VOYAGE SUR MER

J’avais quitté l’Europe dans le seul but de découvrir le Soleil, et des

bruits couraient qu’on devait le trouver en Égypte.

Cependant, je ne m’étais pas rendu compte de ce que j’y trouverais en

plus.

Un bateau de la Cie P. et O. nous emmena hors de Marseille. Un sérang de

lascars, muni d’un sifflet, portant une chaîne, un châle et des

vêtements bleus flottants s’affairait à la cale aux bagages. Quelqu’un

au treuil manœuvra mal. A celui-là le sérang appliqua un nom, bien

vilain en lui-même, mais qui, sur-le-champ, éveilla chez celui qui

l’entendit de délicieux souvenirs.

--O Sérang! cet homme est donc bien sot?

--Très sot, Sahib! Il vient de Surah. Mais seulement pour sa nourriture.

Il eut un large sourire; l’habitant de Surah également. Le treuil se

remit à grincer. Les voix, qui criaient: «Laissez aller! Arrêtez!»

étaient non moins familières que l’amicale bouffée qui s’échappait de la

cuisine des lascars ou le bruit mat des pieds nus se plaquant sur le

pont du navire. Certes, sans la présence de quelques impertinentes

années écoulées, je n’aurais pas hésité à aller partager avec eux leur

riz. Bien, bien gentils, en effet, s’étaient montrés jadis certains

sérangs envers de petits blancs, trop petits encore pour avoir de caste!

Mais c’était le vaisseau lui-même qui restait l’objet le plus familier

entre tous: j’avais oublié,--et rien dans le tarif à bord ne pouvait me

le rappeler,--que, dans le métier resplendissant exercé par les

paquebots pour voyageurs, survivaient encore des vaisseaux n’ayant

qu’une seule hélice.

Ce furent des passagers du Nord Atlantique, habitués à de vrais

vaisseaux, qui en firent la découverte et se montrèrent aussi ravis que

l’eussent été des touristes américains en train de visiter

Stratford-sur-Avon.

--Venez donc voir! s’écrièrent-ils..., il n’a qu’une hélice, rien

qu’une! Écoutez comme ça cogne! Réellement, vous l’avez vue leur vieille

grange de salon? Ah oui! mais la bibliothèque des officiers? Elle est

ouverte pendant deux demi-heures, la semaine, et une demi-heure le

dimanche. Il faut verser un dollar et quart pour chaque volume. Voilà un

voyage que nous n’aurions pas voulu manquer pour rien au monde. C’est

tout comme si on voyageait avec Christophe Colomb.

Ils erraient de-ci de-là sur le port, bavards, émerveillés, et heureux,

car ils devaient débarquer à Port-Saïd. Moi aussi, je me livrai à des

explorations. Tout, à bord, depuis le linge de table mal repassé, les

épais verres à dents pour les apéritifs, l’étalage désordonné des

victuailles aux repas jusqu’aux règlements affichés dans la cabine

dépourvue de rideaux et où on n’avait pas encore trouvé le moyen de se

procurer des plateaux s’adaptant aux couchettes pour le thé du matin,

tout retardait à bord du P. O.

Soyons justes, cependant, car il faut reconnaître qu’il y avait des

ventilateurs dans les cabines, mais... on les faisait payer en

supplément. De même on racontait--bruit non contrôlé--qu’il y avait,

malgré tout, moyen de manger sur le pont ou dans sa cabine sans être

pour cela obligé d’obtenir un certificat de médecin. Tout le reste était

sous l’égide de la vieille devise «_Quis separabit_» traduisons: «cette

ligne diffère entièrement des autres».--Après tout, me dit un

Anglo-Indien à qui j’expliquais comment on voyage sur mer--quand on est

civilisé--ils ne tiennent pas à vous autres excursionnistes Égyptiens.

Ils sont sûrs de nous, parce que...--et il me fournit plusieurs fortes

raisons touchant les congés, les finances, l’absence de toute

concurrence et la possession du rivage de Bombay.

--Mais, c’est absurde! dis-je, tout ici retarde! Il y a un avis

interdisant de fumer sur le pont et d’avoir des lumières non voilées,

voilà un lascar là-bas qui se promène avec une bougie dans une lanterne.

Cependant notre vieux rafiau avançait cahin-cahan vers Port-Saïd parce

que nous n’avions pas de courrier à bord, et que la Méditerranée,

épuisée par de fortes crises d’hystérie en février, s’étalait lisse

comme de l’huile.

Je causai quelque temps avec un quartier maître écossais, qui se

plaignait de ce que les lascars ne sont plus ce qu’ils étaient

autrefois, vu qu’ils ont l’habitude (mais cela a toujours été) de

s’engager par clan ou par famille entière--tous les genres mélangés. Le

sérang dit que, pour ce qui le concernait, _lui_, il n’avait remarqué

aucune différence depuis vingt ans.--Les hommes sont toujours de

plusieurs espèces, Sahib. La raison? c’est que Dieu les diversifie. Pas

tous sur le même patron--non pas du tout sur le même patron. Il m’apprit

aussi que les gages augmentaient mais que le prix du ghee, du riz, du

cari augmentait aussi, ce qui ne faisait pas l’affaire des femmes et des

enfants à Porbandar.--Et cela également est ainsi fait, et parler ne

saurait le changer en rien. Après Suez, il se serait épanoui en de

minces vêtements et en discours plus longs encore, mais l’âpre froid le

paralysa tout comme la pensée de séparations récentes et de travail à

venir refroidissait le contingent anglo-indien. Peu à peu on parvenait à

savoir l’essentiel des vieilles histoires bien connues--tantôt c’était

la femme malade qu’il avait fallu laisser, tantôt l’enfant, tantôt l’une

de ses filles encore à l’école; telle autre toute petite, qu’on avait

confiée à des amis ou à des salariés, séparation certaine pendant tant

d’années sans grand espoir ni grand plaisir en perspective. Ce n’était

pas une Inde très agréable qu’on entrevoyait à travers les récits. En

voici un, par exemple, qui explique bien des choses:

Il y avait dans un village hindou un Patan, musulman employé par

l’usurier du village pour faire rentrer l’argent prêté;--c’est loin

d’être un métier populaire.--Il se trouvait seul parmi tous ces Hindous

et, l’accusation portée contre lui par la cour était ainsi libellée, il

avait volontairement fait perdre sa caste à un villageois hindou en le

contraignant à accepter des aliments musulmans défendus par sa religion.

Lorsque ce pieux villageois avait voulu l’amener devant le chef pour

obtenir réparation, l’être impie avait dégainé son couteau afghan, tué

le chef et blessé quelques autres en plus. Les témoignages étaient

impeccables, et se déroulèrent sans accroc ainsi qu’il doit en être de

toutes les affaires bien combinées, et le Patan fut condamné à mort pour

homicide volontaire.--Il fit appel, et, grâce à Dieu sait quel

arrangement, il obtint la permission de se défendre en personne devant

la cour d’appel, «je crois bien qu’il a déclaré qu’il n’avait pas

beaucoup confiance dans les avocats, mais que si les sahibs voulaient

bien lui accorder une audience, d’homme à homme, il pourrait peut-être

en avoir pour son argent.»

Le voilà donc sorti de prison, et, en vrai Patan, ne voulant pas se

contenter des faits précis en sa possession, il lui fallut inventer,

faire croire qu’il avait été délégué secrètement pour espionner ce

village. Puis s’échauffant, il était, certes, l’agent de cet usurier, et

sa mission était, si vous voulez, de faire usage de sa persuasion auprès

des gens qui faisaient preuve de mauvaise grâce, il travaillait pour le

compte d’un Hindou. Forcément beaucoup de gens lui en voulaient.

Beaucoup de dépositions étaient véridiques, absolument véridiques, mais

ses accusateurs avaient dénaturé les faits abominablement. Par exemple

en ce qui concernait ce couteau, certainement il avait eu ce couteau en

sa possession tout comme on le prétendait, mais pourquoi? Parce que avec

ce même couteau il était en train de découper et de distribuer un mouton

rôti dont il venait de faire cadeau en guise de festin aux villageois. A

ce même festin où il était assis en paix avec tout son monde, le village

s’était soudain dressé, et, sur un ordre donné, s’était emparé de lui,

et l’avait traîné à la maison du chef. Comment pouvait-il porter

atteinte à la caste _de qui que ce fût_, puisque tous étaient en train

de manger de son mouton? Une fois arrivé dans la cour de la maison du

chef ils brandirent leurs gros bâtons, et, en s’excitant les uns les

autres, firent mousser leur colère contre lui. Lui était Patan. Il

savait ce que voulait dire ce genre de conversation. Un homme ne peut

pas obliger les gens à payer leurs dettes sans se faire des ennemis.

Il les avertit donc; coup sur coup il les avertit en leur

disant:--Laissez-moi tranquille. Ne portez pas la main sur moi. Mais

l’agitation ne fit que s’accroître. Il vit bien qu’on avait l’intention

de l’assommer à coups de bâton, tout comme un chacal dans un égout.

Alors il dit:--Si vous me portez des coups, je frapperai, et moi, quand

je frappe, je tue, parce que je suis Patan. Mais les coups furent

portés, de lourds coups. C’est pourquoi, avec ce même couteau, qui avait

servi à découper le mouton, il frappa le chef.--Aviez-vous l’intention

de tuer le chef?--Assurément, je suis Patan. Quand je frappe c’est pour

tuer. Je les avais avertis, coup sur coup. Je crois l’avoir atteint au

foie, il est mort. Et voilà toute l’affaire, Sahibs. C’était ma vie ou

la leur. Ils auraient voulu me priver de la mienne, et cela sur la

viande même que je leur donnais gratuitement. Et maintenant

qu’allez-vous faire de moi?

En fin de compte, il fut condamné à plusieurs années de prison pour

homicide volontaire.

--Mais, dis-je, lorsque l’histoire eut été racontée, qu’est-ce qui a

fait accepter par la cour tout le témoignage du village? Il sautait aux

yeux qu’il ne fallait pas y croire?

La cour déclara qu’elle ne pouvait pas admettre que tant de gens bien

élevés et natifs du pays se fussent concertés pour dire un mensonge.

--Ah oui! Cette cour était-elle depuis longtemps dans le pays?

--Le juge était indigène, me dit-on.

Examinez la chose au point de vue portée générale, et vous vous rendrez

compte que la cour était absolument sincère. Ce tribunal n’était-il pas

lui-même un produit de la civilisation occidentale et par là forcé de

tenir l’enjeu, de prétendre penser selon les idées occidentales, de

traduire chaque rang de la société villageoise indienne en son

équivalent anglais, et de régler toutes les questions comme les aurait

réglées un juge anglais? Il faut donc que les Patans, et incidemment les

fonctionnaires anglais, se débrouillent d’eux-mêmes.

Il y a une affreuse maladie du siècle qui s’appelle «snobisme de l’âme».

Le germe a été développé avec violence dans les cultures modernes depuis

le bacille non complexe, isolé, il y a soixante ans par feu William

Makepeace Thackeray. Exactement de même que le major Ponto, avec ses

plats d’argent et son garçon d’écurie qui devait jouer le rôle de valet,

mentait à lui-même et à ses invités, de même... mais le Livre de Snobs

ne peut être rendu d’actualité que par celui qui l’a écrit.

Puis un homme du Soudan, du Sud bien lointain, intervint avec une

histoire d’un juge très troublé et d’un prisonnier bien trop calme.

Au grand bazar d’Omdurman où l’on vend de tout, vint, du fin fond de je

ne sais quel désert, un jeune homme. Il lui arriva d’entendre un

gramophone. L’existence lui parut dénuée de saveur jusqu’au moment où il

fut en possession de la créature. Il l’emporta dans son village et, le

soir venu, le mit en marche au milieu de ses amis extasiés. Son père,

sheik du village, vint écouter avec les autres, constata les cris

bruyants produits sans trace de souffle, la puissante musique obtenue

sans musiciens et dit, avec assez de justesse:--Cette chose est un

diable. Il ne faut pas apporter des diables dans mon village. Mettez-moi

cela sous clef.

Ils attendirent qu’il s’en fût allé, puis ils entamèrent un autre air.

Une deuxième fois le sheik vint et réitéra l’ordre, ajoutant que si la

boîte chantante se faisait entendre à nouveau il tuerait l’acheteur.

Mais leur curiosité et leur joie furent trop fortes, et leur firent

braver même cette intimation et, pour la troisième fois (fort tard dans

la nuit) ils insérèrent plaque et aiguille et laissèrent délirer le

djinn. Donc le sheik avec son fusil tua son fils ainsi qu’il avait

promis de le faire, et le juge anglais devant qui il fut traduit

finalement eut une peine inimaginable pour sauver cette grave tête grise

de la potence. Voici:

--Allons, mon vieux, il faut dire: coupable ou non coupable.

--Mais je l’ai tué avec mon fusil. Voilà pourquoi je suis ici. Je...

--Chut! C’est une formalité exigée par la loi: (_A voix basse_).

«Inscrivez que le vieil idiot ne saisit pas.» Restez tranquille.

--Mais avec mon fusil, je l’ai tué. Que pouvais-je faire d’autre. Il

avait acheté un diable dans une boîte et...

--Paix! Cela viendra tout à l’heure. Taisez-vous.

--Mais je suis sheik du village. Il ne faut pas apporter des diables

dans le village. Je l’avais prévenu que je le fusillerais.

--Cette affaire est entre les mains de la justice, c’est moi qui juge.

--A quoi bon? je l’ai fusillé. Supposez que _votre_ fils eût apporté un

diable dans une boîte jusque dans votre village...

Ils lui firent comprendre enfin que, lorsqu’on était gouverné par les

Anglais, les pères doivent livrer leurs enfants ayant conclu pacte avec

le diable pour être fusillés par le blanc (premier pas, ainsi que vous

le voyez, sur la pente descendante de l’assistance gouvernementale) et

qu’il devait, lui, faire quelques mois de prison pour s’être mêlé des

exercices de tir de l’État.

Nous sommes une grande race. Il y avait une fois dans la Nigritie un

jeune juge qui fit attendre pendant plusieurs minutes un prisonnier

condamné à mort, pendant qu’il cherchait mot après mot, à travers tout

le dictionnaire, en dialecte hausa, pour trouver: _Que_, _Dieu_, _ait_,

_pitié_, _de votre_, _âme_.

Et l’on m’a raconté une autre histoire encore--cette fois-ci c’est au

sujet du canal de Suez--et qui donne une idée de ce qui pourrait bien

arriver un jour à Panama. Il y avait un vapeur marchand chargé de gros

explosifs en route pour l’Orient, et tout au bout du canal il arriva

très naturellement qu’un matelot renversa une lampe dans le gaillard

d’avant. Après un intervalle de vif émoi, l’équipage déguerpit dans la

direction du désert qui longeait le canal, tandis que le capitaine et le

second ouvrirent tous les robinets et firent couler le bateau, non pas

dans le chenal, mais tout contre une berge, en laissant juste assez de

place pour qu’un vapeur pût passer. Puis les autorités du canal

télégraphièrent à ses affréteurs pour savoir exactement la nature de la

cargaison. Il paraît que la réponse les a empêchés de dormir, car

c’était à eux qu’incombait le soin de le faire sauter.

Pendant ce temps il fallait bien que la circulation se fît comme à

l’ordinaire. Advint un steamer de la Cie P. O. D’un côté le canal, de

l’autre l’épave coulée, indiquée par un vieil Arabe dans une barque,

portant un drapeau rouge, et on avait ménagé environ cinq pieds de marge

de chaque côté pour laisser passer le vapeur P. O. Celui-ci marcha avec

d’infinies précautions parce que, voyez-vous, même cinquante tonnes de

dynamite ont le pouvoir tout de même de causer quelque commotion à bord

d’un paquebot, et le bateau marchand en renfermait bien davantage, sans

parler de détonateurs. Par suite de quelque miracle cocasse, il se

trouvait que le seul passager qui fût à ce moment au courant de la

situation était une vieille dame, plutôt fière de son secret.

--Ah! dit-elle au milieu de cette effarante glissade, vous pouvez être

sûr que si tout le monde savait ce que je sais, moi, ils seraient tous

de l’autre côté du bateau.

Un peu plus tard, les autorités firent sauter le vapeur avec d’infinies

précautions et en se tenant à deux kilomètres de distance. De cette

façon il ne détruisit pas le canal de Suez et il ne démolit pas non plus

le canal d’eau potable qui le longe, mais creusa seulement un trou de

cent pieds, ou cent mètres de profondeur, et disparut ainsi du registre

du Lloyd.

Mais nulle histoire ne pouvait détourner pendant très longtemps

l’attention des bizarreries de cette étonnante ligne qui existe

strictement pour elle-même.--Il y avait une salle de bain (occupée) à

l’extrémité d’un passage ouvert à tous les vents. Finalement celui qui

se baignait en sortit.

Alors on entendit le garçon, pendant qu’il nettoyait la baignoire pour

le successeur:--Celui qui vient de sortir c’est l’ingénieur chef. Il y a

mis le temps. Quel sale travail il a dû faire ce matin!

J’éprouve une grande admiration pour les ingénieurs en chef. Ce sont des

hommes qui ont à commander et ont besoin de tous les conforts et de

toute l’assistance qu’on peut leur fournir, tels que salles de bain bien

à eux attenant à leurs cabines où ils peuvent se nettoyer à loisir.

Il n’est pas juste de les mêler avec les passagers vulgaires et on ne le

fait pas sur de vrais bateaux. Pas plus que lorsqu’on demande un bain

dans la soirée, les garçons ne vous roulent des yeux comme des bedeaux

d’église et vous répondent:--Nous allons voir si c’est possible. Ils

courent le long du couloir et crient Matcham ou Ponting ou Guttman, et

au bout de quinze secondes un de ce rapide trio vous a fait marcher les

robinets et tient les serviettes prêtes. Les vrais bateaux ne sont pas

des annexes de l’abbaye de Westminster ou de la maison de correction de

Borstal. Ils fournissent une bonne commodité en retour de bon argent et

je pense que leurs directeurs invitent le personnel à travailler avec le

sourire.

Il y a quelques années, on a dû s’imaginer que la P. O. était très

supérieure à toutes les lignes existantes, sorte de cérémonie

pontificale que l’on ne devait pas critiquer. Il importe fort peu de

savoir si vraiment cette idée provenait de sa propre excellence, ou bien

du monopole qu’elle exerçait en fait de transport de voyageurs!

Actuellement elle ne nourrit pas ses passagers, pas plus qu’elle ne

s’occupe d’eux et n’entretient plus ses bateaux assez bien pour lui

permettre de se donner des airs, quels qu’ils soient.

Et voilà pourquoi la nature humaine étant ce qu’elle est, elle s’entoure

d’une atmosphère peu gracieuse, d’un rituel absurde, pour cacher sa

lésinerie et son manque de réelle efficacité.

Ce qu’il lui faut réellement, c’est d’être précipitée brusquement au

milieu d’un Atlantique du Nord en plein mois de mars, privée de lascars

et contrainte de nager pour sauver sa vie entre un bateau C. P. R. et un

bateau du Lloyd de l’Allemagne du Nord--jusqu’à ce qu’elle ait appris à

sourire.

Lettres de voyage (1892-1913) · 第 27 / 37 题