Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805)

«Mon frère, je pars cette nuit. Les événements vont devenir

tous les jours plus intéressants. Il suffit que vous fassiez

mettre dans _le Moniteur_ que l'empereur se porte bien, qu'il

était encore vendredi, 12 vendémiaire, à Ludwigsburg, que la

jonction de l'année avec les Bavarois est faite. J'ai entendu

hier au théâtre de cette cour l'opéra allemand de _Don Juan_;

j'imagine que la musique de cet opéra est la même que celle

de l'opéra qu'on donne à Paris; elle m'a paru fort bonne.» Le

même jour il écrivait au ministre de l'intérieur:

«Monsieur Champagny, je suis ici à la cour de Wurtemberg, et,

tout en faisant la guerre, j'y ai entendu hier de très bonne

musique. Le chant allemand m'a paru cependant un peu baroque.

La réserve marche-t-elle? Où en est la conscription de l'an

XIV?» (P. R.)]

De même, les comédiens furent largement protégés. Ce que j'ai dit de la

tendance de nos écrivains, peut aussi s'appliquer à l'art du théâtre. Le

naturel a gagné dans la diction sur notre scène depuis la Révolution. Le

goût a repoussé le gourmé dans le ton tragique, l'affectation dans la

comédie. Talma et mademoiselle Mars ont surtout poussé fort loin

l'alliance de l'art et de la nature. L'aisance, unie à la force, s'est

aussi introduite dans la danse. Enfin, on peut dire qu'il y a de la

simplicité, de l'élégance et de l'ensemble dans le système du goût

français aujourd'hui, et que toutes les faussetés de fantaisie et de

convention ont disparu.

Mémoires de madame de Rémusat (2/3) publiées par son petit-fils, Paul de Rémusat · 第 20 / 30 题