FLORIA, SCARPIA, PERSONNAGES, AU FOND.

SCARPIA, =accoudé sur le canapé derrière Floria, prenant sa main sur le

bras du canapé et la serrant doucement dans ses deux mains, en

souriant.=--Savez-vous bien, signora, que je pourrais mettre les menottes

à cette jolie main-là et vous envoyer au château Saint-Ange?

FLORIA, =tranquillement, occupée de son papier, sans retirer sa

main.=--M'arrêter?

SCARPIA, =de même.=--Oui-da?

FLORIA, =de même.=--Pourquoi?

SCARPIA.--Pour étalage de couleurs séditieuses.

FLORIA, =de même.=--Ma robe?

SCARPIA.--Ce bracelet!... Rubis, diamants et saphirs. Tricolore, tout

bonnement!

FLORIA, =vivement, retirant son bras.=--Ah! C'est vrai!... Si la reine le

voit!...

SCARPIA.--Quelle plaisanterie! Nul que moi n'y prendra garde. Vous êtes

trop connue pour votre dévouement à l'église et au roi... =(il s'assied

près d'elle.).= malheureusement!

FLORIA.--Comment! Malheureusement?

SCARPIA, =galamment.=--Eh oui! J'aurais plaisir à vous avoir pour

prisonnière.

FLORIA, =gaiement.=--Dans un cachot?

SCARPIA, =de même.=--Et sous triples verrous, pour vous empêcher de fuir.

FLORIA.--Et la torture aussi, peut-être?

SCARPIA.--Jusqu'à ce que vous m'aimiez.

FLORIA, =reprenant son papier.=--Si vous n'avez que ce moyen-là!

SCARPIA.--Bon; les femmes ne détestent pas un peu de violence.

FLORIA.--C'est qu'en vérité on fait courir d'assez vilains bruits sur ce

qui se passe là-bas, avec les femmes.

=Elle revient à son papier de musique.=

SCARPIA, =souriant.=--Bah! Que ne dit-on pas? Ce vieux château paye

aujourd'hui pour ses fredaines d'autrefois. C'est au souvenir des Borgia

qu'il doit cette méchante renommée. Est-ce que c'est vraiment bien,

cette cantate de Paisiello?

FLORIA, =même jeu.=--Peuh! Il aurait aussi bien fait de donner cela à la

Romanelli.

SCARPIA.--Et de ne pas vous troubler si mal à propos dans vos dévotions

à l'église Saint-Andréa.

FLORIA, =tournant les feuillets.=--Ah! Vous savez?...

SCARPIA.--Oh! par profession, je sais tout.

FLORIA, =de même.=--Il n'y a pas grand mérite à cela: je ne me cache

guère.

SCARPIA, =riant.=--C'est vrai! Il est donc bien charmant, ce Français.

FLORIA.--Français?... Il est Romain.

SCARPIA.--Oh! si peu, je veux dire par ses opinions... Comment, bien

pensante comme vous l'êtes, pouvez-vous échanger trois mots avec ce

voltairien sans, lui arracher les yeux.

FLORIA.--C'est que c'est trois mots-là sont: je t'aime!

SCARPIA.--A la bonne heure... Mais on n'aime pas tout le temps?...

FLORIA.--Mais si.

SCARPIA.--Enfin, vous causez bien un peu, dans l'intervalle. Et, avec

ses idées révolutionnaires...

FLORIA.--Bah! L'amour songe bien à cela. Vous savez la réponse de la

Venotti au roi qui lui reprochait d'aimer un sans-culotte. «Ah! ma foi,

sire, naturellement, l'amour!»

SCARPIA.--Oui, mais vous savez la suite. Trois jours après, son

républicain la plantait là. Moralité: ne pas croire à celui qui,

lui-même, ne croit à rien. Athée en religion, athée en amour: cela se

tient.

FLORIA.--Ah! bien, vous êtes loin de compte.

Il est pour moi d'une dévotion...

SCARPIA.--En êtes-vous bien sûre?

FLORIA, =le regardant, vaguement inquiète.=--Oui, j'en suis sûre. Pourquoi

dites-vous cela?

SCARPIA.--Eh! mon Dieu!

FLORIA, =de même.=--Vous savez quelque chose. Quoi! Qu'est-ce que vous

savez?... Mais, parlez donc, voyons!

SCARPIA.--Mais non. Rien, rien! Diamine!... Quelle vivacité! Un doute,

rien de plus; scepticisme professionnel. Mais, d'honneur, je ne sais

rien. Allons, c'est entendu; le chevalier vous adore. Il est fidèle, et

je le crois sans peine: cela lui est bien facile.

FLORIA, =rassurée à demi seulement.=--A la bonne heure.

SCARPIA, =tirant l'éventail.=--Je suis même tellement convaincu, que je

n'hésite plus à vous remettre cet objet.

=Fin de l'andante.=

FLORIA.--Cet éventail?

SCARPIA.--Oui, le hasard m'a conduit tantôt à Saint-Andréa; le chevalier

venait de partir.

FLORIA, =vivement.=--A quelle heure?

SCARPIA.--Vers complies.

FLORIA, =saisie.=--Il devait travailler jusqu'à la nuit!

SCARPIA.--Enfin, il était absent et, comme par curiosité, j'examinais

son travail, j'ai vu cet éventail oublié sur son escabeau et, de peur

qu'il ne fût dérobé, je l'ai pris pour vous le rendre.

FLORIA, =saisie.=--Sur son escabeau!...

SCARPIA.--Oui! J'hésitais à vous le restituer; car enfin... Mais vous

êtes tellement sûre de lui... Eh! mon Dieu, signera, qu'avez-vous?

FLORIA, =qui a ouvert l'éventail.=--Mais cet éventail n'est pas à moi!

SCARPIA.--Est-ce possible!

FLORIA, =regardant l'éventail.=--Mais non! non, non!...

SCARPIA.--Ah! maladroit! Qu'ai-je fait?

FLORIA, =même jeu.=--A qui peut-il être? A qui? Une couronne de

marquise!...

SCARPIA.--En effet! Comment ce détail m'a-t-il échappé?

FLORIA, =debout.=--Marquise!... L'Attavanti!

SCARPIA, =feignant la surprise.=--Hein?

FLORIA.--C'est l'Attavanti!

SCARPIA.--Pourquoi elle?

FLORIA.--Oh! pourquoi?... C'est elle! Oh! c'est elle!... Je la devine!

Je la sens, là, sous mes doigts! Elle sera venue après mon départ! comme

hier!

SCARPIA.--Ah! Hier?...

FLORIA.--...Ou plutôt, non! elle était là, à mon arrivée... elle s'est

cachée... Et ces retards à m'ouvrir, ces chuchotements!... Son embarras

à lui... sa hâte de me voir partir! Ah! maudite!... Elle était là qui me

voyait, m'écoutait!... Et, quand je suis sortie... elle s'est jetée dans

ses bras, riant de moi!...

SCARPIA.--Oh!

FLORIA.--...De moi!... Avec lui... Dans ses bras!... Ah! Ruffiane, je

t'arracherai le coeur!

SCARPIA, =debout.=--Etes-vous bien sûre?... Et si vous vous trompiez?

FLORIA.--Je me trompe? Vous allez voir si je me trompe... =(Appelant le

marquis.)= Marquis!...

ATTAVANTI.--Signora!

FLORIA.--Deux mots, je vous prie.

ATTAVANTI.--Quatre, et que ce soit un ordre, diva, pour me donner la

joie de vous obéir!

FLORIA.--Un renseignement seulement! Connaissez-vous cet éventail?

ATTAVANTI, =regardant avec son binocle.=--Cet éventail? Pas du tout.

FLORIA.--Il a été perdu dans une église et, comme il porte une couronne

de marquise, on a pensé que, peut-être, il appartenait...

ATTAVANTI.--A ma femme?

FLORIA.--Précisément!

ATTAVANTI.--Oh! mais, pardon, alors, ce n'est pas à moi qu'il faut

demander cela. =(Appelant.)= Trivulce!

TRIVULCE, =descendant.=--Marquis!

ATTAVANTI.--Dites-moi, mon cher, reconnaissez-vous cet éventail comme

appartenant à ma femme?

TRIVULCE.--Parfaitement!

FLORIA.--Ah!

ATTAVANTI.--Vous voyez!... Oh! lui ne peut pas s'y tromper.

SCARPIA.--Vous êtes sûr?

TRIVULCE.--Très sûr! J'ai commandé moi-même la couronne de perles chez

Costa.

ATTAVANTI.--Oh! alors...

TRIVULCE.--C'est tout?

ATTAVANTI.--C'est tout, pour vous, cher ami, merci. =(Trivulce remonte.)=

Quant à moi, signera...

FLORIA.--Vous, marquis, vous demanderez à votre femme de ma part:

Comment son éventail se trouve chez mon amant.

ATTAVANTI.--Impossible! Trivulce qui fait si bonne garde!

FLORIA.--Oh! Ce n'est pas avec lui que je m'expliquerai; c'est avec

elle.

ATTAVANTI.--La marquise?

FLORIA.--Oui. Où est-elle, votre femme, que je lui casse son éventail

sur-la figure?

=Elle gagne la gauche, en remontant, pour chercher la marquise parmi les

dames qui sont au fond.=

ATTAVANTI, =lui barrant le passage.=--Ah!

SCARPIA, =de même.=--Vous ne ferez pas cela!

FLORIA.--En plein bal!

ATTAVANTI.--Devant là reine?

FLORIA.--Ah! la reine!... Elle a des amants, la reine! Elle me

comprendra!

ATTAVANTI.--Bon Dieu!

SCARPIA.--Taisez-vous!

ATTAVANTI, =tranquille.=--Rien à craindre, du reste! La marquise n'est pas

là.

=Il remonte vers la droite pour s'éloigner.=

FLORIA, =vivement.=--Elle n'est pas là?

ATTAVANTI.--Non! elle est partie pour Frascati.

FLORIA, =à gauche, avant-scène.=--Ah! Frascati! Elle a fait croire!... Oh!

Je comprends. Elle est avec lui! L'infâme!...

ATTAVANTI et SCARPIA.--Avec lui!

FLORIA.--Oui, oui, ils sont là-bas! Pour souper ensemble et pour y

passer la unit.

SCARPIA, =vivement, allant à elle.=--Là-bas?

FLORIA.--Oui!

SCARPIA.--Et où... là-bas?

FLORIA, =passant devant lui.=--Ah! je vais vous le dire, n'est-ce-pas,

pour que-vous les préveniez?

SCARPIA.--Mais non! Je vous jure...

FLORIA.--Allons donc! La police n'a rien à voir là dedans... La

police!... C'est moi, la police, et j'y cours.

=Elle veut remonter vers le fond à droite.=

SCARPIA, =remontant vivement pour lui barrer le passage.=--Et le concert?

ATTAVANTI, =même jeu, près de Scarpia.=--La cantate?

FLORIA.--Ah! Je m'en moque pas mal de la cantate!

SCARPIA.--Mais c'est impossible!

ATTAVANTI.--Quel scandale!

FLORIA, =redescendant pour gagner la première porte à droite.=--C'est

encore ça qui m'est égal, le scandale!

ATTAVANTI.--Mais, diva!...

SCARPIA.--La reine!...

FLORIA.--Dites à la reine que je suis malade, enrouée; que je ne peux

pas chanter! Dites ce que vous voudrez. Bonsoir!...

=Elle passe devant le canapé pour gagner la sortie à droite.=

SCARPIA, =la devançant vivement de ce côté en passant derrière le

canapé.=--Mais c'est insensé!

ATTAVANTI.--Elle n'en croira rien!

FLORIA.--Alors, dites-lui que mon amant me trompe! Elle comprendra!...

SCARPIA.--Tosca! Au nom du ciel!...

FLORIA, =prête à sortir par la droite.=--Laissez-moi!...

SCARPIA, =lui barrant le passage devant la porte.=--Alors, pardon! Ce

n'est plus l'ami qui parle, mais le régent de police. Je vous arrête.

FLORIA,--Vous?

SCARPIA.--Mon Dieu, oui!

FLORIA.--Et vous m'empêcherez?... Vous ferez cela? Vous, complice de la

femme de cet imbécile!

ATTAVANTI.--Hein?...

SCARPIA.--Je ferai mon devoir, en vous obligeant à faire le vôtre, qui

est de chanter...

FLORIA.--Mais, je ne peux pas! J'ai bien envie, je suis bien en état de

chanter! Est-ce que je peux chanter?

SCARPIA.--Mal ou bien, peu importe! mais la cantate, s'il vous plaît, la

cantate!

FLORIA.--Ah! Dieu!

SCARPIA.--Et après, sur mon honneur, je vous permets de sortir... je

vous y aide!

FLORIA, =vivement.=--C'est promis?

SCARPIA.--Je le jure!

FLORIA, =prenant son cahier de musique sur le canapé.=--Alors, vite! Tout

de suite! Commençons!...

SCARPIA.--Doucement!

FLORIA.--Ah! Coquine!... Et lui!... Ah! Dieu, me tromper ainsi! Est-ce

possible?... Mon Dieu, est-ce possible!

=Elle tombe assise et pleure.=

SCARPIA, =derrière le dossier du canapé.=--Allons, diva, courage!

Remettez-vous.

FLORIA, =assise, de même, essuyant ses yeux.=--Où en sont-ils

maintenant?... Dieu le sait! Ils soupent!...

SCARPIA.--Peut-être!

FLORIA.--Ils ont fini?... Vous croyez qu'ils ont fini de souper?

SCARPIA.--C'est probable!...

FLORIA.--Et je suis là... moi, tandis...

SCARPIA, =apercevant la reine qui reparaît au fond, sur le balcon.=--La

reine!... Allons... patience, c'est l'affaire d'un petit quart d'heure!

FLORIA.--Mais c'est long, un quart d'heure! C'est très long!

=Elle se lève à la vue de la reine. Les musiciens s'installent à leurs

pupitres.=

PAISIELLO, =à Floria qui est toujours devant le canapé.=--Vous êtes prête,

diva?

FLORIA.--Oui, oui, je suis prête! Dépêchons, dépêchons!

=Les musiciens accordent leurs instruments.=

PAISIELLO.--_Si_ naturel, n'est-ce pas?

FLORIA.--Non, bémol!...

PAISIELLO.--Oh!

FLORIA, =violemment.=--Bémol!

PAISIELLO, =retournant à ses musiciens.=--Bémol! Bémol!

=On enlève le canapé par la droite, premier plan. Reprise sur la place de

la saltarelle avec choeurs, et, cette fois, fanfare. A la première

attaque de l'air, les domestiques ont rapidement pris tous les sièges

reportés au fond, peu à peu par les assistants eux-mêmes, et les placent

en ligne, sur deux rangs, faisant face au public, devant la fenêtre du

milieu et celle de droite, pour que les dames y prennent place. Un

intervalle est laissé entre le mur du fond et les chaises pour les

courtisans, officiers, etc. Tandis que la table du milieu, enlevée

vivement, est emportée par le premier plan à gauche, ainsi que le

fauteuil. La scène est donc absolument vide. Il ne reste plus que le

canapé à droite. Le trône de la reine, un tabouret devant le trône,

contre le mur, destiné au prince d'Aragon, et un autre tabouret, de

l'autre côté, pour Froelich. La reine entre en scène par la fenêtre de

gauche, trouvant devant elle le chemin libre, et suivie par tous les

assistants qui se rangent, les femmes sur deux rangs debout, devant les

chaises du fond; les hommes derrière les dames: Paisiello restant en

scène, hors de la barrière, ainsi que la Tosca et Scarpia. Les

choristes, entrés par la porte du troisième plan de droite, se groupent

devant cette porte. La reine, après quelques mots échangés avec le

prince d'Aragon et Froelich, monte sur l'estrade. Ces mouvements sont

exécutés vivement, mais sans confusion. Pendant tout le temps que dure

le choeur et la saltarelle, à la dernière mesure, tout le monde doit

être en place. Attavanti, Trivulce, Trévilhac, Capréola, au premier plan

à gauche. On ferme les fenêtres.=

FLORIA, =à mi-voix.=--Allons, finira-t-elle par s'asseoir, cette reine?

SCARPIA.--Plus bas, de grâce!

=La reine s'assied. Toutes les dames font comme elle. Le prince d'Aragon

et Froelich prennent place sur leurs tabourets. Capréola s'incline

devant la reine, qui fait un signe de consentement, et s'avançant vers

Paisiello.=

FLORIA, =de même.=--Enfin, ce n'est pas malheureux!

CAPRÉOLA, =à Paisiello.=--Monsieur, vous pouvez commencer.

PAISIELLO, =très agité.=--Oui, Excellence!... =(A l'orchestre.)= Allons,

messieurs!

=Derrière Floria, à son oreille.=

FLORIA.--Oui!

PAISIELLO.--Largo! Largo!

FLORIA.--Tu m'ennuies!

PAISIELLO.--Oui, charmante. =(A Scarpia.)= Elle a ses nerfs!

SCARPIA, =souriant, à droite, devant l'estrade.=--Un peu.

PAISIELLO.--A nous, messieurs!

=Il remonte aux musiciens, frappe sur le pupitre et attaque

l'introduction. Floria remonte et, se plaçant en face de la reine, lui

fait une grande révérence et s'apprête à chanter. Au même instant, et

pendant les premiers accords, un aide de camp entre par la gauche,

premier plan. Capréola va à lui et, après l'avoir entendu, dit un mot au

prince d'Aragon qui parle bas à la reine tandis que Capréola remonte

devant le trône en attendant les ordres. Sur un signe de la reine, il se

dirige vers Paisiello et tout haut.=

CAPRÉOLA.--Doucement, messieurs! Suspendez, s'il vous plaît.

PAISIELLO, =effaré.=--Basta! basta!

=La musique s'arrête court, Scarpia va vivement a Capréola qui lui dit

tout bas: «C'est une lettre du général Mêlas!»=

FLORIA.--Qu'est-ce encore?

SCARPIA, =à Floria.=--Un courrier! Une lettre du général Mêlas.

=Pendant ce temps, l'aide de camp remet la lettre du prince d'Aragon qui

se lève et, s'inclinant, la remet à la reine.=

FLORIA, =à elle-même.=--Ah! mon Dieu! Encore un retard!... Elle ne peut

pas la lire plus tard sa lettre?

SCARPIA, =la calmant.=--D'un général victorieux!... Chut! allons...

=Floria hausse l'épaule et remonte vers Paisiello en tordant son

mouchoir. La reine se lève, tous se lèvent. Profond silence.=

MARIE-CAROLINE.--Ceci, messieurs, vient bien à point pour le

couronnement de la fête. C'est une lettre du général Mêlas qui m'envoie

de nouveaux détails sur son triomphe. =(Murmures de satisfaction.

Marie-Caroline rompant le cachet.)= Je ne veux céder à personne le

plaisir de nous faire connaître ce bulletin de victoire. Je vous le

lirai moi-même.

=Tous font un mouvement pour se rapprocher d'elle à distance

respectueuse. Vivats, acclamations, sur la place.=

ATTAVANTI, =ravi.=--Entendez-vous?

SCARPIA, =à mi-voix, au milieu.=--Ils ont vu le courrier, ils

applaudissent!

MARIE-CAROLINE, =qui, pendant ce temps, a déplié la lettre, la

lit.=--D'Alexandrie, minuit du 14 au 15 juin. =(Profond silence.)= Madame.

A la chute du jour, l'ennemi, renforcé d'une nouvelle armée, après un

combat livré dans les mêmes plaines de Marengo, pendant une grande

partie de la nuit a battu nos troupes...

=Elle retombe assise.=

TOUS, =exclamations de déception.=--Oh!

MARIE-CAROLINE, =dont la voir s'altère et faiblit à mesure qu'elle avance

dans sa lecture.=...victorieuses dans la journée. En ce moment, campés

sous les débris de notre armée... =(Murmures de déception plus grand.)= et

nous délibérons sur...

=Sa voix s'éteint, laissant glisser la lettre, elle s'évanouit dans son

fauteuil. Les femmes l'entourent vivement pour la ranimer et la cachent

au public pendant tout ce qui suit.=

SCARPIA, =s'avançant.=--Messieurs, la reine s'évanouit!... Vite... un

médecin. =(Mouvement, d'effarement. La foule pousse des cris de joie.)=

Vivat! Vivat! Victoire! Victoire!

=Les choeurs et l'orchestre reprennent sur la place la saltarelle dans un

mouvement enragé jusqu'au tomber du rideau.=

ATTAVANTI, =effrayé, gagnant le milieu.=--Imbéciles... qui

applaudissent...

La Tosca: Drame en cinq actes · 第 34 / 81 题