«Mon frère, je pars cette nuit. Les événements vont devenir
tous les jours plus intéressants. Il suffit que vous fassiez
mettre dans _le Moniteur_ que l'empereur se porte bien, qu'il
était encore vendredi, 12 vendémiaire, à Ludwigsburg, que la
jonction de l'année avec les Bavarois est faite. J'ai entendu
hier au théâtre de cette cour l'opéra allemand de _Don Juan_;
j'imagine que la musique de cet opéra est la même que celle
de l'opéra qu'on donne à Paris; elle m'a paru fort bonne.» Le
même jour il écrivait au ministre de l'intérieur:
«Monsieur Champagny, je suis ici à la cour de Wurtemberg, et,
tout en faisant la guerre, j'y ai entendu hier de très bonne
musique. Le chant allemand m'a paru cependant un peu baroque.
La réserve marche-t-elle? Où en est la conscription de l'an
XIV?» (P. R.)]
De même, les comédiens furent largement protégés. Ce que j'ai dit de la
tendance de nos écrivains, peut aussi s'appliquer à l'art du théâtre. Le
naturel a gagné dans la diction sur notre scène depuis la Révolution. Le
goût a repoussé le gourmé dans le ton tragique, l'affectation dans la
comédie. Talma et mademoiselle Mars ont surtout poussé fort loin
l'alliance de l'art et de la nature. L'aisance, unie à la force, s'est
aussi introduite dans la danse. Enfin, on peut dire qu'il y a de la
simplicité, de l'élégance et de l'ensemble dans le système du goût
français aujourd'hui, et que toutes les faussetés de fantaisie et de
convention ont disparu.