Première rencontre avec M. Van-M***.--Son amour.--Ma fuite.--Mon
mariage.
Deux ans s'écoulèrent ainsi sans que ma mère pût prendre sur elle de
surmonter sa douleur pour achever enfin mon éducation. Cependant je
grandissais: mon imagination, déjà lasse de son oisiveté, s'élançait
chaque jour vers des sensations nouvelles; je m'ennuyais de goûter
toujours les plaisirs que j'avais connus dès ma plus tendre enfance. Je
profitais de la liberté que me laissait ma mère pour faire, dans les
environs de notre résidence, de longues courses à cheval. Je me
dirigeais ordinairement et de préférence vers un beau château qui
appartenait à une des plus riches familles d'Amsterdam; les
propriétaires visitaient rarement cette terre, et ils n'y étaient pas
venus depuis que nous habitions le pays. Un domestique de confiance
m'accompagnait seul dans mes excursions. Je n'avais encore que onze ans;
mais j'étais assez grande et assez forte pour qu'on supposât
généralement que j'avais atteint ma quatorzième année: pour la taille et
la figure, j'étais déjà presque une femme; mais pour la raison, je
n'étais encore qu'un enfant.
Par une belle matinée du mois de mai je parcourais, comme de coutume, le
parc magnifique où je n'apercevais d'ordinaire que des paysans,
lorsqu'au détour d'une allée je vis tout à coup devant moi un jeune
homme d'une figure charmante, dont l'expression était pleine de grâce et
de bonté. Nous nous saluâmes réciproquement, et lorsque nous eûmes
surmonté, chacun de notre côté, l'embarras où nous avait jetés d'abord
une rencontre aussi imprévue, le jeune homme m'aborda avec politesse, et
j'appris bientôt qu'il était fils unique de M. Van-M*** d'Amsterdam,
propriétaire du château, et qu'il y était arrivé la veille.
Avec la confiance et la simplicité de mon âge, je répondis aux questions
qu'il m'adressa. En quelques minutes Van-M*** fut informé de toutes les
circonstances qui avaient accompagné la mort déplorable de mon père;
cette mort, dont la cause honorait si bien sa mémoire, était depuis
long-temps l'objet de toutes les conversations dans le pays. On
respectait la douleur de ma mère; mais, comme elle n'admettait aucune
visite, et qu'elle se refusait obstinément à former les moindres
liaisons de société, on l'accusait de bizarrerie; on avait commencé par
la rechercher, on finissait par la fuir. Le spectacle de chagrins aussi
amers que les siens aurait importuné les gens heureux. Il est d'ailleurs
certains maux que les âmes vulgaires ne sauraient comprendre; elles
aiment mieux les tourner en ridicule que de chercher à les adoucir. Dans
l'avenue qui conduisait à notre demeure, on ne rencontrait donc ni ces
équipages brillans, ni cette foule d'oisifs qui affluent d'ordinaire
dans les maisons opulentes; on y voyait en revanche beaucoup de
malheureux, qui ne venaient jamais en vain chercher un soulagement à
leur misère.
Le jeune Van-M*** ne m'accompagna que jusqu'à l'entrée de cette avenue.
Avant de me quitter, il obtint de moi la promesse que, le lendemain,
nous nous réunirions à un endroit qu'il me désigna, et que nous ferions
ensuite à cheval une longue promenade. J'acceptai sa proposition sans
hésiter, sans songer même que je devais d'abord obtenir l'autorisation
de ma mère. Nous nous séparâmes également satisfaits l'un de l'autre:
depuis long-temps je n'avais vu les heures s'écouler aussi rapidement
pour moi. Notre course du lendemain devait se diriger vers un village
que je ne connaissais pas encore; je me réjouissais d'une rencontre qui
promettait de rompre la monotonie des distractions dont j'étais réduite
à me contenter depuis deux ans. Sans me rendre compte de mes espérances,
j'espérais un avenir moins triste que le passé.
Mes illusions furent de courte durée. Wilhelm, le domestique qui me
suivait d'ordinaire dans mes promenades, n'était rien moins qu'un valet
de comédie. C'était un brave Hollandais, fermement attaché à ses
devoirs, et bien résolu à ne jamais tromper la confiance dont l'honorait
sa maîtresse: «Mademoiselle ignore sans doute, me dit-il en m'aidant à
descendre de cheval, que le village où elle doit aller demain matin est
à trois lieues d'ici. Il est douteux que madame sa mère lui permette une
aussi longue promenade; et si madame ne juge pas convenable de vous
accorder une telle permission, je ne puis vous accompagner.» La
franchise de Wilhelm excita en moi un dépit que je réussis cependant à
concentrer. Je résolus dès ce moment d'employer la ruse pour arriver au
but de mes désirs: je feignis de me repentir de mon étourderie; j'entrai
en apparence dans les motifs de Wilhelm: «Il est inutile, lui dis-je, de
parler de tout cela à ma mère; je ne veux lui causer ni le moindre
chagrin ni la plus légère inquiétude; je ne dois pas non plus manquer
aux lois de la politesse vis-à-vis de M. Van-M***, qui est notre voisin.
Demain vous monterez à cheval avec moi. Nous rejoindrons M. Van-M***
dans le bois: je lui dirai que l'éloignement du but de notre promenade
projetée contrarierait à la fois mes habitudes et la volonté de ma mère;
puis nous reviendrons ici par le chemin de la digue de Bommel.»
Wilhelm fut charmé de voir que je ne m'offensais pas de l'avis qu'il
m'avait donné, et que je lui conservais mes bonnes grâces. À dater de ce
jour ma vie prit une face toute nouvelle. J'étais encore une enfant; mon
cœur ne pouvait donc sentir trop vivement le mérite d'aucun homme. La
rencontre que j'avais faite du jeune Van-M*** semblait un incident
romanesque; elle n'aurait cependant fait aucune impression sur moi, si
je n'avais espéré trouver, dans une liaison d'amitié toute nouvelle pour
moi, un dédommagement à la tristesse des deux années qui venaient de
s'écouler, et une consolation à l'ennui qui m'attendait peut-être
encore. Je n'éprouvais aucun amour pour Van-M***; cependant nous étions
au mois de mai 1789, et, le 16 avril de l'année suivante, je devins sa
femme. Je ne veux point anticiper sur les événemens, et je dois d'abord
faire connaître les circonstances qui précédèrent et amenèrent mon
mariage.
À peine m'étais-je assurée par ma dissimulation la discrétion de
Wilhelm, que je songeai à faire de ce brave homme, sans qu'il s'en
doutât, le premier instrument de mon projet. J'étais fort agitée: la vue
de mon excellente mère redoublait mon malaise; à tort ou à raison je la
trouvai ce jour-là plus triste que de coutume. Toutefois, je l'avouerai
à ma honte, loin de chercher à adoucir par mes caresses l'amertume de
ses chagrins, je la quittai avec empressement aussitôt que j'en trouvai
l'occasion, et j'allai rêver à la prompte exécution de mon dessein.
Dès que je fus seule, je me hâtai d'écrire un premier, un imprudent
billet, qui pouvait me perdre pour toujours, si je l'eusse adressé à un
homme dont la délicatesse eût été moins éprouvée que celle de Van-M***;
il m'aimait trop sincèrement pour trouver dans mon imprudence même autre
chose que l'inexpérience de mon âge, l'innocence de mon cœur, surtout
l'espérance de me voir payer de retour les sentimens qu'il m'avait
voués. Voici en quels termes était conçu le billet que je lui écrivis:
«Je sais que je fais mal de vous écrire, car je me cache de maman, et je
trompe un domestique qui aura le droit de me mépriser. Mais je vous ai
promis d'aller me promener avec vous, et il faut bien que vous sachiez
que je ne puis pas tenir ma promesse; vous avez l'air si bon, si doux et
si gai; la douleur de maman rend notre vie si triste, que je n'avais pas
cru mal faire en acceptant l'offre que vous me faisiez d'entreprendre
avec moi une longue course. Wilhelm m'a fait voir que j'avais eu tort,
et j'aime trop maman pour vouloir jamais ajouter à ses peines. Cependant
je voudrais bien goûter avec vous le plaisir de la promenade; ce désir
n'a certainement rien de répréhensible. Au lieu de courir les grands
chemins, venez voir mes parterres, mes viviers, ma volière: je
m'ennuyais de tout cela, mais je crois qu'avec vous je pourrai m'en
amuser encore. Tous les matins je dessine pendant une heure dans le
petit pavillon qui est à l'entrée de la grande prairie; j'étudie ensuite
un peu ou je fais de la musique; ensuite je déjeune avec maman, et je ne
la revois plus depuis dix heures jusqu'à trois. Si vous voulez venir
demain à la petite porte des marais, je peux l'ouvrir, et nous nous
arrangerons pour nous voir tous les jours; cela me rendra un peu de
gaîté, sans inquiéter ni chagriner ma bonne mère.»
On n'oubliera pas que j'avais seulement alors douze ans et quelques
mois. L'amour n'entrait donc réellement pour rien dans le vif désir que
j'avais de revoir le jeune Van-M***; mais la solitude m'était devenue
tellement à charge que j'étais charmée d'avoir enfin trouvé le moyen,
fort innocent selon moi, de me distraire par une société agréable.
Le lendemain, j'arrivai à l'heure convenue au lieu du rendez-vous:
Wilhelm m'accompagnait. Je sus glisser mon billet entre les mains de
Van-M*** sans que l'honnête domestique s'en aperçût; un coup d'œil que
je jetai sur lui mit Van-M*** au fait de tout avant même qu'il eût
ouvert ma lettre. Je fondai mes excuses sur la santé de ma mère, qui ne
me permettait pas de m'éloigner d'elle ce jour-là. Nous nous séparâmes,
non sans exprimer de part et d'autre nos regrets de ce contre-temps; je
fis avec Wilhelm une promenade très courte, et, en rentrant au logis, je
courus sur-le-champ au petit pavillon, et à la porte qui donnait sur la
campagne. Je n'avais indiqué ni cette heure ni ce jour pour un premier
rendez-vous: il me semblait pourtant que je devais trouver là une
réponse à ma lettre. Van-M*** me l'apporta lui-même.
Chez chaque nation l'amour offre un caractère différent: celui des
Hollandais est généralement grave et froid. Van-M*** respectait mon âge
et mon innocente sécurité; il ne tarda pas cependant à puiser dans nos
rendez-vous, souvent répétés, une passion violente qui se trahissait
chaque jour davantage. Pour moi, je n'avais pas d'amour, mais je me
trouvais heureuse dans la société d'un tel ami. Van-M*** était loin
d'avoir dans l'esprit la même élévation que mon père; la nature l'avait
cependant doué de dispositions très heureuses, qu'une bonne éducation
avait facilement développées. Comme tous les fils des riches négocians
du Nord, il parlait plusieurs langues, l'italien seul excepté. Il me
donnait des leçons de hollandais, et moi je lui apprenais l'idiome du
beau pays qui m'a vu naître. Encouragée par lui dans mes études, j'avais
repris tout le zèle dont j'étais animée avant la mort de mon père, mon
premier, mon excellent instituteur.
Mes jours s'écoulaient ainsi paisiblement. Satisfaite de mon existence
actuelle, je ne voyais, je ne désirais rien au delà. Il n'en était pas
de même pour Van-M***: il avait vingt-trois ans; il m'aimait avec
passion, ses vues étaient honorables, et il sentait parfaitement le
danger de nos longs tête-à-tête. Il songea donc le premier à s'assurer
le droit de ne plus me quitter, et de me consacrer sa vie. Il m'en parla
un jour en m'annonçant l'intention où il était de demander sur-le-champ
ma main à ma mère.
Je ne saurais dire si l'effet que produisit sur moi cette proposition
subite fut la conséquence de mon caractère singulier. Ce qu'il y a de
certain, c'est que le mot de mariage et l'image des liens indissolubles
que j'allais peut-être contracter, effrayèrent ma jeune imagination. À
douze ans l'espace de la vie est encore si long à parcourir! l'avenir
est encore si immense! C'était la première fois que mon esprit admettait
l'idée d'une union qui n'a de terme que la mort. Cette idée première en
engendrait une foule d'autres, dont aucune n'était favorable aux
prétentions de Van-M***: cependant l'estime qu'il m'inspirait, l'amour
dont il me donnait chaque jour des preuves plus touchantes,
m'empêchèrent de prononcer un refus. Nous convînmes ensemble que le
lendemain je lui ménagerais l'occasion de rencontrer ma mère, et que,
sans énoncer encore positivement ses projets, il essaierait dès ce jour
de la prévenir en sa faveur. Il avait un extérieur agréable,
d'excellentes manières: accueilli avec bonté, il se déclara bientôt
tout-à-fait. Ma mère, touchée des sentimens qu'il témoignait et pour
elle et pour moi, répondit qu'elle ne voyait, pour sa part, d'autre
obstacle au mariage que mon extrême jeunesse. Elle demanda un délai de
deux ans, et mit pour condition formelle à son consentement que Van-M***
obtiendrait d'abord celui de sa propre famille. Cette famille balança:
la fierté de ma mère s'irrita d'une telle hésitation; de part et d'autre
on commençait à s'aigrir, et peut-être marchions-nous à une rupture
complète. Van-M***, déjà maître d'une fortune indépendante, venait
d'atteindre sa majorité: il pouvait accepter les bienfaits de son père,
mais ces bienfaits ne lui étaient pas indispensables pour assurer le
bonheur de celle qu'il choisirait pour épouse. Il était exaspéré des
retards qu'on lui faisait éprouver; il prévoyait avec effroi qu'un refus
définitif de la part de son père pouvait retarder bien plus long-temps
encore l'union qu'il désirait avec tant d'ardeur. Il me proposa de
partir en secret tous les deux pour la Gueldre: nous devions nous y
marier, et revenir bientôt après solliciter le pardon d'une démarche
qu'on pouvait blâmer, mais qui devenait de plus en plus nécessaire.
Je n'exigeai de Van-M***, pour consentir à ce qu'il demandait de moi,
que sa promesse solennelle de me ramener promptement auprès de ma mère.
Le lendemain, avant le jour, je sortis de ma chambre avec précaution: je
n'étais pas médiocrement émue en songeant que j'allais, pour la première
fois, me séparer de celle qui m'avait donné le jour; j'étais cependant
joyeuse et presque fière qu'on fît à une enfant comme moi l'honneur de
l'enlever, et, par un retour vers les sentimens de la nature, j'exigeais
que Van-M*** me promît encore une fois de me ramener au plus tôt.
En arrivant à Zutphen, Van-M*** me quitta sur-le-champ, et courut chez
le seul ministre protestant qui se trouvât dans cette ville.
Malheureusement ce ministre était près de rendre le dernier soupir; il
fallut pousser plus loin notre voyage: nous fîmes encore huit lieues, et
il était déjà bien tard quand nous atteignîmes l'auberge où nous devions
passer la nuit. Après le souper, Van-M*** et moi, assis près l'un de
l'autre, nous disions de ces riens qui ont si peu d'importance
apparente, et qui tiennent cependant lieu de tant de choses. Il y avait
des momens où je ne comprenais plus rien au trouble passionné de
Van-M***; ce trouble n'était déjà plus sans charmes pour moi, et je
commençais à le partager; pour la première fois mon oreille était
agréablement frappée des éloges qu'il donnait à ma beauté. Van-M***
était lui-même d'une figure charmante; sa taille était élevée, bien
prise et pleine de noblesse. Je ne sais quel instinct me révélait en cet
instant tous ces avantages que j'avais comme ignorés jusqu'alors. En
rougissant, je fixais mes regards sur son œil plein d'expression et de
feu, et qui me disait mieux encore que sa bouche combien il me trouvait
belle: d'une voix émue, il louait la richesse de ma chevelure, et, sans
y penser, je roulais entre mes doigts les boucles épaisses de ses
cheveux blonds comme les miens. Tout à coup l'hôte effrayé s'élance dans
la chambre: «Pour l'amour de Dieu, s'écrie-t-il, si c'est vous que l'on
cherche, dites bien que je ne savais rien, et que vous ne m'avez fait
aucune confidence.» À peine avait-il prononcé ces mots, que le père et
l'oncle de Van-M***, suivis du secrétaire du bourgmestre et de quatre
témoins, paraissent à mes regards effrayés. Ces messieurs ordonnent au
jeune homme de me remettre entre leurs mains. Van-M*** s'avance aussitôt
vers eux, et d'un ton ferme et respectueux tout ensemble: «Mademoiselle,
dit-il, en consentant à quitter la maison de sa mère, a cru suivre son
époux; elle s'est confiée à mon honneur, et m'a rendu l'arbitre de son
sort; demain nous devons être unis devant Dieu et devant les hommes. Si
vous donnez, dès ce moment, par écrit, votre consentement à notre
mariage, nous retournerons sur vos pas à Waarlery, où notre union sera
célébrée: sinon, nous n'y reparaîtrons qu'époux, pour nous jeter aux
pieds de madame de Van-Ayld***, et lui demander pardon de la douleur que
nous avions dû lui causer; je pourrai alors réclamer de ma famille la
part de fortune à laquelle j'ai des droits: en un mot, il n'est plus au
pouvoir de personne de nous désunir.»
Frappé de la noble attitude et de la fermeté du langage de son fils,
monsieur Van-M*** et son frère promirent tout ce qu'on voulut. Nous nous
apprêtâmes à repartir sur-le-champ; mes larmes et ma confusion
n'obtinrent pas un seul regard indulgent de ces juges sévères. Van-M***
avait déclaré qu'il ne me quitterait pas, qu'il me reconduirait lui-même
chez ma mère; il tint parole. En entrant dans l'avenue qui conduisait à
notre habitation, la première personne qui s'offrit à mes regards fut
cette mère chérie que désolait mon départ, et qui n'osait encore espérer
mon retour. Je courus me jeter dans ses bras: «Ma fille, dit-elle d'une
voix entrecoupée de sanglots, tu n'as donc pas songé à la douleur dont
tu allais m'accabler!» Aucun autre reproche ne sortit de sa bouche.
Van-M*** obtint son pardon en répétant mille fois le serment de me
rendre heureuse.
Le consentement qu'il avait enfin arraché plutôt qu'obtenu de son père
donnait plus de liberté à nos relations: il ne me quittait presque plus.
Un mois s'écoula très agréablement au milieu des préparatifs de notre
mariage; au bout de ce temps, toutes les formalités ayant été remplies,
toutes les lois de l'étiquette hollandaise scrupuleusement observées,
nous nous rendîmes à Amsterdam, et là nous fûmes mariés dans l'église
neuve.
Je n'avais pas encore treize ans accomplis; mais ma taille, déjà
entièrement formée, me donnait toutes les apparences d'une personne de
quinze ans. J'ai maintenant cinq pieds un pouce et demi; je les avais
dès lors, car depuis mon mariage je n'ai point grandi. Malheureusement
ma raison était encore bien loin d'être formée; j'aurais eu besoin d'un
guide plus ferme et plus sévère que l'époux auquel les lois et ma propre
volonté venaient de confier le soin de ma destinée. Pourquoi se
reposa-t-il si aveuglément lui-même sur la prudence d'une enfant? Je
n'aurais pas eu, depuis plus de vingt-cinq années, tant de malheurs et
tant de fautes à déplorer!