Les mamelles (_mammæ_, des Latins; _mastoï_, des Grecs; _poppa_, en
italien; _teta_, _ubre_, en espagnol) subissent les mêmes phases dans
leur développement, que les organes essentiels de la reproduction. Elles
sont peu apparentes dans le jeune âge et ne commencent à prendre le
développement qu'elles doivent acquérir que lorsque l'appareil génital
est apte à perpétuer l'espèce; et comme ce n'est que chez les individus
femelles qu'elles parviennent à leur état complet, elles ne présentent
pendant les premiers temps de la vie aucune différence chez l'un et
l'autre sexe.
C'est donc vers l'époque où la femme devient apte aux plaisirs de la
maternité, que les seins commencent à acquérir tout le développement
dont ils sont susceptibles, ainsi que les formes gracieuses qui en font
un si brillant ornement: avant la puberté, ils n'en forment que le noyau
et se flétrissent après le temps de la faculté de reproduire. Cependant
il n'est pas sans exemple de voir des jeunes filles encore loin de cette
brillante époque, offrir des mamelles parfaitement conformées et
susceptibles de fournir du lait. Les auteurs rapportent, à cet égard,
des exemples fort curieux; mais tous tendent à prouver que ce
développement précoce fut toujours le résultat d'irritations exercées
sur le mamelon.
Le développement des mamelles se fait ordinairement en raison de celui
des organes spéciaux de la génération, en sorte que la bonne
conformation des seins peut, en général, servir de mesure à celle de ces
derniers. Ainsi, l'homme qui recherche dans la femme, non-seulement ce
qu'elle peut offrir de gracieux, mais encore tout ce qui peut dénoter
une grande puissance génératrice et un vif sentiment de l'amour, est-il
toujours enthousiaste d'un beau sein. A peine la femme, la plus
accomplie sous tous les autres rapports, peut-elle éveiller en lui le
moindre sentiment de volupté, si elle ne se trouve pourvue de ce superbe
ornement. Cependant, on voit quelquefois des femmes dont les parties
sexuelles sont parfaitement développées et propres aux plaisirs ainsi
qu'à la propagation, quoiqu'elles n'offrent que quelques traces de ces
organes, tandis que d'autres, avec le sein le plus volumineux, ne sont
nullement accessibles aux désirs voluptueux ni aptes à la génération.
C'est évidemment en vertu des liens de l'étroite sympathie qui unissent
les seins et les organes sexuels, que s'opère le développement
simultané.
Les mamelles sont situées au milieu de la poitrine, l'une à droite et
l'autre à gauche, directement sur les muscles pectoraux; elles sont au
nombre de deux: il est rare de trouver des femmes qui en aient trois ou
quatre donnant toutes du lait. Cependant, les annales de la science
citent un grand nombre de femmes et même d'hommes multimammes; le plus
souvent, le nombre des mamelles est porté à trois: deux présentent la
position et le volume ordinaires, et la troisième est située sur la
ligne médiane, un peu plus bas que les deux autres, ou bien au-dessous
de l'une d'elles à droite ou à gauche. Lorsque la mamelle surnuméraire
est médiane, elle reste ordinairement peu volumineuse, même pendant
l'allaitement; les mamelles surnuméraires latérales diffèrent au
contraire fort peu des mamelles normales et peuvent, comme elles,
fournir du lait. Lorsqu'il existe quatre mamelles, elles sont
ordinairement bilatérales et placées comme les mamelles abdominales des
animaux, l'une au-dessous de l'autre; cette disposition est moins
commune que la précédente, et la présence de cinq mamelles est plus rare
encore. Percy n'en rapporte qu'un seul cas observé par M. Gorre. Ce cas
fut présenté par une femme valaque trouvée, en l'an VIII, parmi les
nombreux prisonniers faits à l'armée autrichienne et qui ne tarda pas à
périr de froid et de misère. Sur les cinq mamelles de cette femme,
quatre étaient très-saillantes, disposées sur deux rangs, gonflées et
pleines de lait; la cinquième était médiane et située à cinq pouces de
l'ombilic; elle n'était pas plus volumineuse que celle d'une fille
impubère.
On a aussi constaté que des mamelles surnuméraires pouvaient se
présenter sur d'autres points du corps; ainsi, M. Robert a fait
connaître le fait d'une femme multimamme de ce genre, laquelle
descendait elle-même d'une mère dont les mamelles étaient plus
nombreuses que d'habitude. Mais, chez elle, la mamelle surnuméraire
était placée à la partie externe de la cuisse gauche, près de l'aîne.
Jusqu'à la première grossesse, cette mamelle fut prise pour un simple
_noevus_; mais à cette époque elle se développa et acquit le volume de
la moitié d'un citron; l'enfant tétait alternativement l'une des
mamelles pectorales et celle-ci, qu'on pourrait appeler inguinale.
Thomas Bartholin vit une Danoise qui en offrait trois, dont deux étaient
placées dans leur situation naturelle, et l'autre à la partie inférieure
du _sternum_, en sorte qu'elles représentaient une espèce de pyramide
renversée. Tout le monde sait que la belle Anne de Boulen, épouse de
Henri VIII, roi d'Angleterre, avait, outre six doigts à chaque main,
trois mamelles à la partie antérieure de sa poitrine. Un moine de Corbie
rapporte avoir vu une paysanne qui nourrissait trois jumeaux de quatre
mamelles indistinctement, dont deux étaient situées au-devant de la
poitrine, et les deux autres au dos.
Les mamelles bien proportionnées sont un des principaux ornements des
femmes, particulièrement lorsqu'elles sont accompagnées d'une gorge bien
taillée et recouverte d'une peau fine. Il faut aussi qu'elles soient
blanches, rondes, et médiocrement écartées l'une de l'autre; qu'elles ne
soient placées ni trop haut, ni trop proche des aisselles; et enfin
qu'elles ne soient ni trop grosses, ni pendantes: voilà les conditions
qu'elles doivent avoir pour être belles et propres à donner de l'amour;
mais ce ne sont pas les meilleures ni les plus capables de contenir le
lait.
En nul endroit du corps, la peau n'est si fine, si délicate, si lisse,
si douce au toucher et si blanche qu'aux environs des mamelles. Là les
téguments ont acquis une telle ténuité, qu'ils sont entièrement
transparents et laissent facilement apercevoir les ramuscules veineux
qui serpentent agréablement dessous, notamment dans le voisinage de la
portion rosée, et dont la couleur bleuâtre, en formant un heureux
contraste avec la blancheur de la peau, en relève si fortement l'éclat,
et donne tant de lustre à la beauté du sein. Ces globes, au reste,
plaisent d'autant plus à la vue que cette belle portion de la peau est
plus tendue par des glandes mammaires volumineuses, et que la femme
jouit de plus d'embonpoint. Il est cependant des personnes fort maigres
naturellement dont ces glandes sont si développées que, malgré cet état,
elles offrent un sein solide, bien tendu, et de la plus grande beauté.
C'est à la partie centrale de chaque moitié des parois thoraciques
qu'est situé le sein dans sa belle conformation. Trop dégagés en dehors
et portés sous les aisselles, ces organes laissent entre eux un grand
vide, peu agréable à la vue, et peuvent éprouver, de la part des bras
portés en bas et surtout en dedans, des pressions plus ou moins fortes
dont la fréquence nuit à leur développement, les déforme et même les
atrophie. Trop rapprochés du centre de la poitrine, ils se confondent
l'un avec l'autre, et de ce défaut de dégagement résulte l'imperfection
de ces rotondités élégantes qui concourent tant à la beauté physique du
sexe. Trop relevés vers le cou, les seins confondent leurs brillants
contours avec ceux de l'épaule, reçoivent des chocs continuels des
mouvements brusques de la clavicule, et sont sans cesse exposés à
l'influence nuisible de l'atmosphère, dont la femme ne peut se garantir
que par des vêtements grotesques et répudiés par la véritable
coquetterie. Situés trop intérieurement, ils semblent rapprocher les
femmes des animaux mammifères, et demandent à être relevés sans cesse
par des corsets, dont la pression continuelle peut porter les plus
fâcheuses atteintes à ces organes délicats.
La figure des beaux seins est ronde, et représente un demi-globe; mais
les bons nourriciers, au contraire, sont avancés en dehors, et
ressemblent à une poire, tels sont en général ceux des Comtoises; ce qui
fait qu'ils ont de la peine à se soutenir, principalement quand ils sont
pleins de lait.
On ne peut pas bien déterminer leur grandeur; elle varie suivant les
nations: les Indiennes et les Siamoises les ont si longs, qu'elles
peuvent les jeter par-dessus leurs épaules. Ils différent encore suivant
les individus; quelques femmes les ont naturellement petits et d'autres
gros; ces dernières sont les meilleures nourrices, pourvus qu'ils ne
soient pas trop charnus. Leur grosseur dépend aussi de l'âge; ils
commencent à pousser à 14 ans, ils ont alors la figure d'un demi-globe;
ils sont petits, mais durs et fermes; ils grossissent à mesure qu'elles
avancent en âge; ils se flétrissent aux femmes qui approchent la
cinquantaine; et plus une femme vieillit, plus elle les a mous et
flasques, n'y restant plus à la fin que des peaux.
Le mamelon est une petite éminence qui s'élève au milieu de la mamelle;
il est d'une substance spongieuse, assez semblable à celle du gland de
la verge, c'est pourquoi il se relève, se gonfle et se roidit lorsqu'on
le suce ou bien qu'on le chatouille. Il a un rapport intime avec les
parties de la génération. Les mamelons se dressent et prennent part aux
sensations suscitées dans l'appareil génital par le coït ou autres
moyens d'excitation. Les titillations de ces boutons rosés y font naître
un sentiment de volupté qui, se communiquant en un clin-d'oeil au siége
spécial de la jouissance, embrase la femme et la sollicite puissamment à
l'acte de la reproduction. Quels sont les moyens d'une si frappante
communication entre des organes si éloignés? Quelques auteurs prétendent
que ce sentiment si vif, si agréable, a été donné à cette partie afin
que l'enfant y cause en la suçant un doux chatouillement, et que la
femme y trouvant un singulier plaisir, elle se porte plus volontiers à
donner à téter à son enfant aussi souvent qu'il en a besoin.
Il est reconnu que la succion du lait éveille des sentiments de volupté
au bénéfice de l'appareil générateur. Cabanis disait que des nourrices
lui avaient fait l'aveu qu'elles devaient à l'enfant qu'elles
allaitaient de véritables jouissances. La solidarité des seins,
relativement à l'appareil sexuel, est un fait constant; aussi la
sécrétion du lait augmente-t-elle généralement sous l'influence de
l'excitation de l'organe générateur. C'est le cas dans lequel était
cette femme, qui voyait le lait sortir de ses seins quand son mari
accomplissait avec elle l'acte du coït. On a dit aussi que l'observation
avait utilisé cet acte physiologique, que, voyant les animaux se prêter
avec complaisance à la manoeuvre par laquelle on leur enlevait leur
lait, on avait établi, dans le but d'en augmenter la quantité, une
action directe sur l'organe générateur. Hérodote rapporte que les
Scythes introduisaient un bâton poli dans la vulve de leurs juments
quand ils leur enlevaient leur lait. Bayeu a raconté que dans les
Pyrénées les gens occupés à traire les vaches plaçaient une de leurs
mains dans la vulve; enfin, s'il faut en croire Levaillant, les
Hottentots soufflent de l'air dans les parties sexuelles des animaux
avant de les traire.
La jeune fille devient-elle pubère, aussitôt les seins répondent à
l'appel de la matrice, et cette corrélation se reproduit à chaque nouvel
éveil de cet organe. Elle se moule en quelque façon sur les conditions
dans lesquelles il se trouve. Dans l'état ordinaire de la vie, une
action, quelle qu'elle soit, sur l'appareil générateur a toujours du
retentissement dans les seins, et réciproquement. Ainsi, une sensation
voluptueuse venant directement de l'utérus et de ses annexes est
comprise et perçue dans les organes de la lactation; de même les
sentiments lascifs peuvent trouver accès près des voies génitales en
partant des seins. C'est la raison pour laquelle Hippocrate croyait que
le lait venait de la matrice.
N'est-ce pas à cette corrélation, à cette excitation génésique provoquée
par l'allaitement qu'il faut attribuer le fait de luxure inouï,
diabolique, que rapporte M. le docteur Andrieux? Un enfant, qu'on avait
pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse, dépérissait chaque jour. Les
parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état: on finit par
la découvrir. Mais où trouver des mots pour exprimer leur surprise et
leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse, exténuée,
délirante, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion
affreuse, et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient
pu seuls donner!!! Pour parvenir facilement à son but, elle attendait
que le cri de la faim se fît entendre; l'enfant, dans cet instant, ouvre
la bouche comme pour chercher le sein, il saisit alors avidement le bout
du doigt, ou tout corps quelconque souple et arrondi qu'on place entre
ses lèvres, et exerce immédiatement sur lui des efforts répétés de
succion.
Les exemples d'une pareille dépravation doivent heureusement être fort
rares.
La plupart des filles élevées chez des religieuses ne peuvent, selon ces
dernières, plaire au Créateur que par des imperfections. Avoir de la
gorge, être belle, sont assurément deux sujets de réprobation; l'enfer,
ouvert à celles qui portent un sein arrondi, attend sa proie avec
impatience; c'est ainsi que s'exprime le fanatisme dans l'intérieur des
maisons d'éducation religieuse. Quelques jeunes filles, adoptant ces
idées, prennent chaque jour quelques subtances capables d'interrompre ou
d'affaiblir la nutrition: tel est, par exemple, l'usage du vinaigre bu à
jeun; en altérant les forces digestives, il arrête le cours des
sécrétions ou en diminue l'énergie, d'où le défaut d'accroissement des
seins avec l'amaigrissement général qui résulte de cette détestable
coutume. Des remèdes aussi dangereux, ou plus violents, employés dans
les mêmes vues, doivent donc être bannis sans retour, puisque ce n'est
qu'en détruisant la santé qu'ils amènent le changement d'organisation
qu'on souhaite.
En 1829, le docteur Récamier publia un ouvrage en deux volumes,
intitulé: _Recherches sur le traitement du cancer par la compression
méthodique simple et combinée._ M. Récamier, appelé souvent dans les
couvents, s'est trouvé à portée d'y faire l'observation suivante:
Dans les couvents, les religieuses, dans le but de réprimer
l'envahissement mondain d'une gorge trop volumineuse, compriment les
glandes mammaires avec des rondelles d'amadou. Les seins, par le fait de
la compression et de l'iode qui se trouve naturellement dans l'amadou,
s'atrophient; mais ce que les religieuses de nos jours n'ont pas prévu,
c'est que, en raison de la solidarité dont nous nous entretenons,
l'appareil reproducteur profite du retrait des glandes mammaires. Or,
comme le bassin est l'expression de l'état anatomique et physiologique
de la matrice, il en résulte que les hanches et les muscles fessiers des
femmes soumises à cette opération acquièrent un énorme développement. Il
me reste à savoir si un surcroît de nourriture et de développement de
l'appareil générateur n'est pas un obstacle de plus à la chasteté; et si
ces intéressantes recluses n'en ressentent pas plus vivement les
aiguillons de la chair, que la religion leur défend d'écouter.
Mais il est temps de revenir à notre sujet, duquel nous nous sommes un
peu écarté. Le mamelon est rose et petit aux vierges; l'aréole qui
l'entoure est d'une teinte plus ou moins foncée, suivant les individus;
elle l'est en général davantage chez les personnes qui ont la peau
brune, les yeux et les cheveux noirs, que chez les femmes blondes,
faibles et délicates. L'étendue de ce cercle est de deux centimètres
environ; il s'élargit et prend une teinte plus foncée chez celles qui
ont fait des enfants; le mamelon devient livide et gros aux nourrices,
et il est noir et flétri chez les vieilles femmes.
* * * * *
Un ouvrage de ce genre ne pouvant se terminer par des matières médicales
aussi sérieuses, nous donnons une fort jolie chanson de M. Aug. Gilles,
pour le clore convenablement.