=Elle entre en grande toilette par la seconde porte à droite, entourée de
galants et donnant sa main à baiser à Capréola, Trivulce, Attavanti et à
tous les petits monsignori qui se disputent cet honneur.=
ATTAVANTI.--Ah! Voici la charmante, l'exquise, la divine!
CAPRÉOLA.--On ne sait jamais, diva, quel plaisir est le plus grand: de
vous voir ou de vous entendre.
FLORIA, =gaiement, descendant.=--Ainsi, jugez, quand on a les deux à la
fois... =(Sans y prendre garde, donnant tantôt la main droite à baiser,
tantôt la gauche, elle tend l'une machinalement à Trévilhac qui s'en
empare et la baise si longuement, qu'elle s'étonne et se retourne et le
regarde, surprise de ne pas le connaître.)= Ah! Pardon, un inconnu, il y
a maldonne.
TRÉVILHAC.--Alors, signora, coup nul... Recommençons!...
=Il réitère.=
FLORIA, =riant.=--Français, n'est-ce pas? Cela se voit!
TRÉVILHAC.--A l'accent?...
FLORIA, =de même.=--Des baisers, oui.
CAPRÉOLA.--M. le chevalier de Trévilhac, que j'ai l'honneur de vous
présenter.
FLORIA, =riant.=--Il est bien temps! =(Tout en descendant, elle arrive à
Scarpia qui, silencieusement, lui baise la main.)= Ah! bonjour, baron...
Eh bien! Et votre fugitif?
SCARPIA.--Son sort, vous intéresse?
FLORIA.--Eh! oui, le pauvre!
SCARPIA.--Un criminel d'Etat! Vous plaignez ce misérable?.
FLORIA.--Oh! ma foi, baron, un homme qui fuit, la potence n'est plus un
misérable!... C'est un malheureux.
SCARPIA.--Et s'il frappait à votre porte, vous l'ouvririez?
FLORIA.--Oh! tout de suite.
SCARPIA, =toujours souriant.=--Savez-vous que VOUS y joueriez cette jolie
tête?...
FLORIA.--Raison de plus!... =(Elle se détourne.)= Ah! bonsoir, princesse.
=Elle continue à parler bas, à rire, etc., avec d'autres empressées. Les
domestiques reportent au fond les sièges qui sont à gauche de la grande
table pour préparer l'entrée de la reine.=
SCARPIA, =seul à l'avant-scène, la suivant des yeux.=--Est-ce ignorance,
ou bravade?
UN HUISSIER DE LA CHAMBRE, au fond à droite, a voix très
haute.--Messieurs, la reine!