ATTAVANTI.--Faites-les donc taire!
=On ouvre les fenêtres, Trivulce, Capréola, etc., bousculant les chaises,
courent au balcon et font de grands gestes de silence à la foule qui
crie de plus belle.=
CAPRÉOLA, =redescendant.=--Ah! oui, ils sont lancés, à présent!
=Tout le monde se disperse. Les musiciens ramassent leurs instruments.
Paisiello va, vient, s'agite, désespéré.=
FLORIA, =sortant de ses réflexions, à Trivulce.=--Qu'est-ce que c'est,
quoi? Qu'est-ce qu'ils ont tous?
TRIVULCE.--Vous n'avez pas écouté?
FLORIA.--Non, je ne sais pas! J'étais ailleurs! Une victoire?
CAPRÉOLA.--Eh! non, Bonaparte nous à battus!...
FLORIA.--Ah! =(Ravie.)= Alors, on ne chante plus?
TRIVULCE.--Parbleu, non!
=Les musiciens disparaissent avec les choeurs.=
FLORIA, =jetant au vol son cahier de musique.=--Ah! Quelle chance!... Je
me sauve!... =(A Luciana.)= Vite! mon manteau!
=Luciana lui jette vivement sa plisse sur les épaules.=
CAPRÉOLA.--Comprend-on cet animal qui perd la bataille le matin et qui
la gagne le soir!
=Il remonte avec Trivulce.=
FLORIA.--Eh bien! Je vais faire comme lui!
=Elle sort par la droite.=
SCARPIA, =seul à gauche, à l'avant-scène, avec Schiarrone. Vivement à
Schiarrone.=--Tes hommes en voiture... La mienne, vite, et la suivre de
loin. =(A Attavanti qui cause avec Trivulce tandis que Schiarrone
s'élance dehors.)= Allons, marquis, je vous enlève!
ATTAVANTI, =surpris.=--Pour?...
SCARPIA, =lui prenant le bras.=--La chasse!... Vous comprendrez plus
tard... Dépêchons...
=Il l'entraîne par la même porte que Floria.=
TRÉVILHAC, =redescendant au fond, en riant aux éclats.=--Non! Cette
fameuse victoire qui est une défaite, c'est trop drôle!
CAPRÉOLA.--Pas pour vous!
TRÉVILHAC.--Ah! ma foi! tant pis! Je suis battu! Mais nous sommes
vainqueurs! Vive la France!
=La musique et les cris qui n'ont pas cessé redoublent sur la place,
malgré les gestes de Trivulce, Capréola et autres qui se précipitent de
nouveau sur le balcon pour les faire taire.=