_De nouvelles lettres de notre correspondant à l'armée serbe nous
donnent le détail des opérations qui se sont poursuivies du 19 au 21
juillet autour d'Egri-Palanka et qui, sauf une légère avance du côté
serbe, n'ont point amené de résultats décisifs. Le croquis que nous
reproduisons à la page suivante indiquera à nos lecteurs les positions
des adversaires au cours de ces engagements. Nous ne pouvons publier
intégralement, faute de place, l'intéressant récit détaillé dans lequel
M. de Penennrun a résumé ses observations, en divers endroits de la
ligne de feu, d'écrivain militaire et de soldat. Nous devons nous borner
à donner la partie de ses correspondances où, sous l'impression des
derniers coups de feu échangés, notre envoyé spécial fait, selon les
principes enseignés à notre École de guerre, la critique des opérations
auxquelles il vient d'assister._
Egri-Palanka, 21 juillet.
Un progrès sérieux vient enfin d'être marqué aujourd'hui par l'armée
serbe, qui a rejeté sur leur principale position de défense les
avant-lignes bulgares. Le mouvement en avant serait-il donc cette fois
définitivement amorcé? Depuis les trois jours que l'on se bal tout
autour d'Egri-Palanka, il semble que, pour la première fois, une action
déterminante vient, d'être effectuée.
Cependant, illusion ou vérité, au moment même où je constatais le succès
et les progrès des lignes serbes, je percevais en même temps très
nettement, à mille indices, que tout cela n'était que l'apparence
trompeuse d'une activité tellement latente qu'elle allait sans aucun
doute d'ici peu se muer en arrêt définitif de tonte marche en avant.
L'armée serbe, victorieuse au commencement du mois sur la Bregalnitza,
aurait dû, à ce moment, sans perdre de temps, sans tenir compte de
contingences plus ou moins embarrassantes, converser rapidement vers le
nord et violemment, durement, se jeter à l'attaque des gros bulgares
barrant la route de Sofia. Nulle considération de temps n'aurait dû
intervenir, car ici le temps travaillait tout aussi bien pour ou contre
elle que pour ou contre les Bulgares.
Cette vérité, peu nouvelle dans l'art de la guerre, qu'il faut aller
vite, n'a pas été observée; elle ne le sera pas demain non plus. Les
batteries au milieu desquelles je me trouvais aujourd'hui auraient dû,
dès ce soir, maintenant que les gros d'infanterie se voyaient en mesure
d'atteindre les crêtes au delà de la Dubrovnitza, s'y porter
immédiatement elles aussi. Et, sans désemparer, sans perdre une seconde,
l'attaque des crêtes frontières aurait dû commencer! Au lieu de cela,
c'est l'arrêt, la suspension très nette de tout mouvement ultérieur
offensif, presque le retrait des troupes victorieuses sur leurs
précédentes positions... Ou ne veut pas se battre... La bataille
d'Egri-Palanka, commencée depuis trois jours, se termine en point
d'orgue!