Gertrude à vingt ans fut jolie:
Elle avoit deux petits tettons
Qu'Ariste aimoit à la folie
Et nommoit ses petits frippons.
Ariste fit un long voyage,
Et revint après vingt-cinq ans.
Je laisse à penser quel ravage
Chez Gertrude avoit fait le temps.
Sur les frippons, par habitude,
Ariste jeta ses regards:
--Ah! mes petits frippons, Gertrude,
Sont devenus de grands pendards.
Après avoir parlé des femmes qui ont une laide gorge, il est à propos de
parler de celles qui n'en ont pas du tout. Un renard pris au piège, au
moment où il se propose de croquer une poule, un créancier qui se repaît
avec volupté de l'espérance de faire saisir les meubles d'un malheureux
débiteur et trouve la maison vide, éprouvent moins d'humeur et de
surprise qu'un galant qui, après mille efforts pour découvrir et dévorer
de son oeil furtif une belle gorge, n'en trouve que la place.
Le citoyen Mercier de Compiègne, auteur de la traduction du
_Vendangeur_, de _Rosalie et Gerblois_, de _Gérard de Velsen_, etc.,
raconte ainsi dans un volume de ses _Soirées de l'Automne_, la
vengeance d'un galant, qui avait éprouvé un pareil échec: