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LE TOUR DU MONDE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LE TOUR DU MONDE
NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE M. ÉDOUARD CHARTON
ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES
1860
DEUXIÈME SEMESTRE
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
LEIPZIG, 15, POST-STRASSE
1860
TABLE DES MATIÈRES.
UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.
Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
Retour à Naples. 1
VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
-- Notre habitation. 16
Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
cherche un trésor. 34
VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.
L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
Greytown. 49
VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)
LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
Norvège. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65
--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
Retour à Christiania par Skien. 82
L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85
VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).
D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
Djambo. -- Djeddah. 97
VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103
Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114
La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130
VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).
L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
tortues de terre; leurs habitudes. 139
Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146
LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
barrières et des barrières en attoles. 151
BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159
VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).
Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
Yakoutsk. 161
Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
yakoutes. 177
DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).
Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
-- Culture et mines. 182
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193
Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209
De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226
VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).
Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
-- Délivrance. 242
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
Amarapoura. 258
Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
dames birmanes. 273
Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
la Birmanie. 280
VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).
But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
dangereuse. 305
Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
-- Ravissements. -- Kaouélé. 321
Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337
FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855) 348
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).
Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369
Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).
La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
habitants. 402
LISTE DES GRAVURES. 417
LISTE DES CARTES. 422
ERRATA. 427
[Illustration: Oasis d'Édéri (Fezzan).--Dessin de Rouargue d'après
Barth (premier volume)]
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE.
JOURNAL DU DOCTEUR BARTH[1].
[Note 1: Un des géographes de notre temps, qui ont le plus
d'autorité, M. Vivien Saint-Martin, a très-justement apprécié
en ces termes le voyage du docteur Barth: «Cette exploration
restera comme l'une des plus importantes et des plus
remarquables dans l'histoire des découvertes africaines.» En
effet, complétant au nord, à l'est et au sud du Bornou les
découvertes de Denham, Oudney et Clapperton (1822), reliant à
l'ouest les travaux de Lander (1830) à ceux de Caillé (1828),
Barth et ses compagnons ont comblé d'immenses lacunes et
tracé sur la carte d'Afrique des itinéraires qui ne s'élèvent
pas à moins de cinq à six mille lieues.
Une traduction française des _Voyages_ de Barth, par M. Paul
Ithier, se publie en ce moment à Bruxelles et à Paris (Bohné,
rue de Rivoli, 170). Les deux premiers volumes ont paru.]
1849-1855
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afasselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas.
Dans un premier voyage, le docteur Henry (Heinrich) Barth, né à
Hambourg, avait exploré le nord de l'Afrique, une partie du désert,
visité l'Égypte et vu Constantinople, après avoir franchi l'Asie
Mineure. Il venait de publier le premier volume de ses pérégrinations,
et commençait à l'université de Berlin un cours sur la géographie
ancienne et moderne du bassin de la Méditerranée, lorsqu'en 1849 il
apprit que M. James Richardson allait partir de Londres pour l'Afrique
centrale chargé d'une mission qui intéressait à la fois la science et
l'humanité (il s'agissait d'ouvrir le Soudan au commerce européen et
de substituer au trafic des hommes celui des richesses naturelles du
pays des noirs). Le gouvernement britannique permettait à un Allemand
de se joindre à cette expédition; et Barth, qui entendait toujours ces
paroles que lui avait dites un esclave du Haoussa «Plût à Dieu que
vous pussiez voir Kano!» s'offrit avec joie pour accompagner le
voyageur. Néanmoins son père se désola de cette résolution. Pénétrer
au centre de l'Afrique, ce pays des monstres, où la faim, la soif, le
vent, le soleil et la fièvre tuent ceux qu'ont épargnés les bêtes
féroces et l'homme, souvent plus cruel que la brute, c'était vouloir
partager le sort de Mungo-Park et de ses trente-huit compagnons;
c'était aller à la mort comme Peddie, Gray, Ritchie, Bowdich, Laing,
Oudney, Clapperton, Richard Lander. Les supplications paternelles
furent si pressantes, qu'Henry Barth écrivit pour se désister de sa
demande; mais il était trop tard, on avait compté sur sa parole, et il
dut partir avec son compatriote Overweg[2], qui avait résolu de
partager ses fatigues et ses travaux.
[Note 2: Prononcez _Oferveg_.]
Ils arrivèrent à Tunis le 15 décembre 1849, ensuite à Tripoli, et, en
attendant leur départ pour le centre, firent une excursion dans les
montagnes qui entourent la régence; puis ils revinrent à Tripoli, d'où
ils partirent le 24 mars 1850.
Engagée dans le Fezzan, cette province tripolitaine au sol aride
parsemé d'oasis, et qui n'est à vrai dire que la falaise souvent
désolée d'une mer de sable où elle jette ses promontoires,
l'expédition arriva le 18 avril au pied d'un plateau rocailleux,
annoncé par un tas de pierres, auquel chaque pèlerin qui traverse pour
la première fois ce lieu sinistre doit ajouter la sienne.
Après avoir souffert du froid, par une nuit sombre et humide, nos
voyageurs atteignirent, vers le milieu du jour, le point culminant de
ce terrible hammada[3] qui s'élève à 478 mètres au-dessus du niveau de
la mer. Là, ils furent assaillis d'un vent furieux du nord-nord-ouest
qui renversa leurs tentes, et laissa toute la caravane à découvert
sous une pluie torrentielle. Le surlendemain commença la descente par
un défilé rocailleux, formé d'un grès tellement noir à sa surface
qu'on l'aurait pris pour du basalte, si le clivage n'en avait montré
la véritable nature.
[Note 3: El hammada, nom souvent employé dans le nord de
l'Afrique pour désigner un plateau pierreux.]
Un phénomène aussi curieux que rare dans ces contrées est la ville
d'Édéri, perchée au sommet d'un groupe de rochers en forme de terrasse
escarpée. Cette situation a donné à cette ville une grande importance
jusqu'au jour où elle a été détruite par Abd-el-Djèlil, le terrible
chef des Omlad-Sliman, qui, chassé de la régence de Tripoli en 1832 ou
33, passa comme le simoun sur toutes les oasis du Fezzan. On dit qu'il
n'abattit pas moins de six mille palmiers autour d'Édéri; c'est au
milieu des débris épars de cette ancienne plantation qu'est situé le
village actuel d'Édéri.
L'expédition traversa ensuite quelques oueds fertiles, séparés les uns
des autres par des falaises escarpées, des nappes de sable, des bandes
de terrain noir revêtu de couches salines et blanchâtres, jusqu'au
moment où elle découvrit la plantation de Mourzouk, tellement
éparpillée qu'on ne saurait dire avec exactitude où elle commence, où
elle finit.
La capitale du Fezzan repose au fond d'un plateau entouré de dunes, à
quatre cent cinquante-six mètres au-dessus du niveau de la mer. Malgré
ce que la situation de Mourzouk a de pittoresque, on est frappé tout
d'abord de son extrême aridité, et l'impression triste qui en résulte
augmente si l'on y réside quelques jours; ce n'est qu'à l'ombre
épaisse des dattiers que la culture de quelques fruits est possible
(grenades, figues et pêches); les légumes, y compris les oignons, y
sont extrêmement rares, et le lait de chèvre est le seul que l'on y
trouve.
L'enceinte de la ville n'a pas trois kilomètres; c'est trop encore
pour les 2800 âmes qu'elle renferme, ainsi que le prouve la solitude
des quartiers éloignés du bazar. Une voie spacieuse, appelée _dendal_,
qui de la porte de l'est s'étend jusqu'au château, caractérise la
ville, et montre qu'elle a plus de relations avec la Nigritie qu'avec
les territoires arabes.
«Mourzouk, dit le docteur Barth, n'est pas, comme Ghadamès, habitée
par de riches trafiquants; c'est moins le siége d'un commerce
considérable, qu'un lieu de transit. Pour nous c'était la première
station de notre voyage, et notre véritable point de départ, aussi ne
demandions-nous qu'à en sortir; mais qui peut jamais quitter à son
heure une ville africaine, presser des individus pour qui le temps
n'existe pas? Notre départ qui devait avoir lieu le 6 juin, fut décidé
pour le 13; on se mit en marche effectivement le jour indiqué. Mais
après avoir séjourné à Tasaoua pour s'entendre avec deux chefs des
Touaregs, ces pirates voilés et silencieux du désert, il fallut
retourner sur ses pas, rentrer à Mourzouk; et c'est le 25 juin que,
revenue à Tasaoua, notre petite caravane s'ébranla d'une manière
définitive, franchit des montagnes de sable, et entra sur un terrain
plus ferme dont les hauteurs sont couronnées de tamarix, région dont
un cours d'eau violent semble avoir entraîné la portion terreuse qui
réunissait les collines, à présent isolées. Nous retrouvons bientôt le
sol caillouteux de l'hammada, puis la succession de vallées
verdoyantes et de lieux arides qui ont précédé notre arrivée à
Mourzouk.
«Nous avions atteint l'Oued-Elaven, large dépression venant du nord,
lorsque nous découvrîmes, à deux cents pas de notre camp, une mare qui
formait un centre de vie dans cette région solitaire; tout un monde
s'y baignait et folâtrait; une nuée de pintades et de gangas
voltigeait au-dessus de la masse animée, en attendant qu'ils pussent
remplacer les baigneurs. Là, de nouvelles difficultés s'élèvent de la
part des Touaregs chargés de nous conduire à Seloufiet; nos serviteurs
eux-mêmes nous disent que nous nous trompons en croyant que la route
de l'Ahir nous est ouverte, et nous déclarent qu'il nous faut envoyer
demander aux chefs du pays la permission d'y entrer. Bref, tout en
persistant dans notre itinéraire, nous consentons à passer par Ghat,
et à y rester six jours; on nous promet en échange de partir ensuite
immédiatement pour l'Asben.
[Illustration: Carte des Voyages du Dr Henri Barth en Afrique (partie
Orientale)
_Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42._]
«C'est en nous dirigeant vers Ghat, au moment où nous entrions dans
la vallée de Tanesof, que nous vîmes se dresser en face de nous, le
mont Iniden ou des Démons, admirablement éclairé par le soleil
couchant; sa cime perpendiculaire, avec ses tours et ses créneaux, se
découpait en blanc sur le ciel, au-dessus d'une base puissante dont on
distinguait les strastes de marne rouge. À l'ouest, l'horizon était
formé par des dunes que le vent balayait, et dont il répandait le
sable sur toute la surface du val.
[Illustration: Mourzouk, capitale du Fezzan.--Dessin de Rouargue
d'après Barth (premier volume).]
«Le lendemain matin, nous marchions vers la montagne enchantée, que
les récits fantastiques de nos gens revêtaient d'un incroyable
prestige. Malgré les avertissements des Touaregs, ou peut-être parce
qu'ils me disaient de ne pas risquer ma vie en escaladant ce palais
des démons, je résolus de tenter cette entreprise sacrilége. Ne
pouvant obtenir de guides, je partis seul pour ce séjour infernal,
bien persuadé que c'était autrefois un lieu consacré au culte, et que
j'y trouverais des sculptures, des inscriptions curieuses.
Malheureusement je n'emportais avec moi que du biscuit et des dattes,
la plus mauvaise nourriture qu'on puisse avoir quand l'eau vient à
manquer. Je franchis les dunes, j'entrai dans une plaine entièrement
nue, jonchée de cailloux noirs et d'où surgissaient des monticules de
même couleur; je traversai le lit d'un torrent tapissé d'herbes, et
qui allait rejoindre la vallée; c'était l'asile d'un couple
d'antilopes qui, sans doute inquiètes pour leurs petits, ne
s'éloignèrent pas à mon approche, mais dressèrent la tête et me
regardèrent en agitant la queue. Je me trouvai en face d'un ravin, le
palais enchanté semblait fuir; je changeai de direction, un précipice
me barra le passage. Le soleil était dans toute son ardeur, et ce fut
accablé de fatigue que j'atteignis le sommet de la montagne, dont le
faîte crénelé, seulement de quelques pieds de large, ne m'offrit ni
sculptures ni inscriptions.
«La vue s'étendait au loin; mais je cherchai vainement à découvrir la
caravane. J'avais faim, j'avais soif; mes dattes et mon biscuit
n'étaient pas mangeables, et ma provision d'eau était si restreinte,
que j'en bus seulement une gorgée pour ne pas la tarir. Malgré ma
faiblesse il fallut bien redescendre, et je n'avais plus d'eau quand
je me retrouvai dans la plaine. Je marchai quelque temps et finis par
ne plus savoir la direction qu'il fallait prendre. Je déchargeai mon
pistolet et ne reçus pas de réponse. Je m'égarai davantage; il y avait
de l'herbe à l'endroit où j'étais arrivé; j'aperçus de petites cases
fixées aux branches d'un tamarix; la joie au coeur, je m'empressai de
les atteindre: elles étaient désertes. Je vis passer au loin une file
de chameaux; c'était une illusion: j'avais la fièvre. Vint la nuit, un
feu brilla dans l'ombre, ce devait être le prix de la caravane; je
déchargeai de nouveau mon pistolet, pas de réponse. La flamme
s'élevait toujours vers le ciel, m'indiquant où était le salut, et je
ne pouvais profiter du signal. Je tirai une seconde fois, tout resta
silencieux; je confiai dès lors ma vie à l'Être plein de miséricorde,
et j'attendis la lumière avec impatience. Le jour parut, tout reposait
dans un calme indicible; je repris mon pistolet, j'avais mis une
double charge, et la détonation, roulant d'écho en écho, me sembla
devoir réveiller les morts; personne ne m'entendit. Le soleil que
j'avais appelé de mes voeux, se leva dans toute sa force, la chaleur
devint effrayante; je rampai sur le sable pour chercher l'ombre des
branches nues du tamarix; à midi j'en avais à peine assez pour y poser
la tête; la soif me torturait, je m'ouvris la veine, bus un peu de mon
sang, et perdis connaissance. Revenu à moi, lorsque le soleil fut
derrière la montagne, je me traînai à quelques pas du tamarix et
j'attachais sur la plaine un regard plein de tristesse, lorsque
retentit la voix d'un chameau; c'est la musique la plus délicieuse que
j'aie jamais entendue.
Après vingt-quatre heures d'agonie, Barth fut sauvé par un des
Touaregs faisant partie de la caravane et qui était à la recherche du
voyageur.
On passa six jours dans la double oasis de Ghat et de Barakat, dont
les champs, où l'orge et le blé cèdent la place au millet, annoncent
l'approche de la Nigritie. Nos voyageurs y trouvèrent des jardins bien
tenus, entourés de palissades, des tourterelles et des ramiers sur
toutes les branches, de jolies habitations couronnées d'une terrasse,
des hommes qui travaillaient avec activité, des faubourgs pleins
d'enfants, et presque chaque femme un bambin sur les épaules; enfin
une population noire, parfaitement constituée, et bien supérieure à la
race mélangée du Fezzan. Mais il fallut reprendre le chemin du désert
qui, dans cette zone, est un vrai chaos de rochers.
[Illustration: Gorge d'Aguéri.--Dessin de Lancelot d'après Barth
(premier volume).]
«Cette région n'est pas remarquable seulement par les formes de ses
roches, mais encore par le passage fréquent qui s'y opère du grès au
granit. Nous parvînmes, le 30 juillet, à la jonction de deux ravins
formant une sorte de carrefour dans ces masses confuses. Le Ouadey,
qui croisait notre route, large à peine de vingt mètres, se resserre
un peu plus loin entre des parois gigantesques de plus de mille pieds
de haut, de façon à ne plus former qu'une étroite crevasse serpentant
dans le labyrinthe de blocs gigantesques, crevasse que les pluies
d'orage doivent changer parfois en véritable cataracte, à en juger par
un bassin creusé au débouché de ce sauvage canal, et plein, au moment
de notre passage, d'une eau fraîche et limpide. Ce carrefour, ces
défilés forment la vallée d'Aguéri, signalée depuis longtemps aux
géographes européens sous le nom d'Amais.
C'est à regret que je m'éloigne de cette gorge curieuse où j'ai
l'intention de revenir le lendemain, quand les chameaux viendront s'y
abreuver.
«Mais des nouvelles alarmantes ne me permettent pas de réaliser ce
désir; on nous annonce qu'une expédition est projetée contre nous par
Sidi-Jalef-Sakertaf, puissant chef qui a réduit en servitude un grand
nombre d'Imghad établis dans le voisinage. C'est l'éternelle question
du tribut qu'au nom du droit des plus forts les Touaregs prélèvent sur
les caravanes qui traversent le désert. On s'arrange, et pleins
d'ardeur, nous suivons une issue méridionale de la vallée, dont les
flancs s'abaissent peu à peu. Le granite, apparaissant d'abord sous
forme d'arêtes peu saillantes, finit par occuper tout le district;
notre chemin suit des défilés tortueux; on traverse de petites plaines
encaissées par des blocs de granité, généralement nues et quelquefois
ornées de mimosas qui croissent entre les rochers.
«Nous arrivons au mont Tiska, d'une hauteur d'environ deux cents
mètres, environné de cônes moins élevés et qui marque la fin des
sillons rocailleux. Le sol est alors uni, bien qu'il monte
graduellement, et la plaine se déroule à perte de vue, sans que rien
n'en interrompe l'aride monotonie. Le lendemain nous partons de bonne
heure pour atteindre la région des collines de sable, que nous
apercevons à une distance de cinq ou six milles, et qui promet un peu
d'herbe à nos chameaux affamés.
«Deux jours après nous atteignions le puits d'Afalesselez: pas
d'ombre; quelques buissons de tamarix rabougris sur des monticules de
douze à quinze mètres d'élévation et couverts de sable; le terrain est
souillé d'excréments de chameaux et de bien d'autres vilenies, car ce
lieu désolé est, pour les caravanes, de la plus grande importance, en
raison de l'eau qu'on y trouve, et qui est potable, malgré ses
vingt-cinq degrés de chaleur.
«Du sable, des cailloux, de petites crêtes de grès quartzeux, le
granite se mêlant au grès rouge ou blanc, quelques mimosas à un
intervalle d'un ou deux jours de marche, des pointes aiguës, brisant
la ligne des grès, des vallées arides, tel est le pays que nous
traversons. Il est néanmoins habité par de grands troupeaux de
bubales, qui, poursuivis par nos hommes, gravissent les rochers plus
facilement que nos chasseurs, et disparaissent bientôt. L'ovis
tragélaphe est également très-commun dans les parties montagneuses du
désert, et s'y rencontre souvent en compagnie du bubale.
«Le 16 août nous descendions une crête rocheuse couverte de gravier,
d'épais nuages avaient crevé sur nous, des tourbillons de sable,
chassés par un vent qui fouettait la pluie avec rage, avaient mis la
confusion dans nos rangs, lorsque les esclaves de la caravane qui nous
accompagnait saluèrent avec orgueil le mont Asben. Le grès et
l'ardoise avaient peu à peu remplacé le granite, et cet endroit
formait une ligne de démarcation entre deux zones différentes.
«Depuis lors, nous avions fait trois journées de marche, et nous
suivions les détours d'une vallée remplie d'herbe nouvelle; quatre
hommes, puis une troupe d'individus légèrement armés, apparurent tout
à coup sur une éminence et vinrent à notre rencontre. J'étais le
premier de la caravane, je mis pied à terre, et me dirigeai vers la
bande, attentif à la scène que j'avais sous les yeux. Quelle ne fut
pas ma surprise en voyant deux des quatre individus, qui s'étaient
montrés d'abord, exécuter avec nos Kélouis une danse guerrière, que
les autres regardaient tranquillement. J'approchai; les danseurs se
précipitèrent vers moi, et, saisissant la corde de mon chameau que je
tenais à la main, réclamèrent le payement d'un tribut. Le doigt sur la
gâchette de mon fusil, j'appris à temps le motif de leur façon d'agir.
L'endroit où ils étaient, quand nous les aperçûmes, joue un rôle
important dans l'histoire du pays où nous venions d'entrer. Lorsque
les Kélouis, alors de pur sang berbère, prirent possession de la
patrie des Goberaoua, il fut convenu, dans ce lieu, entre les rouges
conquérants et les noirs indigènes, que ceux-ci auraient la vie sauve,
et que le principal chef des Kélouis ne pourrait se marier qu'avec une
femme de la race vaincue. En souvenir de cette transaction, lorsque
passe une caravane à la place où s'est tenue la conférence, les
esclaves se réjouissent et prélèvent sur leurs maîtres un faible
tribut qui leur est accordé.
«Cet incident aurait été pour nous plein d'intérêt, sans l'inquiétude
qui assiégeait notre esprit; la surveille, trois inconnus s'étaient
approchés de notre caravane, disant qu'ils n'attendaient, pour nous
tuer, que les compagnons qui devaient les rejoindre. Que ne nous a pas
fait souffrir cette gente rapace qui habite la frontière de l'Asben,
et dont les impôts forcés, en réduisant nos ressources, devaient nous
causer plus tard une série de tribulations qui faillirent compromettre
le succès de l'entreprise?»
Enfin, après dix jours de pillage et de menaces, de lutte avec ces
audacieux bandits et l'insatiable engeance des marabouts
convertisseurs, avec l'inondation causée par une pluie diluvienne, à
cette latitude où les savants ont déclaré qu'il ne doit pas pleuvoir,
nos voyageurs virent apparaître l'escorte envoyée par le chef An-nour,
pour les conduire à Tin-Tellust. La réception du vieux chef fut loin
d'être hospitalière, mais du moins elle ne manqua ni de franchise ni
de loyauté.
«Je ne lui pardonne pas, dit Henri Barth, d'avoir poussé l'avarice
jusqu'à ne pas m'offrir à boire lorsque je le visitai par une chaleur
affreuse, mais je ne peux m'empêcher de l'estimer comme homme d'État,
et de rendre justice à la droiture et à la fermeté de son esprit.
Enfin je n'eus qu'à me louer de sa conduite, lorsqu'il fut décidé que
je partirais pour Agadez, où réside le chef suprême du pays.»
L'Asben ou l'Ahir[4] peut être appelé la Suisse du désert, et la route
que suivit Barth, pour se rendre à Agadez, traverse une région
extrêmement pittoresque; à chaque instant la montagne se déchire et
laisse voir des gorges sinueuses, des bassins fertiles, des pics
détachés qui dominent le paysage.
[Note 4: L'Asben, immense oasis, était autrefois le pays des
Goberaoua, la plus noble partie des noirs du Haoussa, qui
paraissent avoir eu, dans l'origine, quelque parenté avec les
races du nord de l'Afrique. La domination berbère s'était
déjà implantée au quatorzième siècle dans plusieurs de ses
villes. Léon l'Africain dit positivement que l'Asben était,
lors de son voyage, occupé par les Touaregs; ce sont eux qui
ont baptisé la province du nom d'Ahir. Nous avons vu que les
vainqueurs épousèrent les femmes indigènes, ce qui fondit la
gravité des Berbères avec la joyeuse insouciance du nègre, et
modifia le type originel des deux peuples.]
«Le 7 octobre, au départ, nous trouvâmes la vallée Tiggeda
qu'animaient, à la fraîcheur du matin, de nombreux vols de pigeons.
Une montée rocailleuse est franchie, et nous sommes dans la vallée
d'Erazar-en-Asada, bordée à l'est par la masse imposante du Dogem. La
végétation tropicale laisse à peine aux chameaux la liberté de se
mouvoir; je retrouve, comme essence dominante, le cucifère que je
n'avais pas vu depuis Seloufiet, mais je le revois avec toute
l'exubérance qu'il a bientôt lorsqu'on l'abandonne à lui-même; il est
accompagné de mimosas d'espèces nombreuses, entrelacés de grandes
lianes qui forment au-dessus d'eux une voûte épaisse.
«Au sortir de la forêt, le sentier gravit des ravins tapissés d'herbe,
et nous atteignons le point culminant de la passe, environ sept cent
soixante mètres au-dessus du niveau de la mer. Laissant à notre gauche
le pic majestueux du Dogem, formé probablement de basalte, ainsi que
le groupe entier du Baghzem, nous arrivons dans une plaine
caillouteuse couverte d'un épais fourré de mimosas, où l'on trouve la
piste fréquente des lions, extrêmement communs dans ces lieux déserts,
mais qui, d'après ce que j'ai pu voir, ne sont pas très-féroces.
«Nous entrons dans la vallée de Taghist, jonchée de pierres
basaltiques de la grosseur de la tête d'un enfant, et dont l'enceinte
rocheuse est complètement dénudée. Mohammed-ben-Abd-el-Kerim,
originaire du Touat, et qui introduisit l'islamisme dans la partie
centrale du Soudan, a consacré cet endroit lugubre à la prière.
«De ce terrain pierreux, nous passons dans la célèbre vallée
d'Auderas, où j'ai vu trois esclaves attelés à une espèce d'araire et
conduits, comme des boeufs, par celui qui les avait achetés: C'est,
j'imagine, l'endroit le plus méridional de la partie de l'Afrique
située au nord de l'équateur, où la charrue soit en usage; dans toute
la Nigritie elle est remplacée par la houe. Le ciel était pur, la
vallée, ceinte de coteaux abrupts, ornée de cucifères, garnie d'herbe,
fourrée d'arbrisseaux touffus et variés, déployait devant nous sa
beauté luxuriante. Ainsi que toutes les vallées qui lui succèdent, le
val d'Auderas peut produire non-seulement du millet, mais encore du
froment, de la vigne, des dattes, et à peu près tous les genres de
légumes; on dit qu'il renferme cinquante jardins près du village
d'Ifarghen. Il nous fallut trop tôt quitter cet endroit délicieux,
gravir des rochers, suivre un chemin inégal, longer la vallée de
Téloua, qui revêt une légère croûte de natron, l'un des articles
importants du commerce nigritien.
«Nous campons dans la vallée Boudde, où je rencontre, pour la première
fois, le _pennisetum distichum_, plante dont les aiguilles vous
lardent, et sont, avec les fourmis, pour celui qui voyage au centre de
l'Afrique, l'une des incommodités les plus communes et les plus
irritantes. Il faut un instrument pour retirer ces dards empennés qui
s'insinuent dans la chair, où ils causeraient des plaies douloureuses
si on ne les en arrachait; aussi, malgré leur peu de délicatesse, les
nomades indigènes ne sont-ils jamais sans leurs pinces. Nous fuyons
cette peste, et nous montons pendant une heure avant de gagner le
plateau caillouteux où la ville d'Agadez est construite. Le soir,
j'étendais mon tapis dans la maison qu'y possédait An-nour, et
bientôt, plongé dans un profond sommeil, je rêvai des découvertes que
me promettait la zone mystérieuse où j'allais pénétrer.»
Agadez. -- Sa décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. --
Pouvoir despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de
la girafe. -- Le Soudan; champ du Damergou. -- Architecture. --
Katchéna; Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. --
Son aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. --
Mort de Richardson.
Agadez est construite sur un terrain plat, où s'élèvent des tas
d'immondices, accumulés par la négligence des habitants. Siége
autrefois d'un commerce considérable, qui s'est déplacé vers la fin du
siècle dernier, à l'époque de la prise de Gogo par les Touaregs, sa
population est tombée de soixante mille âmes à sept ou huit mille. La
plupart des maisons sont en ruines; les vingt ou vingt-cinq
habitations qui composent le palais sont elles-mêmes délabrées; des
soixante-dix mosquées d'autrefois il n'en reste plus que dix, et les
nombreux vautours que l'on voit sur le mur d'enceinte ne perchent le
plus souvent que sur des décombres. Pas un riche commerçant ne visite
le marché d'Agadez, dont les Touati sont restés en possession; gens de
petit négoce qui attendent, pour troquer leur mince pacotille, que le
millet soit à bas prix, afin de l'écouler en détail quand la valeur
s'en accroît. Pas de numéraire, pas de cauris; du calicot, des
tuniques servent à l'échange, surtout du millet, qui, à vrai dire, est
la monnaie courante, et a remplacé l'or qui venait autrefois de Gogo.
Le lendemain de son arrivée, Barth se dirigea vers le palais, dont les
bâtiments réservés au prince étaient du moins en bon état, et fut
introduit dans une salle de douze à quinze mètres carrés, au plafond
bas, formé de nattes posées sur des branches, que soutenaient quatre
colonnes massives en pisé. Entre l'une de ces colonnes et l'angle du
mur était assis Abd-el-Kader, le sultan, homme vigoureux d'une
cinquantaine d'années, indiquant par la couleur de sa robe grise, et
celle de l'écharpe blanche dont le bas de sa figure était voilé, qu'il
n'appartenait pas à la race des Touaregs.
[Illustration: Vallée d'Auderaz.--Dessin de Rouargue d'après Barth
(premier volume).]
Bien qu'il ne connût pas l'Angleterre, même de nom, le sultan
accueillit le docteur avec bienveillance, lui exprima son indignation
des traitements que la caravane avait subis à la frontière d'Ahir, et
plus tard lui envoya des lettres qui le recommandaient aux gouverneurs
de Kano, de Katchéna et de Daoura. Quant à celle que Barth lui avait
demandée pour le gouvernement anglais, et où il aurait assuré sa
protection aux Européens qui, à l'avenir, se rendraient au Soudan, il
ne tint pas sa promesse, soit qu'il n'eût pas compris ce que désirait
Barth, soit que, dans sa position précaire, il ne se crût pas assez
fort pour établir des relations avec les chrétiens. Déposé quelques
années auparavant, remonté sur le trône depuis peu, il devait, deux
ans plus tard, le résigner de nouveau en faveur de celui qui l'en
avait déjà dépossédé: vicissitudes qui prouvent l'insuffisance du
pouvoir absolu pour protéger ceux qui l'exercent. Le souverain
d'Agadez a non-seulement la facilité d'emprisonner les chefs les plus
puissants de l'Ahir, mais il a sur eux droit de vie et de mort, et
dispose d'atroces oubliettes hérissées de lames tranchantes, où il
peut faire jeter les coupables, quel que soit le rang qu'ils occupent.
Nous regrettons de ne pouvoir donner sur l'intérieur et la vie privée
des Agadézi tous les détails que nous transmet le docteur Barth.
Citons du moins ce passage: «Mohammed me présenta chez l'une de ses
amies, qui habitait une demeure spacieuse et commode. Je trouvai cette
dame vêtue d'une robe de soie et coton, et parée d'une grande quantité
de bijoux d'argent. Vingt personnes composaient sa maison; parmi
elles, six enfants entièrement nus, chargés de bracelets et de
colliers d'argent, et six ou sept esclaves. Son mari vivait à Katchéna
et venait la voir de temps à autre; mais je ne crois pas qu'elle
attendît ses visites à la manière de Pénélope. J'ai d'ailleurs tout
lieu de croire que les principes du pays n'ont rien de sévère, à en
juger par cinq ou six jeunes femmes qui vinrent me faire visite, sous
prétexte que le sultan avait quitté la ville; deux d'entre elles
étaient assez jolies, avec leurs beaux cheveux noirs qui retombaient
sur leurs épaules en nattes épaisses, leurs yeux vifs, leur teint peu
foncé, leur toilette qui ne manquait pas d'élégance; mais elles
devinrent tellement importunes que je finis par m'enfermer pour
échapper à leurs obsessions. J'eus, pour égayer ma retraite, la visite
de charmants petits oiseaux qui fréquentent l'intérieur des maisons
d'Agadez, et que j'ai revus à Tombouctou.»
[Illustration: Vue d'Agadez.--Dessin de Lancelot d'après Barth
(premier volume).]