des raisonnements et des faits que j'ai eu l'honneur de vous exposer,
vous en trouverez plusieurs, je pense, dignes de votre attention, les
unes par leur importance, les autres par leur nouveauté. D'abord, si
vous considérez d'un côté tout ce que nous avons ignoré jusqu'à notre
époque sur les langues en général (sans parler de ce que nous ignorons
encore); si vous comparez le vaste théâtre géographique des langues
ci-devant inconnues, à l'étroite sphère de celles où nous n'avons cessé
de rouler, vous penserez qu'il ne suffit pas de savoir le grec et le
latin pour raisonner sur la philosophie du langage, pour bâtir de ces
théories que l'on appelle des grammaires universelles; vous sentirez que
notre exclusive admiration du grec et du latin n'est qu'un tribut
irréfléchi payé par notre enfance à la vanité scolastique de nous
instituteurs, qui veulent tout savoir, et à l'orgueil militaire des
peuples anciens, qui tinrent pour non existant ce qu'ils ignoraient. Que
diraient-ils aujourd'hui, ces Grecs et ces Romains si fiers de leurs
idiomes, _issus des dieux_ comme leurs ancêtres, si nous, leur prouvions
que leur latin pélasgique, que leur grec soi-disant autochthone, ne
furent qu'une émanation, qu'un des dialectes de la langue d'une nation
scythique dont le siège ou foyer fut la Boukarie, au nord de l'Indus, et
touchant la Bactriane par les quarante degrés de latitude; que du sein
de cette nation, favorisée d'un, beau ciel et d'un beau sol, et qui
vécut à la fois agricole et pastorale, sortirent, a des époques ignorées
de l'histoire, des essaims de guerriers, qui, comme on a vu plus tard
les Gaulois, comme on a vu ensuite les Tartares de _Tamerlan_ et les
Mongols de _Techinguiz-Kan_, étendirent leurs invasions successives
depuis les plaines du Gange, où leur race persiste, jusqu'aux îles
britanniques, où leurs traces s'aperçoivent encore? Depuis cent ans, le
langage de cette nation scythique, retrouvé par nos savants européens
dans les livres sacrés de l'Inde, sous le nom de _sanscrit_, est de plus
en plus reconnu pour être la base, non seulement d'une infinité de mots,
mais encore du système grammatical d'une foule de langues modernes et
anciennes: de presque tous les dialectes actuels de l'Indostan; de
l'ancien dialecte goth et _moesogoth_, du vieux teuton ou _Deutche_, qui
fut le _Dace_ des Romains; de son dérivé, le plat allemand, d'où
dérivent à leur tour, le hollandais et l'anglo-saxon; enfin de l'ancien
grec lui-même, et de ses collatéraux, l'étrusque et le latin; de manière
que les Pélasgues, si célèbres par leurs migrations, ont du être, comme
les _Tchingares_ (nos Bohémiens), une tribu d'origine _indoscythe_,
chassée à l'ouest par des convulsions guerrières: sans doute ce furent
les descendants de ces Scythes _sanskritiques_, qui, sous le nom grec de
_massagètes_ (équivalant au sanscrit _Maha Sagatai, grands Scythes_),
soutinrent contre les Égyptiens le procès d'antiquité nationale dont
parle Hérodote; et ce fait, lui seul, rend communs aux Scythes les huit
ou neuf mille ans dont les Égyptiens citaient à Solon et Platon, des
preuves que ces hommes célèbres nous attestent être, non des fables,
mais des faits authentiques portant avec eux leurs preuves.
En résumé, les Grecs si fiers de leur langue et de leur génie, n'ont été
que les cousins germains des Gètes et des Thraces: la situation
géographique a fait la différence; et nos littérateurs dédaigneux, qui
repousseraient cette commune origine, les feraient ressembler à ces
parvenus qui méconnaissent leurs parents.
Une seconde conséquence, nouvelle et importante, est que désormais il
est prouvé que l'homme seul, par ses moyens naturels, a pu, a dû
inventer plusieurs langues. Cette vérité résulte des différences
tranchantes remarquées entre divers systèmes grammaticaux, dont
quelques-uns sont vraiment bizarres. Les savants philologues s'accordent
à reconnaître plus de trente idiomes originaux ou _langues mères_; or,
il suffit qu'une seule langue soit d'invention humaine, pour conclure
que toutes peuvent l'être: dès lors disparaît le besoin que se fit
l'ignorance des premiers raisonneurs en ce genre, d'appeler les dieux,
les génies à l'éducation primitive de l'homme, et à la suggestion de son
langage. Expliquer ce qu'on ne conçoit point par des moyens encore plus
inconcevables, est un procédé par trop bizarre; imaginer que l'homme
puisse réciter subitement des mots dont il n'a ni l'habitude ni le
besoin, et qui seraient les signes d'idées qui ne sont pas nées, c'est
une autre contradiction qui seule caractérise et les inventeurs et leurs
disciples.
Du reste, la création naturelle des langues ne doit point alarmer ceux
qui veulent absolument que toutes les races humaines soient issues d'un
seul couple primitif: j'avoue que je n'entends pas mieux l'apparition
naturelle d'un premier couple que de plusieurs; mais comme je ne vois
aucune utilité morale et politique à l'une et à l'autre hypothèse, je
demande la permission de rester indifférent: seulement je remarque qu'en
admettant un seul couple primitif, il a pu arriver, par la suite, que
quelque couple de sourds et de muets ait vécu isolé, et qu'il ait
produit une race bien conformée, qui aurait été contrainte de se faire
une langue. Nier la possibilité de cette invention, c'est prétendre que
tout ce que l'on ne conçoit pas ne peut exister; plus je vieillis, moins
j'ai cette prétention; sans sortir du cours des choses naturelles, il me
semble que les lois de l'entendement humain suffisent seules à résoudre
le problème; aussi a-t-il été déja tenté deux fois de manière à faire
espérer un succès final; une première fois par le président _de
Brosses_, en son traité de la _Formation mécanique des langues_[49]; une
seconde fois par l'auteur écossais, lord _Munboddo_ et son _Essai sur
l'origine et les progrès du langage_; ce second ouvrage a sur le premier
ce grand avantage, que _Munboddo_ ne s'est pas restreint à la méthode
didactique, comme l'a fait de Brosses; mais il a nourri ses
raisonnements d'une foule d'observations et d'anecdotes curieuses,
fournies par les voyageurs et les historiens sur les peuples sauvages et
les individus trouvés solitaires dans les bois: de manière que sa
théorie prend un coloris animé qui la rend plus persuasive. _Munboddo_
prouve par des faits que l'homme solitaire n'a ni motif ni moyen de
parler; que le langage naît seulement de l'état social; que ses premiers
éléments sont, 1º les cris ou interjections; 2º les imitations des
bruits naturels, d'où naît l'onomatopée, ou _création des mots_, sur
laquelle vient se greffer la convention de prendre un son pour signe
d'une idée.
Dès lors que la question de l'origine du langage est expliquée, toutes
ses subséquentes découlent aisément les unes des autres.
Par exemple, celle de l'accroissement ou extension d'une langue, n'offre
pas de difficulté réelle: l'on conçoit comment, sur un premier canevas
donné, l'esprit humain prolonge de nouvelles lignes dans la direction de
celles qui existent; comment, en acquérant des idées nouvelles, il les
peint par des mots tirés de la même famille; comment il combine les
anciens mots pour en faire de nouveaux: l'étude des étymologies est
démonstrative à cet égard; les procédés des enfants le seraient
également, si au lieu d'en faire des perroquets, nous les laissions un
peu raisonner et parler d'eux-mêmes.
Une seconde question, l'état stationnaire d'une langue, se conçoit
facilement: en effet, qu'un peuple vive isolé; qu'il ait acquis une
somme d'idées suffisante à ses besoins, à ses habitudes; que par la
nature de son gouvernement il ne puisse étendre la sphère de ses
connaissances: chez un tel peuple, la langue peut subsister des siècles
sans avancer ni reculer; j'en fournirais des exemples au besoin. Cet
état stationnaire et limité est bien plus répandu qu'on ne pense; il a
lieu chez presque tous les peuples montagnards, chez les peuples
pasteurs, s'ils peuvent se préserver des guerres externes; enfin chez
les nations même civilisées, et cela dans les classes et professions où
le temps de l'homme et de la famille est absorbé par les soins de la
subsistance; ces classes ne connaissent de la langue nationale, que la
portion qui leur est nécessaire: amenez un paysan, un ouvrier, dans nos
assemblées scientifiques, vous verrez combien de mots ils ne comprennent
pas; faites-les suivre un raisonnement ou une narration, vous verrez
qu'ils n'ont pas l'usage de plusieurs modes et temps de nos verbes. On
se fait illusion, lorsqu'on parle des nations comme de corps sociaux
homogènes à la manière des corps physiques; elles ne sont que des
confédérations de peuples différents, qui, sous le nom de riches, de
pauvres, de propriétaires, de prolétaires, d'oisifs, de laborieux, ont
des sphères d'idées, et par conséquent des _dictionnaires_ de mots
très-différents. Nous qui en faisons un, ne sentons-nous pas à chaque
instant, qu'à côté de nous il en existe d'autres relatifs aux arts, aux
sciences, aux métiers, tous faisant partie de l'idiome français, et qui
cependant nous sont plus ou moins étrangers?
Une troisième question, celle de l'altération d'une langue, veut être
divisée en deux branches.
L'altération par le mélange des mots étrangers: c'est l'effet des
guerres, des invasions, du commerce. Ce mal vient de l'extérieur.
L'altération par l'amaigrissement, l'appauvrissement, c'est-à-dire, par
l'oubli ou le non emploi des expressions et des tournures élégantes, par
l'introduction des termes et des tournures triviales, de mauvais goût,
de peu de justesse. Ce mal vient de l'intérieur.
L'altération par mots étrangers, effet des invasions, des conquêtes, est
trop claire pour s'y arrêter; elle est plus ou moins grande, selon
l'affinité ou la dissemblance des deux langues qui se mêlent; elle
devient totale, si leur construction grammaticale est diverse,
c'est-à-dire, si l'exposition des idées marche dans un ordre différent.
Ce cas amène des décompositions du langage existant, d'où sort un
langage nouveau, mixte de ceux qui précèdent. Notre langue française en
a fourni un exemple très-instructif, depuis que l'un de nos savants et
ingénieux confrères[50] a démontré sa formation de toutes pièces, par un
travail fait pour servir de modèle.
L'altération par appauvrissement intérieur s'explique aisément par un
exemple.
Lorsqu'en 1789 la nation française concourut par toutes les classes qui
la composent, à nommer ses représentants dans l'assemblée dite
Constituante, les lois et les harangues, pendant trois ans, parlèrent le
français le plus noble et le plus correct. La Convention succéda: vous
savez quel langage parlèrent alors les harangues et les lois? Pourquoi
cette différence? parce que, dans le premier cas, le langage fut celui
des classes cultivées et lettrées; tandis que, dans le second, il fut
celui des classes qui ne connaissaient que le dictionnaire des besoins.
Les choses furent au point, que l'on dut parler un mauvais style, comme
l'on dut porter un mauvais habit de sans-culotte.
Les éternels Romains, que ramène sans cesse notre éducation de collège,
vont me fournir un autre exemple.
Dans l'origine, ce peuple est un mélange d'hommes bannis de divers
états de l'Italie, sur un mauvais sol volcanique que personne n'envie;
ils ont un langage où domine le grec mêlé de mots gaulois, phéniciens,
teutons, introduits par les guerres et le commerce; ce langage
s'amalgame, s'identifie par la communauté d'habitude entre ceux qui s'en
servent; il s'augmente d'une génération à l'autre en proportion des
idées nouvelles; Rome s'agrandit, rassemble une croissante population,
qui, par sa concentration, prend bientôt identité de moeurs et de
langage; après la ruine de Carthage, cette population, débarrassée du
souci des guerres, commence à s'occuper de jouissances, à cultiver les
sciences et les arts: la langue se polit et s'adoucit; les
prononciations dures deviennent pénibles à des bouches efféminées et
délicates: on substitue les consonnes douces aux fortes. On dit:
_leguiones_ (legiones) pour _lekiones_; _maguistratus_ pour
_makistratos_; _effugiunt_ pour _exfokiont_; _dictatori alto_ pour
_dictatored altod_[51].
Dans cette population partagée en deux nations ou factions rivales (les
plébéiens et les patriciens), leurs forces respectives balancées mettent
chaque citoyen dans le cas d'exprimer librement ses sentiments, ses
pensées: cette liberté donne aux expressions de l'énergie, de l'étendue;
le besoin de persuader perfectionne l'art de présenter les idées;
l'homme devient éloquent parce qu'il est libre; la langue acquiert son
maximum de perfection; l'esprit produit ses chefs-d'oeuvre. Bientôt
survient un changement dans l'état des choses et dans la forme du
gouvernement: les riches se sont unis pour opprimer, ils se divisent
pour régner. Du sein des rivaux s'élève un maître; Rome tremble devant
l'_imperator_ entouré de soldats licteurs; les courages ont été brisés
par les proscriptions; la terreur est maintenue par les délations. Que
deviendra le langage? l'homme n'a plus de sentiments généreux à
manifester, plus d'idées hardies ou justes à émettre; ses expressions
vont devenir incertaines, timides, tortueuses, même fausses et
menteuses; ses phrases seront maniérées, embarrassées; son style n'aura
de couleur que pour l'adulation et le panégyrique: on croira la langue
appauvrie; ce sera le coeur et l'esprit. Les barbares viendront; leur
langage se mêlera au latin, la confusion suivra, et ce ne sera qu'avec
le temps que l'on verra naître un amalgame nouveau et bizarre.
Une dernière question, celle de la disparition, de la perte totale d'une
langue, trouve un exemple singulier dans le récit d'un voyageur que je
crois Pallas: deux hordes tartares étaient en guerre; l'une surprit
l'autre, elle extermina tous les mâles, et garda seulement les petits
enfants et les femmes, comme un moyen d'accroître promptement sa
population; les femmes des vaincus ne surent ou ne voulurent pas
apprendre la langue de leurs maîtres; les enfants qui naquirent, élevés
dans la langue des mères, la conservèrent de préférence, et par un cas
singulier, la langue des vaincus supplanta, en deux générations, la
langue des vainqueurs.
Mais il est bien temps de terminer ces considérations tracées à la hâte;
je pense avoir prouvé que l'étude des langues fut à peu près nulle chez
les anciens, que chez les modernes elle a d'abord été remplie de
préjugés et d'erreurs; qu'elle n'a commencé d'être réellement
philosophique, c'est-à-dire conforme au sens droit et à l'indication des
faits, que depuis un siècle; que de nombreux matériaux se trouvent enfin
rassemblés; mais qu'il reste encore beaucoup à faire pour en construire
un édifice régulier qui nous présente la théorie et la pratique,
s'appuyant et s'expliquant réciproquement; enfin, comme dans l'écrit
même que j'ai l'honneur de vous soumettre, je ne puis me dissimuler
quelques lacunes, et que je dois y soupçonner d'involontaires erreurs,
il devient une nouvelle preuve de cette expérience nationale dont nous
devons nous faire le reproche, relativement à cette branche de
connaissances: heureux s'il devenait un motif d'émulation, et si
l'Académie française en prenait occasion de délibérer sur les moyens de
répandre parmi nous l'élite ou du moins les principaux résultats des
ouvrages qui honorent et enrichissent l'esprit de nos voisins.
FIN.
NOTES:
[1] Quelques jours avant de mourir, M. de Volney avait commencé
l'histoire de sa vie; tout ce qui est marqué par des guillemets, est
copié sur des notes écrites au crayon, et qui furent trouvées parmi ses
papiers.
[2] La Chambre des Pairs, l'Académie.
[3] Chasseboeuf.
[4] À peu près 6,000 fr.
[5] Suard, Vie du Tasse.
[6] Moniteur du 28 mai 1789.
[7] Moniteur du 20 mai 1790.
[8] En 1791.
[9] Pastoret, Discours de réception à l'Académie.
[10] _Voyez_ page 355.
[11] En juin 1798.
[12] Laya, Discours de l'Académie.
[13] Espèce de renard qui ne vague que pendant la nuit.
[14] D'après les calculs de Josèphe et de Strabon, la Syrie a dû
contenir dix millions d'habitants; elle n'en a pas deux aujourd'hui.
[15] Le dragon Bel.
[16] En 1782, à la fin de la guerre d'Amérique.
[17] La fatalité est le préjugé universel et enraciné des Orientaux:
CELA ÉTAIT ÉCRIT, est leur réponse à tout; de là leur apathie et leur
négligence, qui sont un obstacle radical à toute instruction et
civilisation.
[18] Voyez la planche II, qui réprésente une moitié de la terre.
[19] L'Afrique.
[20] La Méditerranée.
[21] Voyez pour ces faits le Voyage en Syrie, tome II, et les Recherches
nouvelles sur l'Histoire ancienne, tom. II.
[22] Il n'y a qu'un Dieu, et Mahomet est son prophète.
[23] Luther et Calvin.
[24] Les saducéens et les pharisiens.
[25] Quand un sectateur de Chiven entend prononcer le nom de Vichenou,
il s'enfuit en se bouchant les oreilles et va se purifier.
[26] Ces paroles sont le sens et presque le texte littéral du premier
chapitre du Qôran.
[27] Ce sont ces deux grands partis qui divisent les musulmans. Les
Turks ont embrassé le second, les Persans le premier.
[28] Voyez à ce sujet le tome I des Recherches nouvelles sur l'Histoire
ancienne, où cette question est développée à fond, depuis le chapitre V.
[29] Les nuits de six mois.
[30] Alitz, en phénicien ou hébreu, signifie dansant et joyeux.
[31] OEil et soleil s'expriment par un même mot dans la plupart des
anciennes langues d'Asie.
[32] Du latin _lex_, _lectio_: Alcoran signifie aussi la lecture, et
n'est qu'une traduction littérale du mot loi.
[33] C'est de ce mot _habitudes, actions répétées_, en latin _mores_,
que vient le mot moral et toute sa famille.
[34] Domestique vient du mot latin _domus_, maison.
[35] _Oico-nomos_, en grec, bon ordre de la maison.
[36] _Æquitas_, _æquilibrium_, _æqualitas_, sont tous de la même
famille.
[37] Cet écrit est le texte original sur lequel fut faite la traduction
anglaise, publiée à Philadelphie en ventose an 5.
[38] Volney se contente de rappeler cette assertion du docteur et
dédaigne de la réfuter. Il n'y répondit, plusieurs années après, que par
la publication de ses savans ouvrages sur les langues orientales.
(_Note de l'éditeur._)
[39] Le docteur Priestley était de la secte des Quakers.
[40] Quand vous jeûnez n'affectez pas la tristesse des hypocrites, qui
se rendent le visage pâle et défait, afin que les hommes remarquent
qu'ils jeûnent:
Mais, quand vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez-vous le visage.
_Saint Matthieu_, chap. VII, vers. 16 et 17.
[41] Le docteur N..., théologien, et le docteur Black, chimiste, étaient
au café à Edimbourg. On jeta sur la table une nouvelle brochure
théologique du docteur Priestley: «En vérité, dit le docteur N..., cet
homme ferait mieux de s'en tenir à la chimie; car, d'honneur, il
n'entend rien en théologie. Pardonnez-moi, répondit le docteur Black, il
est prêtre, il fait son métier; car, de bonne foi, il n'entend rien en
chimie.»
[42] Le docteur Priestley lui-même, qui _donna_ un sermon au profit des
_immigrants_, comme les comédiens donnent une pièce au profit des
pauvres.
[43] «Et que m'en revient-il ici (de mes travaux de ministre
évangélique), si ce n'est peut-être de m'attirer le mépris _de gens
tels_ que M. Volney, qu'à la vérité cependant je me sens assez capable
de supporter?»
Ce langage est d'autant plus étrange, que dès long-temps M. Priestley
n'avait reçu de ma part que des honnêtetés. En 1791 je lui adressai un
mémoire sur la chronologie, à l'occasion des tableaux qu'il avait
publiés: pour toute réponse il m'injuria en 1792..... Après m'avoir
injurié, me trouvant ici l'hiver dernier, il me fit prier à dîner chez
son hôte et ami M. Russell; après m'avoir fait beaucoup de politesses à
ce dîner, il m'invective de nouveau dans un pamphlet; après m'avoir
invectivé, il me rencontre dans la rue de Spruce, veut me prendre la
main comme à un ami, et il parle de moi sous ce nom en grande compagnie.
Je demande au public, qu'est-ce que le docteur Priestley?
[44] Elle dura cinq quarts d'heure.
[45] Voyez les _Commentaires_ de dom Calmet.
[46] _Tour_, en arabe et en hébreu _bourdj_ et _bourg_; d'où viennent
l'allemand et l'anglais, _burg_, _borough_, et le français, _bourg_, par
la raison que les _tours_ ou _clochers_ ont toujours été le signal d'un
lieu habité.
[47] _Babil_, en français, est bien analogue; et en égyptien, le mot
_barbar_ on _berber_, pour désigner l'homme étranger, semble n'être que
l'équivalent de _babul_, comme signe d'un _bredouillage_ qu'on ne
comprend pas.
[48] Je ne parle point de celle de _Court de Gébelin_, qui appartient
plutôt aux romans qu'à la science.
[49] Publié en 1765; 2 vol. in-12. _Voyez_ chap. VI, t. 1
[50] M. Raynouard, dans ses _Recherches sur l'origine et la formation de
la langue romane_, etc. (Chez Firmin-Didot, rue Jacob).
[51] Vieux latin de la deuxième guerre punique.