HABITANS DE PARIS,

Les armées alliées se trouvent devant Paris; le but de leur marche

vers la capitale de la France est fondé sur l'espoir d'une

réconciliation sincère et durable avec elle. Depuis vingt ans,

l'Europe est inondée de sang et de larmes; les tentatives faites

pour mettre un terme à tous ses malheurs ont été inutiles, parce

qu'il existe, dans le pouvoir même du gouvernement qui vous

opprime, un obstacle insurmontable à la paix. Quel Français ne

serait convaincu de cette vérité? Les souverains alliés cherchent

de bonne foi une autorité salutaire, en France, qui puisse cimenter

l'union de toutes les nations et de tous les gouvernemens avec

elle.

_C'est à la ville de Paris qu'il appartient, dans les circonstances

actuelles, d accélérer la paix du monde; son voeu est attendu_ avec

l'intérêt que doit inspirer un si immense résultat; qu'_elle se

prononce_, et, dès ce moment, l'armée qui est devant ses murs

devient le soutien de ses décisions.

Parisiens, vous connaissez la situation de votre patrie, _la

conduite de Bordeaux, l'occupation amicale de Lyon_, les maux

attirés sur la France, et les dispositions véritables de vos

concitoyens.

Vous trouverez dans ces exemples le terme de la guerre étrangère,

et celui de la discorde civile; vous ne sauriez plus le chercher

ailleurs. La conservation et la tranquillité de votre ville seront

l'objet des soins et des mesures que les alliés s'offrent de

prendre avec les autorités et les notables qui jouissent le plus de

l'estime publique.

Aucun logement militaire ne pèsera sur la capitale.

C'est dans ces sentimens que l'Europe, en armes devant vos murs,

s'adresse à vous. Hâtez-vous de répondre à la confiance qu'elle met

dans votre amour pour la patrie et dans votre sagesse.

Quartier-général de Bondy, le 29 mars 1814.

* * * * *

_Capitulation de Paris._

Art. 1er. Les corps des maréchaux ducs de Trévise et de Raguse

évacueront la ville de Paris, le 31 mars, à sept heures du matin.

Art. 2. Ils emmèneront le matériel de leur armée.

Art. 3. Les hostilités ne pourront recommencer que deux heures après

l'évacuation de Paris, c'est-à-dire, le 31 mars, à neuf heures du matin.

Art. 4. Tous les arsenaux, ateliers, édifices militaires et magasins

resteront dans l'état où ils se trouvaient avant la présente

capitulation.

Art. 5. La garde nationale ou garde urbaine est entièrement séparée des

troupes de ligne; elle sera conservée, désarmée ou licenciée, selon que

les souverains alliés le jugeront nécessaire.

Art. 6. Le corps de la gendarmerie municipale partagera en tout le sort

de la garde nationale.

Art. 7. Les blessés et maraudeurs qui, après sept heures, seront encore

à Paris, seront prisonniers de guerre.

Art. 8. La ville de Paris est recommandée à la générosité des hautes

puissances alliées.

Fait à Paris, le 31 mars, à deux heures du matin.

_Signé_, le colonel FABVIER, le colonel DENYS, le colonel ORLOFF,

le comte PAAR.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 7 · 第 37 / 65 题