Puis, nous n’étions repartis que dans la matinée, les terrains changent

tout à coup d’aspect ; les montagnes se transforment en petites

collines, le sol des vallées devient plat, uniforme, et, les rochers

presque noirs, à moitié recouverts de sable, ne protégent aucune plante.

Il faisait, ce jour-là, un vent d’ouest très-fort et très-froid, ce qui

fatigue toujours beaucoup, le ciel était couvert de nuages et fort

triste. Aussi, à deux heures après midi, nous arrêtâmes-nous avec

délices dans la belle vallée de l’Hodeïn. Il est bien entendu que le mot

_belle_ doit se prendre ici dans un sens tout autre que le sens que nous

lui donnons chez nous. Cette vallée, dans l’endroit qui nous donnait

accès, était encaissée dans des rochers de granit ; un sable blanc mêlé

à de la terre argileuse très-fine, et déposé sans doute par les eaux de

pluie, en recouvrait le sol ; plus loin, l’on apercevait un bois de

merks très-vert, tout rempli de semences.

Nous campâmes à l’embouchure de l’ouadée Dif, et nous fîmes là une

rencontre qui aurait pu avoir des conséquences fatales si l’attention

que l’on apportait toujours dans nos installations eût été relâchée. Nos

Arabes, en fouillant le sol, troublèrent le sommeil d’un gros serpent

enroulé sous le sable. Il se dressa et fit mine de s’élancer sur les

individus présents. C’était un céraste, ou autrement dit une vipère

cornue, reptile dont la plus légère morsure est mortelle. Les plus

audacieux s’étaient armés de bâtons, et toutes leurs bravades se

bornaient à des évolutions infructueuses. Je tuai le monstre d’un coup

de fusil. L’espèce à laquelle il appartenait, et dont j’ai vu souvent

des types, ne dépasse point, comme grandeur, 50 ou 60 centimètres ;

celui-là avait 1m,30 de long ; il était gros en proportion.

Cette petite aventure, qui venait de rompre la monotonie d’une de nos

plus mauvaises journées, fut encore pour nos Arabes, le lendemain, un

sujet intarissable de conversation.

En quittant notre campement le matin, nous suivîmes un désert de sable

accidenté par de petites hauteurs de granit ; à notre gauche s’élevaient

les hautes montagnes de Dif. Au bout de quelques heures la vallée de

l’Hodeïn nous offrit un bois de houchars et de sihales magnifiques ;

mais, dès ce moment, commencèrent des montagnes de grès stratifiés,

élevées à pic sur un sol uni et comptant plus de 180 mètres de hauteur

entièrement verticale. Cette partie de vallée, formée par dénudation,

était le seul endroit que j’eusse encore rencontré présentant cette

particularité. Elle fait là un angle droit avec la vallée de Dif qui

court à l’est, tandis que l’Hodeïn court au nord.

Vis-à-vis l’ouadée el Magal se trouve encore un tombeau d’un Ababdieh ;

c’est une espèce de petit temple voisin d’un rocher sur lequel, comme au

puits de l’Béda, il y a des figures grossièrement tracées et quelques

inscriptions arabes n’ayant rien d’intéressant.

La vallée de l’Hodeïn, devenue très-étroite, continue toujours entre

deux montagnes de grès semblables à deux murailles. Ces grès sont de

formation moderne, en couches horizontales de l’épaisseur de 1 à 2

mètres et séparées par d’autres petites couches argileuses. A

l’extérieur, ils ont été noircis par l’action combinée du soleil et des

eaux ; intérieurement, ils sont gris, un peu rougeâtres, et composés

d’un sable très-grossier extrêmement friable.

L’eau se trouve dans cet endroit[29] ; elle sort des flancs de la

montagne à environ 6 mètres au-dessus du sol, fournie par des sources

qui coulent toutes dans la vallée et se perdent dans les sables ; mais

avant, elles emplissent plusieurs bassins ou fosses arrangés de main

d’homme. Cette eau est délicieuse, claire comme la plus belle eau de

roche, fraîche et agréable au goût. Quel bonheur pour les gens qui

voyagent dans ces pays déserts de faire une pareille rencontre ! il faut

l’avoir éprouvé par soi-même pour en sentir tout le prix ; aucun mot,

aucune expression ne peut en donner l’idée à un homme d’Europe.

Plusieurs vallées de cette contrée ont des sources pareilles ; celles de

Dif, de Souta renferment les plus abondantes.

L’Hodeïn, dont le nom signifie les deux bassins, à cause de deux

réceptacles plus importants que les autres, a été jadis habitée, au

moins dans cette partie qui était connue des anciens Égyptiens. Il

existe encore à la fontaine principale une petite construction du

milieu[30] de laquelle sort l’eau, et l’on y voit une corniche

d’architecture égyptienne, avec le toron et le globe qui se trouvent sur

toutes les portes des anciens temples. La surface même du rocher

représente la façade d’un petit temple ; mais rien n’est achevé. Au-

dessus de la corniche sont pratiqués quatre trous carrés qui ont dû

servir à placer des poutres pour faire une couverture, une espèce de

portique dont il reste la base d’une colonne. Enfin, il y a un très-

petit tableau hiéroglyphique, qui ne pouvait être qu’une inscription

fort courte, sur laquelle on distingue, entre autres caractères le nom

de Ptolémée Evergète. Ce dut être là, en effet, une station de chasse

créée par ce monarque frappé sans doute par la grandeur du site, et par

la présence de l’eau qui devait attirer de son temps, en grand nombre,

les ânes sauvages, les autruches, les gazelles, les capricornes, etc.,

comme elle les attire encore aujourd’hui.

Tout récemment un Arabe, moins paresseux que les autres et surtout plus

industrieux, s’était imaginé d’établir dans cet endroit une espèce de

culture ; il y semait du coton, du dourah, de l’orge, et se servait avec

intelligence de l’eau des sources. J’ai vu la haie d’enclos qu’il avait

élevée, puis un doum et deux dattiers plantés par lui.

Le grand vent et les nuées de sable qu’il soulevait nous empêchèrent de

continuer notre route. Il passa sur nous une véritable bourrasque plus

forte que tout ce que nous avions essuyé dans ce genre-là, et ce ne fut

que le lendemain qu’il nous fut possible de repartir quoiqu’il fît

encore une bise de N.-O. glaciale que nous recevions en pleine figure.

La journée fut très-pénible, surtout pour les chameaux, qui s’arrêtaient

à tout moment pour tourner le derrière au vent, sans se soucier des

arbustes et des plantes dont le chemin était rempli. Toutefois, nous

arrivâmes sans autre temps d’arrêt au point culminant de la vallée qui

est aussi, pour la chaîne des montagnes de l’Hodeïn, le point du partage

des eaux. Ici le terrain devient plat et donne naissance à beaucoup de

petits vallons. La marche y est plus facile. Nous nous arrêtâmes dans

une sorte d’enceinte formée par de gros rochers de grès.

Après une bonne nuit de repos, il nous fallut traverser un désert des

plus arides dont l’un des côtés était bordé par des roches de grès et

l’autre par des roches de granit ; nous marchions sur du gravier très-

épais et très-grossier. Ce point est encore élevé, et les eaux des

pluies qui y tombent coulent vers le Nil. Les formations de grès,

placées par couches horizontales, reposent sur de petits soulèvements

granitiques ; elles sont traversées par une étroite vallée que les eaux

ont creusée et que l’on nomme Roh-t-Carouf ; ce fut là notre gîte.

La température n’était point très-basse ; elle marquait 4 degrés Réaumur

au-dessus de zéro ; cependant il nous fut impossible de nous réchauffer.

Dans ce pays, le froid est extrêmement pénétrant, quoique l’on soit vêtu

et couvert autant qu’on le serait au milieu des glaces, l’on en souffre

beaucoup plus. Cela prouve une chose d’ailleurs bien évidente pour moi,

c’est que le thermomètre n’est pas, en fait d’instrument, la dernière

expression d’après laquelle on puisse se régler pour mesurer d’une

manière absolue les sensations de froid et de chaud qu’éprouve l’homme.

Je vis en descendant la vallée de Roh-t-Carouf des rochers de granit et

de gneiss, avec de grandes parties de feldspath. Tous les fonds étaient

garnis de plantes et de sihales. Là se trouvaient les dernières eaux que

nous devions rencontrer avant d’arriver à Derrawé, c’est-à-dire au Nil.

De nombreux puits jalonnent cette route, mais tous ne donnent pas de la

bonne eau ; ce sont les moins creusés qui ont cet avantage ; les autres,

dont la profondeur atteint jusqu’à 6 mètres, n’étant pour ainsi dire

bons à aucun usage, demeurent abandonnés.

Ces puits, ainsi que beaucoup de petits abreuvoirs à l’usage des

animaux, ont été faits par les Arabes Ababdieh-Achabab à une époque qui

n’est pas fort ancienne. Ils étaient campés dans cette partie du désert,

et une série d’années pluvieuses les avait mis au comble du bien-être en

créant pour leurs troupeaux des pâturages abondants, de telle sorte que

les transports sur la route de Coseïr, auxquels ils s’adonnent

habituellement pour vivre avaient été abandonnés, et qu’ils savouraient

les délices des seules richesses qu’il soit donné à ces populations de

goûter. Cet état de bonheur momentané les enorgueillit, et l’oisiveté

leur inspira l’idée de faire la guerre à leurs voisins les Bicharieh.

Sous un prétexte futile, ils rompirent avec eux ; mais, dès la première

rencontre, ils eurent cinq cents hommes tués, et ils furent contraints

d’abandonner Roh-t-Carouf qui, aujourd’hui, n’est plus qu’une station

ordinaire où l’on vient quand il a plu.

Notre étape s’était arrêtée à l’ouadée l’Ararit ou Rararit ; nous nous

en éloignâmes en nous dirigeant sur la petite montagne de Hérefhi, celle

qui tient son nom du fameux dromadaire dont j’ai parlé plus haut. Elle

est formée de granit rouge et s’élève au milieu d’autres montagnes bien

plus basses, de composition absolument identique, mais moins colorée.

Puis après nous dépassâmes un très-grand mamelon, tout à fait isolé et

appelé _Omour-Acarmi_ ; voici l’origine de ce titre qui veut dire

l’œuvre d’Acarmi :

Après avoir quitté le Hédjah, car ils prétendent être venus de là, les

Ababdieh adoptèrent cette partie du désert, et un petit groupe se fixa

sur le mamelon en question sous la conduite d’un chef nommé Abdalla,

fondateur de la tribu des Foucara. Toute cette émigration dut longtemps

faire la guerre aux habitants des bords du Nil, connus alors sous le nom

de Cafer ou idolâtres ; mais, son intérêt le commandant, elle finit par

conclure la paix avec eux. Abdalla seul refusa d’y acquiescer ; il

répondit à ceux qui lui conseillaient de prendre les Cafer pour alliés,

qu’il n’avait d’autres alliés que son sabre et ses lances, et il

continua les hostilités.

Pendant une de ses expéditions il laissa sa famille à la montagne sans

grains et sans aucune ressource pour s’en procurer. Or ce fut un Arabe

appelé Acarmi qui la fit vivre et qui la soutint avec le produit de sa

chasse. Cet homme continua sa bonne œuvre tant que dura l’expédition, au

retour de laquelle Abdalla, dont la nature n’était pas moins généreuse,

pour lui prouver sa reconnaissance, partagea d’abord avec lui tout le

butin qu’il avait fait, l’institua son frère adoptif et voulut enfin que

l’on donnât à sa résidence le nom d’_Omour Acarmi_, c’est-à-dire

d’_œuvre d’Acarmi_.

C’est ainsi que, dans ces contrées sauvages, toute chose rappelle un

nom, un fait, une histoire dont le souvenir se transmet, par tradition,

de père en fils, de famille en famille.

L’endroit où nous nous arrêtâmes était encore assez élevé ; nous y

trouvâmes beaucoup d’herbages que des pluies récentes avaient fait

pousser, et je fus mieux que jamais à même de constater avec quelle

rapidité la végétation se produit, lorsqu’une bonne ondée est venu

humecter un sol en apparence si ingrat. Là où l’on ne voyait que sable,

pierres et graviers, quelques jours après la pluie, tout germe, pousse

et devient vert.

Comme nous n’avions plus de vivres pour les hommes et fort peu d’eau

potable, comme nous devions faire encore une très-grande route avant

d’arriver seulement en vue de Derrawè, je fis lever le camp deux heures

avant le jour afin que nos montures souffrissent moins de la chaleur ;

car elles étaient, ainsi que les hommes, bien fatiguées. Mon dromadaire

que j’avais monté constamment et qui avait fait plus de chemin que les

autres, par la raison que je courais sans cesse de droite à gauche, pour

voir le pays, et que je marchais souvent aussi pendant que la caravane

stationnait, mon dromadaire était à bout de forces. D’un autre côté je

voulais autant que possible avancer et franchir, avant que le

découragement ne s’en mêlât, un grand désert plat et aride, qui était

devant nous. Nous demeurâmes treize heures sans quitter la selle ; l’on

dressa les tentes dans le lit, à peine accusé, d’un torrent, ne pouvant

pas aller plus loin.

La fatigue, jointe à la privation absolue de nourriture, avait tellement

affaibli tout le monde, que je craignis un moment, d’être forcé de

laisser des hommes en arrière ; mais l’espoir d’arriver les soutint

encore. Ils touchaient au terme du voyage et ils oubliaient jusqu’à la

faute qu’ils avaient commise de négliger les provisions. Au reste, cela

ne se passe jamais autrement quand l’on a affaire à des Arabes. Dans une

course de courte durée ou dans une expédition de longue haleine, leur

imprévoyance est toujours la même, et l’expérience de la veille ne

saurait leur profiter le lendemain.

Je donnai le signal du départ à minuit ; personne n’avait mangé ni bu ;

cependant personne ne témoigna aucune plainte.

Lorsque après avoir marché six heures, le soleil se leva, nous nous

trouvions dans une plaine désolée ; mais à l’horizon l’on voyait,

colorés par ses premiers rayons, les massifs des dattiers de Derrawè.

Chacun s’arrêta alors, comme frappé par l’explosion d’un contentement

intérieur, et, les yeux fixés sur le point convoité, manifesta sa joie à

sa manière. Un poëte ajouterait que les dromadaires eux-mêmes frémirent

d’aise.

Nous profitâmes de cet instant, Chek Baraca et moi, pour mettre un peu

d’ordre dans la caravane et pour stimuler l’amour-propre de chaque

cavalier, puis, avec quelques-uns des mieux montés, nous nous

empressâmes de prendre les devants.

A dix heures nous arrivâmes à Derrawè. Du plus loin qu’ils nous avaient

aperçus, les parents des cheks et des Arabes qui étaient avec nous

vinrent en courant à notre rencontre, sur des dromadaires et sur des

chevaux, apportant des vivres, de l’eau et des paniers de fruits, toutes

choses que nous envoyâmes immédiatement à nos compagnons attardés.

On nous salua avec des cris d’allégresse, on tira force coups de fusil,

on exécuta des fantasias à dromadaire. Dans le village, toutes les

femmes et les esclaves faisaient entendre leurs roucoulements. C’était

un tapage général difficile à définir, mais auquel il était impossible

de se méprendre, l’on nous infligeait une ovation. Les femmes esclaves

se tenaient par groupes au dehors, les femmes libres au dedans des

cahuttes, les enfants couraient de tous côtés.

Dès que j’eus mis pied à terre, ce fut bien autre chose ; l’on

m’installa dans la maison du chek et là une foule de personnes se

succédèrent, pendant plusieurs heures, pour nous visiter ; il fallut

s’embrasser, il fallut fumer et prendre du café avec tout le monde ; ce

dernier signe de contentement ne tarissait point.

Pour moi, j’étais bien content aussi, je me sentai touché de la part qui

me revenait de toutes ces manifestations ; mais je n’étais pas non plus

insensible au plaisir de revoir le Nil, ni à la pensée que j’allais

retrouver, chez moi, le confortable dont j’étais privé depuis si

longtemps.

Cependant, pour rester à la hauteur de la circonstance, je dus encore

dîner avec tous les notables de la tribu ; ce fut dans un joli petit

jardin rempli de jasmins et d’orangers en fleurs, et le repas termina la

fête. Peu d’instants après, débarrassé des notables, des cheks, des

fakiks (interprètes de la loi), de tous les indigènes et des Turcs qui

étaient venus des environs, je pus me retirer dans ma barque, où couché

dans un bon lit, je m’endormis bercé en imagination par le mouvement du

dromadaire et faisant encore avec la bouche le petit sifflement

particulier que l’on a coutume de faire pour exciter sa monture.

Le lendemain il me restait à régler l’affaire de la reconnaissance

envers tous les Ababdieh qui avaient été en relation avec moi. Je

m’acquittai de cela en leur faisant mes adieux, et le même jour je

partis de Derrawè.

Le chek Baraca demeura fidèle à son engagement, il me suivit en Égypte.

De mon côté, je le conduisis en présence du vice-roi dès que je fus en

mesure de rendre compte de ma mission ; or voici ce qu’il advint :

En présentant mon rapport sur les différentes mines que j’avais

examinées, je donnai aussi des échantillons de chacune. L’analyse de ces

échantillons ne fournit point des résultats très-satisfaisants, et cela

devait être ; car je n’avais pu me procurer du minerai en assez grande

quantité. Cependant, comme l’existence de mines d’or ne pouvait être

révoquée en doute, le vice-roi voulut y envoyer une expédition sérieuse,

dans le but de les exploiter. J’avais bien eu la précaution de faire

connaître les conventions arrêtées avec les cheks Bicharieh, conventions

auxquelles il fallait adhérer complétement ; mais l’on ne parut pas s’en

préoccuper. Une seule chose étonnait le divan, c’est que les tribus

auxquelles on allait avoir affaire ne fussent pas encore soumises. Je

donnai des explications, et j’insistai surtout sur la nécessité de ne

point envoyer de soldats turcs. Il me fut répondu par une fin de non-

recevoir, l’orgueil national se révoltant à l’idée d’une concession de

ce genre.

L’expédition, composée d’un certain nombre d’ouvriers Égyptiens avec un

ingénieur français que je plaçai à leur tête, fut mise sous la direction

d’un chef turc assisté de soldats turcs aussi. Elle partit ainsi, pour

les mines de Wadée Allake, conduite tout naturellement par le chek

Baraca qui s’en retourna fort mécontent, d’abord de ce que l’on avait

fraudé les conventions et ensuite de ce que je ne l’accompagnais pas.

Quant tout ce monde fut arrivé sur les lieux, les cheks Bicharieh qui

avaient conclu l’arrangement avec moi, vinrent faire une reconnaissance.

A la vue des soldats turcs, ils se récriérent et déclarèrent qu’ils ne

permettraient pas que l’on travaillât aux mines tant qu’on ne les aurait

pas renvoyés ; puis ils se placèrent dans la montagne, rompant ainsi

toute relation et jurant que, si l’on donnait un coup de pioche, ils

commenceraient les hostilités. Ces gens étaient dans leur droit. Force

fut donc au commandant de repartir ; il chargea deux chameaux des

premières pierres venues pour que l’on ne put pas dire qu’il n’avait

rien trouvé et il laissa là l’ingénieur avec ses ouvriers. Ceux-ci

purent immédiatement se mettre à l’œuvre, les Bicharieh revinrent pour

les aider en signe de réconciliation ; mais ce n’était encore que le

prélude de la chose.

L’essentiel consistait maintenant à savoir comment la petite colonie

subsisterait. Nous allons voir de quelle façon il y avait été pourvu :

Dès les premiers travaux, comme des éboulements considérables se

produisaient, l’ingénieur avait jugé à propos d’ouvrir une nouvelle

galerie pour rejoindre le filon exploité par les anciens mineurs. Son

travail marchait bien ; mais il avait demandé du temps, et le moment

était venu d’envoyer à Assouan prévenir le gouverneur pour qu’il envoyât

des vivres. Celui-ci fit répondre qu’il n’avait aucune mission pour

cela, de sorte que, au bout de quelques jours, les ouvriers affamés

furent contraints de quitter leur chantier et de reprendre eux-mêmes la

route d’Assouan où ils arrivèrent exténués de toutes manières.

On s’était imaginé que là où il y avait des mines il n’y avait qu’à se

baisser pour ramasser l’or ; tout au plus devait-on avoir la peine d’en

charger des chameaux pour l’apporter au Caire. Quand, au lieu de cela,

on vit arriver les pierres du chef de l’expédition, pierres où l’or ne

brillait pas ; quand on sut de lui, qu’il fallait se livrer à des

travaux incessants pour obtenir le métal désiré, l’affaire fut

immédiatement abandonnée. Mais les Européens, qui furent témoins de ce

revirement, reconnurent, dans ce fait, l’esprit des hommes qui n’ont

jamais su semer pour récolter, ni tenter aucune entreprise sans que le

revenu en ait été escompté d’avance.

Depuis ce temps personne n’a plus parlé des mines de l’Etbaye.

VOCABULAIRE BICHARI

* * * * *

NOTA. Les mots qui ressemblent à des mots arabes, ceux qui ont de

l’analogie seulement et ceux qui se prononcent de même dans les deux

langues, sont en italique. Il faut remarquer que les noms empruntés aux

Arabes désignent des objets que les Bicharieh n’ont pu connaître que

quand ils ont été en relation avec eux ; ces noms expriment généralement

des choses d’une époque plus moderne.

Quoique le nombre de mots que j’ai pu recueillir soit très-restreint, je

les donne ici pensant qu’il peut être intéressant de les connaître.

FRANÇAIS. BICHARI.

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Dieu. Otani.

Le ciel. To bérah.

La terre. To daya.

La mer. Wemi _bhar_.

L’air. Waram tah.

Le feu. To _nah_.

La pluie. O berrah.

Le vent. O barâh.

Le tonnerre. Tafferattah.

Les éclairs. To tatawah.

Le soleil. To hi.

Les étoiles. Wohayonc.

La lune. Thehethérié.

Les nuages. O comberis.

La brume. O baramamie.

Le diable. O _chitane_.

Les démons. O hallé.

Le monde. O taye.

Montagne. O rebah.

Vallée. To daya.

Désert. O _atmour_.

Fleuve. O _bhar_ o naffer.

Pierres. O hawa.

Arbres. O haudhé.

Torrent. O couan.

Père. O _baba_.

Mère. To édah.

Frère. O senne.

Sœur. To coua.

Cousin. O dourahar.

Cousine. To douraytor.

Oncle. Babi o cor.

Tante. Babi to hor.

Nouveau marié. To dobah.

Gendre. O am.

Parents. O ahitaco.

La fête. To hardah.

Corps. To hadah.

Tête. O gourma.

Poitrine. O dabbah.

Ventre. O calaho.

Bras. O arca.

Jambes. O raccat.

Pieds. O andarthé.

Mains. O agah.

Ongles. O naf.

Oreille. O omgonil.

Œil. To lili.

Nez. O _génouf_.

Joues. O bédah.

Bouche. O hef.

Menton. O channac.

Moustache. O goulam.

Lèvres. To ombarohé.

Dents. To courah.

Langue. O midab.

Prunelle des yeux. To sottah.

Sourcils. O chombanni.

Cheveux. To hama.

Col. To môe.

Nombril. To tpha.

Sang. O boye.

Sein ou mamelle. O nouc.

Peau. O serre.

Urine. Te hochah.

Salive. E sil.

Larmes. Te mlah.

Graisse. To omfou.

Chair. To cha.

Os. To mytad.

Chameau. O cam.

Chamelle. To cah.

Jeune chameau. O rabeh.

Cheval. O atad.

Jument. To atal.

Poulain. O atay hor.

Mouton. O nâh.

Brebis. To anab.

Bouc. O bouc.

Chèvre. To nay.

Chien. O hias.

Corbeau. O quickay.

Vautour. To equih.

Bœuf. O écha.

Loup. Osselo (le même mot en abyssinie).

Hyène. O carray.

Renard. O domiagag.

Gazelle. O gannay.

Poisson. O _houtti_.

Peau de mouton. To hersi.

Froment. O _gammah_.

Orge. O _cheïr_.

Dourah. O arrah.

Viande. Lo cha.

Lait. Te ha.

Pain. O tam.

Eau. E yam.

Vin. To _annabeh_.

Farine. O bou.

Lance. To fénah.

Sabre. O mathad.

Fusil. O _bandone_.

Bouclier. O goubah.

Poudre. O _barouli_.

Couteau. O _hangiar_.

Or. O achetah et to adarroh.

Argent. E mallagah.

Cuivre. O _nas_.

Fer. To _edih_.

Plomb. To _rossassah_.

Maison. O _gaah_.

Lit. To madam.

Habit. E miqueh.

Selle de dromadaire. E cor.

Sac en peau. O mosouch.

Sac en laine. To arrarah.

Outre pour l’eau. O sécouah.

Cordes. O loulle.

Tapis. O csahi.

Nord. Domec.

Sud. Mo acouweg.

Est. O mahoc.

Ouest. Arroc.

Année. O awil.

Mois. O téric.

Nuit. O hawatte.

Jour. O hi.

Matin. O mimah.

Soir. To awadah.

Froid. O macourah.

Chaud. Enébeh.

Poule. O giagiag.

Œuf. To bedah.

Village. O belled.

Tombeaux. To omgiannah.

Faim. To argone.

Soif. To yawah.

Dattes. Te melone.

Argent monnaie. O tawah.

Piastres. O _gourouche_.

Printemps. O basse.

Été. O magayi.

Automne. To obeh.

Hiver. O wiha.

Vivre. Damhihi.

Manger. Tamtini.

Boire. Yoatmi.

Marcher. Sactini.

Danser. Tett lig.

Rire. Efiet.

Chanter. Ninoini.

Monter à cheval. Etime réwini.

Battre. Enthih.

Couper. Owac.

Sauter. Farini.

Crier. Toadid.

Prendre. Abicah.

Rendre. Etgnieh.

Finir. Allasih.

Laver. Chouyouda.

Aimer. Arcani.

Acheter. Delbat.

Lire. Graya.

Prier. Sètelini.

Coudre. Oaydah.

Raser. Oman.

Remplir. Otab.

Vider. Essarrar.

Jeter. Agit.

Dormir. Douwet.

Fatiguer. Garrarih.

Envoyer. Touggoumat.

Converser. Adissammat.

Travailler. Abbaccah.

Enivrer. Marrassih.

Mourir. Iya.

Pleurer. Owawini.

Entendre. Emsiwoh.

Voir. Chebbat.

Goûter. Daamsat.

Demander. Anarriva.

Voyager. Ebaqquénamab.

Apprêter. Hahatte.

Sentir. Fihat.

Puer. Doumiab.

Peigner. Adgné.

Écrire. _Quetabat_.

Pétrir. O had.

Graisser. To caamat.

Coucher. Embat.

Accoucher. Teemconé.

Marier. Idob.

Tuer. Deratte.

Boucle d’oreille. To lemné.

Bague. To nattem.

Bracelets. O coulel.

Mon. Ma.

Ton. Moc.

Son. Mo.

Ma. Ta.

Ta. Toc.

Sa. To.

Notre. Mom.

Votre. Mocoue.

Leur. Mocqnino.

Moi. Aneb.

Toi. Baroc.

Lui. Baroha.

Nous. Enena.

Vous. Barcha.

Le mien. Anito.

Le tien. Barihoc.

Le nôtre. Enetto.

Le sien. Baretonoto.

Le vôtre. Barioco.

Le leur. Barétahota.

Qui Hàbou.

Lequel. Ha ba riwa.

Quand. Noma.

A présent. _Aderi_.

Toujours. Bouh.

Jamais. _Abadah_.

L'Etbaye · 第 12 / 13 段