[83] M. Rollin Hist. ancienne Tom. 1. après Herodote.
On auroit pû, ce me semble, ajoûter, _& à craindre les Rats_.
[84]Un autre Prêtre nommé Crinis fut puni de son indévotion par ces
mêmes animaux qui avoient si bien servi le dévot Sethon. Celui-là étoit
Pontife d’Apollon, mais de ces Pontifes indolens qui vivent
voluptueusement d’un benefice qu’ils desservent fort mal. Sa négligence
dans les sacrifices scandalisoit les peuples; Apollon en fut irrité, &
couvrit les champs de Crinis d’une prodigieuse quantité de Rats & de
Souris. La punition de ses fautes lui en fit connoître l’énormité, il
rentra en lui-même, & songea à détourner la colere de son Dieu par sa
pieté & son zéle à remplir les devoirs de son Ministére; il réüssit: le
Dieu naturellement bon lui fit entendre qu’il étoit satisfait de sa
conduite, & qu’il lui rendoit ses bonnes graces; mais ce n’étoit pas
assez, il falloit délivrer Crinis des troupes qui vivoient à discretion
sur ses terres, il l’obtint encore. On croira peut-être qu’Apollon n’eut
besoin, pour les renvoyer, que d’une parole, ou d’un clin d’œil, enfin
que du même signal qui les avoit ramassés: point du tout, engraissés aux
dépens du Prêtre, ils firent les mutins, & ne jugerent pas à propos
d’obéir.
[84] Noël le Comte, Diction. de la Fable.
Alors Apollon indigné de leur insolence, jura par le Styx qu’il les
extermineroit tous; mais connoissant à quels ennemis il avoit à faire,
il se servit contr’eux des mêmes fléches, avec lesquelles il avoit
terrassé le Géant Titius, le Serpent Pithon, & les fils de
l’orgueilleuse Niobé. Il ne jura pas en vain, ils périrent tous jusqu’au
dernier, mais avec honneur, sans penser seulement à fuir.
Cette victoire fut gravée au temple de mémoire, & justement chantée sur
le double vallon par les chastes sœurs du Vainqueur. On croit même, & je
n’en doute pas, que c’est depuis cette action qu’Apollon fut appellé
_Smynthien_ du nom des Rats nommés _Smynthés_ par les Œoliens, les
Crétois, & les Troyens, comme il avoit reçu le surnom de _Pythius_,
après avoir exterminé le Serpent Python.
Aussi les Peuples que je viens de citer sacrifioient à Apollon Smynthien
lorsque les Rats désoloient leurs campagnes; c’étoit le _Champion_ du
tems dans ces sortes de calamités publiques. En Créte surtout il étoit
principalement fêté sous ce titre, il y avoit un Temple magnifique, où
il étoit représenté tenant un Rat à la main droite.
[Illustration: Apollo Smyntheus.]
Ces deux Histoires, Monsieur, ne vous ont peut-être point plû, à cause
des miracles sur lesquels elles sont fondées. En voici une plus moderne,
& que l’on donne pour plus naturelle. [85]Il y a quelques trois cens
quarante ou cinquante ans que les Rats & les Souris s’étoient si fort
multipliés à Hamelen Ville du Duché de Lunebourg, que les habitans
n’étoient plus maîtres dans leurs maisons; ils se voyoient bientôt
obligés de les abandonner, lorsqu’un Charlatan se présente aux
Magistrats, & leur promet de les débarrasser de ces ennemis domestiques
moyennant une somme qu’il leur demande. Que ne lui auroit-on pas donné?
Les conventions faites, le Charlatan court par toutes les ruës,
rassemble les Rats au bruit d’un tambour, & les emmene hors de la Ville,
on ne sçait où. Après il revient triomphant demander la trop juste
récompense de son service: mais il étoit déja oublié, les Magistrats lui
manquerent de paroles, & refuserent de le payer. Piqué de leur mauvais
procedé, il reprit son tambour, & les enfans attirés par sa réputation,
& par le bruit, coururent aussi-tôt après lui, il sortit avec eux de la
Ville, & n’y rentra jamais, non plus que les enfans qu’on chercha
inutilement.
[85] _Atlas Major._ De Janson Tom. 1. dans la description de
l’Allemagne.
La mémoire de ce jour malheureux se conserve encore à Hamelen, à pareil
jour les portes de la Ville sont fermées, & il est défendu d’y battre la
caisse. Cet homme étoit sans doute un grand enchanteur, mais sans le
tambour magique, Hamelen seroit peut-être devenuë Ratopolis.
Vous voyez, Monsieur, que les Rats sont une nation très-belliqueuse,
qu’ils sont capables des plus grandes choses, & aussi formidables malgré
leur petitesse, que les Lyons, les Tigres, les Léopards, & toutes les
bêtes féroces qui désolent l’Afrique.
J’ai l’honneur d’être, &c.