Monsieur le duc de Raguse, l'empereur en arrivant ici a appris que
l'ennemi avait passé la Seine sur ses ponts à Pont et marchait sur
Provins. Sa Majesté s'est résolue à marcher sur Troyes; le
quartier-général de l'empereur sera demain à Semoins et
après-demain à Arcis. Sa Majesté laisse à Épernay le général
Vincent.
L'empereur désire, monsieur le maréchal, que vous ayez la direction
de votre corps et de celui du duc de Trévise, qui dans ce moment
est à Reims avec deux divisions d'infanterie et la cavalerie du
général Roussel, et qui a la division Charpentier à Soissons. Le
ministre de la guerre a dû envoyer un général de brigade avec
quelques troupes à Compiègne.
Sa Majesté, monsieur le duc, désire que vous fassiez faire le plus
de mouvemens possible de cavalerie pour imposer à Blücher et gagner
du temps: si Blücher passe l'Aisne, vous devez lui disputer le
terrain et couvrir la route de Paris. Il est probable que le
mouvement de l'empereur va obliger l'ennemi à repasser la Seine; ce
qui arrêtera Blücher, et rendra disponible le corps du duc de
Tarante qui alors vous serait envoyé.
Il faut, monsieur le maréchal, pour les choses importantes écrire
en chiffre par Épernay, et par des hommes intelligens qui sachent
passer ailleurs que par les grandes routes.
Il est très important que vous envoyez ordre sur ordre à la
division Durutte, composée de toutes les garnisons de la Meuse, de
vous rejoindre sur Reims, Réthel ou Châlons. Envoyez cet ordre de
toutes les manières.
Comme M. le maréchal duc de Trévise est le plus ancien, puisqu'il
est de la création, ayez l'air de vous concerter avec lui plutôt
que d'avoir la direction supérieure; c'est un objet de tact qui ne
vous échappera pas.
Je charge le duc de Trévise de nommer un major pour commander la
place de Reims, la garde nationale et les batteries qui s'y
trouvent, et de faire partir demain le général Corbineau pour venir
rejoindre l'empereur.
Je recommande au duc de Trévise de porter tous ses soins à
l'organisation de la garde nationale et de la levée en masse, et de
se procurer quelques chevaux pour atteler la batterie laissée à
Reims.
Si Blücher prenait l'offensive dans la direction de Reims, de
manière à ce que cette ville se trouvât sous les pas de l'ennemi,
et que vous et le duc de Trévise ne fussiez pas en état de la
défendre, alors vous retireriez avec vous l'un ou l'autre, la
garnison et les pièces de canon et vous emmèneriez les gardes
nationaux de la levée en masse avec vous.
_Signé_: Le prince vice-connétable, major général,
ALEXANDRE.
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Ce 30 mars 1814.