Ainsi que dedans le pré,
D'un vert émail diapré,
On voit que la blonde avette
Sur les belles fleurs volette,
Pillant la manne du ciel,
Dont elle forme son miel;
Ainsi, petite pucette,
Ainsi, puce pucelette,
Tu voles à tâton
Sur l'un et l'autre téton;
Or, ayant pris ta posture,
Tu t'en viens à l'aventure.
Soudain après héberger
Au milieu d'un beau verger,
Paradis qui me réveille,
Lorsque plus elle sommeille:
Là, prenant ton bel ébat,
Tu lui livres un combat,
Combat qui aussi l'éveille,
Lorsque plus elle sommeille.
Je ne veux ni du taureau,
Ni du cygne, blanc oiseau,
Ni d'Amphytrion la forme,
Ni qu'en pluye on me transforme.
Puisque ma dame se paist
Sans plus de ce qui te plaist,
Plust or à Dieu que je pusse
Seulement devenir puce!
Tantost je prendrois mon vol
Tout au plus haut de ton col,
Ou, d'une douce rapine,
Je sucerois ta poitrine,
Ou lentement, pas à pas,
Je me glisserois plus bas,
Et d'un muselin folastre,
Je serois puce idolastre,
Pinçottant je ne sçais quoi,
Que j'aime trop plus que moi!
Mais las! malheureux poëte!
Qu'est-ce qu'en vain je souhaite?
Cet échange affiert à ceux
Qui font leur séjour aux cieux.
Et partant, puce pucette,
Partant, puce pucelette,
Petite puce, je veux
Adresser vers toi mes voeux.
Si tu piques les plus belles,
Si tu as aussi des aisles
Tout ainsi que Cupidon,
Je te requiers un seul don
Pour ma pauvre âme altérée,
O puce! ô ma Cythérée!
C'est que ma dame, par toi,
Se puisse éveiller pour moi!
Que pour moi elle s'éveille,
Et ait la puce en l'oreille!