«Quartier général à _Ostrohow_, 30 pluviose an XII.
«_Le général de division Dupont, commandant la 1re division du camp de
Montreuil_[41]... m'a tellement fait courir avec lui tous ces
jours-ci, soit sur la côte, soit sur la mer, que je n'ai pu trouver un
moment pour t'écrire. Avant-hier, au moment où je commençais une
lettre pour toi, une douzaine de coups de canon est venue me déranger.
C'était le prélude d'une canonnade qui a duré toute la journée entre
nos batteries et la flotte anglaise. Nous y avons couru comme de
raison, et nous avons joui pendant sept heures d'un coup-d'oeil aussi
piquant qu'agréable, car toute la côte était en feu, toute la rade
couverte de bâtimens, et, sur deux mille coups de canon tirés de part
et d'autre, nous n'avons pas perdu un seul homme. Les boulets ennemis
passaient par dessus nos têtes, et allaient, sans faire de mal à
personne, se perdre dans la campagne.
[41] C'est une tête de lettre imprimée.
«....J'ai vu ici le général Bertrand, après avoir été six fois
inutilement chez lui. Il est venu dîner enfin chez Dupont, et j'ai été
enchanté de lui. Il a des manières franches, aimables, amicales, sans
_ton_, sans prétentions. Nous avons parlé du Berry avec le plaisir de
deux compatriotes qui se rencontrent loin de leur pays, et qui
s'entretiennent de tout ce qu'ils y ont laissé d'intéressant et
d'attachant: de leurs mères surtout.»