DANS LES COULOIRS DES TRIBUNES

Nous montrons, plus loin, par un document photographique qui fixe une

minute d'histoire, l'acte décisif du Congrès, la proclamation, devant

l'Assemblée nationale, du nouveau président de la République. Mais ce

n'est pas dans la salle des séances que se joua tout entière la partie

engagée pour la plus haute magistrature de l'État. Et les coulisses,

mondaines et politiques, de l'élection présentèrent, en cette journée

mémorable, de curieux aspects.

[Illustration: M. Antonin Dubost ouvrant la séance. _Croquis de H. Le

Riche._]

Dans le couloir des tribunes réservées à d'heureux et rares invités, à

l'heure du vote, on se croirait presque dans un couloir de théâtre,

pendant un entr'acte de répétition générale. Le spectacle parlementaire

qui se donne ici est, en effet, fort couru, et jamais, de mémoire de

congressiste, on ne vit salle plus brillante, plus nombreuse en jolies

femmes. Elles sont venues là, attirées par la grande affaire parisienne

qu'est avant tout, à leurs yeux, l'élection présidentielle, excitées

comme par l'attrait d'une pièce nouvelle, dont on a beaucoup parlé avant

que le rideau se lève, et dont on attend beaucoup: sera-ce le triomphe

indiscutable, complet, ou simplement le succès d'estime?

De leurs fauteuils de balcon où elles formaient la plus gracieuse des

«corbeilles», elles ont assisté à la première partie du

spectacle,--entendez la proclamation du premier scrutin. Et maintenant,

répandues dans les couloirs, elles échangent leurs impressions et leurs

voeux, consultent l'important personnage qui passe, un papier à la main,

discutent les chiffres, commentent les résultats. Tandis qu'en bas, dans

la galerie des Bustes, les dernières passions se mêlent et se heurtent à

grand bruit, ici on cause discrètement, à voix douce, comme dans un

salon. Une réunion mondaine s'est improvisée, en un coin du palais où

s'agitent les destinées de la France. Et sans doute en est-il, parmi ces

élégantes, qui, reprises bientôt par des préoccupations moins graves,

s'interrompent de parler «politique», pour aborder le

chapitre--inépuisable--des toilettes.

L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913 · 第 16 / 51 题