Voici, sexe charmant, le chapitre qui doit faire auprès de toi la
fortune de cet éloge. Que nous servirait, mesdames, d'avoir chanté la
plus belle partie de vous-même, si notre art ne vous instruisait encore
à la conserver dans toute sa fraîcheur.
Plume aimable et facile du chantre badin des _Perruques_[13], viens pour
un moment sous mes doigts; et que les grâces, en nous lisant, croyent
encore lire quelques pages du docteur Akerlio.
[Note 13: _Éloge des Perruques_, enrichi de notes plus amples que le
texte; par le docteur Akerlio (Deguerle). Paris, an VII, 1 vol. in-12.
Cet _Éloge_ badin a trouvé grâce auprès des savants comme auprès des
dames, malgré les traits malins qu'il s'est permis de décocher contre
les têtes à perruques de toute espèce. Loué par tous les journaux sans
en excepter la _Décade_, il n'a pu fléchir le courroux du terrible
_Victor-Campagne_, dont l'oeil perçant a vu tout seul, dans cet élégant
badinage, une horrible contre-révolution, Voy. le _Flambeau_, du 18
floréal an VII.]
Mais déjà mon sujet m'inspire! Or, écoutez, mesdames; j'ai toussé, je
commence.
La parure est à la beauté ce que l'esprit est au savoir. On ne se plaît
guère sans un peu de coquetterie; pour retenir dans ses bras son céleste
époux, Junon même eut besoin un jour de la ceinture de Vénus. Que l'art
de la toilette soit donc votre première étude; mais anathème éternel à
ces corps meurtriers, où la taille la plus svelte perd dans sa prison de
baleine son élégance naturelle! Un simple corset suffit à la
conservation des formes. Qu'une bande légère, fixée vers la partie
moyenne de la poitrine, embrasse mollement la région inférieure de
chaque hémisphère, en soutienne adroitement le poids sur un support
invisible, et laisse entrevoir à l'oeil éveillé du désir, cette
mappemonde mobile, sur laquelle l'imagination la plus froide aime à
voyager quelquefois[14]. Gloire à toi, docte et galant Alphonse[15]! Le
premier, tu proclamas courageusement la liberté des gorges, leurs
amants te doivent une statue; et j'ai placé la tienne dans mon boudoir.
[Note 14: Gentil Bernard a dit (_Art d'aimer_, ch. II):
Qu'un sein trop humble à sa place arrêté
Offre un amour de son frère écarté.]
[Note 15: Alphonse Leroi, médecin de la Faculté de Paris, a publié,
en 1772, de savantes _Recherches sur l'habillement des femmes et des
enfants_. L'auteur de cet ouvrage utile s'y déchaîne avec une sainte
colère contre l'usage des _corps baleinés_, dont l'usage était général à
l'époque où il écrivait, et qu'un caprice de la mode menace de
ressusciter aujourd'hui.]
Une _douce chaleur_, en dilatant les solides, peut aider au
développement d'un sein virginal. Une belle gorge aime à braver demi-nue
l'action d'une température modérée. Mais le froid est son ennemi mortel.
Qu'elle en évite soigneusement les rigoureuses atteintes; ou bientôt, au
lieu de cette élastique fermeté qui fait le premier charme d'un sein de
lys, elle n'offrira plus au doigt délicat de l'amour, qu'une solidité
squirreuse, éternel écueil des désirs.
Ce sein trop humble n'ose, dites-vous, se montrer au jour. Eh bien!
connaissez donc les secrets du génie. Le _fluide électrique_ commande à
la foudre même; il peut, à la voix d'un praticien habile, imprimer aux
vaisseaux sanguins, une turgescence favorable. Souffrez, mesdames, qu'on
vous _magnétise_: le docteur Mesmer n'a point d'égal dans l'art de
donner à certains charmes une expansion délicieuse.
Le malade résiste-t-il à la _verge_ électrique, à la magie du _baquet_;
la mécanique vient pour vous au secours de la physique. Que dans sa
double cavité, une officieuse _ventouse_ embrasse, sans les blesser, vos
deux globes d'albâtre. L'air ainsi raréfié, hâtera sans douleur le
développement de la gorge rebelle.... C'est peu: un contact indiscret
vient-il à déformer par accident le bouton de vos roses jumelles?
retournez, mesdames, à l'heureuse _ventouse_: le bouton ranimé reprendra
bientôt sa forme et sa fraîcheur.
Belles sans expérience, vous qui pleurez ingénuement à votre quinzième
année, l'absence du plus doux attrait dont se pare un buste féminin,
consolez-vous! il n'est point de mal sans remède. Plus d'une prêtresse
de Vénus tient magasin de _seins postiches_. Vous pouvez avoir à vil
prix la plus belle gorge du monde, dans une paire de _cartons bombés_.
Et vous, honneur de votre sexe, femmes intéressantes qui voulez unir en
même temps le plaisir d'être épouses et l'orgueil d'être mères, ne
craignez rien: à l'aide d'une petite ruse, on est maintenant à la fois
et _nourrice_ et _jolie_. Déjà l'oeil marital commence-t-il à lire avec
peine les ravages de l'allaitement sur un mamelon déprimé? voyez la
_gomme élastique_ se façonner pour vous en chapeau complaisant[16].
L'aiguille l'a criblé tout exprès de légers tuyaux capillaires, pour
fournir un libre passage au lait nourricier. Sous la _forme_ couleur de
rose dont il est hermétiquement couvert, le sein maternel cache ainsi
sans péril sa passagère laideur; et, par cette innocente imposture, il
satisfait à la fois la nature et l'amour.
[Note 16: Ce _chapeau_ s'appelle, en termes techniques, _bout de
sein_.]
De graves professeurs d'_hygiène_ ne voient de salut pour les belles
gorges, que dans un régime d'anachorète. A les entendre, il n'est pour
nos Vénus qu'un moyen sûr de conserver leurs charmes: c'est de n'en
faire aucun usage[17]. Le jeûne, selon eux, est encore une recette
unique: pour éterniser la beauté, vive (disent-ils) l'art de mourir de
faim.
[Note 17: Comme si la gorge la plus _respectable_ ressemblait aux
cantiques de feu Pompignan dont Voltaire a dit quelque part: