En effet, ramener le monde à des lois générales est un

but des Sciences occultes, mais ce n'est pas le seul. Une fois

connues les causes des phénomènes, il faut se servir de ces

découvertes pour agir sur le monde. La Magie n'est pas autre

chose que la science qui permet la mise en activité, par

l'initié, de l'agent universel et des différentes forces

invisibles émanées de l'âme humaine, pour obtenir certains

résultats pratiques.»

(Paulhan: _Le Nouveau Mysticisme_, page 112).

Or, ce sont ces «forces mal connues», productrices de phénomènes

prodigieux, que quelques savants éminents, diplômés à souhait, les

Croockes, les Zœllner, les Richet, les Gibier, les Dariex, ont eu le

courage, plus grand qu'il ne semble, de soumettre à des investigations

rigoureusement scientifiques, et, comme nous le disions plus haut,

c'est grâce à leurs travaux que la Science officielle sera peut-être

forcée, dans un avenir plus ou moins prochain, d'admettre, après les

phénomènes de l'Hypnotisme, les autres modalités du Merveilleux.

Nous allons voir, maintenant, à la suite de quelles circonstances ces

chercheurs furent amenés à aborder ce genre d'études jusque-là si

suspectes, et c'est ici que nous nommerons pour la première fois le

_Spiritisme_, qui, s'il n'a pas d'autres mérites, a du moins celui

d'avoir attiré sur les phénomènes qui avaient formé jusqu'à présent

l'apanage exclusif des Sciences occultes l'attention de pareilles

autorités.

On peut dire de lui qu'il a rendu à la cause des Phénomènes psychiques

occultes le même service que rendit le Mesmerisme à celle de

l'Hypnotisme. De même que Mesmer, _Allan Kardec_ et ses adeptes ont,

à travers bien des rêveries sans valeur, fait pourtant entrevoir à

quelques esprits pénétrants la possibilité de recherches sérieuses et

fécondes.

Racontons donc rapidement les origines du Spiritisme et ensuite de ce

que l'on peut nommer l'Occultisme scientifique ou officiel.

En 1847, on commença de signaler, dans le nord de l'Amérique, des

phénomènes étranges, mystérieux, qui se passaient à Hydesville, dans

l'Etat de New-York. Une famille de ce village, la famille Fox,

entendait des coups frappés dans les murs, sur le plancher de la

maison qu'elle habitait. Les meubles «étaient agités d'un mouvement

d'oscillation, comme s'ils avaient été balancés sur les flots; on

entendait marcher sur le parquet sans qu'on vît personne[43].» Des

recherches minutieuses et une surveillance sévère ne firent découvrir

aucune fraude, aucune supercherie. Quant à une hallucination possible,

les faits étaient constatés par un trop grand nombre de témoins et se

renouvelaient trop fréquemment pour qu'on pût y penser. Bientôt, les

bruits parurent produits par des forces _intelligentes_, qui

répondaient, au moyen de coups frappés, quand on les interrogeait. Dès

lors, tous ces prodiges furent--comme de juste--attribués à des

_esprits_, qui, affirma-t-on, étaient les âmes des morts.

[43] Gibier: _Le Spiritisme ou Fakirisme occidental_ (Doin,

1889).

On le voit, l'explication n'était pas précisément neuve.

On ne tarda pas à s'apercevoir que certains sujets avaient

particulièrement le don de communiquer avec ces esprits, et on leur

donna le nom de _médiums_.

«Dès lors, le moderne Spiritisme était fondé. Des médiums

innombrables se révélèrent, les pratiques spirites se répandirent

comme une traînée de poudre, les différents clergés des mille sectes

américaines s'en mêlèrent, et la confusion devint indescriptible...

Peu s'en fallut que le Spiritisme, à ses débuts, ne comptât pour

martyrs ses premiers apôtres[44]».

[44] Gibier, _loc. cit._

Bientôt l'épidémie spirite sévit en Europe. Partout on fait tourner,

parler, tables et guéridons. On s'entretient avec l'âme de tous les

grands personnages du passé, avec les puissances divines elles-mêmes,

et Dieu sait ce qu'on leur fait dire[45]!

[45] Voir De Mirville: _Pneumatologie.--Des esprits et de leurs

manifestations diverses_, 4 vol., 1863.

_Allan Kardec_, de son vrai nom _Rivail_, écrit des ouvrages qui sont,

comme l'Évangile, des Spirites français.

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 1 / 17 段